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CHAPITRE XXVIII

LA RAISON

I. Les lois directrices de la pensée. — Dans toutes ses opérations, abstraction, généralisation, jugement, raisonnement, Tinteliigence obéit à certaines lois qu'elle suit d'abord sans en avoir la connaissance distincte, mais qui lui apparaissent, dès qu'elle est capable de réfléchir, conmie les conditions nécessaires de toute pensée.

Telle est cette grande loi du jugement en vertu de laquelle nous ne pouvons croire en môme temps deux propositions qui se contredisent.

On la nomme principe d'identité ou de' contradiction et on la formule d'ordinaire ainsi : ce qui est, est ; une même chose ne peut pas en même temps être et n'être pas.

Telle est aussi cette grande loi du jugement et du raisonnement en vertu de laquelle une [chose étant donnée, nous croyons qu'elle a nécessairement sa raison ou sa cause qui l'a fait être ce qu'elle est.

On la nomme principe de raison ou de causalité. En voici la formule ordinaire : Tout a sa raison ; rien n'arrive sans cause.

Il y a donc dans l'intelligence des principes sur lesquels elle s'appuie pour penser, selon l'expression de Leibnitz, comme nous nous appuyons sur les muscles et les tendons pour marcher même sans nous en apercevoir. Aussi les appelle-t-on principes directeurs de la connaissance.

Ils interviennent dans tous nos raisonnements. Par exemple, lorsque nous déduisons d'un principe donné une conséquence qui en découle, notre déduction consiste au fond à montrer que l'on ne peut pas affirmer le principe sans affirmer aussi la conséquence, parce que celle-ci rentre dans celui-là ; de sorte qu'on ne peut la nier sans nier le principe lui-même, ce qui revient à dire qu'une même chose ne peut à la fois être et n'être pas, qu'on ne

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peut dire en même temps et sous le même rapport oui et non à propos du même objet.

Pareillement quand nous induisons, nous afnnnons que si un fait s'est produit d'une certaine façon, c'est par l'effet d'une cause et que cette cause se reproduisant ou restant la même, le même effet nécessairement se répétera, ce qui revient à dire que rien n'arrive sans cause, que tout a sa raison.

Aussi, toutes les fois que les hommes discutent entre eux, qu'ils cherchent à se convaincre mutuellement, qu'ils essaient de prouver ou de réfuter une thèse, c'est toujours à ces principes qu'ils ont finalement recours ; l'essence de toute argumentation consiste à faire voir qu'on ne peut ou admettre ou rejeter une certaine opinion sans violer par cela même l'un ou l'autre de ces principes.

Us sont donc les régulateurs communs de toutes les intelligences humaines. C'est grâce à eux que tous les esprits peuvent arriA^r à s'entendre et à se mettre d'accord. Sans eux, il n'y aurait plus de distinction possible entre la vérité et l'erreur.

II. La définition de la raison. — L'intelligence, considérée comme possédant naturellement ces principes et les appliquant^ d une façon d'abord instinctive et plus tard réfléchie, à toutes les opérations de la pensée, s'appelle raison. La raison est donc la partie la plus profonde et la plus essentielle de l'intelligence. Toutes les autres facultés, sens, mémoire, imagination, opérations intellectuelles, lui sont subordonnées, soit parce qu'elles lui servent en quelque sorte de matière, soit parce qu'elles se confondent avec son action.

Le bon sens, c'est l'usage spontané et presque inconscient de la raison. A mesure que Fintelligence grandit, la raison prend de plus en plus clairement conscience d'elle-même : c'est alors qu'elle se manifeste par les différentes opérations intellectuelles, et surtout par le jugement et le raisonnement ; c'est alors qu'elle dégage les principes des applications où ils étaient d'abord mêlés et confondus et les revêt d'une formule abstraite ; c'est alors enfin qu'elle se transforme en méthode et devient la source des différentes sciences.

III. finumération des principes. — Nous n'avons distingué jusquUci que deux grands principes, mais on en reconnaît plusieurs autres qui peuvent, il est vrai, se ramener à ceux-là.

D'abord) on a parfois distingué le principe d^identité, qui se for-

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mule ainsi : Ce qui est, est ; ce qui n'est pas, n'est pas; du principe de contradiction qui se formule ainsi : une même chose ne peut pas à la fois être et n'être pas.

On a souvent confondu le principe de raison et le principe de causalité. Cependant, on peut formuler ainsi le premier : tout ce qui est a sa raison d'être. Un philosophe contemporain, M. Fouillée, en donne cette autre formule : Tout ce qui est est intelligible, et l'appelle principe de Yuniverselle intelligibilité . En vertu de ce principe, une chose étant donnée, nous cherchons toujours à la rattacher à une autre chose dont elle dépend et qui l'explique, et cela, qu'il s'agisse d'êtres et de faits concrets ou de vérités abstraites.

Le principe de causalité se formule ainsi : Tout ce qui commencf* d'exister a une cause. Il semble moins général que le principe de raison. Toute cause en effet est raison ; mais toute raison n'est pas nécessairement cause. Par exemple, un théorème de géomètre a sa raison dans un théorème antérieur. Il ne peut être question de cause que lorsqu'il s'agit de phénomènes, par exemple en physique, chimie, histoire naturelle, etc. Dans l'ordre des vérités abstraites, en logique, en mathématiques, on peut bien parler d'un enchaînement de raisons, mais les mots de cause et d'effet n'ont plus de sens.

En vertu du principe de causalité, un phénomène étant donné, nous affirmons qu'il a été produit par un phénomène antécédent ; et quoique ce phénomène antécédent nous soit inconnu, nous sommes certains de son existence, et nous le recherchons avec persévérance, assurés que, s'il nous échappe, c'est la faute de nos moyens de connaître qui sont insuffisants, et non de la réalité qui serait irrationnelle.

Non seulement nous croyons que chaque fàît a sa cause, mais nous croyons que la même cause produit toujours le même effet. Cette seconde énonciation a été souvent considérée comme un principe additionnel qui complète le principe de causalité, et on l'a appelé : principe des lois, principe de Vuniformité de la nature. La loi, en effet, c'est le rapport invariable et nécessaire qui unit les mêmes phénomènes aux mêmes causes, et l'uniformité delà nature résulte de ce que les mêmes causes agissant, les mêmes effets se reproduisent. Ce principe est la règle de toutes les inductions scientifiques et le fondement des sciences de la nature.

Aux principes de raison et de causalité on peut encore rattacher le principe de substance qui se formule ainsi : Tout phénomène implique une substance, c'est-à-dire un sujet durable et permanent. En vertu de ce principe, nous affirmons qu'il n'y a pas de manière d'être sans être, de qualité sans support; par exemple, de mouvement sans quelque chose qui se meut ; de pensée, sans quelqu'un qui pense. Dans toutes les langues humaines, on retrouve la distinction des sujets et des attributs ou des noms, d'une part, et des verbes et adjectifs, de l'autre ; cette distinction est une application du principe de substance. Les notions générales de matière et d*esprit sont aussi une conséquence de ce principe.

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Enfin on peut rattacher au principe de raison le principe de finalité ou des causes finales : Tout a un but. En vertu de ce principe, nous cherchons Texplication d'un fait présent, non pas seulement dans un fait passé qui en est la cause, mais aussi dans un fait à venir qui en est le but ou la fin. Ce principe parait moins évident que les autres, et cependant nous voyons Tenfant, à propos de chaque événement dont il est témoin, poser la question : Pourquoi? plus souvent encore que la question : Par qui ou comment ?

Mais Texpérience nous montre qu'il nous est le plus souvent impossible de découvrir les causes finales de la plupart des phénomènes, excepté quand il s'agit des actions accomplies par les hommes ou par les êtres vivants en général. Aussi perdons-nous plus ou moins rapidement l'habitude de nous poser la question pourquoi? sachant qu'elle est insoluble.

Tels sont les principes les plus importants de Tintelligence humaine. Si on les analyse, on voit qu'ils contiennent un certain nombre d'idées ou notions simples qui représentent les éléments constitutifs de toute pensée et qu'on a pour cette raison appelés notions premières ou quelquefois aussi catégories.

Telles sont les notions d'Être, d'Identité, de Raison^ de Substance, de Cause, de Loi, et de But.

Peut-être à ces notions convientril d'en ajouter d'autres qui ont le même caractère et jouent le même rôle sans entrer nécessairement comme elles dans la composition de principes. Telles seraient les notions d'unité et de nombre, de temps, d'espace, de vérité, de beauté, de bien, d'infini, d'absolu, de parfait, etc.

IV. Caractères des principes. — Les principes ont trois caractères essentiels : ils sont universels ; ils sont nécessaires ; ils sont à priori.

1® Universels, d'abord parce qu'ils sont communs à toutes les intelligences; sans doute ils ne sont connus sous leur forme abstraite que d'un petit nombre d'hommes, mais tous les admettent et les appliquent, pour ainsi dire, d'instinct; ensuite parce qu'ils sont vrais, non pas seulement d'un plus ou moins grand nombre de choses, mais de toutes choses sans exception.

2* Les principes sont nécessaires, d'abord parce que nous ne pouvons pas penser sans eux : ils sont les conditions mêmes de la pensée. L'intelligence peut manquer de telle ou telle connaissance plus ou moins importante, si l'expérience dont ces connaissances résultent lui fait déiaut : par exemple, n'avoir pas les idées de poisson, d'oiseau, etc., si elle n'a jamais eu occasion de percevoir des oiseaux ou des poissons ; elle ne sera pas pour cela incapable de s'exercer. Mais si on lui ôte les principes, on lui ôte bien plus qu'une connaissance : on lui ôte la faculté même

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de connaître. Nécessaires encore, en ce sens qu'ils ne peuvent pas ne pas être vrais. Nous ne croyons pas seulement qu'en fait tout a sa raison; nous croyons qu'en droit il en est nécessairement ainsi. Au contraire la loi physique la plus générale nous apparaît comme conditionnelle, non nécessaire, ou, comme disent les philosopheis, contingente. En fait tous les corps s'attirent en raison directe des masses et en raison inverse du carré des distances, mais en droit il pourrait en être autrement; il en est peut-être autrement dans quelque partie de l'univers inaccessible à notre expérience. Si nous attribuons à cette loi une sorte de nécessité, c'est seulement dans l'hypothèse où nous l'expliquons elle-même par le principe de raison. Elle a, croyons-nous, une raison, et tant que cette raison subsistera, les faits lui seront nécessairement conformes. Par conséquent, la nécessité relative des lois induites de l'expérience présuppose la nécessité absolue des principes.

3° Les principes sont à priori, c'estrà-dire antérieurs à toute connaissance, donnés d'avance dans la structure même de l'esprit, comme la ileur et le fnîit sont donnés d'avance dans la graine.

En fait, ils paraissent contemporains du premier éveil de rintelligence. Cela ne veut pas dire qu'ils soient explicitement pensés à part des jugements ou raisonnements qu'ils régissent, mais ils sont impliqués, incorporés dès l'origine dans ces jugements et raisonnements eux-mêmes, de sorte que juger, raisonner ou appliquer les principes, c'est tout un. Certes, l'enfant nouveau-né ne formule pas cette proposition abstraite que tout phénomène a une cause; mais à propos de tout phénomène sur lequel se fixe son attention, il cherche, il suppose, et plus tard, lorsqu'il sait parler, il demande la cause.

En droit, ils sont antérieurs à toute connaissance parce qu'ils sont les conditions nécessaires de la connaissance. Connaître, nous l'avons vu, ce n'est pas seulerrient éprouver des sensations et se représenter des images : c'est, du moins pour l'homme, à propos des sensations et des images, apercevoir et affirmer des rapports d'identité et de liaison ou de dépendance nécessaire. Or les principes sont les lois en vertu desquelles l'intelligence humaine aperçoit et affirme de tels rapports. Il s'ensuit que les principes ne peuvent ni s'induire ni se déduire de vérités qui leur soient antérieures ; car chaque fois qu'on induit ou qu'on déduit, on les présuppose. Étant évidents, ils n'ont pas besoin

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d'être prouvés; mais ils ne peuvent pas l'être, car ils sont euxmêmes les conditions de toute preuve.

V. Nature de la raison. — La raison est donc moins une faculté particulière de l'intelligence que Tintelligence elle-même dans sa fonction la plus essentielle.

Elle n'est pas seulement la faculté de raisonner. Le raisonnement est bien une de ses opérations, mais non la seule, ni peutêtre la plus importante. Il peut môme arriver que parfois le raisonnement soit en désaccord avec la raison, comme le dit Molière dans les deux vers si connus des Femmes savantes :

Raisonner est l'emploi de toute ma maison, Et le raisonnement en bannit la raison.

La raison est la faculté de comprendre ; c'est-à-dire de voir les choses, non isolément, par fragments disjoints, discontinus, mais d'ensemble, grâce aux relations nécessaires qui les enchaînent les unes aux autres et qui permettent de les ramener à l'unité.

VI. Rôle et formes* de la raison. — La nature de la raison explique son rôle dans la connaissance et la vie humaine.

Elle est tout ensemble le principe de la science, de la religion, de l'art et de la moralité.

Elle est le principe de la science, car celle-ci ne lait que reprendre et poursuivre avec plus de persévérance et de rigueur l'oeuvre commencée spontanément par l'intelligence, c'est-à-dire l'application des principes d'identité et de raison à tous les ordres de choses. Ces principes que le sens commun admet et invoque d'instinct, la science les formule explicitement et elle en fait les règles toujours obéies de toutes ses démarches.

Elle est le principe de la religion, qui, à l'origine, se confond avec la science môme, étant elle aussi une tentative pour comprendre et expliquer l'univers. Après avoir attribué tous les phénomènes à des causes multiples et souvent antagonistes, la religion s'élève à la conception d'une cause unique, universelle, à la conception de Dieu. Mais qu'est-ce que Tidée de Dieu, sinon l'idée de l'absolu qui, se développant logiquement, se complète par les idées de l'infini et du parfait? L'absolu en effet, c'est une raison qui est cause de tout le reste sans avoir elle-même de cause en dehors et au-dessus d'elle, un être tel que si nous le connaissions il nous expliquerait toutes choses et s'expliquerait lui-même. Or l'intelligence ne voit aucune raison qui puisse limiter cet être sous aucun rapport, et par conséquent elle le conçoit nécessairement comme

infini (sous le rapport de la grandeur), et comme parfait (sous le rapport de la qualité).

Elle est le principe de Vart, non sans doute unique et suffisant, puisque Tart est aussi le fils de l'imagination créatrice et de la sensibilité, mais nécessaire cependant, s'il est vrai qu'il n'y a point d'art véritable sans une certaine recherche de la beauté, et qu'il n'y a point de beauté sans harmonie et sans ordre. Le goût, qui pourrait se définir le jugement en matière de beauté . et d'art, n'est pas moins que le bon sens une forme de la raison.

Enfin elle est le principe de la moralité. Ce même besoin d'ordre qui pousse notre intelligence à soumettre tous les phénomènes de la nature à des lois, nous le transportons dans notre propre vie; nous nous efforçons aussi de raisonner nos actes, de les conformer à des lois universelles. Nous comprenons qu'il ne serait pas raisonnable de nous permettre à nous-mêmes une certaine action si nous n'étions pas prêts à la permettre en même temps à tous les autres hommes : et voilà pourquoi nous reconnaissons la justesse et la justice de ces maximes : Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit ; fais aux autres ce que tu voudrais qu'on te fît. La raison, ainsi tournée vers le gouvernement de la vie humaine, la raison pratique, pour l'appeler comme Kant, par opposition avec la raison spéculative tournée vers l'élaboration de la connaissance et de la science, n'estelle pas la partie centrale et résistante, le noyau de la conscience morale, c'est-à-dire de la faculté par laquelle nous discernons le bien du mal et connaissons notre devoir ?

Marquant ainsi toutes les autres facultés de la nature humaine à son empreinte, la raison distingue l'homme du reste de la création, et c'est pourquoi, lorsqu'on a voulu définir l'homme, on l'a toujours défini par la possession de la raison : L'homme est un animal raisonnable. On pourrait aussi le définir, et on l'a défini, par d'autres attributs, tels que la capacité de la science, de la religion, de la moralité; mais ces définitions se ramènent au fond à la première, puisque aussi bien la moralité, la religion et la science ne sont que des conséquences de là raison.

Jointe à la volonté dont elle est inséparable, la raison fait de l'homme une personne. Les animaux, les choses subissent la raison, mais n'y participent pas.

VII. La pédagogie delà raison. — On peut poser comme principe

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I général de Téducation de la raison que la raison ne peut se déve- I lopper qu'en s'exerçant-. Par suite, tout ce qui contribue à la mise j en jeu régulière et progressive des opérations intellectuelles, abstraction, généralisation, jugement, raisonnement, contribue aussi à la culture de la raison.

Il n'y a donc pas lieu d'ouvrir ici un chapitre particulier. Cependant nous devons faire remarquer que les progrès de la raison ne peuvent guère se séparer pratiquement de ceux de la réflexion. S'il est douteux que le bon sens soit à l'origine naturellement égal en tous les hommes, ainsi que le prétend Descartes, il est certain ue l'inégalité qui les distingue plus tard sous ce rapport est due en grande-partie au développement inégal de leur laculté de réfléchir. Nos premières abstractions, nos premiers jugements, nos premiers raisonnements sont spontanés; mais en cet état ils ressemblent fort à ceux dont est capable l'intelligence animale. Ce qui fait la supériorité de l'intelligence humaine, c'est qu'elle peut réfléchir sur ces opérations spontanées, d'abord très simples et très rudimentaires, se rendre compte de la façon dont elle les a faites, et les refaire en les diversifiant, à propos d'autres objets, dans d'autres circonstances, dont la complication ira désormais en augmentant à l'infini. Par la réflexion, l'homme dégage de ses premiers jugements et raisonnements les principes universels et nécessaires qui les règlent et les justifient, et une fois en possession de ces principes, il a en main une méthode avec laquelle il peut commencer à construire l'édifice entier de la connaissance et de la science.

Quant aux différents principes de la raison, principe d'identité, principe de causalité, etc., toute l'œuvre de l'éducation consiste à donner de chacun d'eux une conscience plus claire et plus distincte à l'esprit, de sorte qu'il s'accoutume à s'y référer sans cesse, à peu près comme le marin se réfère à sa boussole pour se diriger sur la mer.

Ainsi, l'étude de l'arithmétique deviendra certainement plus intéressante et plus profitable pour l'écolier, s'il voit bien que la règle suprême de tous les raisonnements et de tous les calculs, c'est la nécessité de ne pas se contredire ou de rester d'accord avec soi-même.

De même, le maître devra montrer comment toutes les observations, toutes les expériences, toutes les inductions de la physique et de la chimie appliquent et vérifient sans cesse ce grand

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principe que rien n'arrive sans cause, et que les mêmes causes dans les mêmes circonstances produisent toujours les mêmes effets.

Enfin, l'étude des sciences naturelles, même élémentaires, s'éclairera pour l'enfant d'un jour plus vif s'il parvient à bien voir que tout, dans les êtres vivants, se fait selon un plan et que chaque partie de l'organisme est adaptée à sa fin.

L'éducation de la raison considérée comme faculté de juger du beau et de l'art ne fait qu'un avec celle de l'imagination créatrice.

Pareillement l'éducation de la raison considérée comme conscience morale ou faculté de juger du bien et du mal ne fait qu'un avec celle de la sensibilité morale et de la volonté.

On pourrait dire d'ailleurs que l'éducation de la raison en général se confond avec celle de l'âme tout entière, car il n'est pas, pour ainsi dire, de partie dans notre être spirituel où la raison ne plonge ses racines.

Par exemple, toutes les fois que dans notre intelligence prédominent les impressions purement sensitives, comme les sensations et les images, les opérations plus ou moins automatiques, phénomènes de mémoire brute et d'association d'idées, on constate une diminution corrélative dans la puissance et l'activité de la raison. De sorte que faire l'éducation de ces fonctions inférieures de l'esprit, c'est du même coup rendre possible et préparer l'éducation de la fonction suprême, c'est-à-dire de la raison.

Pareillement, toutes les fois que la sensibilité devient en nous trop vive, et qu'en particulier les instincts animaux, les penchants égoïstes accaparent presque entièrement la direction de notre activité, c'est toujours en condamnant la raison à une sorte de paralysie qui l'empêche de se développer, comme si, par une loi analogue à celle qui régit l'équilibre de nos organes, l'hypertrophie de la sensibilité et des instincts avait pour conséquence nécessaire une sorte d'atronhie de la raison.

Au contraire, on remarque, entre le développement de la raison et celui des sentiments supérieurs aussi bien que de la volonté, un parallélisme trop constant pour qu'on puisse le croire fortuit. Tout ce qui fortifie en nous l'énergie morale fortifie en même temps la raison, pourvu toutefois que celle-ci soit en même temps l'objet de la culture qui lui est propre.

BossuCT. Cannaissanct de £h>i4 W ih «tu m^W, oU W, à ^^-^^^ rcncede Dieu. 1« partie» ch. m. — Coihnow fc'wuM ^HV /s'u... * > ^;v i conwflW5ance5. ch. ii. — Sri' art Mitu. >>V>»i«» ^^'.'^♦♦vl. ^ ». \ U > . S ^» v M ^S^zcfiÉTJLV. Précis élémentaire a0 phih^of^h^. V efementore de philoecphie, p. 115. Ui.- K, H^uh-vii. J a pAiçue. p. 133, 159. — P. Janet. 7>'aî<«f <^<««mi» /.'w<v^*ii/Wi«ii

SUJETS A TUAITKU

1. Expliquer cette pensée de Leibnit» : « gti" iLm toutes nos pensées et qu'Us sont nôc«H«ttlPtttt pour |»iiii«ii;r, iiMlNrlu et les tendons le sont pour marcher, qaaUm'oH »'y l^^iu» KoWff; «

2. La raison théorique et la raison prtttfmm. v^;/» /l;^ m/ii/iim: | prétendu Kant,que cè sontd«ux fm:nm MmmU:i^1 l^^n ^^:vd.|;|/.i,l I Mm^. ne dévdoDpe^^^m pas néces»«jr>wn«ot t , .i.. . .

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