‹ Leçons sur la physiologie de la digestionChapitre 17 sur 43 · TOME DEUXIÈME t · texte numérisé non relu

TOME DEUXIÈME t

Au premier on injecte, sous la peau du dos, 4 grs. de peptone neutralisée. On éthérise le second et l'on injecte dans son duodénum , par le procédé que je viens d'indiquer, 9 grs. delà même peptone. Pas d'hémorragie chez ce dernier; mais, après quelque temps, un peu de diarrhée. — Les deux chiens sont tués après 6 heures et demie.

Chez le premier , le tissu cellulaire du dos est encore gonflé de liquide, preuve que la peptone injectée n'a pas été absorbée en totalité. Malgré cela, l'infusion stomacale digère gr. 17,5 d'albumine. En revanche, l'infusion stomacale du second ne digère que gr. 1,5 d'albumine. J'ai répété cette expérience sur des chiens adultes de grande taille, auxquels j'ai injecté dans le duodénum jusqu'à 33 gr. de dextrine. Jamais je n'ai obtenu, avec l'estomac de ces animaux, si auparavant ils avaient digéré un repas copieux, une digestion supérieure à celle que peut opérer l'estomac d'un chien, tué à jeun.

Je n'ai observé d'augmentation légère du pouvoir digestif de l'estomac que chez quelques lapins auxquels j'avais injecté dans le duodénum des quantités très-considérables de peptone. Je reviendrai à ces cas plus tard.

Les résultats des deux séries qui précèdent, n'ont pas besoin de commentaire. Les peptogènes , absorbés par le duodénum, ne chargent pas l'estomac.

Comment expliquer cette singulière exception? Pourquoi les substances qui, absorbées par l'estomac ou par le gros intestin, jouissent à un si haut degré de la propriété d'être àe,^ peptogènes^ perdent-elles cette propriété dans les portions supérieures de l'intestin grêle? — Nos études préliminaires sur la physiologie générale de la digestion et surtout les effets si remarquables du repas o: préparatoire » faisaient plus ou moins prévoir l'existence d'un obstacle, placé quelque part dans les voies digestives et destiné à limiter la

sécrétion du suc gastrique actif; mais si, au point de vue iéléoîogique , nous n'éprouvons pas de difficulté à nous rendre compte du phénomène, il n'en est pas de même si nous essayons d'en préciser la cause physiologique. Il y a, soit dans l'intestin grêle lui-même, soit quelque part dans les voies de l'absorption entre l'intestin grêle et le sang , un obstacle quelconque, s'opposant aux effets ordinaires des peptogènes. Nous pouvons nous représenter cet obstacle comme une modification chimique des peptogènes , ayant lieu avant leur mélange avec la masse sanguine, car nous savons déjà qu'une fois entrés dans le sang, ils produisent nécessairement l'élimination du principe peptique dans l'estomac. Mais en quel point a lieu cette modification et en quoi consiste-t-elle? Nous verrons que les expériences répondent en partie à la première de ces questions, mais ne nous fournissent, jusqu'ici, aucune donnée sur la seconde.

Prouvons d'abord que les peptogènes ne sont pas mis hors d'action dans l'intestin grêle lui-même, par leur contact avec les différents sucs qui sont sécrétés dans cette partie du tube digestif.

r Le suc pancréatique et la bile n'abolissent pas les effets des substances peptogènes.

A de jeunes chiens, 12 à 18 heures après un repas copieux, j'ai lié le duodénum à son extrémité inférieure. Ouvrant ensuite l'intestin au dessous de la ligature, j'ai injecté des matières peptogènes dans le jéjunum qui, à ce moment, ne contenait certainement pas de bile ni de suc pancréatique. L'estomac ne sécréta pas de pepsine pendant les 6 heures qui suivirent.

J'ai répété cette expérience avec le même succès sur un chien à fistule stomacale, chez lequel , pour plus de sûreté, la bile et le suc pancréatique étaient déviés au dehors de l'intestin depuis 24 heures. Une solution de dextriue, injectée dans la partie inférieure du duodénum, n'augmenta pas le pouvoir digestif de l'estomac. De l'albumine intro-

duite par la fistule stomacale, en fut retirée inaltérée au bout de plusieurs heures. Pour examiner si la double opération sur la vésicule du fiel et le conduit de Wirsungavait peut-être rendu l'animal malade et produit une dyspepsie pathologique, augmentée encore par l'écoulement continuel de la bile et du suc pancréatique le long- des parois abdominales, j'injectai, dans l'estomac vide du même chien, de la dextrine en solution. L'estomac digéra, en 6 heures, 5 cent. cub. d'albumine.

2° Ce n'est pas non plus par leur contact avep la muqueuse intestinale que les peptogènes perdent la propriété de charger l'estomac.

J'ai macéré, pendant 10 heures, l'intestin grêle d'un chien fraîchement tué dans une infusion stomacale contenant déjà une certaine quantité de peptone. Les peptones de ce liquide, injectées à l'état acide ou neutre soit dans l'estomac soit dans le rectum d'autres animaux, continuèrent à agir sur l'estomac comme de vrais peptogènes.

En outre , le contenu de l'intestin grêle d'un lapin , injecté dans l'estomac d'un chat resté à jeun après l'achèvement d'une digestion préparatoire, satura l'estomac de celui-ci, comme l'aurait fait une solution de peptone artificielle.

Ainsi les matières peptogènes ne paraissent pas perdre leurs propriétés dans l'intestin grêle lui-même, puisqu'elles ne sont modifiées d'une manière appréciable par aucun des liquides sécrétés à sa surface ou contenus dans ses parois. Il faut donc chercher la cause du phénomène ailleurs, en dehors de l'intestin, dans les voies de l'absorption.

3° Est-ce dans les veines qu'a lieu l'altération dont nous voulons déterminer le siège? Cette supposition n'est pas tout-à-fait dénuée de fondement, puisque l'on a prétendu que difiérentes substances alimentaires, après avoir passé par la veine-porte, changent de propriétés et d'action sur l'organisme. Il est vrai que le contenu stomacal \\<i\\\àQ, après avoir

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été absorbé, passe aussi en partie par la veine-porte, sans que pour cela les peptones , etc., cessent d'être des peptog-ènes, et déjà pour cette raison la conjecture dont il est question est rendue assez invraisemblable. J'ai néanmoins tenu à m'en assurer par l'expérience directe.

J'ai injecté des peptones et de la dextrine dans une des veines mésentéi'iques du jéjunum; et, peu de temps après, n j'ai trouvé l'estomac chargé de pepsine.

Mais, dira-t-on, il est à-peu-près généralement admis par les physiologistes que les substances que nous avons reconnues pour être des peptogènes passent par les lymphatiques. Dans ce cas, cette expérience n'aurait pas de signification.

4" Voyons par conséquent si les lymphatiques de l'intestin grêle nous donneront la clef du problème. Si c'est dans le système lymphatique que les peptogènes subissent une modification, on est tout d'abord conduit à penser aux glandes mésentériques de l'intestin grêle. Les particularités anatomiques qui distinguent ces glandes de celles de l'estomac et du gros intestin, ne sont pas encore connues dans tous leurs détails. On sait seulement que les premières sont plus volumineuses, plus denses, que leur tissu est plus aréolaire et qu'elles sont, plus que les autres, réunies en masses agglomérées. — Il était intéressant d'étudier les effets de l'extirpation de ces glandes, les seules parties du système lymphatique, plus ou moins directement accessibles à l'expérimentation. Voici comment je procédai :

Par une incision des téguments, faite à côté de la colonne vertébrale, j'ai mis à nu, sur des chiens et des lapins éthérisés, le groupe des glandes qui entourent „les artères mésentéi-iques. Afin d'épargner les vaisseaux autant que possible et pour éviter une hémorragie trop considérable, j'ai détaché et enlevé les glandes avec mes ongles , sans employer d'instrument tranchant. Après cette opération les peptogènes absorbés par les lymphatiques de l'intestin

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grêle, se répandaient dans la cavité péritonéale par la plaie béante des chylifères et étaient absorbés une seconde fois par les vaisseaux de la séreuse péritonéale.

Expériences. — A un chien de taille moyenne on injecte dans le duodénum une solution de dextrine et immédiatement après on extirpe les glandes mésentériques. L'animal est tué 5 heures plus tard , avant qu'il ait montré de symptômes fébriles. L'infusion stomacale digère 37,5 gr. d'albumine.

A trois lapins très-jeunes, de même taille, on injecte dans le jéjunum 1,5 gr. de dextrine. Les deux premiers subissent l'extirpation des glandes mésentériques. Chez le troisième, on fait toute l'opération préparatoire, sans détruire les glandes. Quatre heures et demie plus tard, les trois animaux sont tués. La cavité péritonéale contient , chez tous trois, un peu d'épanchement séreux. Les infusions stomacales faites dans 80 gr. d'eau, digèrent:

Premier lapin 3,0 gr, d'albumine

Second lapin 2,9 » »

Troisième lapin 0,9 » »

Quatre lapins, presque adultes, sont traités de la manière qui suit:

Le premier est tué au commencement de l'expérience.

Son estomac digère : albumine 6,2 gr.

Au deuxième on injecte dans l'intestin grêle 1 gr. de dextrine, dissous dans 30 gr. d'eau. Les glandes mésentériques sont mises à nu, mais non extirpées.

L'infusion stomacale digère : albumine 5,5 gr. Le troisième est opéré comme le second, mais avec extirpation des glandes mésentériques.

L'infusion stomacale digère : albumine 17,7 gr. Au quatrième on injecte dans l'intestin grêle 1,5 gr. do dextrine. — Destruction d'une moitié de chaque glande méscntérique.

L'infusion stomacale digère : albumine 16,5 gr.

(Lee estomacs des trois derniers lapins ont été infusés dans 100 g-r. d'eau. Les animaux avaient été tués 6 heures après l'opération dont ils paraissaient bien remis. Pas d'épanchement de sang dans le péritoine).

De tous ces faits il ne ressort pas encore nécessairement que les peptogènes absorbés par l'intestin grêle perdent leurs propriétés dans les glandes du mésentère, et non pas dans les chylifères qui y conduisent la lymphe, car, dans la plupart des expériences qui précèdent, ou trouva , à l'autopsie , un épanchement séreux , plus ou moins sanguinolent. Or pendant l'intervalle de 6 heures qui s'écoulait ordinairement entre l'opération et la mort, le sérum et le sang épanchés avaient pu être absorbés parle péritoine et charger l'estomac, à la manière des peptogènes. Il fallait encore examiner cette objection.

J'ai fait , à ce sujet , une longue série d'expériences qui me permettent d'afiBrraer que l'avulsion des glandes mésentériques , et la résorption de l'épanchement péritonéal qui en est la suite, ne produisent dans l'estomac, par elles seules, qu'une quantité insignifiante de pepsine, tandis que la même opération, faite après une injection de peptogènes dans l'intestin grêle, permet à ces substances de déployer leur action ordinaire sur l'estomac.

En définitive, tout semble indiquer que les peptogènes, absorbés par l.es lymphatiques de l'intestin grêle , cessent d'agir soit dans les glandes mésentériques, soit, ce qui est encore possible, dans le trajet compris entre ces glandes et le conduit thoracique. Il est, en tout cas, établi par nps expériences que si l'on interrompt les communications entre les lymphatiques et les glandes mésentériques,- les peptogènes contenus dans les chylifères ou déversés dans le péritoine par les chylifères coupés en avant des glandes, n'ont pas encore perdu leur influence caractéristique sur la sécrétion gastrique.

N'importe de quelle manière on voudra expliquer le phénomène que nous venons de discuter, nous enregistrons le fait que dans l'animal normal les substances peptogènes ou productrices de pepsine cessent de l'être à leur sortie de l'estomac et ne reprennent cette propriété, comme nous le verrons encore, que dans le commencement du gros intestin, — à supposer qu'elles ne soient pas entièrement absorbées jusque là, comme il arrive en effet dans l'ordre physiologique chez beaucoup d'animaux. Ce fait peut servir à nous faire comprendre une foule de particularités physiologiques et pathologiques de la digestion en général.

Nous avons à revenir, en premier lieu, sur le manque de pepsine que présente toujours l'estomac vivant^ après s'être débarrassé , par la voie normale , des derniers restes d'une digestion copieuse. Je vous ai dit que si , 12 à 14 heures après avoir fait faire à un chien un repas de viande abondant, on introduit dans son estomac une quantité mesurée d'albumine, il ne s'en dissout pas une trace appréciable, lors même que le liquide stomacal continue à présenter la réaction acide. La présence d'autres aliments dans l'estomac ne change rien à ce résultat, si ces aliments ne donnent pas d'extrait aqueux.

Cependant d'autres expériences faites, non pas sur l'animal vivant , mais d'après la deuxième méthode (par infusion), ont montré que dans les conditions que nous venons déconsidérer, les parois gastriques ne sont pas absolument dépourvues de pepsine, mais qu'elles en retiennent, dans leur intérieur, une petite quantité capable de dissoudre, au maximum, un sixième de l'albumine que dissout un estomac en pleine digestion. Entendons-nous bien, ce résidu de pepsine ne peut être reconnu qu'au moyen de l'extraction artificielle des parois gastriques par l'eau acidulée, et n'entre pas en ligne de compte du moment qu'on opère sur l'estomac vivant. Des aliments non peptogènes, comme l'albumine solide, tout en, stimulant un peu la sécrétion acide de l'estomac, ne

sont pas encore aptes à provoquer l'excrétion de la petite provision de pepsine qui nôus occupe. Il faut pour cela que l'absorption d'ua peptog"ène quelconque ait produit dans les glandes un légev excès de matière peptique, venant s'ajouter à celle qui y est déjà contenue et seulement alors l'excrétion a lieu. C'est surtout et peut-être uniquement ce nouveau surcroît de la sécrétion qui intervient activement dans l'ordre physiologique.

Après ces considérations , nous n'avons plus à nous demander pourquoi en général le suc gastrique artificiel est plus actif que le suc gastrique naturel. Il n'en peut être autrement , puisque le suc gastrique artificiel n'est jamais délayé dans la salive, et puisque l'estomac coupé en lanières et infusé, cède toute sa pepsine au liquide acidulé. Une autre règle qui ressort de là et qui se rattache à ce que nous savons déjà sur la fonction de l'acide dans la digestion , c'est que , pour extraire bien complètement la pepsine d'un estomac, il faut donner à l'infusion une acidité modérée.

Partant de ces données, j'ai voulu voir si l'on ne pouvait pas forcer l'estomac vivant à abandonner le petit résidu de pepsine qu'il contient même à jeun et dont l'existence est démontrée par nos procédés artificiels. J'ai essayé , en faisant absorber à l'estomac un sel avide d'eau, de provoquer l'exosmose de ce résidu peptique, trop faible pour être naturellement excrété. Voici cette expérience qui a parfaitement réussi:

Seize heures après avoir fait manger une grande quantité de viande à un chat , j'introduis dans son estomac 3 gr. d'albumine solide. Eetirée au bout de 5 heures, l'albumine n'a pas diminué. Le sac d'albumine est remis en place, mais en même temps j'introduis dans l'estomac du chat 2 1/2 cent. cub. de phosphate acide de chaux. Quatre heures plus tard, l'albumine est complètement digérée.

Il ne viendra à l'idée de personne que , dans ce cas , le

phosphate acide ait agi à la manière d'un peptogène et que la pepsine excrétée sous l'influence du sel, ait été nouvellement formée. Nous apprendrons, dans la suite, à connaître d'autres substances qui ont la propriété d'augmenter à un haut degré, par leur diffusion dans l'estomac, la transsudation des liquides à la surface de la muqueuse.

Ainsi, lorsque nous disons que l'estomac est inactif par défaut de pepsine, ce défaut de pepsine n'est jamais que relatif, et ce qui manque à l'estomac, c'est une quantité de pepsine, suffisante pour être naturellement excrétée.

Or, comment se produit l'arrêt de la sécrétion peptique?

Pour nous en rendre compte, examinons, dans toutes leurs particularités, les effets du repas préparatoire.

Quand un chien a mangé une grande quantité d'aliments, la muqueuse de son estomac se colore plus vivement en rouge et se tuméfie légèrement. Elle déverse bientôt une grande quantité de liquide acide qui ne contient que peu ou point de pepsine, et qui sert à extraire les parties solubles des aliments. Le produit de cette extraction aqueuse est absorbé en majeure partie par l'estomac qui, à cette période de la digestion, se contracte faiblement et ne chasse que très-rarement un peu de liquide dans l'intestin. Les liquides absorbés ne tardent pas à être éliminés de rechef par le sang qui les dépose, sous forme de pepsine, dans les glandules gastriques. La muqueuse, de plus en plus rouge, ne cesse pas de sécréter du suc acide; ce suc, formé en plus grande abondance, dissout, au passage, la pepsine déposée dans l'intérieur de la muqueuse. C'est alors seulement que le suc gastrique devient ])eptique et que la vraie digestion commence.

Les produits de la digestion peptique ne passent euxmêmes que très-lentement dans l'intestin, et sont absorbés en grande partie par l'estomac, sur lequel ils agissent encore à la manière des peptogènes. Les parois gastriques, par l'effet môme de la digestion, se chargent donc de quantités toujours renouvelées de matière peptique. Cet échange

va toujours en croissant , et dure , dans uu chien adulte , environ 4 heures ; il dure plus longtemps chez les chiens jeunes et chez les chats.Un estomac de chat, pris au maximum de saturation peptique, et infusé d'après notre méthode expéditive, digère jusqu'à 60 gr. d'albumine.

A partir de la quatrième heure environ, les mouvements de l'estomac (chez le chien) deviennent plus fréquents et plus énergiques; l'orifice pylorique s'ouvre plus souvent et reste par moments largement dilaté , lorsque la digestion stomacale est sur le point d'être achevée. Les contractions stomacales continuant avec toute leur énergie, elles finissent par pousser tout le contenu liquide du viscère dans l'intestin, pendant que le contenu solide est refoulé vers la région de , la grande courbure. L'estomac absorbe plus lentement que l'intestin; cette absorption diminue naturellement au fur et à mesure que l'estomac contient moins de liquide et moins de matières à dissoudre. Les peptones, une fois engagées dans le duodénum, cessent d'amener à l'estomac de nouvelles quantités de pepsine ; la production de pepsine, déjà trèsralentie par la diminution progressive du matériel qui l'alimente, et par l'évacuation de plus en plus complète de l'estomac, est enfin réduite à un minimum et cesse, dès que les derniers restes de suc gastrique déjà sécrété ont passé dans le duodénum avec les matières solides qui en étaient imprégnées et qui continuaient à fournir des peptogènes (1).

Ces phénomènes ontété contrôlés directementsur des chiens à larges fistules stomacales. La preuve que vers la fin d'une digestion copieuse de viande, l'estomac ne renferme plus de pepsine en provision, mais en reçoit seulement au fur et à

(I) Il ne faudraU pns s'allendre à voir la sécrétion peptique reprendre durant le pas- «âge des restes afimentaires dans le gros intestin (région favorable à l'absorption elBcaco des peptogènes); car comme il a été dit déjà plus haut, le résidu de la digestion, même «près le repas le plus copieux, ne renferme plus, chez les animaux non herbivores, en arrivant dans le cœcura, une quantité bien appréciable de matières peptogènes absorbable*. Nous verrons plus tard que chez les herbivores non ruminaDls il n'en esl pas alQsi.

mesure que se digèrent les derniers restes de viande, cette preuve peut être très-facilement fournie par l'expérience suivante : On retire tout ce qui reste dans l'estomac, vers la fin de la dig-estion, et l'on y introduit de l'albumine solide, contenue dans un sac de tulle. Après 6 heures, cette albumine ne montre pas encore d'altération. Si, au contraire, on laisse séjourner dans l'estomac les dernières portions de son contenu non chymifié, l'albumine se dissout, et cela en quantité proportionnée à celle des résidus alimentaires. Voici quelques chiffres :

Quantités d'albumine dissoutes dans onze observations, pendant lesquelles l'estomac, vers la fin de la digestion, contenait des restes de viande qu'on y laissait séjourner. (Premier chien à fistule):

Centim. cub.: 0,3; — 0,7; — 0,8; — 0,8; — 0,8; — 0,9; — 1,1; - 1,1; - 1,8; - 2,2; - 2,4.

Des résultats analogues s'obtiennent quand l'estomac renferme des restes de pain ou de pommes de terre.

Il a été question , au commencement de cette leçon , de l'indigestion par excès de nourriture , maladie qui serait inexplicable si l'absorption de l'extrait aqueux des aliments agissait dans l'intestin grêle avec la même efficacité que dans l'estomac. Néanmoins il arrive assez fréquemment qu'après un repas excessif la pepsine fasse défaut à une période très-avancée de la digestion, période dans laquelle l'estomac contient encore des aliments solides, non transformés, mais dont l'extrait aqueux peptogène est épuisé. Dans ces cas, la digestion dérangée reprend rapidement si l'on fait avaler à l'animal ou si on lui administre en lave?nent soit du bouillon soit de la dextrine. Jamais je n'ai vu résister, chez le chien, les indigestions causées par la réplétion forcée de l'estomac, à une dose suffisante de dextrine. La dextrine agit mieux en lavement que prise par la bouche, car dans le gros intestin, elle est absorbée sans autre changement, tandis que dans l'estomac elle est en partie transformée

en g-lycose par la salive déglutie. On voit par là que si, après un repas excessif, la dig-estion laisse dans l'estomac un résidu do matières alimentaires qui ne sont plus attaquées par le suc gastrique, c'est très-probablement parce que tout le contenu liquide peptogène de l'estomac a été intempestivement poussé dans l'intestin et parce que, de cette manière , la source de la pepsine a tari.

Si, chez un chien à fistule, on vide complètement l'estomac, une heure après avoir donné à manger du pain à l'animal, les parois stomacales se trouvent saturées de pepsine grâce à l'absorption de l'extrait aqueux du pain; mais comme dès ce moment, il n'y a plus, dans l'estomac, d'excitant apte à provoquer l'excrétion de la pepsine, celle-ci reste accumulée dans les glandules gastriques. Il en est de même, si l'on donne à manger à un animal une petite quantité

aliments fournissant beaucoup d'extrait aqueux et donnant lieu, par conséquent, à la formation d'un excédant de pepsine qui n'est pas épuisé par la digestion elle-même. Dans ce cas l'estomac, après avoir fini de digérer et s'être entièrement vidé, reste légèrement saturé de pepsine, et peut fournir du suc gastrique actif, dès qu'une excitation mécanique (comme celle qui est causée par l'arrivée de nouveaux aliments,même insolubles dans l'eau) vient frapper ses parois. Voilà pourquoi j'ai recommandé avec tant d'insistance, pour toutes les expériences du genre de celles qui précèdent : r de faire faire aux animaux un repas très-copieux de leur alignent favori, et 2° d'attendre la fin complète de la iigestion stomacale, avant de passer à l'expérience proprement dite. Nous verrons , à une autre occasion , à quelles orreurs on est exposé, si l'on ne remplit pas très-scrupuleusement cette double condition.

La grande loi qui ressort de tout ce qui vient d'être oxposé, c'est que la production du suc gastrique à qualités peptiques réclame, comme condition préliminaire indispensable, l'absorption, et, dans l'acte digestif naturel , surtout

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Vahsorpimi stomacale. Ces deux activités si distinctes de l'estomac: sécrétion peptique et absorption, seraient-elles en rapport, au point de vue anatomique, avec le fait qu'il existe, dans l'estomac de tous les vertébrés, deux portions de la muqueuse, souvent très-nettement délimitées, et présentant une structure et des propriétés chimiques essentiellement différentes? Une de ces portions est-elle uniquement destinée à sécréter la pepsine, tandis que l'autre, considérée comme inutile par beaucoup d'auteurs, servirait plus spécialement à l'absorption? J'aurai à revenir, sous peu, sur l'exameu de cette intéressante question; pour le moment, ne faisons que mentionner le fait que si l'on infuse à chaud, dans de l'eau acidulée, l'estomac d'un mammifère, afin d'en provoquer l'autodigestion, une partie de l'estomac est complètement liquéfiée ou désagrégée au bout d'une heure ou d'une heure et demie , tandis qu'une autre partie est très-longue à se dissoudre. La première portion se distingue anatomiquement de la seconde: c'est elle qui contient les amas de glandulcs peptiq^ues, qui sont caractéristiques pour l'estomac et qui ne se retrouvent dans aucune autre portion de l'intestin. Ce n'est également que cette portion peptique de l'estomac que l'on trouve liquéfiée dans l'autodigestion spontanée après la mort.

Outre les substances plus ou moins hétérogènes au sang et venues du dehors, que nous avons vues jusqu'à présent jouer le rôle de peptogènes, les parties intégrantes du corps lui-même, si elles viennent à être résorlées, peuvent donner lieu à des changements tout-à-fait analogues dans le contenu des glandules stomacales. C'est ce qui arrive, p. ex., dans Vinanition prolongée, état dans lequel, à partir d'un certain moment, l'estomac se charge lentement de quantités croissantes de pepsine.

Nos recherches ont montré que c'est de neuf à seize heures après une bonne digestion que les parois gastriques contiennent leur minimum de pepsine. Chez les chiens à.

fistule qu'on laisse jeûner , on n'observe pas encore la réapparition d'une quantité appréciable de pepsine au bout de 24 heures, bien qu'à ce moment déjà l'infusion stomacale montre un commencement de pouvoir digestif. Après 48 heures, la pepsine est reconnaissable même dans l'estomac vivant. (Nous avons vu qu'elle l'est bien avant ce moment si l'on en provoque artificiellement l'excrétion, à l'aide d'un agent apte à augmenter l'exosmose des liquides gastriques). Lucien Corvisart a trouvé que des chiens morts d'inanition Bans boire d'eau, avaient l'estomac aussi chargé de pepsine que des chiens tués en pleine digestion. — Ces observations rappellent jusqu'à un certain point la sécrétion peptiquè que j'ai provoquée chez quelques animaux en les nourrissant de chair de leur propre espèce (1).

(I) Comparez pour les faits exposés dans les trois dernières leçons: Btrichl riber die fersuche, welche im Jahre (860 in Prof. Schiff'i pkyalolo^lschtm Lnboratorium angestelU worden sind. ^Arehic fûr Heilkunde, 1861).

Sommulrc: Différences quauUUiives et qualitailves du tiuc gastrique, aux diverses phaiei de l'activité stomacale. — Les agents mécaniques peuvent-ils forcer l'ertomac vide à sécréler de la pepsine? — Dlveriiilc d'action des irritants mécaniques et des aliments. — Variations imprimées par ces agents k la sécrétion gastrique, au point de vue quantitatif. — Hypothèse do Blondlol (intuition chimique do reslomacj. — Hypothèse de Tiedemann lit Gmelin, de W. Beaumont, de Frerichs (action purement mécanique des aliments), réfutée par les expériences mêmes des auteurs. — Vnriaiions du suc gastrique au point de vue qualitatif. — Expériences de Luc. Corvisarl ot de l'auteur. — La sécrétion peptiqno démontrée pour être le résultat de l'absorption et non de l'irritation mécanique. — Noncontinuité de la sécrétion da «hc gastrique. — Erreurs de BIdder et Sctimidt.

Messieurs ,

Blondlot, dans son remarquable Traité analytique de la digestion, dit, page 220 :

« Il ressort clairement des faits qui précèdent que les « matières alimentaires sont le stimulant spécial sous l'in- «r fluence duquel l'estomac déverse son suc chymificateur « et qu'elles ont seules le pouvoir d'amener sa tunique in- « time au degré de surexcitation stable et uniforme qui « constitue l'état turgide, tandis que les agents purement « mécaniques ou chimiques se bornent à une excitation « partielle et momentanée dont le résultat est d'entraîner « la formation d'un mucus plus abondant, à peine mélangé <K de suc gastrique. Il faut donc admettre que l'estomac est « doué d'une sensibilité particiUière, d'une véritable iniui-

€ tion chimique qui, ainsi que nous l'avons dit, lui permet t d'appré3icr la nature nutritive dos substances mises en Œ contact avec ses parois ».

Et, page 224:

ï La quantité du suc chymificateur que l'estomac sécrète € sous l'influence de différentes espèces d'aliments, paraît « déj3endre à la fois de la nature et de la quantité de ces t deraières. En effet, tous les aliments ne réclament pas au « môme degré l'action de ce fluide; il en est de plus attac qnablesles uns que les autres; or il paraît que la quantité, « peut-être môaie la qualité plus ou moins active du suc « gastrique, se subordonnent aux exigences de chacun « d'eux. — Quant à la quantité, j'ai toujours remarqué qu'en « général plus je donnais d'aliments à mes chiens, plus la c quantité de sue que je pouvais obtenir ensuite, était « abondante ».

Ailleurs Blondlot dit qu'ayant essayé de provoquer la sécrétion du suc gastrique dans l'estomac à jeun, en irritant la muqueuse à l'aide d'une sonde en gomme, il n'a jamais pu obtenir, chez des chiens de grande et de pe'ite taille, que 8 à 12 grammes de liquide « et à ce liquide, ajoute-t-il, se trouvait constamment mélangée une forte proportion de matière muqueuse ».

Quand il avait recueilli cette quantité de liqui.le, l'écoulement cessait de lui-même, a C'était vainement, remarque-t-il, « page 214, que je prolongeais l'expérience, que j'agitais la « sonde dans tous les sens, en la frottant avec rudesse contre « les parois du viscère. Il n'en sortait plus alors, au lieu de « suc, qu'une certaine quantité de mucus épais et visqueux ».

En revanche, quand l'estomac était rempli d'alimeuts, Blondlot obtenait, en une demi-heure, sous l'influence des mêmes irritations mécaniques et parfois sans le secours d'un corps étranger, jusqu'à 100 gr. de suc gastrique.

Rien, dans les faits rapportés par Blondlot, n'est en désaccord avec nos propres observations (si ce n'est que nous

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