‹ Leçons de psychologie appliquée à PéducationChapitre 81 sur 133 · I. — L'ÉDUCATION DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

I. — L'ÉDUCATION DE L'ESPRIT

I. L'éducation de Tesprit. — La conclusion qui résulte pournous ,de Tétude de Tintelligence, telle que nous venons, de la faire, c'est que Tesprit ne consiste pas seulement dans une collection d'idées ou de connaissances qui s'ajouteraient indéfiniment les unes aux autres au cours de la vie et qui se combineraient spontanément entre elles selon les hasards de Texpérience et de l'association des idées, mais qu'il est surtout une activité, une force intérieure qui s'exerce avec plus ou moins d'énergie et se développe d'une façon plus ou moins régulière selon les personnes, et aussi selon les directions qu'elle reçoit de la part des éducateurs. On peut dire de l'intelligence, peut-être avec plus de vérité encore, ce que Plutarque disait de l'âme : « Ce n'est pas un vase qu'il faut remplir, c'est un foyer qu'il faut entretenir. »

Le rôle de l'éducation n'est donc pas seulement d'instruire l'esprit, c'est-à-dire de le munir des connaissances indispensables en vue de telle ou telle fin particulière, mais de l'élever dans la pleine acception du terme, c'est-à-dire de porter ces diverses aptitudes naturelles au plus haut point de perfection dont elles sont susceptibles, tout en tenant compte de l'importance relative de chacune d'elles. De ces puissances,^ la plus haute, celle qui par sa nature même est appelée à contrôler et à diriger toutes les autres : c'est la raison ; par suite, l'éducation de Tesprit doit sans doute faire leur juste part aux sens, à la mémoire et à l'imagination, mais elle doit ètic surtout la culture de la raison, qui, selon l'expression de Descartes, « est ce qui nous fait véritablement hommes et nous distingue des bêtes ».

II. Les diverses formes de réducation de Tesprit. — L'éducatioii générale et l'éducation professionnelle. — L'éducation intellectuelle peut donc revêtir deux formes différentes, ou plutôt tra-

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verser deux degrés successifs, selon qu'elle s'applique à développer d'une façon harmonieuse toutes les facultés de l'esprit, de manière à transformer l'enfant en homme, ou selon qu'elle se propose de préparer l'individu à une profession particulière, et de le pourvoir à cet effet des connaissances et des aptitudes spéciales dont il aura besoin plus tard. En un mot, elle peut être générale ou professionnelle.

11 semble bien que l'école primaire, qui reçoit les enfants avant tout autre, et qui par cela même agit la première sur des esprits encore tout neufs et tout prêts à se développer dans le sens qu'on ' voudra bien leur imprimer, doit se préoccuper à peu près exclusivement de l'éducation générale. L'éducation professionnelle serait plutôt réservée à des écoles d'un caractère plus spé/^ial : écoles primaires supérieures avec sections agricole, industrielle ou commerciale, écoles techniques de commerce et d'industrie, écoles d'arts et métiers, etc.

Si les nécessités de la vie forcent les enfants du peuple à se spécialiser dans un métier plus tôt que ceux de la bourgeoisie, ce n'est pas cependant une raison pour leur refuser le bienfait d'une éducation générale qui prépare en eux l'homme et le citoyen. Bien au contraire, on doit profiter des trop courtes années passées à l'école pour faire autant que possible l'éducation de leur conscience et de leur raison.

m. Les traits caractéristiques d'un bon esprit. — Quels sont donc les traits caractéristiques de ce bon esprit que l'éducation doit se proposer de former dans chacun de ses élèves ?

11 semble qu'un bon esprit se reconnaisse à quatre signes principaux qui s'accompagnent naturellement les uns les autres.

Tout d'abord, c'est un esprit actif, libre, indépendant, qui loin de se payer de mots, de formules toutes faites, se défie des préjugés, et s'efforce d'examiner et de juger par lui-même.

C'est aussi un esprit patient, tenace, réfléchi, qui sait douter aussi longtemps qu'il faut et suspendre son jugement, au lieu de le précipiter sous l'influence de la passion ou de l'intérêt, comme le font la plupart des hommes.

C'est encore un esprit méthodique, qui procède avec ordre et par degrés, du connu à l'inconnu, du certain à l'incertain, divisant, selon les conseils de Descartes, les difficultés pour les mieux résoudre, et conduisant ses pensées des choses les plus simples aux plus composées.

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Enfin c'est un esprit ouvert, qui s'intéresse à toutes choses, tâchant de tirer de tout, par une observation attentive, des éléments dïnformation, et les classant dans sa mémoire de façon à pouvoir les utiliser en toute occasion.

Ces qualités sont au fond celles de Vesprit scienttfiquey mais elles peuvent se déployer non moins utilement hors de la science, dans toutes les circonstances de la vie pratique.

En partie naturelles^ du moins chez les âmes d'élites, elles s'acquièrent et se développent principalement par la pratique de la méthode.

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