‹ Leçons de psychologie appliquée à PéducationChapitre 85 sur 133 · LA MÉTHODE £T SES PROCEDES · texte numérisé non relu

LA MÉTHODE £T SES PROCEDES

— qui éclaire et forme le sens moral des enfants en mettant vivement en lumière les vérités qui doivent servir de règle à leur conduite.

VI. L'attrait et l'effort dans réducation. — Par cette façon de procéder, le maître atténue les difficultés de l'étude et lui enlève la plus grande part de son aridité, non en la transformant en un jeu puéril, mais en donnant aux élèves le goût de Teffort intellectuel.

Présenter Tétude aux enfants sous la forme d'un amusement et d*un jeu, conmie le voulait par exemple Basedow, le célèbre fondateur du Philanthropinon^ serait les exposer à bien des désillusions dans la vie qui les attend plus tard et où la douleur est si étroitement liée au plaisir ; ce serait en outre paralyser le déveoppement de leur intelligence, car l'efTort, c'est-à-dire la douleur, est un stimulant nécessaire de l'activité de l'esprit.

« Le plaisir, pourvu qu'il ne soit pas trop grand, est un auxiliaire plus favorable que la souffrance ; mais d'un autre côté, celle-ci est un excitant ou un stimulant plus énergique ; sous l'influence d'une douleur vive, les forces se tendent rapidement vers un but donné... Pour nous rendre compte de la mesure dans Idquelle la douleur agit comme stimulant de l'intelligence, il suffit de nous rappeler ce que nous avons bien souvent éprouvé lorsque nous étions au collège. Tout élève qui apprend une leçon par cœur se la répète un certain nombre de fois avec le livre. Il échoue complètement, et cet échec lui cause un léger chagrin. Il revient au livre, puis essaie de nouveau sans son aide. Il échoue encore, mais cette fois il se torture la mémoire pour retrouver le fil qu'il a perdu. Le*chagrin de ces échecs et les eâbrts qu'il a faits stimulent les forces intellectuelles et éveillent une attention sérieuse et énergique. Quand l'élève reprend le livre, son esprit est bien mieux disposé à recevoir les impressions nécessaires ^. »

La joie éprouvée par l'élève qui a résolu tout seul, avec effort, un problème difficile, qui a compris et rédigé avec correction et clarté un sujet de composition française, l'encourage plus que les témoignages de satisfaction de son maître.

Dans l'effort personnel, toutes les forces intellectuelles se concentrent, convergent vers un même but et s'entr'aident pour produire le maximum d'efiet. L'intelligence se fortifie et s'assouplit, comme les muscles se développent par l'exercice.

Toutefois, si la tension d'esprit est trop forte, si l'effort est trop sensible, l'excitation cérébrale qui en résulte n'est pas moins nuisible à l'intelligence que des exercices physiques excessifs le sont

(1) Â. Bain. La science de l'éducation, p. 26.

PSYCH. APPL. A L'ÉDUC.

à la santé du corps. II y a surmenage dans les deux cas. Mais si l'effort est proportionné aux forces de Tenfant, il est suivi de près par la récompense, car il aboutit. Or, rien n'encourage et ne réjouît Tenfant comme le succès personnel ainsi obtenu, succès d'autant plus doux que l'effort a été plus énergique. Enfin l'élève puise dans ce succès même une énergie nouvelle. C'est ainsi que son caractère se trempe et sa personnalité s'affirme. Désormais, il aura confiance en lui, il comptera d'abord sur lui, il sera prêt à l'occasion à ne pas reculer devant d'autres difficultés.

En résumé, pour rendre l'étude abordable et même attrayante aux enfants de nos écoles, surtout dans les débuts, il faut lui enlever tout ce qu'il est possible de son aridité, par l'emploi de procédés qui s'adressent aux sens et à l'imagination et par le passage méthodique du concret à l'abstrait; il faut montrer le plus tôt possible aux élèves le but et l'utilité de leurs efforts, les résultats pratiques de leurs progrès, par des applications U^s simples et usuelles des connaissances qu'ils ont acquises ; il faut enfin et surtout les faire coopérer eux-mêmes, dans une mesure aussi large que possible, à l'œuvre du maître. Ajoutons que la bienveillance du maître, sa condescendance et sa sollicitude, qui n'excluent point à l'occasion la fermeté et la sévérité, la bonne et saine disposition des locaux, un certain confort du mobilier, une propreté rigoureuse des salles de classe et des cours de récréation, peuvent aussi contribuer à donner aux enfants du goût pour les exercices scolaires, sans enlever à l'étude des difficultés qui font pour ainsi dire corps avec elle.

Vn. L'Interrogation. — D'après ce qui précède, un des procédés les plus importants de la méthode est l'interrogation dite socratique, qui a pour but de faire découvrir aux élèves les vérités qu'on doit leur enseigner. En l'obligeant à chercher lui-môme la vérité en présence de ses camarades, le maître excite au plus haut degré l'activité mentale de l'élève qu'il interroge. C'est qu'ici l'amour-propre est en jeu, aucun écolier ne consentant de gaieté de cœur à paraître inférieur, à provoquer peut-être le rire ou les moqueries des auditeurs par des réponses fausses ou maladroites. L'enfant, pour trouver la réponse, se replie sur lui-même et ramasse toutes ses forces intellectuelles, plus ou moins humilié, si ces efforts sont vains, heureux, s'ils aboutissent. Ses camarades ne restent pas d'ailleurs inactifs : ils . cherchent aussi la vérité sous l'influence d'une émulation dont

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