LA DISGIPLIKB, LA RÉCOMPENSE ET LES PUNITIONS
lui permet de céder à des insiincts^que seul il eût forcément réprimés ». Un homme seul en présence d'une multitude est toujours dans une situation difficile, souvent périlleuse. Sans doute, on conseille au maître de créer dans Técole un courant en sa faveur ; mais « à cet égard, dit Bain, dans son livre La science de Véducation, il est plus facile de mériter le succès que de Tobtenir. 11 est à craindre que jusqu'à la fin des temps la sympathie delà multitude ne se manifeste dans les écoles contre l'autorité. Dans certaines occasions, Tinfluence de la masse pourra être une garantie d'ordre : par exemple, quand la majorité des élèves tiennent à travailler et en sont empêchés par quelque perturbateur, ou encore quand la classe est généralement bien disposée pour le maître, et se laisse seulement aller à quelques mouvements rares et exceptionnels. Cependant, quand bien même le mérite du maître lui vaudrait cet avantage, il ne serait pas pour cela à l'abri d'une révolte; il doit par conséquent être toujours prêt à la réprimer par des moyens disciplinaires. »
G*est surtout dans les internats que la nécessité de la discipline a un caractère impérieux. Dans le milieu où vivent des internes, les idées qui circulent, abstraction faite de celles que les maîtres leur communiquent, idées trop théoriques et trop récemment assimilées pour influer beaucoup sur leurs sentiments et leur conduite, sont très bornées et presque toujours puériles. Aussi ces élèves, malgré leurs qualités naturelles, semblent avoir des œillères et tourner dans un c^cle étroit. Un incident quelconque, la plus légère contrariété, un mécontentement dû à des causes insignifiantes ou imaginaires, peuvent prendre dans leur esprit des proportions excessives et faire naître en eux des émotions très vives sous l'influence d'une contagion, rendue inévitable par Tétroitesse du milieu. La nécessité d'une règle sévère énergiquement appliquée est d'autant plus grande que les éléments hostiles sont plus nombreux et plus développés. C'est donc par les sanctions employées avec discernement, quoique avec fermeté, qu'il faut ramener dans l'ordre les élèves coupables et sourds à la voix de la persuasion. Puisque l'éducation consiste, en grande partie, à faire contracter aux enfants de bonnes habitudes, on ne doit pas hésiter un instant à employer la contrainte, surtout dans les internats, lorsque les procédés persuasifs sont impuissants à amender les natures indifférentes ou insoumises. Ce qui importe avant tout, c'est que le mal soit enrayé et que l'enfant acquière des habitudes viriles et saines, même sous l'influence de la crainte salutaire que lui inspire le châtiment.
Estrce à dire que tous les moyens peuvent être employés pour obtenir l'obéissance des écoliers? Non, le pouvoir du maître,
376 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE A l'eDUGATION
comme celui des parents, a des limites. Fondé sur l'intérêt de Tenfant, il est limité par cet intérêt lui-même : au delà de ce qu'exige l'éducation normale de l'écolier, le maître ne peut rien. Mais en aucun cas, cette éducation ne peut exiger que l'enfant soit traité comme une chose ou comme un animal : elle exige au contraire qu'il soit toujours traité comme une personne, du moins comme une personne en puissance, destinée à s'appartenir un jour et à se conduire elle-même. Voilà pourquoi le maître n'a pas le droit de maltraiter, de battre ses élèves, de les priver, à titre de punition, de la nourriture nécessaire, d'excéder leurs forces par un travail exagéré, d'abuser de leur timidité ou de leur crédulité natives pour asservir leur intelligence en leur imposant, à titre de dogmes indiscutables, ses opinions personnelles.
m. Conditions essentielles d'une bonne discipline. — Comme il vaut mieux prévenir le mal que l'enrayer une fois produit, la discipline préventive a une importance morale et pédagogique plus grande que la discipline répressive. Or, dans l'école, une double influence s'exerce à tout instant sur l'enfant, celle du milieu et celle du maître. Afin de prévenir les fautes qu'il est exposé à commettre, il faut que tout dispose l'écolier à respecter et à aimer l'ordre, à contracter l'habitude du travail régulier, à faire pénétrer dans son esprit la notion d'une règle supérieure de conduite à laquelle doit librement adhérer et se soumettre tout homme vraiment digne de ce nom.
Par suite, il est bon que l'aspect extérieur de l'école, salle de classe, mobilier, cours de récréation, etc., plaise autant que possible à l'enfant. Si l'école éveillait en lui l'idée d'un bagne ou d'une prison, comment s*y rendrait-il avec joie ? Qu'il s'y trouve dans les meilleures conditions d'hygiène, de confort, d'élégance même, et il sera naturellement heureux d'y venir : ni le travail ni l'obéissance ne lui paraîtront difficiles.
L'organisation matérielle de l'enseignement, l'ensemble des moyens adoptés pour qu'il soit distribué aux élèves de la façon la plus rationnelle et la plus pratique, doit être l'objet d'un examen attentif. Il convient, par exemple, que les divisions ne contiennent que des élèves de force à peu près égale, pour ne pas aigrir ou décourager les plus faibles et exciter des sentiments d'orgueli chez les plus forts ; que le programme et l'emploi du temps, constamment afiichés dans la salle de classe et toujours à la portée des élèves, soient dressés par le maître avec intelligence et précision,