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LE JUGEMENT

I. Nature du jugement. — Le mot jugement dans la langue courante désigne tantôt une opération de l'esprit, tantôt une [acuité intellectuelle. Le jugement, considéré comme faculté de juger, se confond avec Tintelligence même, ou plutôt, avec cette partie essentielle de l'intelligence que les philosophes appellent proprement la raison.

Le jugement, considéré comme opération, peut se définir Tacte par lequel l'esprit aperçoit et affirme des rapports soit entre les choses, soit, plus ordinairement, entre les idées.

II. Modes du jugement. — Le jugement est d'abord spontané ; à mesure que l'intelligence croit, il devient réfléchi.

Le jugement spontané a pour objet immédiat les choses mêmes en présence desquelles l'esprit le forme, et il consiste à affirmer un rapport donné dans les choses. Exemple : Il fait chaud, le soleil brille, je pense, j'existe, etc.

Le jugement réfléchi a pour objet immédiat les idées que l'esprit a déjà formées après avoir perçu les choses, et il consiste à affirmer un rapport posé avec les idées mêmes. Exemple : 2 et 2 fout 4 ; la somme des angles d'un triangle == 2 droits.

Le jugement spontané précède l'acquisition et l'élaboration des idées dont il est lui-même la condition. On pourrait donc l'appeler aussi jugement concret ou intuitif. C'est par des jugements de cette sorte que se manifeste l'intelligence des jeunes enfants quand ils n'ont pas encore l'usage de la parole.

Au contraire le jugement réfléchi suppose l'existence préalable des idées dans l'esprit et leur comparaison préalable. U est donc abstrait et comparatif. H s'accompagne le plus souvent d'une proposition. Aussi les grammairiens définissent-ils généralement la proposition en disant qu'elle est l'énonciation verbale d'un jugement. D'où il suit que tout jugement spontané devient réfléchi aussitôt que nous l'énonçons dans une proposition.

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Au jugement réfléchi convient seule la définition traditionnelle donnée du jugement par presque tous les logiciens : juger c'est apercevoir ou affirmer un rapport entre deux idées.

m. Importance du jugement. — Le jugement doit être considéré comme Tacte essentiel deTintelligence : c'est en jugeant que nous connaissons et comprenons toutes choses.

Ni la sensation, ni Fimage, ni Tattention, ni la mémoire ne peuvent remplir ce rôle. En effet la sensation n*est pas encore la connaissance, elle est seulement Foccasion et la matière ; l'image n'est que l'écho de la sensation ; l'attention prépare la connaissance mais ne la constitue pas ; la mémoire la conserve et la reproduit, mais par cela même la présuppose. U n'y a donc connaissance véritable qu'au moment où Tesprit, des sensations ou des images étant données sur lesquelles se fixe son attention, les distingue, les compare, aperçoit et affirme les rapports qu'elles ont soit entre elles, soit avec leurs causes, soit avec lui-même.

Aussi le jugement, au moins sous sa forme spontanée, intervient-il même dans les fonctions inférieures de l'intelligence. Percevoir, c'est juger qu'une sensation est produite par un objet ; se souvenir, c'est juger qu'une idée correspond à un événement passé.

A plus forte raison le jugement est-il impliqué dans toutes les opérations intellectuelles. Abstraire, ce n'est pas seulement faire attention une seule qualité dans un objet, c'est aussi juger que cette qualité distincte des autres est distincte de l'objet lui-même ; généraliser, ce n'est pas seulement abstraire l'ensemble des qualités communes à plusieurs objets, c'est aussi juger que cet ensemble est le même dans ses objets et dans une infinité d'autres semblables. Enfin, nous le verrons plus tard, le raisonnement n'est lui aussi qu'un cas particulier du jugement.

C'est pourquoi Kant a défini l'entendement la faculté de juger, et les mots intelligence, raison, jugement sont à peu près synonymes dans la langue courante.

IV. Analyse du jugement. — On peut distinguer dans tout jugement une matière et une forme.

La matière y ce sont les choses à propos desquelles on juge, soit qu'à ce moment même ces choses soient présentes à nos sens, soit qu'elles soient remplacées par des idées, elles-mêmes incorporées à des mots. C'est ce dernier cas qui a toujours lieu dès qu'on réfléchit sur un jugement, même porté en présence

des choses. Par exemple dans ct? jiig\HUOiU î oo jkh^mvh^ v^m^

la matière c'est le papier et sa blancheur, ou \A\{\k^\ Wtk uUu*m \\\\

Tun et de Tautre, avec les moU qui Ioh o\|U'iuuiut

Il s'ensuit que, dans la maU^^e do toul juKi^uu^U, lu vôil^^HhUi dégage nécessairement deux idi^oa, Tunt^ m^ol, Vmivii MMrd'Ul, celle-ci afl&rmée de celle-là. D*où la diMlatlioa irAriKloln . jUH^h c'est affirmer quelque chose do qu(^l({uo chdtf^, il^ fju'oM HlDriiiii est l'attribut ou, comme on dit qui)l({unfoiM, h « pr^Utmt « t htt dont on affirme est le sujet du jugomctiL

La forme^ c'est d*abord le rapport que Vufk\Mi i$\Mt^n\i HhUh in sujet et Fattribut, rapport d'identité ou iUff^^imim, fi /^K^M M d inégalité, de subordioation ou d*itnUiimuUifu:i*.,

Laforme, c'est eneoreraeteiii^/ g^mriM^ K^HnUUèUt fUè ^fi^i/c^iKh^ f par lequel il affirme ce rappori, U crf/ii k ^ rl^i^lM > ^ 4 v^v^'ttA j^ termes, c'est raffinDalmi^ la croyM$MUtf,

La f<»ixie dxL jug&Detai ^'^ixyrmxK 4jm^ h y^'^^A^^ '.v^/Vi iU* \A>'^i//(f qui est tout à la im it^gs» <lu r^yp<M tJi Jlv tî*j/,uv 4< ) Mo tion.

Hfi l££ uni clasfiéf' cit plu«i<«u?'i- I^jv^'U» (lifl<.i<frM;» mi io (wr iéefii quantitié, quaiiU:, muûnUi* *i uiuiu^u

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256 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE A L*ÉDDCATION

3^ Outre la qualité du verbe, on peut aussi considérer sa modalité, selon que l'attribut est simplement affirmé ou affirmé comme nécessaire; d'où les jugements contingents, exemple : je souffre; il fait froid, et les jugements nécessaires, exemple : ce qui est, est ; 2 et 2 font 4.

Si nous envisageons l'attribut d'un jugement, il peut avoir avec le sujet des rapports de bien des sortes. C'est le point de vue appelé relation.

La distinction la plus générale est, ce semble, celle des jugements analytiques et synthétiques.

Un jugement est analytique quand l'attribut est une partie extraite du sujet, c'est-à-dire une idée qui était contenue par avance dans l'idée du sujet, et que le jugement en a simplement fait sortir, exemple : le triangle a 3 côtés; tout corps est étendu. Lejugement est synthétique quand l'attribut est ajouté au sujet dont il ne fait pas partie, c'est-à-dire quand il constitue une idée nouvelle qui n'était pas déjà contenue dans l'idée du sujet, mais que le jugement combine avec celle-ci, exemple : le triangle est le symbole de la divinité; ce corps est chaud.

Le jugement analytique affirme un rapport d'identité totale oa partielle entre le sujet et l'attribut; le jugement synthétique affirme un rapport de liaison entre le sujet et l'attribut.

Le premier est toujours évident et nécessairement vrai, mais il ne nous apprend rien de nouveau. Il rappelle ce que nous savions déjà. * Les définitions, les a vérités de La Palisse », ou, comme les appellent les logiciens, les tautologies (dire deux fois la même chose) sont des jugements identiques. Le second seul est instructif parce qu'il élargit notre connaissance, mais il n'est pas évident et a besoin d'être démontré.

5® Si l'on considère non plus les jugements en eux-mêmes, mais la manière dont nous les formons, on distingue les jugements à priori dans lesquels l'attribut est affirmé du sujet avant que leur rapport ait été aperçu dans l'expérience, exemple : La ligne droite est plus courte que la ligne brisée ; tout fait a sa cause, et les jugements à posteriori dans lesquels l'attribut n'est affirmé du sujet qu'après que leur rapport a été perçu dans l'expérience, exemple : la chaleur dilate les corps; l'eau est composée d'oxygène et d'hydrogène.

YL La Croyance. — En même temps que les jugements diffèrent ainsi les uns des autres soit par la nature des termes ou idées qui les composent, soit par celle des rapports aperçus entre ces termes, ils se ressemblent tous par la présence d'un élément identique, invariable, essentiel : l'affirmation. Mais affirmer, c'est croire. Il ne suffit pas, pour affirmer, par conséquent pour juger, de penser deux idées, de penser un rapport entre ces idées; il faut croire à la réalité ou à la vérité de ce rapport.

La croyance peut se définir : L'acte par lequel l'esprit attribue à ses idées une signification et une valeur au dehors de sa propre pensée. En s'ajoutant aux idées, la croyance en fait les signes ou

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