‹ Leçons de psychologie appliquée à PéducationChapitre 66 sur 133 · Z.A CULTURE DE L'IMAGINATION · texte numérisé non relu

Z.A CULTURE DE L'IMAGINATION

I. Principe général de cette éducation. — « L'imagination et /intelligence, ditBossuet, s'unissent et s'aident ou s'embarrassent mutuellement. Ainsi, selon qu'on en use, cette faculté peut grandement nuire ou servir. L'expérience fait voir qu'une imagination trop vive étouSé le raisonnement et le jugement. Le bon usage

I est de rendre l'esprit attentif, de soutenir et fixer la pensée. Le mauvais usage est de la laisser décider. »

I L'éducation de l'imagination doit donc être à la fois une culture et une discipline : tel est le principe que nous devons poser tout d'abord.

I U. Limites de la culture de l'imagination. — En un certain sens,

I si nous considérons l'imagination dans l'acception la plus élevée de ce mot, comme la faculté créatrice du poète, de l'artiste, du savant de génie, le développement de cette faculté « n'entre, comme le fait remarquer Bain S dans aucun plan d'éducation, parce que c'est un travail au-dessus de celui de l'école, bien que

! toutes les manières d'enrichir notre intelligence puissent y contribuer». Aussi fautril, de la part (du maître, une étude souvent très

' difficile à mener à bien, pour discerner dans chaque enfant, avec la nature de ses goûts, le caractère et la portée de son imaginalion. A cet effet, il doit donner à l'écolier une certaine liberté d'esprit, la faculté de choisir, par moments, les exercices qui lui conviennent, car « tout est individuel, dit M"* Necker de Saussure, dans les effets de l'imagination, et Fcbservation attentive est ici indispensable ».

On peut lire dans les Notices de François Arago que le jeune Fresnel, qui devint plus tard un ^rand physicien, était méconnu de ses ! maîtres et par contre appelé par ses camarades a Thomme de génie » . Fresnel avait calculé, avec une grande précision, la longueur et le

(1) A. Bain. La science de Véducation. Paris, F. Âlcan:

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diamètre intérieur de petits canons de sureau qui devaient donner à ces engins la portée maxima, et il avait aussi déterminé la nature des bois secs ou verts qui pouvaient le mieux servir à la fabrication des arcs. Ses camarades, mieux renseignés que ses maîtres, furent donc les premiers à pressentir Tavenir scientifique du jeune Fresnel, dont le génie inventif se révéla dans de simples jeux d'écoliers.

Il y a donc dans l'imagination un premier fonds de spontanéité individuelle que nulle éducation ne peut suppléer, là où il fait naturellement défaut. C'est la vérité que Boileau reconnaît au début de VArl poétique, lorsqu'il déclare que c'est en vain qu'un téméraire auteur

Pense de l'art des vers atteindre la hauteur, S'il n'a subi des dieux Tinfluence secrète.

Si le ciel en naissant ne Ta formé poète.

III. Influence du milieu sur la culture de Timagination. — Cependant l'imagination a besoin de matériaux empruntés au monde réel ; et c'est par là tout d'abord qu'elle est susceptible de culture. Rien n'égale l'influence exercée sur l'imagination de l'enfant par le milieu dans lequel il vit.

« C'est surtout, dit M°*® Necker de Saussure, quand leur être tout entier est en activité, au sein de cette nature qui a pour eux tant de charme, que les enfants font provision d'agréables souvenirs. C'est alors qu'ils acquièrent l'expérience qui leur fait éprouver dans la lecture certains plaisirs auxquels succèdent des plaisirs plus élevés encore. Les jouissances ici naissent parfois de légères peines. S'ils ont bravé l'ardeur du soleil, souffert de la fatigue, de la soif, essuyé les intempéries de l'air, ils comprendront plutôt la poésie ; l'obscurité des bois, la fraîcheur des fontaines, le murmure des eaux, l'abri que peut offrir la grotte solitaire ou la chaumière du pauvre auront leur prix. Ce sont alors des sentiments, c'est la vie que les œuvres de l'art raniment en les embellissant. »

Dans ce trésor de souvenirs et d'images qui s'amasse au fond de l'âme pendant les premières années de la vie et où l'imagination puisera plus tard les matériaux de ses créations, il faut faire aux émotions une place importante, non pas seulement aux émotions agréables et joyeuses, mais même aux émotions pénibles et tristes.

Il serait en effet dangereux de soustraire l'enfant, sous prétexte d'une fausse humanité, à la douleur et au spectacle de la douleur

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d'aulpui. On lui donnerait une fausse idée de la vie réelle : « Son cœur, dit Jean-Jacques Rousseau, n'étant ému de rien ne connaîtrait ni l'attendrissement de l'humanité, ni la douceur de la commisération ; il serait un monstre parmi ses semblables. » L'imagination est étroitement liée à la sympathie : c'est elle qui nous fait entrer dans le sentiment des autres, nous dispose à partager leurs joies et à compatir à leurs souffrances.

Quels que soient cependant les bons effets de la douleur pour exciter l'imagination et la sympathie chez l'enfant, il est encore préférable de multiplier chez lui les émotions agréables. Elles laisseront dans son esprit des images attrayantes, saines et fortes, le plaisir étant le plus énergique stimulant de l'activité de l'âme ; elles le disposeront à espérer dans un meilleur avenir, même aux heures de douleur et d'abattement, car l'imagination optimiste, en faisant entrevoir la perspective de jours réparateurs, console et fortifie ceux qu'accable une douleur présente.

Voyons comment ces principes généraux trouvent leur application dans les différents exercices de Técole.

IV. Utilité des cours de récole. — Tous les exercices de l'école peuvent mettre en œuvre l'imagination, mais il en est qui se prêtent tout particulièrement à la culture de cette faculté: tels sont, par exemple, les premiers exercices de langage, les travaux manuels et le dessin, la musique et le chanta l'étude de la langue maternelle, de l'histoire et de la géographie, et des sciences physiques et naturelles.

!• Les exercices de langage n'ont d'autre objet que de faire connaître à l'enfant ce qui doit l'intéresser dans le milieu où il vit et de l'exercer à exprimer, à raconter ce qu'il a vu, ce qu'il a perçu. Ces exercices que l'instituteur détermine et coordonne lui-même, au commencement de l'année scolaire, conviennent, par excellence, aux enfants du cours élémentaire. Ils ont pour effet immédiat d'exercer les sens, de provoquer l'esprit d'observation, de fixer dans la mémoire, par le langage, les résultats des perceptions ; enfin, ils fournissent à l'imagination, suivant un principe déjà énoncé, les matériaux nécessaires à ses créations.

2® Ces exercices se complètent naturellement par les travaux manuels et le dessin.

Dans l'éducation frœbélienne, qui a surtout pour but de tirer parti de cette tendance naturelle de Tenfant à composer, à inventer, les jeunes écoliers sont exercés à imiter les objets qu'ils ont déjà vus

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I et examinés en tous sens, à faire de petites constructions et à reproduire, par le dessin, ces constructions et ces objets. Dès le début, le maître indique aux enfants les travaux qu'ils doivent exécuter et les moyens les plus simples qu'il convient d'employer; bientôt après, il leur laisse, du moins à certains moments, la liberté de choisir les exercices qui leur plaisent et de chercher les procédés d'exécution.

« Chez Pestalozzi, dit Gauthey, le dessin était surtout un art d'imagination. Avec quelques données, les élèves inventaient toutes sortes de figures et de combinaisons de figures, et souvent ils arrivaient à des résultats très remarquables sous le rapport de l'originalité et de l'élégance. »

Par ces exercices, d'une très grande variété, l'imagination de l'enfant est à la fois mise en action et disciplinée, car elle est toujours en étroit contact avec la réalité.

Cependant on peut et on doit appliquer tout de suite les enfants au travail de la composition littéraire, auquel ils sont déjà exercés, même dans le cours élémentaire, pendant les leçons de travail manuel. Quand ces enfants auront été mis suffisamment en face des choses qu'ils peuvent percevoir dans leur famille, dans l'école, au village, dansles champs, en un mot dans le milieu où ils vivent, il faudra les leur faire raconter et décrire, dans une proportinii graduellement élargie et dans l'ordre indiqué ci-dessous.

Le maître fait trouver aux enfants les idées qui se rapportent au sujet de composition qu'il a choisi ; il leur apprend à coordonner ces idées et à les exprimer correctement. Sous la direction du maître, les élèves développent ainsi le suget ; de retour à leurs places, ils reproduisent ce développement sur les ardoises ou dans leurs cahiers.

Plus tard, le maître exerce les enfants à trouver eux-mêmes les idées qui conviennent au sujet, dans un ordre qui ne peut pas être l'ordre logique et définitif. Les élèves coordonnent ensuite ces idées et en recherchent eux-mêmes l'expression.

Enfin les enfants recherchent seuls les idées contenues dans le sujet, leur coordination et leur formule.

3^ La musique et le chant sont aussi un excellent moyen de culture de l'imagination.

Les chants collectifs mettent en mouvement l'imagination en faisant battre le cœur, non seulement par le charme et la puissance de Taudition musicale, mais encore par la beauté de l'inspiration et des vers du poète. Lé cœur, une fois ébranlé, ébranle tout le reste; c'est ainsi que la musique « peut indirectement et jusqu'à un certain point susciter des images ». C'est donc avec raison que Luther déclarait qu'il ne regardait pas un maître d'école qui ne savait pas chanter.

Dans le quatrième volume de son histoire, Michelet exprime le vœu que nos vieux chants nationaux soient enseignés et vulgarisés: « Quel-

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que blasés que vous soyez, dit-il aux Français d'aujourd'hui» gardes toujours bon souvenir à ces aimables poésies, à ces doux chants de vos pères, dans lesquels ils ont exprimé leurs joies, leurs amours, à ces doux chants qui touchèrent le cœur de vos mères et dont vous êtes nés.»

4* L'étude de la langue maternelle, par les exercices qu'elle comporte, fournit à Timagination la meilleure des cultures. C'est dans ces exercices si variés, contes, fables, poésies, récits dramatiques, lectures et exercices de récitation, compositions littéraires, qu'on peut, en effet, le mieux développer l'imagination et en même temps la régler en lui donnant pour contre-poids une culture correspondante du jugement.

a. Les contes fantastiques plaisent à tous les enfants. Pas** sionnés pour le nouveau, l'extraordinaire, le hardi, les enfants sont toujours intéressés et enthousiasmés par les descriptions de sites merveilleux, de palais féeriques, de costumes éblouissants, qui illustrent ces récits, et par la force et le courage des héros fictifs pour lesquels ils se passionnent, sans se laisser entraîner trop loin, car ils excellent, en général, à distinguer très vite le domaine du réel de celui de l'invention fabuleuse. « Dans un monde fantastique, rien n'est pris au sérieux. Qui ne rit pas aux marionnettes quand Polichinelle jette sa femme et ses enfants par la fenêtre*? »

Puisque les contes leur plaisent, ne les sevrons pas d'un plaisir innocent qui convient à merveille à leur âge et à leurs goûts.

« Non, a dit Stahl, dans la préface d'une édition de Perrault, non, il ne faut pas craindre le merveilleux pour les enfants. Outre que beaucoup s'en amusent qui ne sont pas plus dupes que nous ne le sommes des contes à dormir debout que nous nous faisons à nous-mêmes, alors que nous nous mettons à la recherche des causes et des effets, ceux qui en sont dupes, pendant l'âge où ils peuvent l'être, en rabattent aussitôt qu'il le faut, et tout ce qu'ils doivent en rabattre

Bref, les châteaux des fées, ces premiers châteaux en Espagne de Thomme à son berceau, sont de ceux qu'on peut bâUr, y compris les châteaux de cartes, les plus charmants, les plus commodes, las plus magnifiques et les moins chers. »

Toutefois, ces contes fantastiques, qui récréent l'enfant dans la famille, ne peuvent guère trouver place dans le programme de nos écoles primaires : ils sont trop puérils, même pour les en&mto du cours élémentaire, auxquels conviennent déjà les contes moraux et les fables.

0) M»* Necker de Saussiire.

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b. Les enfants aiment franchement les contes moraux et les fables, car ils s'intéressent aux personnages en scène, dont les uns leur sont sympathiques et les autres antipathiques ; il leur est agréable, en outre, de voir aboutir ces récits au dénouement qu'ils désirent, quoiqu'ils éprouvent des émotions non moins vives lorsque le dénouement est contraire à celui qu'ils ont pressenti.

D'ailleurs, l'enfant a besoin qu'on lui déguise l'austérité de la vérité morale sous le charme de la poésie et de la fiction. Ainsi, dit Lucrèce, on recouvre de miel un breuvage amer pour décider l'enfant à le boire et pour lui rendre ainsi la santé.

c. D'une manière générale, la poésie nous émeut par la richesse, le nombre et l'harmonie du style, la vivacité et la hardiesse des images, la puissance et l'élévation de la pensée. Tout s'anime, tout prend des proportions étranges « aux accents inspirés d< cette musique que tout homme porte en soi* ».

Le pouvoir de la poésie en éducation est évident, car goûter les œuvres des poètes n'est jamais un plaisir paresseux. Son influence sur l'imagination des enfants peut même être très vive ; elle sera très salutaire si on fait lire aux jeunes écoliers et si on leur fait apprendre par cœur des œuvres poétiques choisies avec le plus grand soin et appropriées à leur intelligence. Chez nos grands poètes, ces œuvres abondent; on y trouve, alliées avec un art merveilleux, la belle langue et la belle doctrine.

d. Les exercices de langage et de travail manuel, les lectures et les exercices de récitation, les récits dramatiques et les descriptions pittoresques concourent à remplir l'esprit des enfants d'idées claires, d'expériences, de vérités sensibles, de conceptions de formes, de couleurs et, par suite, d'images. Alors seulement les enfants peuvent être exercés avec succès à la composition littéraire, laquelle met [tout particulièrement en jeu l'imagination, qu'on peut définir la faculté de composer. Il est en effet absurde d'exiger des jeunes écoliers qu'ils composent des récits, des descriptions, des discours, des lettres, si on ne leur a pas déjà donné les moyens de rassembler les matériaux nécessaires à ces divers genres de compositions : « On ne tire pas sur une caisse vide, » a dit M. Gréard.

5** Dans lesleçons d'histoire, le maître doit peindre en traits vigou-

(1) Lamartine. Discours de réception à F Académie française.

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reux et saisissants les personnages et les époques et mettre en pleine lumière, par des descriptions qui feront tableau dans Timagination des enfants, les croyances et les mœurs de nos ancêtres, et surtout, dans les leçons récapitulatives, l'effort immense et prolongé du peuple à travers les âges, pour conquérir son indépendance et ses libertés.

« Les faits racontçs, dit M"^ Pape-Garpentîer, doivent être présentés d'une manière animée et pittoresque. Que Tinslituteur y mette un peu de cette action qui est recommandée à l'orateur, afin que son récit fasse tableau dans l'imagination des petits élèves. Les enfants dans un récit aiment ce qui est dramatique. Nous devons donner du mouvement à nos figures; il faut les faire parier, agir, Yivre eu un mot. » Dans VEducation des filles, Fénelon recommande d'animer les récits de tons vifs et familiers, de faire parler les personnages, que les enfants croiront ainsi voir et entendre.

Peut-être pourrait-on faire d'excellents livres d'histoires en expurgeant les œuvres de nos anciens chroniqueurs français, dont la langue un peu fruste ne manque ni de grâce naïve, ni de finesse.

« La France, dît Michelet, atteignit du premier coup dans Froissart, ce Walter Scott du moyen âge, avec la netteté, la perfection de la forme narrative. Froissart c'est vraiment la France du xiv« siècle, au fond toute prosaïque, mais chevaleresque dans la forme et gracieuse d'allure De château en château, d'abbaye en abbaye il

conte, il écoute de belles histoires, comme nous le voyons dans son voyage aux Pyrénées, cheminant, le joyeux prêtre, avec les quatre lévriers qu'il mène en laisse au comte de Foix. »

6® La géographie est une des sciences qui mettent le plus en action rimagination reproductive. 11 faut qu'en prononçant les noms des océans, des montagnes, des pays, etc., etc., l'image des accidents et des lieux géographiques apparaisse à l'esprit, qui doit en même temps mettre à leur place ces accidents et ces lieux. Par suite, les procédés d'enseignement doivent être, par excellence, intuitifs ou tout au moins descriptifs. La nature elle-même sera ici, autant que possible, l'instrument direct d'éducation.

Le maître décrira les grands travaux entrepris par l'homme pour faire servir la nature à ses fins, pour faciliter les communications entre les divers pays et pour rapprocher les peuples, c'està-dire les merveilles les plus grandioses peut-être de la science humaine qui, il y a deux siècles, avaient arraché à Bossuet luimême, dans le Sermon sur la mort, comme un chant de triomphe.

Des lectures extraites des œuvres d'écrivains qui se sont illustrés dans la partie descriptive de la science géographique doivent compléter cet enseignement; mais ce sont surtout les récits

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des voyages des grands explorateurs qui intéressent vivement les enfants et qui peuvent même exalter l'imagination de quelques-uns d'entre eux. Aussi le maître doit-il faire, avec un soin tout particulier, le choix de ces lectures et de ces récits, pour ne pas faire naître, dans l'esprit de quelques-uns de ses auditeurs, l'image obsédante de quelque odyssée romanesque.

7° Pour contenir la fougue de l'imagination^ rien ne convient mieux que l'étude des sciences physiques et naturelles. Cette étude développe par excellence le goût de l'observation qui est la source des idées nettes et précises. Elle exige une méthode rigoureuse ; or la méthode, c'est la marche régulière et logique, <i'est l'initiation progressive et prudente à la vérité. Dès lors, quelle gymnastique pourrait être plus propre à faire acquérir à l'enfant ces habitudes d'ordre et de discipline qui sont la condition de tout progrès intellectuel sérieux et durable? C'est ainsi que l'enfant est mis en garde contre les préjugés dus souvent à des écarts de l'imagination et que l'étude des sciences de la nature contribue en lui à la « purification de l'esprit ».

Cette étude peut même développer, chez quelques enfants privilégiés, la faculté de s'étonner d'un fait très ordinaire, auquel les ignorants ou les étourdis n'attacheraient aucune importance, et qui, dans un esprit scientifique, devient le point de départ d'in^ductions anticipées, d'hypothèses plus ou moins ingénieuses mettant vivement en jeu l'imagination. A l'observation des faits se joint ici la généralisation par induction. L'idée de loi se dégage peu à peu, dans l'esprit de l'observateur attentif, de l'étude de la réalité sensible. L'enfant comprend déjà l'ordre et l'harmonie qui régnent dans la nature, et son esprit peut, du moins par moments, s'ouvrir ainsi à de hautes idées, quoique son instruction scientifique soit élémentaire. En même temps que son esprit d'observation s'accentue et que sa raison s*élève jusqu'à l'idée de loi, son imagination peut grandir sans devenir la « folle du logis ». Le monde fictif n'est d'ailleurs si différent du monde réel que parce que le monde réel est insuffisamment exploré et connu, et l'imagination ne flotte dans les chimères que parce que l'esprit n'a perçu la réalité que sous des formes incertaines. Obliger l'enfant à saisir la réalité de près et dans ses détails essentiels, comme le maître doit le faire à l'occasion de cet enseignement, c'est donc modérer sa fantaisie, en mettant en œuvre l'imagination réglée et, par suite, féconde.

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