LA CONSCIENCE
survivre, se traduisant, s'exprimant dans leur série mais ne s'y épuisant pas.
A la réflexion donc lious devons non seulement Fidée de notre personnalité, Tidée du Moiy mais encore les idées plus abstraites et plus générales de substance, de cause, de force, d'unité, d'identité, à l'aide desquelles notre intelligence s'efforce de comprendre toutes choses.
V. Edacation de la conscience. Difficulté et possibilité de rédncation de la conscience chez l'enfant. — Si la vie des sens s'épanouit de bonne heure chez l'enfant, la vie de la conscience ne se manifeste et ne se développe chez lui qu'avec lenteur. Séduit par le monde extérieur plein de formes, de couleurs, d'images, l'enfant promène avec joie sa curiosité d'objets en objets. Il n'a que le sentiment très vague de beaucoup de faits de conscience qu'il saisit seulement en bloc sans en percevoir les éléments. Qu'on lui demande en effet ce qu'il a éprouvé lorsque sa joie très vive s'est calmée, il ne pourra pas répondre. Il se souvient qu'il était joyeux, mais cette émotion n'a laissé en lui que des souvenirs confus. On a donc eu raison de dire que chez l'enfant le mouvement de la pensée est d'abord « centrifuge ».
Cependant « l'exercice de la réflexion, a dit M"' Necker de Saussure, qui consiste à se rendre compte des opérations de son propre esprit, n'est pas hors de la portée d'un enfant de cinq à sept ans. J'ai même vu un enfant de moins de cinq ans s'apercevoir tout à coup des actes de sa mémoire. »
Cela prouve que les enfants, dans nos écoles primaires, peuvent être déjà, à l'occasion, exercés à prendre conscience de certains de leurs états d'esprit.
L'étude de la langue facilite en eux cet examen qui, de prime abord, exige des efforts pénibles. L'enfant qui s'attache à choisir un terme, connaît et juge la pensée qu'il veut exprimer; 'il est même obligé de l'analyser. Ainsi se fait en lui ce retour de l'intelligence sur elle-même qui constitue la réflexion.
La fréquentation et l'observation de ses camarades rendent encore plus facile à l'enfant cette étude de soi-même. L'écolier apprend bien vite à deviner les sentiments, les pensées, les intentions de ses compagnons d'étude et de jeux; et il s'intéresse ainsi aux faits du monde moral qui lui échappaient presque entièrement à l'origine.
« L'enfant, dit M. Bernard Pérez, par sa situation d'être social
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et parlant, est forcé d'instituer une sorte de psychologie comparée. Plus Tobservation subjective a fait de progrès, plus l'observation objective en peut faire ^ »
VI. Importance pratique de rédncation de la conscience chez Tenfant. — Sans exagérer Timportance pratique de la conscience de soi, et même en reconnaissant qu'il n'est pas bon de réfléchir à l'excès, on peut cependant faire remarquer : • io Que l'enfant capable de s'étudier, de descendre par moments en lui-môme, est ainsi mieux préparé à la vie intérieure, à cette vie intellectuelle et morale qui chez la plupart des hommes est si pauvre, si vide et presque entièrement absente. Il saura et voudra se recueillir, se ressaisir, au lieu de se laisser emporter. comme une épave par le flot des sensations banales et des occupations familières.
%^ A un point de vue plus terre à terre, cet enfant qui se connaît mieux a une conscience plus claire de ses qualités et de ses défauts; il peut donc mieux se corriger de ceux-ci, conteerver et accroître celles-là. Ayant conscience de ses forces, il aura aussi le sentiment de sa faiblesse : il ne cherchera point à entreprendre ce qui dépasse ses facultés ; il s'évitera ainsi des désillusions, des déboires, des repentirs. Connaissant mieux ses goûts, il pourra mieux discerner sa vocation et, aidé de ses parents et de ses maîtres, choisir la profession qui lui convient et où il peut rendre les meilleurs services. De cette façon, il ne s'exposera pas à grossir le nombre des déclassés et des mécontents qui font souvent retomber sur la société la responsabilité de leurs déceptions et de leurs échecs.
3** Enfin, l'étude de soi développe chez l'enfant la perspicacité, ce que Pascal appelait Vesprit de finesse^ qui nous permet de découvrir chez nos semblables les idées et les sentiments à travers leurs gestes, leurs attitudes, leurs jeux de physionomie, etc.
VU. Education de la conscience. Il serait contraire aux intentions de la nature de vouloir amener toute la vie intérieure de l'enfant à la forme de la conscience claire. La nature, en efTet, a mis « l'activité inconsciente à la base et au sommet de l'activité ». II convient toutefois de réduire autant que possible la part de l'inconscient dans la vie de l'âme.
On accoutumera donc l'enfant à réfléchir, sinon sur ses émo-
(1) L'enfant de Iroii à sept ans, p. 151-152. Paris, F. Alcan.