LS JUGEMENT
même les équivalents de la réalité. Bien plus> elle les identifie avec les choses mêmes.
La croyance, comme le jugement dont elle est inséparable, peut être spontanée ou réfléchie.
La croyance spontanée est antérieure au doute et à Texamen; elle a toutes les apparences d'une intuition immédiate des choses mêmes. Croire ainsi^ c'est identifier ses propres idées aux choses.
La croyance réfléchie succède au doute et à l'examen. L*esprit n'y confond plus ses idées avec les choses : il établit seulement une corrélation entre les unes et les autres, il interprète ses idées comme signes des choses.
L'enfant, Fhomme ignorant et irréfléchi, n'a que des croyances spontanées. La croyance réfléchie est le propre d'un- esprit formé par l'expérience et l'étude. En outre, la croyance est susceptible de degrés : elle peut être plus ou moins forte, plus ou moins stable. Quand elle est absolue, entière, on l'appelle tantôt certittide, tantôt foi, selon que les motifs du jugement sont d'ordre intellectuel qu d'ordre moral ét religieux. Accompagnée d*une tendance plus ou moins forte à concevoir et à croire le contraire, elle s'appelle opimon ou simplement croyance. Enfin, quand l'esprit tend en même temps et avec la même force à deux croyances qui s'excluent réciproquement, ou lorsqu'il ne tend ni à Tune ni à l'autre, cet état d'équilibre ou d'indifférence est le doute,
VU. Les qualités et les défauts du jugement. — Tout jugement se pose lui-même comme une affirmation de ce qui est. U s'ensuit que la qualité essentielle du jugement c'est son accord avec les choses^ en d'autres termes sa vérité. Ce que nous affirmons estil vrai ou faux ? Telle est la question capitale pour notre intelligence.
Or si Ton compare entre eux les hommes sous ce rapport, on voit que les uns ont une sorte d'aptitude ou tout au moins de facilité naturelle à discerner le vrai, tandis que les autres, dans des conditions identi(][ues, se laissent plus volontiers induire en erreur. On dira des premiers qu'ils ont un jugement droit ou sûr, des seconds qu'ils ont un jugement faux, D'ime manière générale, on dit d'une personne qu'elle a du jugement, lorsqu'elle distingue aisément le vrai du faux, surtout dans les affaires de la vie pratique, lorsqu'elle se rend compte exactement de ce qu'elle dit, de ce qu'elle fait, lorsqu'elle ne commet pas d'erreurs dans ses appréciations sur les personnes et les choses, lorsqu'elle donne de sages conseils et d'utiles avis.
Dans ce cas le jugement n'est autre chose que le bon sens, c'està-dire la rectitude naturelle de l'esprit.
PSYCH. APPL. A l'ÉDUC. i7
On confond souvent le bon sens avecle sens commun. Il importe de les distinguer.
!• Le sens commun nous paraît consister dans une disposition naturelle ou acquise à accepter les idées remues, à prendre pour guide Texpérience universelle, à tenir pour vrai ce qui a été consacré par Topinion générale dans la suite des générations.
Les penseurs s'en défient avec raison : « Voyant, dit Descartes, plusieurs choses qui, bien qu'elles nous semblent fort extravagantes, ne laissent pas d'être communément reçues et approuvées par d'autres grands peuples, j'apprenais à ne rien croire trop fermement de ce qui ne m'avait été persuadé que par l'exemple et la coutume. »
Presque toutes les grandes vérités scientifiques, beaucoup de grandes vérités morales ont été pendant longtemps rejetées et combattues comme contraires au sens commun.
2^ Le bon sens a plus de spontanéité, de liberté. Son premier caractère est de voir juste, d'une vue nette, prompte et directe. II ne rejette pas sans doute la tradition, mais s'il accepte le témoignage du genre humain, ce n'est qu'après l'avoir contrôlé.
Où le sens commim se soumet, le bon sens adhère. Le sens commun peut se passer d'attention, de réflexion ; le bon sens, non; il implique toujours l'activité de l'intelligence.
Un degré supérieur dans les qualités du jugement, c'est l'aptitude à discerner des vérités plus profondément cachées, à saisir des rapports plus complexes ou plus subtils. On dit d'une personne qui est ainsi capable de voir plus avant dans les choses, qu'elle a un jugement pénétrant; on parlera aussi de la finesse de son jugement: ces qualités sont plus rares que le bon sens, mais elles sont aussi d'un usage moins nécessaire dans la pratique ordinaire de la vie.
Enfin certaines personnes peuvent bien juger, mais à la condition d'examiner et de réfléchir longuement. D'autres, au contraire, aperçoivent la vérité du premier coup, comme dans un éclair. C'est là ce qu'on appelle la promptitude et la lenteur du jugement.
VIII. Les causes principales des erreurs de jugement. — «Il n'est rien de plus estimable, dit Nicole, que le bon sens et la justesse de l'esprit dans le discernement du vrai et du faux. »
Cependant, quoique Descartes ait dit : «Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée, » rien n'est plus commun que. les