TOME DEUXIÈME
avoir, quoique incomplètement, atteint ce but en ne faisant bouillir la viande que pendant très-peu de temps, puisque il est généralement admis que l'albuminose de cuisson n'apparaît en quantités plus grandes qu'après une coction très-prolongée.
Les expériences sont faites sur des chiens très-jeunes, âgés à-peu-près de 6 semaines. Repas abondant suivi de 12 heures d'abstinence. Le pylore étant lié, on injecte dans l'estomac 60 gr. de décoction de chair de chien, préparée en faisant bouillir la chair pendant 20 minutes, et en filtrant la décoction acidulée et refroidie. L'estomac de l'animal, tué après 6 heures, ne contient qu'un liquide muqueux. L'infusion digère 21 gr. d'albumine, quantité sufiBsamment grande pour l'âge de l'animal.
J'obtins un résultat analogue sur deux autres chiens, en préparant le bouillon encore plus rapidement.
Il s'ensuit que le bouillon filtré ou passé à l'écumoire ne perd pas sa propriété de peptogène et est encore utile à la digestion, contrairement à ce que quelques théoriciens ont prétendu. Il pourrait même, dans cet état, servir de remède dans certaines maladies dyspeptiques de l'estomac, au Heu de la dextrine. Il faudrait alors le donner une heure ou une demi-heure avant les repas. — Je reviendrai plus tard sur l'application thérapeutique des peptogènes. Les résultats que m'a fournis l'examen de quelques autres substances, compléteront cette énumération des corps peptogènes.
La gomme ambiguë , émulsionnée avec de l'huile d'olive et absorbée par l'estomac, n'est pas un peptogène. La partie absorbée paraît du reste être très-petite, à en juger d'après le volume du liquide qui se retrouve dans l'estomac. La très-faible diminution de ce liquide, à la fin de l'expérience, ne constitue cependant pas une mesure absolue pour l'absorption qui a eu lieu, car le contenu stomacal ne conserve pas les propriétés physiques de la gomme, et il est possible que, dans ces conditions, j'aie eu sous les yeux un autre corps.
Il faut toujours tenir compte de cette possibilité quand ou a à faire à des substances dont l'équivalent endosmotique est aussi élevé que celui de la gomme.
L'infusion de café donne un peu de pepsine ; le fromage en donne davantage (Voy. Leçon précédente).
L'action du sang et du lait sera examinée plus tard.
Connaissant maintenant quelques corps peptogènes, nous sommes en état d'aborder la question formulée au commencement de cette leçon, question vitale pour notre théorie du mode de sécrétion du suc gastrique:
Les peptogènes reconnaissent-ils pour condition de leur action sur l'estomac un contact immédiat avec les parois de cet organe, une absorption par les vaisseaux gastriques, ou lien leur présence dans le sang sufUt-elle pour faire sécréter le principe peptique, même si l'estomac reste vide ou s'il ne contient que des corps inertes ?
Nous avons deux voies pour décider cette question.
La première consiste à faire absorber les peptogènes par une surface autre qu'e la muqueuse stomacale; la seconde à les injecter directement dans le sang.
Je passe directement aux expériences.
Injections par le rectum et le tissu cellulaire souscutané.
l. Le premier chien, à fistule, ayant fait un grand repas préparatoire , on introduit , dans son estomac vide , une quantité mesurée d'albumine et on lui donne en lavement les quantités suivantes de deœtrine en solution :
Dextrine injeclée. Alb. diss. en 6 heures.
Expérience 1: grammes 5 Centimètres cubes 0,9
Le résultat est évident, n. Expériences par la méthode d'infusion. A différents animaux on fait, à la fin d'une digestion préparatoire, des injections de dextrine, ô.e ^^(^ptone, d'extrait
de viande dans le tissu cellulaire souscutané du dos , du thorax et des cuisses. Leurs estomacs mdes se chargent de pepsine (1).
Le café qui agit faiblement par l'estomac , se montre àpeu-près inactif en lavements.
En thèse générale, les substances inactives par l'estomac, le sont aussi en lavements.
Les injections par le rectum ayant donné des résultats si incontestables, je pouvais expérimenter en lavements des substances dont l'action, par l'estomac, aurait été douteuse ou à double sens.
Les lavements de lait donnèrent peu de pepsine; ceux de petit-lait encore moins.
Le blanc de deux œufs frais, injecté dans le rectum d'un chien à fistule , ne fit dissoudre à son estomac vide que 0,8 cent. cub. d'albumine solide, en 6 heures.
Je n'ai que peu d'observations sur le sang.
J'injectai dans le rectum d'un chien à fistule 200 gr. de sang pris de la carotide d'un cheval récemment abattu. L'estomac ne fut pas chargé. (Il faut remarquer qu'une grande partie du sang ne tarda pas à être rejetée sous forme de caillots, et que 10 heures après, l'animal rendait encore des selles sanguinolentes. Il n'est cependant pas improbable que pendant ce temps une certaine quantité de sérum ait été absorbée).
Le lendemain le même chien reçoit un lavement de 200 grammes de sérum sanguin du même cheval et séparé du sang extrait la veille. L'estomac vide digère 1,0 cent. cub. d'albumine.
Le surlendemain de même.
Le sérum abandonné à lui-même pendant 8 jours (l'expérience était faite en hiver) resta congelé pendant les deux
(I) Les détails de ces expériences seront exposés dans une aulre partie de ce cours, 8 l'article pancréas,
premiers jours. J'en injectai uue autre portion , lorsqu'il commença à dégager une légère odeur de putréfaction. Le chien eut, au bout de 10 minutes, des vomituritions qui se calmèrent bientôt (effet constant des injections putrides). L'albumine introduite dans l'estomac avant le lavement, ne diminua pas de volume en 6 heures.
Le 2>'^s, absorbé par le tissu cellulaire, est un peptogène.
L'irritation prolongée des nerfs sensibles d'un membre a souvent pour conséquence une dilatation réflexe durable de ses vaisseaux et de Vœdème. Les vaisseaux restant perméables, la sérosité épanchée est résorbée et se reproduit continuellement. Dans ces cas, j'ai toujours trouvé l'estomac des animaux , morts après 18 à 24 heures de jeûne , beaucoup plus saturé de pepsine qu'il ne l'est chez des animaux normaux dans les mêmes conditions.
iTijections dans le sang.
Etant obligé de faire les premières expériences de cette série sur des lapins, j'ai dû, avant tout, déterminer le pouvoir digestif normal de l'estomac de ces animaux. On sait que même après une abstinence de 8 jours, l'estomac des lapins contient encore des résidus d'aliments non digérés dont les parties solubles ne sont pas complètement extraites, ce qui détermine une saturation légère, mais continue de l'estomac.
L'infusion de l'estomac du lapin doit être faite au moins dans 100 grammes d'eau; une quantité moindre d'eau ne donne que des résultats très-imparfaits. Si l'infusion est faite, par ex., dans 60 grammes d'eau, on obtient des chiffres douze fois trop petits pour l'albumine dissoute, et cela en partie parce que le liquide est trop concentré.
Des déterminations nombreuses (mais faites la plupart sur des lapins de j^etite taille) me donnèrent les chiffres suivants pour des infusions laissées une heure à l'étuve et placées ensuite une ou deux heures à la température ambiante. (Les animaux étaient d'abord bien nourris, puis
su PHYSIOLOGIE DE LA DIGESTION.
laissés à jeun pendant 20 à 30 heures , sans ligature du pylore).
Quantité d'albumine dissoute par l'infusion stomacale : 6 à 14 grammes, selon la taille de l'animal.
Si l'on injecte dans la veine jugulaire d'un lapin, 4 à 6 heures avant de le tuer , 1 gramme de dextrine , dissous dans 20 grammes d'eau, l'on trouve les résidus ahmentaires plus mous et plus liquides que d'ordinaire. En répétant plusieurs jours de suite l'injection chez le même animal, on peut arriver à faire disparaître tout le contenu de l'estomac, ou au moins à le réduire à une petite quantité de liquide, ou de bouillie verdâtre. L'estomac est alors contracté au point de ressembler à une portion de l'intestin. La liquéfaction et la disparition plus rapides des restes alimentaires démontrent encore une fojs, dans ces cas, le surcroît considérable de force digestive qui résulte pour l'estomac, de la présence de la dextrine dans le sang. Sans doute la digestion stomacale ne liquéfie que les parties albuminoïdes des végétaux, mais en liquéfiant celles-ci, elle en désagrège la trame insoluble et la transforme en un chyme semi-liquide qui passe rapidement dans l'intestin.
Lorsque les injections souvent répétées de dextrioe suffisent exactement pour faire digérer toutes les parties albuminoïdes des aliments contenus dans l'estomac, sans laisser de pepsine en provision dans les parois de l'organe, l'estomac des lapins devient en quelque sorte semblable à celui des carnivores, après l'accomplissement d'une digestion copieuse.
J'ai été conduit à cette dernière observation par un hasard. Voulant faire, parallèlement aux expériences sur la dextrine, des recherches sur le sucre , il se trouva que la glycose dont je me servais contenait environ 10 pour 100 de dextrine, et que l'injection dans le sang de 1,5 gr. de cette glycose impure suffisait pour faire disparaître en peu de temps les résidus alimentaires de l'estomac d'un lapin , à
jeun depuis 24 heures, sans laisser de saturatio7i notable des parois stomacales. L'estomac d'un animal tué 4 heures après l'injection, digéra 2,7 gr. d'albumine.
Avec ce même sucre impur, j'ai réussi à faire la double expérience suivante qui est surtout instructive par la différence énorme qu'elle montre dans le pouvoir digestif de l'estomac, selon qu'il est chargé de pepsine ou non.
Deux lapins du même âge , à moitié adultes, nourris de la même manière depuis 6 semaines , sont soumis à un jeûne de 20 heures. Au bout de ce temps (à 10 heures du matin) on injecte dans la veine jugulaire externe du premier lapin 1 gr. de dextrine, dissous dans 10 gr. d'eau. A 10 heures 1/4 on injecte, dans la jugulaire externe gauche du second lapin, 1,5 gr. de glycose impure, dissous dans 15 gr. d'eau.
Quatre heures plus tard l'urine du premier animal réduit fortement le sulfate de cuivre , qu'elle précipite en jaune clair; celle du deuxième précipite également, mais en rouge. Le second lapin est tué à 3 heures, le premier à 3 heures 1/2.
L'estomac du premier est affaissé , mou ; il contient un liquide clair, acide, avec quelques petits restes de matière verte; la partie supérieure de l'intestin grêle contient la même matière, mêlée de bile; le cœcum est plein. La muqueuse stomacale est pâle. L'infusion de l'estomac digère en 5 heures: Albumine 60 grammes.
L'estomac du deuxième lapin est contracté, vide; quelques flocons verts adhèrent à la muqueuse qui est pâle et couverte de mucus blanchâtre , acide. L'intestin est vide , le cœcum plein. L'infusion stomacale digère en 5 heures: Albumine 0,1 gramme.
Ainsi, de ces deux infusions faites exactement de la même manière , celle qui correspond à l'injection de dextrine , possède une force digestive 600 fois supérieure à celle de l'autre.
Et ce résultat n'est pas un hasard, car dans deux autres
expériences semblables, où je ne réussis pas à obtenir la déplétion complète de l'estomac du lapin auquel j'avais injecté la dextrine, cet estomac digéra néanmoins 50 gr. d'albumine; tandis que celui du second lapin, avec injection de glycose impure, n'en digéra que 0,15 gr,
A l'aide des injections de dextrine dans le sang , on parvient à saturer l'estomac du lapin , jusqu'à lui faire digérer 75 ffr. d'albumine dans l'espace de 6 heures. Cette quantité est supérieure à celle que peut dissoudre l'estomac d'un chien dont la taille est de 4 à 5 fois supérieure à celle du lapin et dont l'estomac, en pleine digestion de pain et de bouillon , est infusé de la même manière. Elle est au moins 7 fois supérieure à la quantité d'albumine que liquéfie l'estomac d'un lapin normal en digestion.
Et il se trouve encore, à l'heure qu'il est, des physiologistes qui nient au suc gastrique artificiel ou naturel du lapin la propriété de dissoudre les matières albuminoïdes!
Les résultats qui ont été obtenus par les injections de glycose dans le sang, nous amènent donc à cette conclusion : les corps qui, absorbés par l'estomac, le rectum et le tissu cellulaire souscutané ne chargent pas l'estomac, ne le font pas non plus s quand ils sont injectés directement dans le sang.
Je dois, à ce propos, revenir sur les résultats de quelque? injections rectales, faites chez des lapins, résultats qui n'auraient pas été appréciés à leur juste valeur avant l'étude que nous venons de consacrer aux particularités de la digestion de ce rongeur.
I. Trois lapins irès-jeunes. Estomacs infusés dans 80 grs. d'eau. (La petite quantité d'eau, employée pour l'infusion , est cause, ainsi que je l'ai expliqué plus haut, de la faiblesse de la digestion obtenue dans les 3 cas). Les lapins, après avoir vécu exactement dans les mêmes conditions pendant plusieurs semaines, ont été traités ainsi qu'il suit:
Le premier reçoit en lavements, pendant 4 jours de suite,
VIKGT-SIXIÈME LEÇON. 217
1 gr. de dexti'ine en- solution (dose quotidienne). Vers le milieu du quatrième jour, je le trouve mort, presque rigide, les muscles ne répondent plus qu'à l'irritation mécanique directe. (Cause de la mort inconnue).
Je tue immédiatement les deux autres lapins qui n'ont pas reçu de lavements.
L'estomac du premier contient encore de la bouillie verte; ceux des deux autres également, mais en quantité presque double. — La muqueuse stomacale du premier est rouge , ramollie (autodigestion commençante). L'intestin renferme des matières liquides, vertes. Pas de sucre dans le foie. L'urine réduit fortement la solution cupropotassique.
Les infusions stomacales des 3 lapins digèrent:
Celle du premier grammes 6,20 d'albumine
» deuxième » 0,30 »
» troisième » 0,28 »
IL A deux lapins, je donne des lavements de dextrine; à l'un pendant 3 jours, à l'autre pendant 9 jours. Tous deux sont tués au bout de ce temps. Leurs estomacs ne sont pas entièrement vides. L'infusion faite avec 80 grs. d'eau,
digère :
chez le premier grammes 3,5 d'albumine
» second » 3,4 »
Trois estomacs de lapins normaux , de même taille que les précédents et sans lavements préalables , sont infusés en même temps dans 80 gr. d'eau et digèrent:
le premier grammes 0,20 d'albumine
le second » 0,24 »
le troisième » 0,18 »
III. A un lapin plus grand on administre, pendant 12 jours, 2 fois par jour, un lavement de 1 gr. de dextrine, en lui retirant toute nourriture. Il mange souvent ses excréments. Le 12» jour
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il meurt de péritonite traumatique. L'estomac est réduit à la moitié de son volume ordinaire et contient un liquide acide îivec des flocons verts. La muqueuse est pâle, couverte de mucus blanc; l'intestin grêle ne contient pas de résidus; en revanche le gros intestin est rempli de bouillie.
L'infusion stomacale, faite avec 80 grs. d'eau, et placée pendant 1 heure 1/2 à l'étuve, puis abandonnée à la température ambiante pendant 3 heures, liquéfie en grande partie l'estomac lui-même, et de plus 5,1 gr. d'albumine.
IV. Je fis deux autres expériences de ce genre sur 4 lapins, âgés de 3 semaines. Deux- d'entre eux reçurent, pendant 4 et 5 jours, avec leur nourriture ordinaire, des lavements de dextrine répétés deux fois par jour. Ils furent tués en même temps que les deux autres, auxquels j'avais fait prendre, 6 heures avant la mort, 2 gr. de dextrine par la louche.
L'infusion stomacale (avec 80 gr. d'eau) digéra:
Albumine
Chez le lapin avec lavementg pendant 5 jours . . . gr. 2,55 » » » 4 jours ...» 2,25
Chez l'un des lapins sans lavements » 0,10
» l'autre lapin » >• 0,08
Si nous mettons en regard les résultats fournis par les infusions stomacales de la dernière série (toujours dans 80 gr. d'eau^, nous obtenons la liste suivante:
Albimine digérée {grammes).
Sims lavpmenIs. Avec lavemenl».
La différence des deux séries est évidente.
Voici encore quelques résultats obtenus avec des infusions stomacales, faites dans 100 grammes d'eau:
Albumine dissoute par l'infusion stomacale