MÉTHODE DE LA PSYCHOLOGIE
procédés d'observation et d'expérimentation employés jusqu'ici dans les sciences physiques et naturelles.
L'enseignement public a même été, à plusieurs reprises, appelé à participer à des expériences comparatives pour déterminer par exemple les conditions ou les effets de l'attention, de la fatigue, etc. Il est probable que les psychologues rechercheront de plus en plus à l'avenir cette collaboration des instituteurs ; car, selon la remarque de M. Rabier, « la pédagogie n'offre-t-elle pas un champ immense à des expérimentations de toute nature (importance et dangers de l'émulation, utilité des leçons de choses, faut*il procéder de l'abstrait au concret ou inversement, etc. *) ».
Ainsi la méthode de la psychologie est double, à la fois subjective et objective ; et, comme nous venons de le voir, les formes de la méthode objective sont très nombreuses et très diverses.
On pourrait même considérer chacune d'elles comme étant le principe d'une psychologie spéciale à laquelle la psychologie générale emprunte des documents ou demande la vérification de ses théories : psychologie physiologique, dont nous avons déjà parlé, psychologie anormale ou pathologique, psychologie infantile, psychologie ethnique ou ethnologique, ou, comme disent les Allemands, psychologie des peuples, etc.
Signalons plus particulièrement quelques-unes de ces psycho logies spéciales, à cause de l'intérêt qu'elles peuvent présenter.
En premier lieu, les langues, l'histoire, la littérature, au lieu d'être étudiées pour elles-mêmes, comme elles le sont d'ordinaire, peuvent l'être aussi d*un point de vue psychologique, c'est-à-dire afin d'arriver par le moyen de cette étude à une connaissance plus vaste ou plus profonde de la nature humaine.
Il y a donc une psychologie des langues qui peut nous renseigner merveilleusement sur lés procédés habituels de l'esprit humain, soit dans l'humanité tout entière, soit chez une nation ou à une époque déterminées.
De même il y a une psychologie de l'histoire^ car les événements historiques s'expliquent en dernière analyse par les croyances, les intérêts, les passions des individus et des peuples.
(1) Rabier. Leçons de philosophie, I. — Le même auteur ajoute : <c L'éducation si étrange que Stuart Mill reçut de son père, dans laquelle l'imagination et le sentiment furent systématiquement négligés et comprimés, est une expérience faite sur un sujet d'élite, très curieuse et très instructive par ses résultats. »
PSYCH. APPL. A l'ÉDUG.
Où trouver par exemple une meilleure occasion d'étudier le développement et les transformations du sentiment religieux que dans l'histoire des grandes religions, brahmanisme, bouddhisme, christianisme, islamisme, etc. ?
La littéralure contient tout le trésor des observations et des expériences psychologiques faites par des hommes de génie qui les ont en quelque sorte résumées dans la création des héros de leurs romans ou de leurs drames.
Enfin, il y a aussi une psychologie des signes^ par lesquels l'âme humaine se manifeste ou plutôt se trahit, non pas seulement de la parole mais de la physionomie et de l'écriture. La psycho,logie de la physionomie a été souvent appelée physiognomonie . Malgré les prétentions de Lavater qui a cru la constituer définitivement, elle est encore bien incertaine et bien incomplète, mais quelques difficultés que Ton puisse éprouver à juger le caractère d'une personne d'après ses traits, son regard, sa voix, sa démarche, etc., on ne saurait nier qu'il existe une certaine corrélation entre la physionomie et les différents états habituels ou accidentels de l'âme humaine.
On en pourrait dire autant de la graphologie ou psychologie de récriture. Là encore, le principe dans sa généralité paraît vrai. Si chaque personne a son écriture qui, de môme que sa physionomie, peut servir à la reconnaître, ce n'est pas là sans doute un pur effet du hasard, mais bien plutôt la preuve qu'il existe une certaine corrélation entre l'écriture et le caractère. Le difficile c'est d'appliquer avec certitude ce principe à tel ou tel cas particulier. Bien souvent ces applications sont plutôt une affaire d'art et d'instinct que de raisonnement et de science.