‹ Leçons de psychologie appliquée à PéducationChapitre 19 sur 133 · LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE

I. Rfile de la conscience. — 11 faai tout d'abord signaler Tambîguîté du mo^ conscience qui désigne dans notre langue deux facultés parfaitement distinctes : d*une part, la connaissance que nous avons des états et des opérations de notre âme» la seule dont il Ta être question ici, et d autre part, le discernement du bien et du mal, dont il sera parlé plus tard. Pour éviter toute confusion, quelques-uns ont proposé d'appeler la première conscience psychologique et la secondé conscience morale.

En philosophie, le mot conscience a le plus souvent le premier sens ; dans la langue populaire et littéraire, il a presque toujours le second. Cette ambiguïté est d'ailleurs propre à la langue firançaise : elle n'existe ni dans l'anglais, qui a les deux mots crasciousness (conscience psychologique), et conscteiice (conscience morale) ; ni dans l'allemand qui a de même les deux mots Beumstssein et Consciens.

n en résulte que les auteurs anglais et allemands ne songent même pas à mettre leurs lecteurs en garde contre une confusion sur laquelle nous devons insister, car elle est extrêmement fréquente chez tous les « apprentis » fiançais de la psychologie et de la morale. On se rendra plus facilement compte de la différence qui existe entre les deux termes si on se réfère aux deux adjectifs correspondants : conscieni et conseieneiemx, et si l'on se rappelle que la conscience, au sens psychologique, c>st la faculté d'être conscieHl^ tandis que la conscience, au sens moral, c'est la faculté d'être consciencieux,

La conscience dont nous parlons ici, c est donc la bculté qui ooQS est commune avec tous les animaux de sentir ou d'apercevoir plus ou moins clairement ce qui se passe en nous-mêmes, à la différence des plantes et dos minéraux qui sont eu paraissent absolument inconscients. Ainsi, que j*éprouve de la faim ou de

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la soif (sensation), que je ressente du dégoût eh voyant un homme ivre ou de la joie en voyant un beau paysage, que je sois en colère ou que j'aie peur (sentiments et passions), que j'imagine des sons, des couleurs ou des châteaux en Espagne (intelligence), que je veuille aller me promener (volonté), je sens tous ces phénomènes à mesure qu'ils se produisent en moi, et j'en connais plus ou moins clairement la nature et les caractères distinctifs : en un mot, j'ejx ai conscience. Dans le monde extérieur, les phénomènes peuvent exister sans apparaître à personne : ils sont inconscients ; dans le monde intérieur, un phénomène ne peut jexister sans apparaître à quelqu'un, à savoir au sujet sentant ou pensant, à l'être qui dit Je ou moi ; et par suite les mots « états conscients, états de conscience » sont synonymes de <c phénomènes psychologiques ».

Puisque la conscience accompagne ainsi tous les faits de notre vie intérieure, elle est moins une faculté particulière que le mode fondamental, inévitable de toutes les autres facultés. Sans conscience, pas de sensation, pas de sentiment, pas de volonté, etc. : l'homme devient semblable, non pas à la brute, mais à la plante et à la pierre. Il s'enièuit que l'étude de la conscience a une importance capitale en philosophie ; mais cette importance est beaucoup moindre au point de vue de la pédagogie et de la morale, I justement parce que la conscience né faisant' qu^uii pour nous i avec l'existence même, c'est à peine si nous avons pratiquement { occasion de la remarquer.

n. Les deux modes de la conscience. Le sens intime et la réflexion. — Toutefois l'information de ce qui se passe en nous peut être plus ou moins claire et distincte. Ainsi quand l'enfant a faim ou mal aux dents, il sait qu'il a faim ou qu'il souffre, mais d'une façon immédiate, sans aucun effort d'attention et sans être capable d'analyser ce qu'il éprouve. Au contraire, quand nous délibérons sur le choix d'une profession, nous examinons attentivement les motifs qui nous font préférer une carrière, nos aptitudes personnelles et nos goûts : Tattention que nous apportons dans la délibération fait que nous prenons distinctement connaissance de chacune de nos pensées au moment où elles se produisent. Il y a donc lieu de distinguer une conscience spontanée, confuse et plus ou moins obscure, qu'on peut appeler sens intime, et une conscience réfléchie, distincte et claire, qu'on peut appeler réflexion.

Étudions d'abord la première. Tous les soirs je remonte ma

montre, c'est une opération apprise qui suppose évidemment quelque conscience de ce que je fais ; c'est donc un acte psychologique. Mais ne m'est-il pas arrivé bien des fois, après avoir remonté ma montre, de me demander si je l'avais fait ? 11 y a donc eu tout à la fois une opération consciente et une information si minime de l'acte accompli qu'il n'en est pas resté de trace dans mon esprit.

Les faits de ce genre sont plus nombreux qu'on ne le croirait tout d'abord. Leibnitz est le premier philosophe qui ait soupçonné la présence dans l'âme humaine d'une sorte de vie sous-jacente qui circule dans les profondeurs de notre être et qui alimente nos principales facultés, à peu près comme les nappes d'eau souterraines circulent à travers les couches profondes de l'écorce du globe et alimentent les torrents, les rivières et les fleuves qui coulent à sa surface. 11 donnait à ces faits de conscience atténuée ou presque éteinte les noms de petites perceptions ^ pe?*ceptions sourdes ou insensibles. Les psychologues qui sont venus après lui en ont recomu l'extrême importance et ils les ont souvent appelés phénomènes psychologiques inconscients, mais cette dénomination est très contestable, car nous ne pouvons nous faire aucune idée d'un phénomène psychologique en dehors de la conscience. 11 vaut donc mieux les appeler, avec plusieurs de nos contemporains, des phénomènes ou états subconscient&.

m. La réflexion. — L'animal semble réduit à la conscience spontanée : il ne peut pas s'abstraire de ses propres sensations, en faire pour lui-même une sorte de spectacle auquel il assisterait comme du dehors, les arrêter au passage pour les analyser et y faire la part de son activité propre et celle des agents extérieurs.

L'homme, au contraire, peut réfléchir sa conscience et en la réfléchissant Téclaircir, la décomposer, de même qu'un rayon de lumière, passant à travers un prisme, s'étale et se divise, transformé en un large spectre de sept couleurs.

IV. Les idées que donne la conscience. — Par la réflexion, ce qui était obscur en nous s'éclaire, ce qui était confus se débrouille. Certains états s'avivent, d'autres s'amortissent; mais surtout notre personnalité même, notre moi se dégage progressivement de la succession changeante de nos modifications et de nos actes : il se pose, il s'affirme, comme sujet un et toujours le même, comme cause distincte des effets par lesquels elle se manifeste, capable de les précéder et de leur

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