‹ Leçons de psychologie appliquée à PéducationChapitre 49 sur 133 · I. — IDÉE DES PRINCIPALES FACULTÉS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

I. — IDÉE DES PRINCIPALES FACULTÉS INTELLECTUELLES

L Définition de rintelligence. — On définit généralement Tintelligence la faculté de comprendre j de connaître ou de penser, et l'on considère ces trois termes comme à peu près synonymes, bien qu'en réalité le sens aille en s'élargissant graduellement du premier au troisième. On peut en effet connaître sans comprendre, comme par exemple, lorsqu'on sait qu'un événement s'est produit, mais sans savoir pourquoi ni comment, mais on ne peut comprendre sans connaître en même temps.

Comprendre représente donc une façon de connaître plus complète et plus parfaite, et en ce sens on peut dire que l'animal, par exemple, s'il est capable de connaître est incapable de comprendre. D'autre part, on peut penser sans connaître, comme par exemple, lorsqu'on imagine ou on croit; dans ce cas, on pense à des choses possibles ou idéales, mais on ne sait pas si elles existent réellement.

La connaissance est donc une pensée qm répond à des choses réelles et qui en affirme la réalité. De sorte que la définition de l'intelligence la plus générale paraît bien être celle-ci : Vintelli- (jience est la faculté de penser.

Cependant nous ne devons jamais oublier que l'importance des définitions en psychologie est tout à tait relative au point qu'elles intéressent plutôt la lexicologie que la psychologie.

II. Les deux orientations, spéculative et pratique^ de l'intelligence. — Ce qui importe plus que toutes les définitions, c'est de bien voir la fonction propre de l'intelligence dans l'ensemble de la nature humaine et la loi selon laquelle elle évolue.

Or, l'intelligence a certainement pour fonction principale» sinon unique, la connaissance des choses.

Mais la connaissance elle-même tantôt semble se suffire entièrement et être en quelque sorte sa propre fin, comme on peut

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s'en rendre compte chez les philosophes, les savants, les littérateurs, les poètes, et en général tous ceux qui vivent de la vie purement intellectuelle ou spéculative ; tantôt au contraire elle semble se subordonner à Faction et n'être qu'un moyen pour une fin toute différente, laquelle consiste à vouloir et à agir, comme on peut s'en rendre compte chez la grande majorité des hommes, industriels, commerçants, militaires, hommes d'État, etc., c'està-dire en général chez tous ceux qui vivent de la vie active ou pratique.

De ces deux orientations de l'intelligence, l'une spéculative, lautre pratique, laquelle est la plus ancienne, et la plus conforme à la nature ?

La réponse ne saurait être douteuse.

Quelque importance qu'ait la pensée dans notre vie, nous ne sommes pas faits avant tout pour penser, mais pour agir. La pensée pure, la pensée ne s'exerçant que pour penser, sans souci de la vie et de l'action, est l'exception et non la règle. Primitivement nous ne pensons qu'afin d'agir : la raison d'être de la pensée est d'éclairer et de guider l'action. Quand la connaissance ou la croyance ne se traduisent pas en actes, elles sont certainement incomplètes, inachevées*, avortées.

Or c'est là une vérité que les psychologues perdent souvent de vue. Us étudient trop volontiers l'intelligence en elle-même sans considérer ses rapports nécessaires avec la volonté et l'activité ; et par suite ils la présentent trop volontiers comme une sorte de tout enfermé en soi et se suffisant à lui-même, ce qui n'est pas vrai de l'intelligence humaine en général mais seulement de l'intelligence d'un savant, d'un philosophe, en un mot d'un de ces hommes que l'on pourrait appeler les professionnels de la pensée.

Gela tient sans doute à ce que les psychologues eux-mêmes sont presque nécessairement de purs intellectuels, très disposés par conséquent à se représenter toute intelligence sur le modèlç de la leur. Mais les pédagogues doivent bien se garder d'une pareille erreur. Nul enseignement n'a pour but de former exclusivement des savants ou des lettrés, l'enseignement primaire moins que tout autre.

Nous nous attacherons donc, en étudiant l'intelligence, à marquer toujours avec soin les rapports qui l'unissent à l'action.

ni. Les trois phases de rintelligence. — Le mot qui exprime peut-être le plus clairement la manifestation essentielle de l'intel-

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