LA DISGIPLIMB, LA RSCOMPENSB ET LB3 PUNITIONS
de telle sorte que la tâche de chacun soit chaque jour déterminée ; enfin que le départ entre les récréations et les classes, ainsi que la succession des exercices, soient établis, non à la légère, mais en tenant compte des besoins normaux des écoliers.
Il faut aussi que le maître, à Toccasion de chaque leçon, ait préalablement choisi avec discernément le sujet, les explications qui s*y rattachent et les devoirs qui en sont l'application, de manière que les enfants puissent en saisir les notions essentielles, sans être obligés à des efforts excessifs et rebutants, enfin que la méthode et les procédés employés mettent en œuvre leur esprit d'initiative et d'investigation.
Mais surtout le maître doit posséder ces qualités personnelles qui peuvent seules lui donner de l'autorité. Le pouvoir est chose matérielle : ceux qui l'exercent n'ont pas besoin, pour l'exercer, de l'adhésion de ceux qui le subissent; la seule obéissance des corps leur suffit. L'autorité est chose morale, c'est sur les âmes qu'elle règne : « elle suppose , dit M. Legouvé', la vertu dans celui qui l'obtient et la vénération dans celui qui l'accepte ». Comme le temps des maîtres « absolus » est passé, que celui des maîtres « constitutionnels » est venu, la situation de nos instituteurs contemporains est bien plus délicate que celle des instituteurs d'autrefois; les fonctions dont ils sont investis ne suffisent plus pour leur donner de l'autorité ; il faut que cette autorité émane d'eux-mêmes, et pour cela, il faut qu'ils honorent leurs fonctions en donnant l'exemple de toutes les vertus qu'ils doivent enseigner et faire aimer à leurs élèves.
il est bon que l'instituteur ait un extérieur aimable, que sa physionomie, ses manières, sa voix — le doux parler ne nuit de rien — inspirent aux enfants la confiance et la sympathie; que son langage soit facile et sîmçle et, par moments, animé et pittoresque. Heureux les maîtres qui ont le don de savoir causer avec les enfants !...
Mais ce que les écoliers discernent vite et apprécient par-dessus tout chez le maître, ce qui les attire et les conquiert sans résis- -tance et sans arrière-pensée, c'est son amour de la justice et la sincérité de l'affection qu'il â pour eux. Les enfants sont naturellement jaloux de leurs droits et passionnés contre l'injustice. Que le maître soit juste, et ils l'estimeront, même malgré sa sévérité et sa rudesse. En outre, s'il les aime avec sincérité, il ne tardera pas à être aimé d'eux, par un effet naturel de cette sympathie
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d'affection à laquelle sont surtout sensibles les jeunes âmes. Or, s'il en est aimé, il exercera nécessairement sur eux une profonde influence ; il obtiendra de leur part, sans nul effort, l'obéissance volontaire, seule vraiment féconde.
« Pour que les enfants aiment, dit M"»« Pape-Garpentier, aimezles ; aimez-les, non des hauteurs du point de vue philanthropique, vous seriez trop loin d*eux ; aimez tous les enfants du globe, si vous avez l'âme assez vaste, mais aimez par-dessus tout et en particulier chacun de ceux qui sont confiés â vos soins. — Pas d'affection abstraite, beaucoup d'affection pratique. »
Cela ne veut pas dire que le maître doive être toujours affable et souriant; il est des moments où il faut qu'il prenne une attitude froide et sévère, faite pour inspirer un respect mêlé de crainte. II doit même manifester parfois son indignation avec vivacité. Ces mouvements de colère généreuse, chez un maître que froisse vivement l'ingratitude ou la mauvaise volonté persistante d'un écolier, peuvent avoir de salutaires effets, car rien ne saurait toucher les enfants comme le contraste de son calme et de sa bonté ordinaires et de sa sévérité et de son indignation aux heures où il sent que les circonstances sont graves. Ces changements d'humeur, d'attitude et de physionomie doivent se faire en lui sous l'influence naturelle de sentiments vivement éprouvés mais toujours contenus par une volonté ferme.
En conservant ainsi la maîtrise de soi-même au moment où son indignation éclate, il garde intacte sa dignité. D'ailleurs, ces emportements doivent être rares : trop fréquents, bien que légitimes, ils n'inspireraient à beaucoup d'écoliers que le désir de provoquer chez lui des explosions de colère pour s'amuser à ses dépens.
Qu'il évite de multiplier les défenses et même les conseils, de gêner ou d'irriter ses élèves par une direction qui enchaîne trop étroitement leur liberté; il vaut mieux, par moments, les laisser agir seuls et même laisser passer, sans les reprendre, quelques fautes légères.
« Il faut souvent, dit M™" de Maintenon aux Dames de Saînt-Cyr, fermer les yeux et ne point tout voir et surtout prendre garde à ne point aigrir vos filles, à ne pas les pousser à bout indiscrètement. Il y a des jours malheureux où elles sont dans une émotion, dans un dérangement, prêtes à murmurer ; tout ce que vous feriez alors, toutes les remontrances, toutes les réprimandes ne les remettraient pas dans Tordre. Il faut réprimer cela le plus doucement que