CHAPITRE XXV
PÊDAGOOIB DU JUGEMENT
I. Principes généraux de Téducation du jugement. — Puisque le
jugement consiste à apercevoir un rapport entre deux termes rapprochés par l'esprit, la condition essentielle de sa justesse est évidemment la conception claire des termes ainsi rapprochés. Exercer les enfants à observer, à réfléchir, à abstraire et à comparer, en un mot k généraliser, c'est déjà les mettre en état de juger, de penser juste. D'autre part, comme les idées sont exprimées par des mots, l'étude de la langue maternelle, en faisant connaître aux enfants le sens exact des mots, contribue tout particulièrement à la culture du jugement.
£n tout cas, la perception afQrmative des rapports qui existent entre les idées, étant un véritable acte intellectuel, exige chez l'écolier une certaine spontanéité, une certaine liberté d'esprit. Si le maître découvre et formule lui-môme ces rapports, Tintelligence» de l'élève, ainsi inactive, ne peut acquérir, faute d'effort, ni cette rectitude ni cette souplesse qui caractérisent un esprit juste et exercé. En outre Tenfant n'éprouve pas cette joie qui naît de l'effort récompensé par le succès et qui est le plus vif stimulant ,de l'activité intellectuelle.
Penser pour quelqu'un dont on veut développer l'intelligence, autant vaudrait faire des exercices corporels pour accroître che autrui la vigueur et l'agilité musculaires.
« Je voudrais, dit Montaigne, que le Paluel ou Pompée, ces beaux danseurs de mon temps, apprissent des cabrioles à les voir seulement faire, sans nous bouger de nos places, comme ceux-ci veulent instruire notre entendement sans Tébranler ; ou qu'on nous apprit à manier un cheval, ou une pique, ou un luth, ou la voix, sans nous y exercer, comme ceux ici nous veulent apprendre à bien juger et à bien parler sans nous exercer à parler ni à juger. »
L'idéal de l'enseignement primaire, quels qu'en soient les programmes, n est pas d'enseigner beaucoup,maisdebien enseigner.