PREFACE. VII
Poncelet entrevoyait le lien qui allait se former entre les plus pures théories géométriques et la pratique, quand il donnait ce sous-titre à son Traité des propriétés projectives des figures : « Ouvrage utile à ceux qui s'occupent des applications de la Géométrie descriptive et d'opérations géométriques sur le terrain. »
Enfin y c'est Poncelet qui, se trouvant en face de Tun des plus intéressants problèmes de la construction, écrivait, après en avoir donné la solution analytique ( ' ) :
« La longueur des calculs et la complication des équations permettraient diflicilement d'étendre les simplifications à d'autres hypothèses.... Les formules... n'embrassent elles-mêmes qu'une partie des questions pour lesquelles la science des constructions réclame une solution h la fois exacte et facile : or la complication disparait, en majeure partie, quand on essaye de traiter ces mêmes questions par les considérations directes de la Géométrie. »
L'histoire de la Science, depuis cinquante années, est remplie de faits qui établissent l'action réciproquement exercée, au grand profit de la Géométrie, par la théorie sur les applications pratiques et par celles-ci sur la théorie elle-même. Nous trouvons la dernière expression de cette mutuelle influence dans une doctrine nouvelle, dont l'apparition récente a été immédiatement suivie d'un prodigieux développement : nous voulons parler de la Statique gra* phique.
Il ne faudrait pas croire, toutefois, qu'un aussi brillant résultat ait été obtenu sans lutte. La nouvelle doctrine a vu s'élever contre elle des adversaires qui paraissaient lui reprocher surtout d'entraîner l'instruction technique dans la voie des procédés trop exclusivement manuels et d'aller ainsi contre le but assigné à cette branche de l'enseignement. Nous n*aurons pas de peine à démontrer le mal fondé de cette critique, qui ne saurait d'ailleurs nous surprendre, instruits que nous sommes de l'aversion du plus grand nombre pour tous les genres d'innovations. Quand une méthode nouvelle apparaît, on met aussitôt en doute sa supériorité sur les anciennes; on conteste qu'elle réalise un progrès; on va jusqu'à
( * ) Mémoire sur la stabilité des revêtements et de leurs fondations, par M. Poic* CELBT, dans le Atémorial de V officier du génie, n"» 13. Paris, Bachelier, iS^o, p. loi.