V. Rôle du maître et de l'élève dans la méthode pédagogique
— Le maître doit-il induire et déduire seul, imposant ainsi aux enfants des inductions et déductions toutes faites, ou doit-il leur réserver une part active dans l'acquisition des connaissances? Le problème se résout de lui-môme si on étudie la nature de l'enfant.
Le besoin le plus impérieux du jeune écolier est le déploiement de son activité sous ses diverses formes. Rien ne lui est plus insupportable que l'immobilité ou la passivité. Ce besoin d'agir se manifeste en lui par des gestes, par des mouvements dispro-
I portionnés aux énwtions qu'il éprouve et aussi par le désir d'inventer et de créer. Son activité mentale ne le cède en rien à son activité physique. Il n'est pas moins curieux que remuant. Parfois même il est plus heureux d'avoir trouvé seul une vérité que de
' prendre en liberté ses ébats.
Donc, le maître qui, pendant les leçons, imposerait aux élèves une passivité rigoureuse, ou ferait rarement appel à leur initiative, donnerait ainsi la preuve d'une profonde ignorance d'un des besoins les plus naturels et les plus vifs de l'enfant et par suite d'une indéniable inaptitude professionnelle. Ce qui intéresse les élèves, ce n'est pas seulement la science du maître et la clarté de son enseignement, c'est encore et surtout son habileté à provoquer leurs réflexions, à stimuler leur esprit d'investigation, à leur faire trouver peu à peu la vérité et à leur inspirer ainsi une salutaire confiance en eux-mêmes.
£q classe, l'enfant doit être un agent et non un instrument; le
(1) Eléments de psychologie pédagogique, p. 2i9.
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maître un guide et un conseiller qui n*aspire qu*à mettre le plus possible ses élèves en état de se passer de son concours. C'est seulement lorsque la découverte et la compréhension de la vérité exigent de leur part des efforts trop pénibles ou trop prolongés que le maître la formule et l'explique sans leur collaboration.
En somme, dans la plupart des cas, il faut, comme ledit M. Maneuvrier*,que « Télève juge, qu'il enseigne, qu'illoue, qu'il blâme, qu'il expérimente, qu'il raisonne. Il faut qu'il s'essaye à tout cela sous l'œil et sous la direction du maître expert et dévoué ».
Déjà Montaigne recommandait avec insistance cette collaboration de l'élève et du maître.
a Je voudrais, disait-il, que le gouverneur, selon la portée de l'àme qu'il a en mains, commençât à la mettre sur la montre, lui faisant goûter les choses, les choisir et discerner d'elle-même, quelquefois lui ouvrant le chemin, quelquefois le lui faisant ouvrir. Je ne veux pas qu'il invente et parle seul ; je veux qu'il écoute son disciple parler à son tour. Il est bon qu'il le fasse trotter devant lui pour juger de son train et juger jusqu'à quel point il doit se ravaler pour s'accommoder à sa force. »
Mais ce rôle actif réservé à l'enfant ne doit pas dépasser certaines limites.
a II y a deux mauvaises manières d'enseigner, dit M. Maneuvrier : l'une où le maître seul est actif, l'autre où l'élève seul est actif toutes les deux aboutissent à la stérilité, au néant. »
D'une manière générale, cette coopération consiste d'abord à décomposer la difficulté totale d'un sujet en plusieurs difficultés partielles que l'élève surmonte successivement. Ainsi, le maître propose à l'examen de l'élève les cas particuliers les plus simples avant d'aborder la question dans toute sa généralité; ou bien il partage en plusieurs étapes le chemin à parcourir par le raisonnement, s'arrétant aux diverses vérités intermédiaires par où il faut passer pour arriver au but et proposant tour à tour chacune d'elles comme si elle était elle-même le but.
En outre, c'est le maître qui choisit le sujet de la leçon, veille à ce que les explications trouvées par les élèves se succèdent dans un ordre logique, évitant ainsi les digressions oiseuses qui jettent l'incohérence dans le développement et le trouble dans l'esprit; indique les livres à lire, les morceaux à apprendre par cœur, les devoirs où les principes étudiés trouvent leur application; c'est lui enfla — et c'est la partie essentielle de sa tâche
ii] L*éducation de la bourgeoisie eoue la République,