LES PASSIONS
I. Définition et caractères de la passion. — Toutes les inclinatiens n'ont pas dès l'origine la même force dans toutes les âmes, et elles ne se développent pas non plus dans toutes avec la même puissance. S'il arrive parfois qu'elles se compensent et se contiennent les unes les autres dans une sorte d'équilibre, parfois aussi Tune d'entre elles semble attirer et concentrer en soi toute l'activité de l'âme. Une inclination ainsi exaltée et dominante se nomme passion : telles sont l'ambition, l'avarice, la passion du jeu, la passion de Talcool, etc.
La passion se manifeste comme l'inclination par des émotions et des actes, mais ces actes sont plus fréquents, ces émotions plus violentes ; elle n'attend pas, elle recherche sa satisfaction.
Remarquons aussi qu'elle est souvent plus spéciale, c'est-à-dire plus étroite et plus déterminée que l'inclination, car une même inclination, par exemple le besoin d'émotions, peut donner lieu chez divers individus à plusieurs passions différentes : la passion du jeu, la passion des voyages, de la guerre, etc..
Souvent aussi l'inclination, en devenant passion, se pervertit : elle dévie de sa véritable fin. L'avare désire l'or,, non.plus pour la richesse dont il est le signe et qui a été d'abord l'objet de son désir, mais pour l'or lui-même. Enfin toute passion est exclusive: les inclinations qu'elle peut s'assimiler, elle les absorbe et les transforme à son image, elle étouffe les autres. Dans la possession et la contemplation de son or, l'avare satisfait à la fois son ambition, sa vanité et même, en un sens, son amour de la beauté. Mais toutes les inclinations morales et sociales se sont desséchées dans son âme au contact envahissant de l'avarice.
II. Comment naît et se développe la passion. — Presque toujours c'est la nature qui la prépare en donnant, pour ainsi dire, de l'avance à une inclination sur toutes les autres, mais ce sont les