‹ Leçons sur la physiologie de la digestionChapitre 10 sur 43 · TOME DEUXIÈME · texte numérisé non relu

TOME DEUXIÈME

114 PHYSlOLOaiE DE LA DIGESTION.

première digestion, la pepsine avait encore la faculté de digérer, l'adjonction d'une petite quantité de pepsine fraîche au liquide non chauffé à 100°, devrait ranimer la digestion d'une manière beaucoup plus prononcée que la même adjonction, faite après l'ébullition du liquide, c'est-àdire après la destruction de la quantité initiale de pepsine. La différence si évidente qui devrait se montrer dans ces deux cas, manque complètement dans toutes les expériences.

En résumé , nous avons prouvé que ce qui empêche la continuation de la digestion dans un liquide saturé de peptones, n'est qu'en partie la présence des corps albumiuoïdes liquéfiés. Ces corps n'empêchent pas le gonflement préparatoire, donc ils doivent empêcher l'action de la pepsine elle-même. Si l'on voulait admettre que leur présence est la seule cause qui met la pepsine hors d'action, il faudrait admettre nécessairement qu'une quantité donnée de peptones n'agit que sur une quantité donnée de pepsine; autrement il serait impossible d'expliquer comment une augmentation de pepsine peut ranimer la digestion. Mais puisqu'une adjonction supplémentaire de pepsine ranime la digestion, même lorsque la quantité initiale est détruite, cette admission devient impossible.

De plus nous avons prouvé que la pepsine n'agit pas seulement par sa présence, par son contact., comme le veut l'hypothèse que nous combattons, car deux de pepsine digèrent deux d'albumine, si le degré de dilution et d'acidité des liquides est exactement le même.

Mais si, par des expériences qui nous paraissent suffisantes, nous avons démontré que la pepsine se détruit par la digestion, comment expliquer l'expérience de Briicke qui, ainsi que je l'ai dit, démontre suffisamment que la pepsine yie se détruit pas par la digestion , si toutefois l'on est d'accord sur la vahdité des prémisses de Brûcke? Deux conclusions contradictoires ne peuvent pas être admises au même degré de généralisation.

Examinons donc si l'expérience de Briicke, malgré la conclusion très-rigoureuse qui en a été tirée, n'est pas peutêtre défecteuse eu ce que l'auteur ne s'est pas réellement mis dans toutes les conditions dans lesquelles il croyait se mettre.

Brûcke prend une très-grande et une très-petite quantité de fibrine et les traite, dans deux bocaux séparés, par deut liquides digestifs, auxquels il suppose le même volume et la même richesse en pepsine. L'égalité de volume, l'auteur la déduit de ce que , dans l'un des bocaux , la colonne liquide seule a la même hauteur qu'ont, dans l'autre bocal, la masse considérable de fibrine gonflée , plus une mince couche de liquide surnageant. C'est à ces deux quantités de liquide , supposées égales , que Briïcke ajoute deux volumes égaux de la même solution peptique; il agite le contenu des deux bocaux , et c'est ainsi qu'il obtient deux liquides (c contenant le même pour-cent de pepsine ».

Admettons, en faveur de Briicke , qu'en efifet le second bocal, avec la grande masse de fibrine, contienne la même quantité de liquide que le premier, et négligeons le volume peu considérable que représente le résidu sec de 550 cent, cub. de fibrine gonflée; ces deux liquides ne se trouvent pas dans les mêmes conditions physiques. Dans l'un, le liquide est fibre et peut se mêler immédiatement avec les 2 cent. cub. de solution de pepsine que l'on y ajoute; dans l'autre, la plus grande partie de l'eau acidulée est contenue par imbibition dans la fibrine, et seulement une très-petite fraction, — disons un soixantième — du volume total , est de l'eau libre. Suffira-t-il de mélanger mécaniquement, après y avoir ajouté la pepsine, le contenu de ces deux vases , pour obtenir deux liquides peptiques d'égale dilution? L'eau acidulée, contenue dans la fibrine gonflée et formant avec elle un corps gélatineux , peut-elle être regardée comme équivalente à de l'eau libre et la fibrine gonflée est-elle en effet à ce point perméable que l'on puisse expérimenter sur

elle comme snr ua simple liquide? C'est ce qu'il faut examiner, si nous voulons nous former un jugement sur la valeur des déductions de Brûcke.

Il y a plus de 15 ans qu'en faisant la critique d'une expérience de Miallie , qui paraissait prouver que la fibrine gonflée dans un acide se digère aussi facilement dans la pepsine neutre que dans la pepsine acide, j'ai communiqué l'observation suivante: On fait gonfl.er des morceaux de fibrine dans de l'acide chlorhydrique (ou lactique) fortement étendu d'eau. On les retire quand ils sont bien gonflés, on les lave et on les met dans de l'eau ordinaire. Après 2 , 3 et même 5 heures, selon la grosseur des filaments, on trouve qu'ils n'ont pas encore entièrement abandonné l'acide dont ils s'étaient imbibés avant de passer, dans le milieu neutre. Retirés de l'eau, les filaments plus gros, examinés à leur surface, ne rougissent pas le papier de tournesol bleu; mais coupés en long ou en travers, leur centre est encore manifestement acide. L'acidité est d'autant plus prononcée et occupe une couche d'autant plus épaisse au centre des filaments agglutinés, qu'ils ont séjourné moins longtemps dans lehquide neutre. C'est à cause de cette acidité persistant dans leur intérieur , que des morceaux de fibrine , préalablement gonflés dans un acide et lavés, se digèrent encore du centre à la périphérie , dans une solution de pepsine neutre. — On peut faire la même expérience eu mettant la fibrine gonflée dans un liquide très-légèrement alcalin. Il faut un temps assez considérable pour voir l'axe des filaments un peu plus gros devenir neutre et enfin alcalin.

S'il en est ahisi, il est prouvé que les altérations du liquide dans lequel est suspendue la fibrine gonflée, ne se communiquent pas immédiatement au liquide contenu dans l'intérieur des flocons, que la fibrine oppose une certaine résistance à l'entrée des corps qui sont en dissolution dans le liquide environnant, résistance qui peut varier selon

la nature de ces corps et qui probablement est plus forte pour les substances dont la dialyse est plus difficile.

Mais Briïcke n'a pas méconnu ces faits; il les a rencontrés lui-môme dans une autre série d'expériences, sans en tenir compte dans celles qui nous occupent. — Briicke opérait sur de la fibrine, qui, d'abord gonflée dans un acide, avait perdu , par l'adjonction d'une dissolution saline , la plus o-rande partie de son eau d'imbibition. Il croyait, d'après les résultats de quelques expériences antérieures, que cette fibrine dégonflée ne se digérerait pas dans une solution de pepsine. Néanmoins la digestion se fit, en prenant, selon la remarque de l'auteur, une forme très-singulière. Voici cette expérience:

Il jette dans de l'eau acidulée (contenant 0,001 d'acide chlorhydrique) un flocon de fibrine dont le gonflement ne tarde pas à se montrer. A l'aide d'une dissolution de sel de cuisine, il fait de nouveau dégonfler le flocon qu'il met ensuite dans un liquide peptique concentré, acidulé d'avance au degré le plus convenable. Le flocon n'augmente plus de volume; néanmoins il est consumé lentement, tantôt après un, tantôt après deux jours; seulement la digestion commence à son centre, le creuse à l'intérieur, de sorte qu'enfin il ne reste que l'enveloppe, la pellicule externe non gonflée du flocon, qui se désagrège aussitôt qu'on secoue le vase. « Il paraît donc, ajoute Briïcke, que la fibrine est pénétrée « avec plus d'intensité par l'acide que par la dissolution « saline , et que la couche externe des flocons se ressent, <( plus que leur centre, de l'influence du chlorure de sodium».

L'auteur admet donc lui-même certaines difi^érences dans la perméabilité de la fibrine gonflée, dans le degré de résistance que la fibrine, traitée de cette manière, oppose à l'entrée des liquides de composition différente: or, où il y a différence de résistance, il y a résistance. Donc, si l'auteur ajoute 2 cent. cub. de solution peptique à 550 cent. cub. de fibrine gonflée, recouverts d'une mince couche de liquide.

il sait fort bien qu'il n'a pas délayé cette petite quantité de pepsine dans 550 cent. cub. d'eau, mais seulement dans les quelques gouttes d'eau acidulée libre qui entourent la fibrine. Ainsi, tandis que celui des bocaux oii l'on n'a mis qu'un flocon de fibrine, contient réellement une solution peptique très-délayée, l'autre bocal contient un volume considérable de fibrine gonflée, entourée d'une solution relativement tres-concentrée de jyepsine.

Maintenant, pour bien comprendre la marche ultérieure de l'expérience de Brûcke, il faut avant tout se rendre un compte exact des particularités physiques que présente la digestion de la fibrine gonflée. On pourrait imaginer que la pepsine digère la fibrine couche après couche, de dehors en dedans, et que chaque couche est liquéfiée à mesure qu'elle entre en contact avec le liquide peptique. L'imbibition, selon cette manière de voir, coïnciderait à peu près avec la digestion. Ce qui précède démontre qu'il n'en est pas ainsi, et je vais, tout-à-l'heure, vous citer d'autres faits qui mettront hors de doute que, bien avant de se dissoudre, la fibrine est imbibée, imprégnée par la pepsine du liquide ambiant.

Voici une première expérience que j'ai faite tout récemment et qui démontre que la fibrine , après s'être imbibée d'un liquide peptique d'un degré de concentration donné, retient ce liquide avec une certaine ténacité, même si ensuite elle est transportée dans un autre liquide dont la composition est qualitativement ou quantitativement diâerente.

Trois bocaux contiennent, dans des volumes égaux d'eau acidulée (avec 0,0008 d'acide chlorhydrique):

A : 2 vol. de liquide peptique (d'un estomac de chat) acidulé

au même degré (0,0008 HCl).

B : 1 vol. du même liquide peptique acidulé au même degré. C : 2/5 vol. du même liquide peptique acidulé au même degré.

Aux bocaux A et B on ajoute quelques flocons de fibrine gonflée dans de l'eau acidulée (au même degré). C reste

sans fibrine. Après 30 nainutes de digestion à la température ordinaire, toute la fibrine est encore bien visible en A et en B. On retire maintenant la moitié des flocons contenus en A et on les transporte dans le vase C.

Après 30 autres minutes, la fibrine montre un degré également avancé de digestion en A et C qui ont presque tout dissous. En B, au contraire, la digestion est très-peu avancée, quoique le liquide B soit beaucoup plus concentré que C. Il est donc très-probable que c'est le liquide A , contenu dans l'intérieur de la fibrine transportée en C , qui en a opéré la digestion, malgré le degré de dilution beaucoup plus considérable du liquide environnant.

J'ai toujours eu soin de choisir les flocons de fibrine aussi égaux que possible et d'en prendre pour A et B sensiblement la même quantité. Cette expérience a été répétée un grand nombre de fois, en proportions diverses et en variant le temps, et le résultat a toujours été essentiellement le même. — Plusieurs fois j'ai pris un quatrième vase D, contenant les mêmes proportions d'eau acidulée et de pepsine que le troisième, mais dans lequel , dès le commencement, on mettait un peu de fibrine. Dans ce cas encore, on voyait qu'en A et C qui ne recevait que de la fibrine déjà imbibée en A, la digestion marchait sensiblement de pas égal; elle était plus en retard en B, et beaucoup plus lente en D. — Le résu'ltat indiqué, c'est-à-dire, l'égalité du temps de la digestion en A et en C (ne recevant que de la fibrine suffisamment imbibée en A) s'obtenait constamment si le liquide C ne contenait pas moins d'un cinquième de la pepsine qui se trouvait en A, comme dans l'expérience que je viens de rapporter. Quand C ne contenait qu'un dixième de cette quantité , les résultats variaient; quelquefois la digestion marchait encore de pas égal dans A et dans C, quelquefois elle était en retard dans C; mais toujours, même dans ces derniers cas, C digérait plus vite la fibrine imbibée en A, que B ne digérait sa quantité initiale de fi-

brine. — Si C ue renfermait qu'un douzième de la pepsine contenue dans A, il y avait un retard très-marqué, même si la fibrine, avant d'être transportée en C, avait séjourné pendant un temps relativement ijlus long en A. Cette dernière expression demande une explication.

Il va sans dire que pour qu'il y ait égalité du temps de la digestion en A et en C, il faut que la fibrine transportée d'A en C, soit suffisamment imbibée. Cette imbibition demande un certain temps. Or, dans beaucoup de ces expériences, j'ai déterminé préalablement le temps nécessaire à la digestion complète d'un flocon de fibrine en A, afin de connaître, au moins approximativement, le rapport existant entre le temps de la digestion complète et celui de l'imbibition suffisante^ dans le sens spécial que je viens de donner à ce mot. Admettons que le temps nécessaire à la digestion complète en A soit égal à N. Eh bien , connaissant ce temps, je disposais mon expérience exactement comme je viens de le décrire plus haut: puis, après un temps égal

à -g-, ou à ou même à je transportais la moitié de

la fibrine du flacon A dans le flacon C. — C'est dans ce sens que j'ai employé tout-à-l'heure l'expression d'un temps relativement plus long. Cette appréciation du temps n'est pas absolue, mais relative à une expérience préalable.

On conçoit aisément qu'en abrégeant de plus en plus la durée du séjour de la fibrine en A, avant son transport en C, on doit arriver à une limite à partir de laquelle il n'y a plus égalité du temps de la digestion en A et en C. Ainsi l'imbibition s'est montrée insuffisante dans toutes les expériences où la fibrine était transportée de A en C, après

un temps plus court que Jamais l'expérience ne réussissait après une imbibition dont la durée n'avait été que N

de Elle réussissait au contraire presque toujours, si l'on

avait pris, comme durée du séjour de la fibrine en A, un N

temps égal à -g-. — La détermmation exacte de cette limite

n'a pas d'intérêt et je ne m'en suis pas occupé.

J'ajouterai que répétées à une température de 40", ces expériences m'ont fourni les mêmes résultats.

Si nous admettons , avec Briicke , que c'est la concentration de la solution peptique qui détermine la rapidité de la digestion, ces expériences ne peuvent être expliquées que de la manière que j'ai déjà indiquée, c'est-à-dire en admettant que c'est le liquide peptique A, contenu dans l'intérieur de la fibrine transportée en C, qui en détermine la digestion, et non pas le liquide environnant C qui est beaucoup moins concentré. — En effet, si la digestion est également rapide en A et en C, la concentration de la solution peptique qui la détermine, doit être la même. La fibrine de A, en apparence non encore digérée, au moment oii nous en prenons une portion pour la transporter en C, doit donc contenir et retenir dans son intérieur une certaine quantité de liquide peptique , dont la concentration est à-peuprès celle de A. Nous disons qu'elle doit la retenir^ parce que, si la concentration de ce liquide interne se mettait en équilibre avec la concentration du liquide externe C, avant le commencement de la digestion proprement dite, il serait impossible d'expliquer pourquoi la fibrine s'est dissoute aussi vite en C qu'en A, plus vite en C qu'en B , et beaucoup plus vite en C qu'en D, dont la concentration est égale à celle de C, mais oii la fibrine a été mise dès le commencement de l'expérience (1).

Il faut donc que la digestion de la fibrine gonflée soit

(I) Si nous dison!! que le lirjuido interne des flocons ne se met pas en équilibre avec le liquide externe, moins cuncenlré, dans lequel on transporte les flocons, on conçoit bien que nous n'avons en vue que des différences de concentration, ne s'éloignant pas beaucoup des proportions que nous avons indiquées pour les liquides A el C. — Si la différence de concentration entre A et C était très-grande, si, p. ex., pour prendre un cas

précédée d'une imbibition par le liquide peptique, imbibitiou ayant lieu avant que la fibrine montre une apparence de digestion. On prévoit en outre que la rapidité de la digestion d'un flocon de fibrine bien imbibé de liquide peptique, ne doit pas souffrir de retard sensible, si même le liquide extérieur qui baigne le flocon , subit, dans la pepsine qu'il contient, un appauvrissement progressif, pouvant aller jusqu'à un cinquième environ de son contenu primitif. La connaissance de ces deux faits va nous être très-utile pour l'explication de l'expérience de Brûcke.

Briicke opère, comme nous l'avons vu, sur une petite quantité de fibrine suspendue dans un liquide peptique très-délayé, et sur une grande quantité de fibrine, entourée et recouverte d'un liquide peptique relativement très-concentré. Avant que commeuce la digestion , la petite et la grande quantité de fibrine doivent s'imbiber de ces deux liquides, dont la concentration et le volume, à tort supposés égaux par Brûcke, sont eu réalité très-inégaux. Examinons quelle sera la marche de cette imbibition.

Nous savons que la pepsine digère la fibrine gonflée avec une telle facilité, qu'une très-petite quantité de pepsine se trouve déjà en excès par rapport à une quantité de 550 cent. cub. de fibrine, comme celle que Brûcke a choisie pour cette expérience. Nous avons vu qu'il faut prendre un volume 5 à (> fois plus grand de fibrine gonflée, pour qu'une quantité relativement minime de pepsine soit insufiisante pour la digérer et par conséquent pour l'imbiber. Il n'y a donc pas lieu de supposer que les 2 cent. cub. de liquide peptique , ajoutés par Brûcke à la grande masse de fibrine et mélangés . avec elle, n'aient pas suffi pour l'imbiber complètement.

extrême, C ne conlcnait que do l'eau acidulée , la digestion de la fibrine la mieux imbibée souffrirait nécessairement par le transport de A en 0, parce que l'cxosmose serai! trop énergique. Mais , pour notre but spécial , nous n'avons à nous occuper que des cas compris dans les limites indiquées, parce que, comme nous le verrons encore, ce sont des cas analogues qui se réallseut dans l'expérience de Briicke

VINGT-ET-UNlèME LEÇON. 123

Mais l'imbibitioii ne peut pas marcher de pas égal dans les deux vases. La fibrine des deux vases étant gonflée d'eau acidulée au même degré , elle devra s'imbiber d'autant plus rapidement, qu'elle se trouvera en contact avec une solution peptique plus concentrée. La grande masse de fibrine commencera donc à s'imbiber avec une énergie beaucoup plus grande que ne le fera le flocon isolé dans l'autre vase. Mettons que dans la première unité de temps cette différence soit comme 25 est à 1; dans la seconde unité de temps elle sera moindre, mais on voit qu'elle ne pourra s'égaliser que lorsque après avoir pénétré de couche en couche, la solution peptique plus concentrée sera à-peu-près uniformément répartie dans la grande masse de fibrine du second vase et délayée .par le liquide interne de cette masse. Et ce n'est qu'au dernier moment, lorsque presque tout sera imbibé, sauf la dernière couche axile de chaque filament, que la vitesse de l'imbibition pourra s'être ralentie dans le vase II, jusqu'à la vitesse initiale çn I, où il n'y a qu'un flocon de fibrine. A ce moment aussi , le liquide extérieur, dans le vase II , n'aura plus une concentration supérieure à celle du liquide libre en f.

L'imbibition initiale des 550 cent. cub. de fibrine étant plus rapide, plus énergi(iue que celle du flocon isolé dans l'autre vase, la grande quantité de fibrine se pénétrant en outre d'un liquide peptique plus concentré et par conséquent plus actif, on prévoit que la digestion devra commencer pliLS tôt datis le vase II , que dans le vase I , d'après le principe même de Brûcke, qui établit que la rapidité de la digestion s'accroît avec la concentration de la solution peptique (1).

(I) Un petit commcncemenl de digestion doit déjà se faire dans les couches externes des flocons en 11, lorsque les couches internes ne sont encore qu'en voie d'irabibilion; et celle circonslance, à elle seule , suffirait à rendre la digestion plus rapide en II, qu'en I. Mais nous Taisons abstraction de cette circonstance qui pourrait être compensée par un ralentissement proportionnel de l'imbibition subséquente.

La dig-estion , c'est-à-dire la liquéfaction définitive de la fibrine une fois commencée, voyons quelle en sera la marche ultérieure dans celui des vases contenant une grande quantité de fibrine (II). Si la digestion , comme nous l'admettons, détruit une partie de la pepsine, cette destruction doit marcher beaucoup plus vite en II qu'en I. Si dans II, il y a 100 fois plus de fibrine qu'en I, il doit se détruire, dans le premier moment de la liquéfaction définitive, 100 fois plus de pepsine dans le second des liquides que dans le premier. La fibrine dissoute se mêlera au liquide environnant et contribuera à diluer ce dernier. Le résidu non encore dissous du vase II, où il s'est détruit plus de pepsine, se trouvera donc, après le commencement de la digestion, dans un liquide un peu plus pauvre en pepsine, que n'est le liquide I, et c'est sur cette circonstance que s'appuie Brûcke pour nier la destruction de la pepsine, parce que, selon lui, cet appauvrissement de la solution peptique devrait ralentir la digestion. Mais nous avons vu, dans les expériences qui précèdent, qu'une différence relativement faible entre la concentration du liquide qui imbibe la fibrine et celle du liquide extérieur dans lequel elle est plongée, n'a pas d'influence sensible sur la rapidité de la digestion, pourvu que la fibrine ait été suffisamment imbibée par le liquide plus actif. — Donc le léger appauvrissement du liquide peptique extérieur ne ralentira pas la digestion de la fibrine en IL — Cet appauvrissement est, en effet, très-peu considérable. Même lorsque la digestion de la grande quantité de fibrine est presque achevée, il ne s'est détruit, comme je l'ai expliqué plus haut, qu'une si petite quantité de pepsine, que la différence de concentration qui en résulte entre le liquide extérieur et le liquide intérieur, n'égale certainement pas encore la différence qui existait, dans nos expériences, entre la concentration des liquides A et C (1 : 5). Malgré la présence des produits digestifs, s'accumulant de plus eu plus vers la fin de la digestion et tendant à affaiblir toujours davantage l'activité

du liquide extérieur, l'appauvrissement de ce liquide ne crée pas, dans les limites où est faite l'expérience de Brilcke, une différence de concentration telle entre la solution interne et l'externe, qu'il puisse en résulter un retard de la digestion.

Or, si rien ne peut ralentir la marche de la digestion définitive en II , et si l'imbibition préparatoire de la grande masse de fibrine est de beaucoup plus rapide que celle du flocon isolé dans l'autre vase, il faut, tout compris, que la digestion de la grande quantité de fibrine soit achevée, non seulement, comme le dit Brûcke, en un temps égal à celui que met le flocon isolé en I à se digérer, mais en un temps plus court. Les cas doivent être relativement rares, dans lesquels cette différence (toute en faveur du mélange II) se trouve compensée exactement par le très-grand volume de la fibrine et par la faiblesse de la solution peptique employée.

En effet, si l'on répète l'expérience de Brûcke, môme avec des différences plus grandes dans Jes proportions de la fibrine, on voit, en suivant attentivement les progrès de la digestion, qu'il arrive très-rarement (beaucoup d'expérimentateurs qui voudront reproduire ces expériences, ne rencontreront peut-être jamais ce cas) que la grande quantité de fibrine se digère dans le même temps que la petite. Presque toujours la digestion est plus rapidement achevée dans le vase contenant beaucoup de fibrine que dans celui qui n'en contient qu'un flocon. J'ai observé souvent que la digestion dans le vase II (beaucoup de fibrine) est non seulement terminée quelques minutes avant celle du flocon isolé , mais que dès le commencement de la liquéfaction , elle fait évidemment des progrès beaucoup plus rapides. Ces progrès , je ne les ai pas appréciés d'après les quantités de fibrine qui disparaissaient en un temps donné , quantités dont l'évaluation approximative aurait pu induire en erreur, mais d'après la consistance de la fibrine contenue

dans les deux vases, consistance ég-ale au commencement de l'expérience et diminuant bien plus rapidement dans la grande masse de fibrine que dans la petite.

Je me bornerai à vous citer une seule de ces expériences, dont le résultat dépasse encore celui annoncé par Brûcke.

Deux cylindres de verre, de la capacité de 500 cent, cub., sont remplis jusqu'au même niveau:

A, de fibrine , bien gonflée préalablement dans de l'eau acidulée (au degré de 0,0008 d'acide chlorhydrique);

B, d'eau acidulée au même degré. Dans ce vase ou mat un seul flocon de fibrine gonflée.

Au liquide du cylindre A on ajoute 1, 6 pepsine de chat. » » B » 2 » »

On agite le contenu des deux vases avec une baguette de verre. Le tout reste à la température ordinaire. La digestion est lente.

Après 3 heures, la grande quantité de fibrine est complètement liquéfiée.

Après 4 heures le vase B contient encore un reste non dissous du flocon , qui , lorsqu'on agite le liquide , devient bien visible.

Le résultat, en apparence si singulier, de l'expérience de Brûcke n'est donc en aucune façon en opposition avec celui de nos propres expériences et n'infirme pas notre opinion ■que la pepsine se détruit par la digestion.

Sommaire: Action du suc gistriquâ sur les aliments. — Son action spécifique etdigectïTe ne s'exerce que sur les corps albuminoïdes. — Dissolution des sels. — La traniformalio» des matières amylacées par la diastasc saliraire conlinue-t-elle dans l'estomac? L'acide gastrique n'est pas un obstacle à celte transformation. — Résultats négatifs de la réaction -de Trommor dans les liquides de l'estomac en digestion. — Propriété des matières albominoïdes de masquer la réduction du réactif cupropolassique, — Réactifs pour reconnaîtra l'osydule de cuivre.

Messieurs ,

Arrivés au bout de nos considérations sur les propriétés générales et sur les conditions d'activité du suc gastrique, nous avons à étudier actuellement la digestion stomacale en rapport avec les différents aliments sur lesquels s'exerce l'action du suc gastrique.

Je n'aurai que peu de chose à ajouter à ce que l'on sait généralement sur ce sujet. Nous avons vu que les seuls aliments qui soient transformés par le suc gastrique, sont les matières albuminoïdes; nous verrons dans la suite que l'estomac n'est pas le seul organe qui transforme ces matières et qu'elles peuvent toutes être digérées aussi dans l'intestin. Disons cependant que, sous ce rapport, la digestion intestiuale ne joue qu'un rôle subordonné à celui de la digestion stomacale, tandis que pour d'autres substances , comme les graisses, c'est l'intestin qui est l'organe digestif par excellence.

Mais si l'action spécifique du suc gastrique ne s'exerce que sur les corps albuminoïdes, ces corps ne sont pas les seuls qui se dissolvent et qui se digèrent dans l'estomac. Il y a dans l'estomac, comme nous le savons, des actions digestives qui ne dépendent pas de sa sécrétion spécifique. Cela se comprend très-bien si l'on considère qu'abstraction faite de la pepsine, l'estomac contient et produit une grande quantité de liquide faiblement acide. Tous les corps solubles dans l'eau acidulée peuvent donc se liquéfier dans l'estomac et même fournir une dissolution apte à être immédiatement absorbée, si toutefois ils ne redeviennent pas insolubles en passant dans un milieu faiblement alcalin^ comme le sang.

C'est ainsi que presque tous les sels solubles dans l'eau ou dans l'eau acidulée sont extraits des aliments dans l'estomac et que môme une petite partie de la pectose des fruits devient soluble. — Les phosphates p. ex. qui se dissolvent facilement dans les acides, mais qui sont précipités de nouveau dans les liquides alcalins, ne peuvent pas entrer directeinent dans le sang après avoir été dissous par l'estomac. L'absorption de ces sels qui entrent en assez forte proportion dans la trame solide de l'organisme, n'est guère explicable que si l'on admet que l'acide phosphorique est mis en liberté par l'action de l'acide gastrique, et qu'absorbé par le sang, il se combine à des éléments constitutifs de ce fluide, par exemple en décomposant des carbonates.

11 est vrai que de petites quantités de sels peuvent être dissoutes déjà dans la bouche et dans les voies de la déglutition, mais le contact des sels avec la salive est certainement de trop courte durée, du moins chez les animaux carnassiers, pour permettre une dissolution complète et moins encore une absorption appréciable par la muqueuse buccale ou œsophagienne.

Dans l'estomac, au contraire, le contact des matières solubles avec un liquide toujours renouvelé, dure des heures entières et ce contact est rendu plus intime encore par les

mouvemeuts de l'estomac, qui doivent piiissammeut favoriser la dissolution et l'absorption. C'est ainsi que la digestion des os, chez les animaux carnivores et notamment chez les chiens, s'opère en grande partie au moyen de l'acide stomacal qui dissout les matières terreuses, après que le suc gastrique proprement dit a extrait et liquéfié la trame organique de l'os. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet.

Une question à laquelle nous avons déjà touché dans nos premières leçons et qui a été l'objet de beaucoup de controverses, est celle-ci: La transformation des fécules continue-t-elle ou ne continue-t-elle pas dans l'estomac? L'estomac peut-il , en vertu de sa propre sécrétion , opérer la conversion eu glycose des matières amylacées , ou bien la conversion en g'lycose que l'on observe quelquefois dans l'estomac, n'est-elle que la continuation de l'action de la salive? Cl. Bernard et Barreswil considèrent la réaction acide du fluide gastrique comme un obstacle à la transformation de l'amidon et croient que cette transformation ne peut s'achever que dans l'intestin. — Cette opinion est erronée, comme il ressort clairement des expériences que j'ai faites devant vous à ce sujet et qui démontrent que les acides dilués n'abohssent pas l'action saccharifiante de la salive.

J'ai eu tout récemment l'occasion de vérifier encore une fois ce fait sur la salive sousmaxillaire de l'homme , dans un cas de maladie du conduit de Wharton. Le conduit était dilaté par une concrétion qui s'y était formée et le gonflement consécutif était assez considérable pour gêner la mastication. Je pratiquai le cathétérisme du canal et il s'écoula une grande quantité de liquide alcalin à propriétés diastatiques. Acidifié modérément, ce liquide transformait encore l'amidon.

Ce n'est donc pas l'acide stomacal qui peut suspendre la transformation des fécules par la salive. Voici néanmoins ce que Cl. Bernard et Barreswil ont observé: Quelque temps après avoir donné à manger à des animaux une grande

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