PEDAGOGIE DE LA MÉMOIRE
Dans le cours moyen et dans le cours supérieur, ces exercices de récitation peuvent être plus fréquents.
II serait souhaitable que les élèves transcrivissent dans des carnets de poche les morceaux appris par cœur et que les carnets ^ d'un même élève fussent brochés et réunis ensemble à l'époque où il quitterait l'école.
De cette façon, les adultes de l'avenir seraient peut-être testés à certains moments, chez eux ou dans les champs, de revoir par intervalles ces textes dont ils auraient gardé le souvenir et dont l'étude autrefois les aurait intéressés ou charmés. N'eussent-ils pas le soin de relire ces morceaux choisis; de s souvenirs littéraires, des flottements d'idées ou d'expressions en quelque sorte ! spontanés reviendraient à la surface de leur conscience, comme ces bulles gazeuses dont parle Schopenhauer qui remontent à la surface de l'eau. Dans tous les cas, ce rappel ou cette involontaire réapparition d'idées provoquerait chez eux un certain travail de l'esprit, une sorte de « rumination mentale » qui, à défaut d'étudeâ régu- I lières, entretiendrait au moins une certaine curiosité d'esprit.
Les morceaux à réciter doivent être courts et à la portée des I enfants. Le maître les lit d'abord à haute voix, avec le ton, le I mouvement et l'expression qui conviennent, met en évidence les ' y idées essentielles, explique le sens des termes les plus importants ' et interroge ses élèves, non seulement pour s'^surer qu'ils ont compris ses explications, mais encore pour leur faire trouver les explications qui sont à leur portée. II fait enfin relire le morceau par quelques élèves avant la fin de la leçon.
Au conmiêncement de la leçon suivante, il relit ou mieux il récite le morceau avant de le faire répéter par les élèves, — cette récitation pouvant être individuelle ou collective, — afin de mieux montrer aux enfants, surtout s'il s'agit d'une pièce de vers, I comment il convient de le réciter. II interroge ensuite les élèves, j Ce qu'il faut éviter par-dessus tout, c'est l'abus des exercices de récitation. A vouloir surcharger la mémoire des enfants, on risque de l'étoufifeir sous la masse des souvenirs confus et incohérents 2^ En ce^qui concerne l'application de la mémoire à la conservation des différentes sortes de connaissances, on peut' dire que I le plus sûr moyen de cultiver la mémoire est de développer les I Ijiabitudes d'attention, de comparaison et de raisonnement.
I Quant aux procédés plus ou moins artificiels par lesquels on peut ÈcUiter la fixation de certains souvenirs, sans vouloir les rejeter
entièrement, nous ne croyons pas qu'ils aient une bien grande efficacité. D'ailleurs, ceux que l'élève imagine lui-même sont les plus avantageux de tous parce qu'ils cadrent avec la tournure propre de son esprit.
Comme les souvenirs ne se fixent dans l'esprit qu'à la condition de s'enchaîner les uns aux autres et que la chaîne est d'autant plus solide que les premiers anneaux sont eux-mêmes plus étroitement rivés, le maître doit s'attacher d'abord à bien enfoncer dans l'esprit les premières idées, les principes ou les éléments de chaque ordre d'étude. Qu'il s'ingénie pour les rendre intéressants et familiers, qu'il les présente sous tous les aspects, qu'il y revienne sans cesse et par toutes les voies. Une fois certain que ces idées font désormais partie de la substance même de l'intelligence, il pourra dérouler beaucoup plus rapidement toute la série des idées secondaires qui en dépendent ; s'il prend soin de bien montrer les rapports qui les unissent entre elles et aux idées principales, elles se graveront d'elles-mêmes dans l'esprit.
De là Tùtilité de retours en arrière et de récapitulations à l'oc casion desquels le maître fait saisir aux enfants les rapports qui existent entre les vérités déjà connues ; de là encore l'utilité des classifications et des tableaux synoptiques méthodiquement dressés, qui ont l'avantage d'offrir à l'œil un résumé très clair et relativement succinct d'un ensemble de faits et d'en faire comprendre aux enfants les relations et l'enchaînement.
Au commencement de chaque leçon, le maître rappelle successivement les notions principales exposées dans les leçons précédentes ; il fait remarquer aux élèves les relations qui unissent ces notions à celles qui font l'objet de la leçon du jour. Tout en se renfermant autant que possible dans le cadre du sujet, il n'évitera pas systématiquement toute digression. Il est en effet des digressions qui sont pour l'esprit des enfants ce que sont pour les soldats les joies de l'étape, c'est-à-dire une halte, un moyen de détente. Certaines digressions peuvent même, en faisant rayonner l'intelligence de l'enfant autour de la question traitée, lui donner comme une vision plus large des vérités enseignées. Sachons d'ailleurs que tout ce qui excite vivement l'intérêt des élèves' concourt puissamment à leur faciliter l'acquisition des connaissances et la conservation des souvenirs.
Quant à l'association des idées, il n'y a pas lieu d'en faire l'objet
PÉDAGOGIE DK LA MKMÛIHK 2^1
d'une étude pédagogique spéciale, car ses eCTets» comme on Ta vu, ae confondent avec ceux de la mémoire et de Thabitude, et al elle ext^roa souvent sur nos jugements et nos raisonnements une influence fâcheuse, la recherche des moyens les plus propres à la contrebalancer appartient en réalité à la pédagogie du jugement et du ralauunement.
LECTURES
G. GoMPATRÉ. L'éducation intellectuelle el morale de l*enfani, p. i7l, i7ft. Bernard Pérez. L'éducation intellectuelle dèe le berceau, ch. u. p, B3, 7U. — Â. Bain. La science de l'éducation, liv. I, ch. nx, p. 17, iO, — M"»* Nnukish uk Saussure. L'éducation progressive. (Etudes de la vie des femmes, t, II, Uv. U, ch. V.) — E. Legouyé. La lecture en actiont p. âSé. — Hoi^i^iw, Traité des études^ t. II, ch. m, iv* article. — François Guizot. Instruction publique. UUucation. Extraits par Félix Cadet, p. 226. — Félix Pécaut, L'éducation publique et la vie nationale, p. 107.
SUJETS A TRAITER
1. Moyens pratiques dont Téducation dispose pour cultiver U mémoir» de» enfants. Qael est à ce sujet votre avis sur les procéd/tê innémoUaMniuntmi
2. Commenter et critiquer Tavis de Montaigne qui préf^alt « um ikia ïMn laite à une t6te bien pleine ».
3. Quel doit être le rùle de la raii>on en ce qui a>ùcero« i'»»iiQcioihu d»§ idées? En tirer des applications pédagogiques*
4. Règles pédagogiques fovoratiies au dévetoppefoeot de la m^imk^i {indi* qué par le programme de i** ann^).