SES RAPPORTS AVEC LA PÉDAGO9IE ET LA MORALE
développent naturellement ses dilTérentes puissances : intelligence, sensibilité et volonté ? La science de l'éducation soutient donc avec la science de l'âme le môme rapport que l'agriculture soutient avec 4a chimie et ta physiologie végétale.
Mais on peut se demander si la pédagogie n'est pas, justement comme l'agriculture elle-même, un art plutôt qu'une science. Le véritable pédagogue, est-ce bien celui qui connaît, d'uRe façon purement tliéorique, les règles générales de l'éducation avec les prémisses psychologiques dont elles se déduisent? ou n'est-ce pas plutôt celui qui est capable de les utiliser pratiquenient pour faire avec succès l'éducation de tels ou tels individus déterminés? Or il semble qu'à ce point de vue tout pratique, ce qui importe au psychologue, c'est moins la connaissance effective de l'homme en général que le pouvoir de connaître les hommes en particulier. On a souvent confondu ces deux choses très différentes et que nous devons nous efforcer ici de distinguer, la psychologie et la connaissance des hommes.
La psychologie est par définition môme une science qui, comme telle, est abstraite et générale. Elle ne nous fait donc connaître aucun homme en particulier, pas môme nous. Son objet, ce sont les lois qui font que tous les hommes pensent, agissent, etc., de la môme manière, dans les mômes circonstances. Dès lors on peut être très savant psychologue et très mal connaître les hommes ; à savoir si on n'a jamais pris la peine de les étudier en détail et pour ainsi dire sur le vif, mais si l'on s'est toujours contenté de les voir au travers de formules générales apprises dans les livres. D'autre part, on peut être très fin observateur et connaisseur des hommes sans savoir un mot de psychologie. Une grande expérience de la vie, un penchant naturel vers l'observation des autres hommes, joint à un certain esprit de finesse qui fait pénétrer les secrets mobiles de leurs .actes, l'habitude de la méditation et le goût des choses morales peuvent dans bien des cas suppléer à l'ignorance des théories scientifiques et philosophiques élaborées par des psychologues de profession.
Gardons-nous donc de croire que l'étude de la psychologie abstraite suffise à elle seule pour rendre immédiatement l'éducateur capable de se connaître lui-même ou de connaître les élèves qui lui sont confiés. U doit voir dans cette étude bien plutôt une méthode à acquérir qu'une science à apprendre. En d'autres termes, la psychologie ne doit ôtre pour lui qu'un moyen pour
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arriver plus facilement à la connaissance effective et pratique des individus particuliers.
Les services qu'il peut en attendre se ramènent à trois principaux :
Premièrement, la psychologie lui fournira des exemples d'observation, des modèles d'analyse dans l'ordre des choses de l'âme, surtout s'il ne se contente pas d'étudier les théories psychologiques toutes faites, telles qu'on les trouve dans les traités, mais s'il étudie aussi la façon dont elles ont été faites ; en un mot, s'il cherche à s'assihiiler non pas seulement les résultats mais encore les procédés de cette science.
En second lieu, la psychologie met aux mains de quiconque veut analyser les phénomènes de la nature humaine, un vocabulaire incomparablement plus précis et plus complet que le langage ordinaire Le philosophe Gondillac a dit que toute science était une langue biea faite, et cette parole était profondément vraie. Les mots dont nous nous servons dans la langue populaire ou littéraire pour exprimer les sentiments ou les opérations de l'âme, sont en général vagues, équivoques, insuffisants : nous avons donc tout intérêt à connaître, pour nous en servir, le vocabulaire méthodiquement formé par les psychologues.
En troisième lieu, la psychologie lui fournira des directions, un ordre, un plan pour ses observations et ses analyses. Grâce à elle, il saura d'avance quelles sont les différentes régions qu'il doit explorer, dans quel sens il doit les parcourir, quelles difficultés particulières l'y attendent et quelles précautions il doit prendre pour les surmonter ; il sera comme un voyageur qui, partant pour visiter un pays inconnu, emporte du moins avec lui la carte où sont retracées les limites générales de ce pays avec un certain nombre de points de repère et de renseignements authentiques.
Tels sont les avantages que la pédagogie pratique peut retirer de l'étude de la psychologie. Mais, comme on le voit, ils lui imposent tous, loin de l'en dispenser, l'obligation d'étudier directement les âmes individuelles qui sont les seuls objets véritables de l'éducation.
II. Rapports de la psychologie et de la morale. — La morale enseigne à l'homme ses devoirs, et l'on y a toujours distingué deux parties, l'une théorique où le devoir est affirmé et défini d'une façon générale ; l'autre pratique, où sont déduites les différentes prescriptions particulières du devoir et qui par conséquent énumère et démontre les différents devoirs particuliers. Or, soit