‹ Leçons sur la physiologie de la digestionChapitre 19 sur 43 · TOME DEUXIÈME I · texte numérisé non relu

TOME DEUXIÈME I

uniforme , invariable , à quelque instant de la vie qu'on le retire de l'estomac. Son pouvoir digestif diffère, en de trèslarges limites, selon que l'estomac est plus ou moins saturé des principes peptiques qui lui viennent du sang. Le même animal qui, à un instant donné, fournit un suc gastrique très-acide, mais dépourvu de pepsiue, pourra le même jour, dans la même heure, sécréter un autre suc moins acide, après avoir mangé, p. ex., du sucre, et un suc beaucoup plus peptique après avoir avalé du bouillon. Et la richesse du suc gastrique en pepsine pourra encore augmenter considérablement, si une solution très-concentrée de peptogènes est absorbée par le sang de l'animal.

Il est donc vrai, comme l'ont dit Tiedemann et Blondlot, que la nature du suc gastrique varie suivant les corps qui se trouvent dans l'estomac , et , arrivés à ce point de nos études, nous pouvons formuler la loi qui préside à ces variations. Cette loi, aussi simple que la plupart des grandes lois physiologiques, peut se résumer en ces mots : La pej)sine est un produit de sécrétion dont les éléments constitutifs ne se trouvent dans le sang et ne peuvent en être éliminés qu'en tant que ce Jluide se les est appropriés par une absorption préalable.

L'estomac, vous le voyez bien, n'est pas un être de raison qui sait adapter la nature de ses produits à la nature des corps ingérés, et la faculté de divination dont on a voulu le douer , n'est autre chose que la traduction , en langage vitalistique, du résultat nécessaire de cet échange physique et chimique de la matière dont dépendent tous les phénomènes de la vie.

Sommaire : Examen des objections de MM. Domcnie et de Heltzel. — Conditions cEeen^ tielles au succès des expériences sur la sécrétion du suc gastrique Hctif. — Importance de la dimension des fistules stomacales ; du repas préparatoira, etc. — Le repas préparatoire est-il une cause de dyspepsie î — De la dyspepsie en général. — Arrêt de la sécrétion peptique dans la flèvre. — Dyspepsie par insuffisance de la sécrétion peplique. -—Traitement pliysiologique de la dyspepsie. — Casuistique. — Indications des peptogènes.

Messieurs,

La discussion à laquelle j'ai cru devoir consacrer la dernière leçon, vous a démontré l'insufiBsance des théories qui veuleat expliquer la production du suc gastrique par l'ir-^ ritation mécanique de l'estomac ou qui placent dans ce viscère une âme chimique, douée de divination. Comme si l'estomac mort ne pouvait pas montrer des variations tout aussi notables de son pouvoir digestif que l'estomac vivant, selon que l'animal se trouvait préparé ou non, au moment de mourir, à l'acte de la digestion (1) !

(I) L'estomac mori, soigneusement desséché et préservé de l'humidité, peut, comme CD sait, conserver, pendant un grand nombre d'années, la faculté de digérer l'albumine cuite. J'ai obtenu une digestion lout-à-fait caractéristique avec un vieux estomac de cochon, provenant du musée anatomique de Halle, estomac dont un fragment me servit à préparer un peu de suc gastrique. — En 1858, je préparai l'estomac d'un jeune chien, cl je le desséchai avec soin. Le viscère, conservé à l'abri de l'humidité pendant 7 année», m'a servi l'année dernière (1865) à une expérience de digestion arlilicielle qui a parfaitement réussi.

Il me reste à examiner avec vous aujourd'hui des objection.s directes et fondées sur des expériences, que deux auteurs ont soulevées, dans les derniers temps , contre ma théorie du mode de la sécrétion peptique. M. Domenie , étudiant hollandais, dans une thèse écrite sous les auspices de M. Van Deen, dit avoir répété quelques-unes de mes expériences sur la digestion et être arrivé à des résultats essentiellement différents des miens. Domenie opère sur des chiens à fistule et sur l'infusion stomacale de lapins, de marmottes et de chiens. L'opposition du physiologiste hollandais est motivée surtout par les résultats que lui a fournis l'expérimentation sur le suc gastrique artificiel du lapin et de la marmotte. (Deux expériences sont faites sur l'infusion stomacale du chien). Jamais l'auteur n'a pu reconnaître de propriétés digestives à l'infusion stomacale des deux rongeurs dont il est question.

Pour ce qui est de l'estomac du lapin , nous savons ce qu'il faut penser d'une semblable assertion (Voy. Leçon 26); et quant à celui de la marmotte, je puis ajouter ici que dans les expériences que j'ai eu occasion de faire sur ces animaux, pendant mon séjour à Berne, j'ai constaté que leur suc gastrique artificiel était capable de liquéfier de 2 à 4 gr. d'albumine solide. Je n'attacherais aucune valeur à ce résultat en apparence insignifiant, si les expériences n'avaient pas été faites dans les conditions les plus défavorables à la digestion. (Les marmottes se trouvaient en hibernation).

Il doit donc y avoir une différence essentielle entre le procédé employé par Domenie pour préparer le suc gastrique actif et notre procédé. Cette différence va s'expliquer toutà-l'heure.

Dans les autres résultats annoncés par Domenie , je ne trouve pas de désaccord absolu avec les faits que j'ai observés moi-même, et il n'y a divergence que dans l'interprétation des faits obtenus à l'aide d'un procédé que l'auteur considère à tort comme semblable au mien..

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Domenie décvii". une expérience faite parallèlement sur deux chiens dont l'un était à jeun et dont l'antre avait reçu, (5 henres avant d'être sacrifié , l'extrait aqueux de 100 gv. (le pain. Les infusions stomacales de ces deux animaux ne montrèrent pas de différence, quant à l'énergie de leur pouvoir digestif. L'auteur dit avoir donné aux deux chiens, 14 heures avant l'expérience, 75 grammes de mande, en g-uise de repas préparatoire. — Or quelle est l'influence que peut avoir un repas préparatoire de 75 gr. de viande sur l'estomac de chiens adultes comme ceux paraissent avoir servi à Domenie? Je l'ai dit expressément à la fin de l'avant-dernière leçon et je le répète ici: Un repas insuffisant^ c'està-dire, inférieur à la quantité de matières albuminoïdes que l'estomac peut dissoudre complètement pendant une période digestive, ne laisse pas l'organe dans les conditions d'inactivité que réclament toutes les expériences ayant pour but la détermination des quantités de pepsine nouvellement formées. 75 grammes de viande suffisent à peine, - que disje - ne suffisent pas pour neutraliser l'estomac de chiens de 6 semaines , comme l'étaient ceux de mes expériences que Domenie croit imiter. Le repas précaire dont l'auteur fait précéder son expérience , loin de réaliser le but qu'il se propose, devait au contraire laisser la muqueuse stomacale plus saturée de pepsine qu'elle ne l'était avant. — Ce n'est pas tout. 14 heures après le « repas préparatoire » Domenie fait prendre au second de ses chiens 100 grammes d'extrait aqueux de -pain, c'est-à-dire, une quantité de solution peptogène relativement si petite qu'elle aurait suffi à peine pour charger l'estomac de mes chiens de 6 semaines. Que pouvaient faire, je le demande, dans un estomac déjà chargé, l'ingestion et l'absorption d'un peu de matière peptogène dont l'animal n'avait nul besoin ?

Domenie du reste — et en ceci je m'empresse de lui rendre justice — ne tire pas de conclusion absolue de ses expériences. Il dit, au contraire, qu'elles ne sont pas suffisantes

pour lui permettre de se prononcer définitivement , et il regrette de n'avoir pu se livrer à des recherches plus étendues , pendant le temps très-court qui lui était accordé pour écrire sa dissertation. Nous espérons que M. Domenie ne tardera pas à publier la continuation de ses travaux.

D'autres expériences qui paraissent en désaccord avec celles auxquelles vous avez assisté ou dont je vous ai exposé les résultats dans ce cours, ont été faites en Russie, par M. de Heltzel, sous les auspices de M. Bidder. Je n'ai pas eu occasion de voir, dans l'original, la thèse de M. de Heltzel et je n'en connais le contenu que d'après les rapports annuels. L'auteur a trouvé que des chiens à fistule stomacale, laissés à jeun pendant 18 à 48 heures, n'en continuent pas moins à digérer l'albumine solide qui, après ce temps, est introduite dans leur estomac.

Comme j'ignore si de Heltzel a neutralisé ou non la pepsine préexistant dans l'estomac de ses animaux, en leur faisant faire une digestion préparatoire suffisante, je ne puis pas décider si la contradiction qu'il croit apercevoir entre ses résultats et les miens, est réelle.

L'auteur a trouvé encore que si l'on introduit dans l'estomac d'un chien, avec une quantité donnée d'albumine cuite, des quantités variables d'autres aliments végétaux et animaux, la digestion de l'albuminé n'est pas accélérée, comme nous l'admettons, mais au contraire retardée. Il n'est d'accord avec moi que sur l'action adjuvante des os dont la présence dans l'estomac accélérerait efiectivement, selon l'auteur, la liquéfaction de l'albumine solide.

Je ne sais au juste à quelle circonstance attribuer la contradiction qu'ofirent ces derniers résultats avec les nôtres. Il faudrait pour cela connaître le procédé d'après lequel l'expérimentateur de Dorpat a déterminé le pouvoir digestif du suc gastrique, et savoir si, à cet effet, il a adopté pour base de son calcul le pour-cent non digéré d'un gramme d'albumine, comme son maître Bidder. Si tel était le

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cas — et il est permis de le supposer — nous pourrions nous dispenser de rechercher plus longuement la cause de notre désaccord.

Je vous ai déjà, signalé une autre objection qui a été faite à notre théorie et qui cherche à expliquer l'action des peptogènes par une aicgmentation de la prodîwtion d'acide dans l'estomac. Mais je crois vous avoir dit très-clairement que dans aucune de nos expériences comparatives faites sur des infusions stomacales, l'acide formé par l'estomac, n'a pu intervenir dans la digestion artificielle, puisque, après avoir lavé cet acide, nous avons toujours a-jouté aux deux estomacs en expérience uue quantité égale d'eau acidulée au même degré. D'ailleurs , dans les expériencès sur les animaux vivants , après l'injection des peptogènes dans le sang, l'estomac offrait des degrés d'acidité très-variables.

Vous avez vu, messieurs, que la plupart des expériences que j'ai faites devant vous, sont très-simples et que notre méthode d'observer la digestion stomacale , soit par les fistules, soit par les estomacs infusés, ne se complique d'aucune difficulté sérieuse. Néanmoins je ne me flatte point de voir de sitôt confirmer les résultats de mes expériences par les auteurs qui diront les avoir répétées. — La première règle, pour l'examen expérimental d'un fait, est de se mettre autant que possible dans des conditions identiques à celles dans lesquelles ce fait a été découvert et observé pour la première fois. Il est incroyable combien il eu coûte quelquefois aux physiologistes d'adopter franchement et scrupuleusement les procédés qui ont servi à leurs devanciers et avec quelle ténacité ils conservent certaines méthodes qui leur sont devenues familières, et qui ont pu leur rendre de véritables services pour d'autres recherches, mais n'ayant rien de commua avec celles qu'ils se proposent d'imiter.

On est, p. ex., accoutumé à pratiquer des fistules stomacales uniquement pour retirer et pour étudier le suc gastrique; à cet effet on se contente d'établir des fistules étroites,

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avec une canule à double rebord et à demeure. Je suis certain que la plupart des expérimentateurs qui répéteront mes expériences se contenteront encore, et souvent sans en faire mention, d'opérer sur des fistules étroites qui, il est vrai, sont plus faciles à établir et qui présentent , au point de vue opératoire, moins de chances de non-succès que les fistules spacieuses qui ont servi à presque toutes nos recherches. Ne croyez pas que cette diflférence soit insignifiante. Chez les chiens à fistule étroite, remploi de la sonde ne donne jamais la certitude que l'estomac soit réellement vide: l'expérimentateur, de cette manière, s'expose à des erreurs graves, puisque le point essentiel dont il s'agit dans toutes ces observations , est de savoir si l'on a à faire à l'estomac vide ou non, et puisqu'un seul petit fragment d'aliment, resté dans le viscère, peut entièrement changer les résultats. D'ailleurs , par une fistule étroite on ne peut pas, sans faire violence à l'animal, introduire des substances peptogènes (dextrine, peptones, etc.) en quantité suffisante pour saturer abondamment l'estomac. Les expérimentateurs devront par conséquent se borner à donner de petites quantités de peptogènes (comme l'a fait Domenie), et cela sans savoir si la pepsine préexistante a été neutralisée ou non. Les difi'érences qu'ils obtiendront de cette manière seront minimes ou insignifiantes, et ils s'étonneront de n'avoir pu confirmer aucun de nos résultats.

Dans toutes les recherches sur la digestion de l'albumine cuite, dont j'ai eu l'occasion de vous parler ou que j'ai répétées en votre présence, je me suis conformé à la règle de diviser l'albumine en petits morceaux rectangulaires, de volume égal, n'ayant jamais moins de l^S ni plus de 2[3 de centimètre de largeur et d'épaisseur. C'est ainsi que dans les mêmes séries d'observations j'ai pu arriver à des chiffres comparables entre eux. Pensez-vous qu'un expérimentateur qui aurait l'habitude de diviser l'albumine en fragments beaucoup plus gros ou en granulations beaucoup plus fines,

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arriverait à des résultats comparables aux nôtres? Oui, dans les recherches sur le suc gastrique artificiel, où l'expérience est conduite et continuée pendant un temps variable jusqu'à l'achèvement de la digestion. Mais on aurait bien tort de s'attendre à la même homogénéité des résultats dans les recherches sur la digestion naturelle à l'intérieur de l'estomac. Ici la durée 'de l'expérience est déterminée par la durée du séjour des aliments dans l'estomac, et il n'est rien moins qu'indifférent d'employer, dans deux expériences consécutives ou parallèles, des fragments d'albumine de volume inégal.

Vous vous souvenez que dans presque toutes nos expériences nous avons obtenu, dans l'estomac vivant et bien saturé, la digestion de 5 à 7 cent. cub. d'albumine; eh bien, les mêmes chiens , dans les mêmes conditions, ont digéré jusqu'à 14 cent, cub., dans quelques cas où j'ai divisé l'albumine en très-petites granulations et où je me suis servi d'un sac de gaze à mailles excessivement fines.

Nous avons dit que dans l'abstinence prolongée, l'estomac recommence à se saturer de pepsine aux dépens du corps même de l'animal. Ceux qui voudront observer ce fait en permettant à leurs animaux de boire de l'eau, qui n'est certainement pas un peptogène, ou de manger de la paille, du papier, leurs propres excréments, se croiront en droit d'infirmer le résultat annoncé par L. Corvisart, parce qu'ils n'auront pas assez pris garde aux conditions accessoires de l'expérience, lesquelles, dans ce cas encore, ne sont point insignifiantes.

Messieurs, en opérant sur des chiens à fistule, nous avons vu que l'expérimentation aboutissait à des données d'autant plus nettes et d'autant plus décisives que le repas préparatoii'e avait été plus abondant. La voracité même des animaux constitue une condition favorable au succès des expériences. Les chiens de petite taille qui, en général, ne sont pas très-voraces et qui sont rassasiés après avoir mangé 600 à 900 grammes de viande , conservent régulièrement,

ainsi que je l'ai observé, l'estomac un peu chargé de pepsine, même lorsque le viscère s'est entièrement vidé. Ce résidu de pepsine est très-petit, il est vrai, et la digestion qu'il peut opérer n'est ordinairement qu'insignifiante en comparaison de ce que digère l'estomac bien saturé; mais, chose essentielle, dans les cas dont je parle, l'estomac même vide liquéfiait toujours jplus d'un gramme d'alhmine.

En revanche les chiens de grande taille qui avaient excellent appétit et qui dévoraient jusqu'à 2 kilogr. de viande de cheval , montraient , à la fin de la digestion , l'estomac à-peu-près dépourvu de pepsine; les quantités d'albumine qui s'y dissolvaient encore étaient inférieures à un gramme (0,2; 0,3; 0,6 gr.), tandis que l'estomac saturé était, au moins dans beaucoup de cas, notablement plus actif que celui des chiens de la première catégorie.

Voici pourquoi je reviens sur cette question. On pourrait être tenté d'expliquer les effets du repas préparatoire d'une toute autre manière que nous ne l'avons fait jusqu'ici. On pourrait dire que les grands chiens, très-avides mangeurs, s'attiraient régulièrement à chacun de leurs repas immodérés, un dérangement de la digestion, une véritable dyspepsie par excès de nourriture. Quoi d'étonnant alors si l'albumine introduite dans leur estomac devenu inactif n'était pas digérée comme dans les conditions normales? Le même raisonnement pourrait être appliqué aux chiens de la première catégorie, qui, moins voraces, n'auraient pas aboli, mais seulement affaibli la force digestive de leur estomac.

Mais pour peu que l'on réfléchisse aux détails et à la marche générale des expériences que je vous ai communiquées, on verra que cette objection est dénuée de tout fondement. Et d'abord, qn'entend-on par le mot: Dyspepsie^ Si l'on veut dire par là que nos chiens, pour avoir mangé très-copieusement, avaient épuisé leur provision de pepsine et cessé de digérer jusqu'au renouvellement du ferment di-

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gestif, au repas suivant, cette « dyspepsie » est toute physiologique et l'on entre pleinement dans notre manière de voir. Dès lors on conviendra aussi que les divers moyens que nous avons mis en usage pour faire reparaître la pepsine et pour rétablir la digestion après l'excès de nourriture, sont des moyens aptes à produire de la pepsine , quand il n'y en a pas. On nous accordera également que la pepsine, une fois disparue, ne se reforme pas sans qu'il intervienne une des conditions que nous avons désignées comme peptogéniques.

Mais si l'on entend par dyspepsie un dérangement pathologique de la digestion, un arrêt momentané de la sécrétion peptique ayant sa causé dans un désordre fonctionnel, il est facile de démontrer qu'une maladie de ce genre n'existait chez aucun de nos animaux. Rappelez-vous qu'il suffisait d'administrer un lavement de dextrine, de faire absorber par l'estomac ou même par le tissu cellulaire une solution de peptogènes, et qu'aussitôt la pepsine reparaissait, quelle que fût d'ailleurs la quantité de viande prise par l'animal au repas préparatoire. L'estomac n'était donc pas empêché pathologiquement de sécréter le principe digestif, mais il lui manquait la condition matérielle qui préside à la formation de ce principe; aussi , avec la réapparition de cette condition, toute physiologique^ l'estomac reprenait-il sa fonction physiologique. Ce n'est donc pas d'un dérangement fonctionnel qu'il faut parler, mais tout au plus d'un dérangement des conditions.

Il est d'ailleurs une autre considération apte à montrer que nos chiens n'étaient pas mis régulièrement par nos expériences dans un état de dyspepsie intermittente. Tout le monde sait que, dans l'indigestion par excès de nourriture, l'estomac du chien n'entre pas, comme celui de l'homme, dans de longues discussions avec les exigences de l'organisme, mais qu'il proteste immédiatement et énergiquement par de copieux vomissements qui , en général , le vident

tout-à-fait. L'animal, après cette espèce de cure involontaire, ne tarde pas à reprendre son appétit, et il n'est pas raro de le voir choisir, dans les masses rejetées, les morceaux qui plaisent plus particulièrement à son goût. — Admettons un instant que la réplétion de l'estomac n'ait pas été poussée au point de provoquer le vomissement , mais qu'elle ait suffi néanmoins pour affaiblir le pouvoir digestif; — cet affaiblissement se serait nécessairement traduit pendant la réplétion même du viscère; la digestion du repas préparatoire aurait souffert, il y aurait eu ralentissement du travail digestif dès les premières phases de ce travail , et nous aurions trouvé dans l'estomac, encore longtemps après, des restes de masses alimentaires non digérées. Au lieu de cela comment se sont passées les choses? Les chiens digéraient rapidement et régulièrement leur repas , leur estomac se vidait, et la pepsine ne disparaissait qu'après.

Il n'y a donc rien de commun entre cette « dyspepsie » toute physiologique et la dyspepsie plus ou moins durable qui accompagne certaines maladies et qui est caractérisée par un véritable arrêt de la sécrétion active de l'estomac. — C'est ainsi que dès les premiers accès de la fièvre traumatique ou purulente, on voit perdre leur action aux substances peptogènes qui, d'ailleurs, peuvent encore être normalement absorbées. Leur transformation n'ayant plus lieu, il n'y a plus élimination du principe peptique dans les glandules stomacales, et l'estomac se refuse à digérer. Il en est probablement de même dans toutes les fièvres, avec altération de l'hématose.

Je vous rappellerai, à ce propos , la description que W. Beaumont a donnée de l'aspect de la muqueuse gastrique chez l'homme, dans les maladies fébriles. Je puis en général confirmer la description de Beaumont , d'après mes observations sur le chien. Seulement la rougeur de la muqueuse m'a paru moins uniforme et moins intense que ne l'indique Beaumont, et je n'ai jamais vu, sur cette mem-

braiio, l'cruptiou pustuleuse que l'auteur cite, daus son livre , comme un des signes les plus constants de la fièvre.

Comme je l'ai dit, durant la fièvre, les glandes peptiques ont perdu la faculté de produire le ferment digestif. Dans ce cas , on a beau introduire dans l'économie des peptogèues par toutes les voies connues , même par l'estomac , dont la muqueuse ne se refuse pas toujours à l'absorption, la digestion ne se rétablit pas. — On peut injecter les peptogènes directement dans les veines , sans plus d'effet. — Aussi, dans le traitement des maladies fébriles, la médecine pratique cherche-t-elle en valu des aliments d'une digesUbilité facile ; la digestion ne se fait plus, quel que soit le degré de digestibilité des substances dont on essaie de nourrir le malade. Si Ton parcourt la liste des aliments « de digestion facile » que les médecins donnent avec succès dans les cas dont il s'agit, on voit que la plupart de ces aliments sont composés en grande partie de substances qui, pour être assimilées , peuvent entièrement se passer de l'action modificatrice et digestive de l'estomac. Aussi, pour éviter d'encombrer inutilement les voies de la digestion, ne devrait-on donner que ces substances isolées et sans addition d'autres substances qui ne sont plus, pour le malade, d'aucune valeur nutritive , puisque , pour être assimilées, elles réclameraient l'action du suc gastrique peptique. —

Les substances directement assimilables sont , dans la série amylacée, la dextrine , la glycose , et dans la série protéique, les peptones artificielles, corps que déjà L. Corvisart a judicieusement désignés sous le nom de nutriments^ en opposition aux aliments bruts, non encore aptes à être utilisés par l'organisme.

Mais, abstraction faite de ces maladies accompagnées d'un arrêt complet de la digestion, on observe , particulièrement chez l'homme, d'autres formes de dérangements digestifs, auxquelles le nom de dyspepsie conviendrait mieux

et qui sont caractérisées, non par une absence totale, mais par une insuffisance du suc actif sécrété par l'estomac. Chez les malades dont je parle, les glandes gastriques n'ont pas perdu la faculté de produire de la pepsine , quand le sang leur en fournit les éléments; mais elles ne trouvent pas, dans la composition momentanée de ce fluide, les matériaux nécessaires pour se saturer à un degré suffisant. Ces maladies qui, jusqu'ici, ont été confondues avec beaucoup d'autres sous les noms de gastralgie, d'embarras gastrique, de dyspepsie, etc., réclament pour tout traitement une augmentation artificielle de la matière peptogène momentanément contenue da^is le sang.

Je n'essaierai pas de vous donner ici une caractéristique générale de ces maladies ni de vous énumérer les signes particuliers par lesquels elles se distinguent des afi'ections catarrhales et nerveuses de l'estomac. Ce diagnostic est encore à faire et il m'appartient d'autant moins de m'y arrêter que je serais embarrassé moi-même , dans beaucoup de cas, de le déduire des symptômes seuls , sans l'aide de l'expérimentation ex juvantibus qui, dans ces sortes d'affections, ne présente évidemment pas le moindre danger.

Ce n'est donc que pour vous indiquer , par un ou deux exemples, de quelles prémisses physiologiques on peut se prévaloir dans le traitement de la dyspepsie, que je vous communiquerai l'extrait de quelques cas guéris ou du moins améliorés par l'usage des peptogènes. Ces observations pourront peut-être servir de point de départ à des expériences cliniques plus nombreuses que n'ont pu l'être les miennes et montrer en même temps l'un des côtés pratiques de nos vues d'ensemble sur la digestion.

Un de mes collègues de l'Institut de Florence m'adressa, il y a quelques semaines , un homme d'une quarantaine d'années , atteint , depuis environ 3 mois , d'un dérangement particulier de la digestion. Voici en quels termes le patient décrivait son malaise: Régulièrement après chaque

repas, il est pris d'une sensation de plénitude , de fatigue générale, de pesanteur dans les membres , souvent accompagnée de céphalalgie; il a des éructations acides qui ne cessent guère qu'à la cinquième heure de la digestion, en même temps que diminue le malaise général. Quelquefois, mais rarement, cet ensemble de symptômes s'amende déjà au bout de deux heures. Pendant la digestion, le ventre est un peu ballonné, la bouche pâteuse. A part la sensation incommode que lui causent les flatuosités, le malade n'accuse pas de douleur à l'épigastre, lorsque l'on vient à toucher ou à comprimer cette région. Il n'a jamais de nausées ni de vomissements; ses garderobes sont régulières, parfois un peu retardées. Pas de fièvre. Dans les intervalles des repas et surtout le matin, à jeun , il se sent parfaitement bien. — La durée assez longue de ce malaise pour lequel il s'est soumis en vain à différents traitements , a produit chez le patient un véritable dégoût de la nourriture et ses forces ont notablement souffert.

Considérant qu'il n'y a difficulté de la digestion que pendant les 5 premières heures qui suivent l'ingestion des aliments, je conclus, non à l'absence totale, mais à l'insuffisance d'un agent essentiel de la digestion stomacale, ou peut-être à l'existence d'un catarrhe dont les produits, mêlés au suc gastrique normal , suspendent ou ralentissent le travail digestif. L'acide ne manquait pas, puisqu'il se trahissait au goût pendant les éructations; probablement même il s'en produisait un excès. Un état catarrhal de la muqueuse gastrique était du reste peu probable , à en juger d'après l'aspect normal de la langue. Toutefois, dans ces sortes d'affections, l'aspect de la langue est, à mon avis, un signe de peu de valeur; et, dans ce cas particulier, je n'aurais pas exclu, d'après ce signe seul , un excès modéré de la sécrétion muqueuse de l'estomac. Mais un catarrhe se serait-il manifesté exclusivement au début du travail digestif et n'aurait-il pas produit de symptômes à

la fin de ce travail et dans les intervalles des repas? — Il était donc bien plus probable qu'il y eût insuffisance de suc peptique pendant la première période de la dig-estion. L'expérimentation seule pouvait décider, 11 s'agissait de préparer l'estomac , c'est-à-dire de lui fournir , avant le repaSi une proportion suffisante de pepsine pour faire commencer ou du moins pour faciliter le travail digestif dès l'arrivée des aliments.

Je conseillai au malade de prendre , deux heures avant son repas ordinaire, une forte tasse de bouillon, sans ricu changer à son régime. — Au bout de 4 jours, il vint m'annoncer que son malaise avait disparu. Je lui recommandai de continuer l'usage du bouillon pendant 2 ou 3 semaines. Ses forces se rétablirent et, au bout de quelque temps, je le revis complètement guéri.

Un homme de constitution très-robuste vint me consulter pour le malaise suivant qui s'était déclaré chez lui sans cause connue : Depuis plusieurs mois, il ne peut prendre de nourriture sans éprouver aussitôt un sentiment pénible de nausée, très-souvent suivi de véritables vomituritious. Les vomituritions sont fréquentes surtout pendant les premières heures de la digestion, mais ne vont jamais jusqu'au vomissement complet. Tout au plus y a-t-il quelquefois réjection d'une petite quantité de matières non digérées, qui, jusqu'à présent, n'ont pas frappé le malade par leur acidité. Les nausées se répètent, un peu moins violentes , pendant tout le reste de la journée et se font sentir même la nuit, lorsque le sommeil est interrompu pour un motif quelconque. Elles reparaissent, quoique plus faibles, le lendemain, après le réveil; puis elles cessent et il y a bien-être relatif jusqu'à l'heure du repas. L'appétit n'est pas aboli , mais le malade m'assure qu'il mange très-peu et seulement de quoi apaiser sa faim. — Depuis le début de la maladie, les selles sont un peu retardées, mais il n'y a pas constipation. La région épigastrique n'est pas sensible à la pression. La langue est

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recouverte à sa base d'un enduit blanchâtre qui, au microscope, ne laisse reconnaître que des débris épithéliaux.

Je prescris au malade une solution de dextrine (100 gv. dans 200 gv. d'eau), à prendre par petites doses après dîner, jusqu'à la nuit, et à terminer le lendemain matin. Après deux jours il me fit savoir qu'il allait beaucoup mieux, mais que le goût répugnant du remède lui causait encore des nausées. Je lui fis prendre alors la dextrine dans de l'eau sucrée et lui recommandai d'en continuer l'usage au moins pendant une semaine encore. — Je n'ai pas revu cet individu, mais environ 15 jours plus tard j'appris qu'il était remis et que les vomituritions avaient complètement cessé.

Chez une jeune fille de 13 ans , en convalescence d'une bronchite, il était resté un dérangement gastrique qui s'annonçait , comme dans le cas précédent , par de violentes nausées après chaque repas. De crainte de vomir, la petite malade osait à peine manger, quoiqu'elle se sentît bon appétit. Il n'y avait pas d'autre trouble du côté du tube digestif et toutes les autres fonctions s'accomplissaient régulièrement. Une décoction de mie de pain , c'est-à-dire la forme la plus simple de la décoction blanche de Sydenham, remède que je fis prendre avant le repas, amenda les symptômes dès le premier jour et, le quatrième jour, la digestion était redevenue norniale.

Je TOUS citerai encore un cas qui diffère de ceux qui précèdent, en ce que, chez le malade dont il s'agit, il n'y avait pas, à proprement parler, dyspepsie, mais sécrétion trop abondante d'acide stomacal. Un homme robuste qui disait n'avoir jamais été malade avant l'affection pour laquelle il venait me consulter , me raconta ce qui suit : Pendant l'hiver de l'année précédente, ses travaux de géomètre l'avaient obligé de faire, pendant 15 jours, des marches pénibles dans un pays montagneux. Il s'était vivement ressenti du vent froid du nord et c'est peu de temps après qu'il fût brusquement atteint de son mal. C'était, au début, une sen-

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satioQ douloureuse de brùlui-e à l'arrière-gorge, bientôt suivie de g'oût acide dans la bouche, symptômes survenant par accès et spécialement quand le malade n'avait pas encore ])ris de nourriture solide. Ce malaise se renouvelait plusieurs tbis par jour et ne durait guère moins d'une heure, à chaque accès. Après peu de jours, l'affection augmenta d'intensité: la sensation de brûlure à l'arrière-gorge devint plus vive, on même temps qu'une sensation de constriction douloureuse envahissait toute la région précordiale. Par intervalles un liquide fortement acide remontait dans la bouche. L'accès provoquait des mouvements fréquents de déglutition qui procuraient un certain soulagement au malade, et qui finirent par se produire involontairement, même entre les accès. La digestion n'était pas précisément dérangée, mais il y avait diminution de l'appétit. — Les remèdes alcalins et terreux qui furent administrés ne diminuèrent ni l'intensité ni la fréquence des accès, qui continuèrent, comme avant, à se renouveler plusieurs fois par jour et souvent même la nuit, interrompant le sommeil du malade. — Au bout de 2 ou de 3 mois, l'affection perdit de son intensité et, vers le commencement de la saison chaude, elle disparut peu-à-peu. Le patient dont les forces avaient un peu souffert, se rétablit promptement en été et se crut guéri. Mais l'hiver suivant, obligé de recommencer ses travaux à l'air froid, il fut repris de son mal avec plus de violence que jamais. Il ne se sentait bien que le soir, mais souvent, peu de temps après s'être endormi, il était réveillé par de nouveaux et violents accès de pyrosis. Les attaques se renouvelaient jusqu'à 8 et 12 fois dans les 24 heures. Cette récidive durait depuis plusieurs semaines, lorsque le malade s'adressa à moi.

Je commençai par lui administrer un vomitif, le matin, à jeun, après lui avoir fait avaler une quantité modérée d'eau, pour délayer le contenu stomacal. L'eau fut rendue avec beaucoup de mucosités et de salive; les matières vomies rougissaient fortement le papier de tournesol et contenaient

VlNaT-NLiUVliîME LEÇON. 275

une quantité appréciable d'acide phospliorique. Au microscope elles laissaient reconnaître des amas de cellules épithéliales, à différents états de développement et de destruction. Le liquide, mis à l'étuve avec un fragment d'albumine cuite, ne digéra presque rien.

L'analogie évidente que ce liquide offrait avec celui que l'on obtient en irritant mécaniquement la muqueuse de l'estomac vide, me fit penser d'abord à un état d'irritation chronique de cette membrane , dans le genre de celui qui accompagne ordinairement le catarrhe. Je prescrivis donc un régime d'une extrême sobriété, uniquement composé de pain blanc et de bouillon, afin d'éviter autant que possible l'irritation de la muqueuse par les aliments. Comme boisson je conseillai l'eau glacée. — Le patient s'en trouva plus mal ; les accès se multiplièrent et ne perdirent rien de leur violence. — Au bout de quelques jours , force me fut de suspendre ce traitement, et, ne pouvant satisfaire à l'indication causale qui était de limiter la sécrétion acide de l'estomac, j'eus recours à un traitement symptoraatique. Je partis du raisonnement suivant: Puisque l'estomac produisait un excès pathologique d'acide qui s'était montré réfractaire même à de grandes doses d'alcali, il fallait essayer d'en neutraliser l'action par un autre moyen qui nous est indiqué par les propriétés générales du suc gastrique. Sachant par l'expérience qu'un excès artificiel de pepsine peut en quelque sorte limiter et neutraliser l'action de l'acide, il s'agissait de mettre l'acide stomacal en présence d'un suc aussi riche que possible en pepsine. La production d'un excès artificiel de pepsine ne pouvait d'ailleurs exercer sur l'estomac les fâcheux effets qui résultent d'une trop grande abondance d'acide ou d'alcali. — Je conseillai par conséquent au malade de manger chaque fois que se déclarerait son pyrosis ou qu'il en sentirait les approches, de manger, dis-je, un morceau do pain sec, de 50 à 100 grammes, et de se munir de ce remède pendant ses travaux à la montagne et pendant la nuit. — Le

résultat de cette médication lut favorable ; les accès, traités dès leurs premières approches, devinrent plus supportables et pouvaient être souvent entièrement supprimés. Les forces du malade se rétablirent ; son appétit qui avait souffert pendant les dernières semaines, revint; — mais il n'était pas guéri, car 8 à 10 fois par jour, il éprouvait encore les symptômes précurseurs du pyrosis. S'il n'avait pas mangé de pain depuis un certain nombre d'heures , le malaise se faisait sentir avec plus de vivacité, mais toujours, après quelques doses du remède, il y avait diminution évidente des symptômes et les renvois acides cessaient. — Avec le retour de l'été, il y eut encore une fois rétablissement complet. — Le troisième hiver, le pyrosis reparut encore, mais pour ne durer que 6 semaines, sans beaucoup incommoder le malade. Fidèle au traitement que je lui avais indiqué , chaque fois qu'il se sentait pris de serrement à l'épigastre et que reparaissaient les efforts de déglutition, il supprimait l'accès en mangeant du pain. .Je ne sais si en continuant à s'exposer au froid, il pourra espérer voir sa guérison se maintenir l'hiver prochain.

Que l'on veuille expliquer les effets du pain comme on voudra, — on pourrait penser, p. ex., à une simple absorption de l'acide stomacal par le pain, mais alors pourquoi les alcalis n'auraient-ils pas eu le même effet? — toujours est-il que les peptogènes, dans ce cas, ont amené une sensible amélioration, et s'ils n'ont pas guéri la maladie, du moins ils en ont amendé un des symptômes les plus fâcheux, en limitant l'action de l'acide stomacal.

Je pourrais augmenter à loisir cette liste d'observations dans lesquelles l'usage du bouillon, de la dextrine , de la décoction de pain, etc. a ravivé la force digestivc déprimée; je vois , p. ex. , dans mes notes , un autre cas de pyrosis dyspeptique traité avec succès par la croûte de pain; mais je présume que ces quelques exemples suffiront pour bien vous pénétrer d'une chose : c'est que les peptogènes n'a-

TINGT-NRtlVlfeME LEÇON. TTt

g'issent pas autrement chez l'homme que chez les animaux, ot que les effets thérapeutiques do ces substances sont essentiellement les mômes que ceux que nous leur voyons aussi produire physiologiquement dans Torganisme sain.

Je vous engage surtout à en essayer l'emploi dans la convalescence des maladies aiguës qui très souvent, comme vous le savez, laissent après elles un état dyspeptique dans lequel, malgré l'intégrité relative des fonctions digestives, le travail de l'estomac ne s'accomplit pas avec une énergie suflSsante pour fournir à l'organisme affaibli le surcroît de nutrition dont il aurait besoin (1).

Il est d'autres affections stomacales dans lesquelles l'usage des peptogènes me paraît tout particulièrement indiqué; je veux parler des obstructions et des rétrécissements du pylore. La digestion intestinale étant suspendue ou ne se faisant plus que très-imparfaitement , on conçoit de quelle utilité serait , dans ces cas , une médication qui doublerait ou qui triplerait le pouvoir digestif de l'estomac. Comme je l'ai déjà indiqué à une autre occasion, c'est aux peptones artificielles qu'il faudrait surtout avoir recours dans ces maladies , pour épargner à l'estomac jusqu'au

(I) J'ai vu (|uu l'emploi des peptogènes donniiil des l'ésiiltals paL-ticuliérement f.ivorables dans le Iraiteraent diis enfants en bas àgR, ddut la digestion et la nutrition avaient sonITcrt à la snlle de catarrhes gastro-intestinaux aigus. En voici un exemple. — Chez un enfant de i mois ((«'une très-violente diarrliée cholériforme avait mis dans un élat ilëmaciation eitrëme, il était resté des vomissemenis opiniâtres qui se produisaient régulièrement 10 à Ij minutes après que l'enfunt avait tété et qui vidaient la presque t)talité du l.iil avalé. \.n lait rnvonail liquide ou Irés-imparfaitemenl coagulé, t-e flux iiiliistinal n'avait pas (•iillèremoni ces.sé. Quelques lavements amylacés, avec I ou 2 gouttes d.; Inii lanum, calmèrent la diarrhée au houl fie peu de Jours, mais l'enfant continuait à VDmir tout Ce qu'il prenait. On changea sa nourrice, mais il n'alla pas mieux. J'ordonnai de petits lavements de bouillon concentré, contenant environ 10 gr. de dextrine, à a Iministrer plusieurs fois par j )ur, quelque temps (l|2 à 1 heure) avant de mettre t'enfmt au sein. Après les ."i premiers lavements, le lait fut rejelé en grumeaux bien coagulés. C.inq jours plus tard le vomissement avait cessé , et au bout d'une vingtaine de i )nrs de ce traitement, l'enfant avait repris tout son embonpoint.

fSnte (lu RrdacIfurJ .

travail de la digestion; mais la préparation de ces substances est longue, coûteuse, et souvent il est impossible de se les procurer. Faute de nutriments proprement dits, les peptogèiies serviraient donc à faire extraire et digérer aussi complètement que possible le contenu stomacal, aussi longtemps du moins qu'il n'y aurait pas de fièvre et que les glandes peptiques seraient encore en état de fonctionner. — Il serait préférable, dans ces maladies, d'administrer les peptogènes par le rectum, plutôt que par la bouche; et cela pour deux raisons: En premier lieu on éviterait de surcharger l'estomac de substances qui peuvent également bien être absorbées ailleurs; ensuite le but spécial de la médication serait plus parfaitement atteint , car absorbés par le rectum , les peptogènes n'agissent que sur la sécrétion du suc gastrique, tandis que, absorbés par l'estomac lui-même , une partie de la substance peptog'ène est dépensée, comme nous le verrons dans la continuation de ce cours, pour former de la pancréatine , par l'intermédiaire de la rate.

Les substances peptogènes qui sont entre les mains de tout le monde, pourraient , dans toutes ces maladies (uou accompagnées de fièvre), remplacer très-avantageusement les préparations de pepsine qui actuellement se trouvent dans le commerce et qui, aux faibles doses oiî elles sont en général données par les médecins, sont très-peu sûres et très-variables dans leurs effets , selon que les estomacs dont elles proviennent, étaient saturés de pepsine ou non, au moment de leur extraction.

Les faits que je vous ai communiqués sur le mode de formation du suc gastrique actif, s'ils sont nouveaux dans leur ensemble , ne sont pas restés entièrement cachés aux bons observateurs du siècle dernier. Dans la littérature de ce temps on trouve déjà, çà et là, quelques indications qui ne manquent pas de justesse, mais qui, par la forme singulière de leur énoncé, n'ont pas eu le privilège d'attirer

YIN&T-NEUTIKMW T.RÇON. 279

l'attentiori des savants modernes qui ont dû les rejeter comme bizarres et antiphysiologiques. Ainsi certains auteurs croyaient pouvoir expliquer la prédilection avec laquelle le peuple associe certains mets à d'autres, par le fait que les aliments se digèrent entre eux et qu'un aliment indigeste par lui-même , l'est moins s'il est combiné à un autre aliment, apte à coopérer à sa digestion.

Bien que les auteurs de cette théorie ne parlent ni de pepsine ni de suc gastrique, dont ils ignoraient probablement jusqu'à l'existence, vous voyez bien, messieurs, qu'au fond de leur manière de voir il y a quelque chose de juste et l'expression d'une observation exacte. Tant il est vrai , comme la Physiologie l'enseigne et le confirme à chaque pas, que les observations bien faites, mais mal expliquées, peuvent être oubliées, mais ne périssent pas.

Sommaire : Gonsidéralions analomo-physiologiques >ur le double appareil glandulaire de l'esloinac. — Glandulea peptiques el glandules muqueuse*. — Leur distribution dans l'estomac de divers mammifères. — Rôle physiologique des districts peptiques et des districts non peptiques de la muqueuse stomacale. — L'absorption stomacale a lieu principalement dans les districts non peptiques. — Usages des divers compartiments de l'estomac multiloculaire des ruminants. — Analogie physiologique entre les estomacs non peptiques des ruminants et le cœcum des herbivores à estomac simple. — De l'autodigeslion. — Qu'est ce qui l'empêche pendant la vie ? — L'ulcère chronique de l'estomac roconnalt-il pour cause une autodigestion pendant la rie?

Messieurs ,

Après avoir appris à connaître les lois qui président à la sécrétion du suc gastrique, occupons-nous plus en détail de l'organe et des éléments anatomiques dont cette sécrétion forme l'attribut le plus important.

Vous savez que la muqueuse stomacale des mammifères et de la plupart des vertébrés, est pourvue d'une quantité innombrable de petites glandes tubuleuses, présentant deux types de structure bien distincts, — Les unes sont presque toujours ramifiées en deux ou trois petits conduits secondaires qui se terminent en cul-de-sac dans le tissu cellulaire sous-muqueux ; leur cavité, légèrement évasée du côté de l'orifice stomacal, dans le premier tiers de sa longueur, est tapissée de l'épithélium cylindrique de la muqueuse stoma-

TBENTIÈMB LEÇON. 281

cale; plus en arrière, cet épithélium est remplacé par des cellules arrondies, relativement assez grosses, qui non seulement remplissent presque toute la cavité du tube , mais qui en distendent et soulèvent la membrane, de façon à lui donner un aspect variqueux. Ces grosses cellules, munies de noyaux bien visibles, occupent surtout le voisinage des parois du tube; dans l'axe on ne distingue que des séries de noyaux libres, ayant le même aspect que ceux qui sont contenus dans l'intérieur des grosses cellules de la périphérie.

L'autre catégorie de glandes, également tabuleuses, mais ramifiées moins souvent, se distingue facilement de la première en ce que l'orifice stomacal des tubes n'est pas élargi en entonnoir et en ce que l'épithélium cylindrique de la muqueuse stomacale se continue jusqu'au fond de leur cavité. La cavité de ces glandules est loin d'être aussi abondamment fournie de cellules et de noyaux que l'est celle des glandes à nodosités et jamais leur membrane ne présente ces renflements et ces bosselures si caractéristiques des tubes à grosses cellules rondes (1).

On admet en général , et probablement avec raison, que le suc gastrique actif ou peptique est sécrété exclusivement par les glandes à renflements , auxquelles on a , en consé- . quence, donné le nom de glandes peptiques, et que les uutres tubes, à épithélium cylindrique, servent plus spécialement à la sécrétion du mucus ou peut-être d'un suc acide. Il est toutefois à remarquer que le cul-de-sac des glandes dites peptiques, peut également présenter une réaction acide, même quand on a lavé à grande eau toute la surface mu-

(I) A la rigueur on pourrait dire que le« glandes de In seconde espèce (muqueuses) ne sonl Jamais ramifiées chez nos animaux domestiques , car il n'y a que le eul-de-sac qui montre une division en 2 ù 4 petits culs-de-sac secondaires. Chez l'homme on pourrait nier complètement la ramiOcation des glandes gastriques , si l'on ne veut pas regarder la dépression dans laquelle aboutissent 3 ou ^ luhes glandulaires , comme le commencement d'une seule glande ((ui se subdivise après un trajet très-court. La Morphologie fomparée paraît cependant parler en faveur de celle dernière manière de voir.

282 PHTSIOLOGIK DE LA DKJESTION.

qiieuse de l'estomac. Les raisons sur lesquelles on s'est fondé pour attribuer la sécrétion peptique aux glandes à nodosités, sont:

r Que ces g-laudes sont les seules réellement caractéristiques de la muqueuse stomacale, tandis que les autres se retrouvent aussi, plus ou moins idnntiques, dans d'autres districts du tube digestif ;

2" Que les districts de la muqueuse stomacale , où se trouve le plus grand nombre de glandes à nodosités, sont les seuls qui , infusés dans l'eau , fournissent un liquide à qualités peptiques, tandis que les portions de l'estomac, qui en sont dépourvues, ne donnent pas, par l'infusion, de liquide digestif (Nous reviendrons tout-à-l'heure sur ce sujet) ;

3° Que le renouvellement et la destruction des amas de grosses cellules, qui remplissent les glandes dites peptiques, paraissent coïncider avec les dififérentes phases de l'activité digestive de l'estomac. — Frerichs, à qui nous devons cette intéressante observation, dit avoir remarqué qu'après l'achèvement de la digestion, les glandes peptiques sont comme dans un état de coliapsus et qu'elles ne contiennent plus ni cellules ni noyaux; au commencement de la digestion, au contraire , les cellules et les noyaux se détacheraient visiblement des parois des tubes pour se répandre dans la cavité stomacale (1). Frerichs paraît admettre que la sortie des cellules a régulièrement lieu pendant la digestion; elles se répandraient alors dans l'estomac et se renouvelleraient dans les intervalles des digestions. J'ai cru devoir citer ce fait, bien que, pour ma part, je n'aie jamais eu l'occasion de le confirmer avec une entière certitude. Sans doute le microscope montre une différence dans le degré de réplétion que présentent les glandes ramifiées, au commencement et à la fin de la digestion, mais la déplétion coïncide-t-elle toujours avec l'acte digestif ? C'est ce que mes recherches,

(I) Article Digestion, duns « Waguec's Uandwôilcrbucli der Physioloji», pag. '■59.

TRENTliSME LBOON. 288

trop peu nombreuses d'ailleurs , ne me permettent point d'affirmer (1).

L'arg'ument le plus décisif parmi ceux que je viens d'énuraérer comme preuves de la fonction spécifique des glandes à nodosités, est celui qui est tiré de l'inégalité du pouvoir digestif des différentes portions de l'estomac. On a remarqué depuis longtemps que chez les mammifères sains et récemment tués, la muqueuse stomacale n'offre pas partout le même aspect. Chez le rat, p. ex., la surface interne de l'estomac, ouvert et lavé avec précaution, se montre comme partagée en deux moitiés l)ien distinctes et diversement colorées: à gauche la muqueuse est d'un gris rougeâtre, sa surface est comme veloutée et parcourue par des plis longitudinaux; à droite la muqueuse est pâle, blanchâtre, et ce sont les plis transversaux qui prévalent. Si l'on a injecté les vaisseaux gastriques avec une matière colorante, la moitié gauche apparaît beaucoup plus richement vascularisée que ne l'est la moitié droite; les réseaux anastomotiques sousmuqueux y sont plus serrés; les branches artérielles qui se rendent dans la muqueuse, en direction ascendante, y -paraissent plus fortes et se remplissent plus facilement. L'examen au microscope montre que la moitié gauche de l'estomac est parsemée d'une quantité innombrable de glandes peptiques, disposées en rangées excessivement serrées ; la muqueuse, de ce côté, paraît consister tout entière en un amas de ces glandes : à droite , au contraire, on ne découvre que des glandes dites muqueuses.

La même inégalité d'aspect de la muqueuse stomacale se retrouve aussi chez les autres mammifères, quoique généralement moins frappante que chez les rats.

(<) Je puis, au conlraii'e, affirmer que la muqueuse slomacale, quelque lempu après In (ligeslioo d'un repas copieux, peut être trcs-appauvrie en pepsine, pendant qu'à l'exumen microscopique on IrouTe les glundules dites peptiques garnies de nodosités bien visibles «t pleines de grosses cellules. Ces cellules ne sont donc pas , comme on l'avait admis, idenliques avec la substance dont la solution dans le liquide stomacal fournirait la pep- •ine du suc gastriqun. S.

284 PHTSIOLOGIB DE I,A DIGESTION.

La répartition des deux districts , peptique et muqueux, est du reste très-variable. — L'estomac de la souris ressemble à s'y méprendre à celui du rat. Celui du lapin en revanche en diffère notablement, en ce que la muqueuse n'est plus divisée en deux moitiés de grandeur presque égale : les glandes dites peptiques paraissent occuper presque toute l'étendue de l'estomac, et il n'y a que la portion pylorique qui présente un autre aspect: cette portion est occupée exclusivement par des glandes dites muqueuses. En outre il existe , immédiatement au dessous du cardia, un second anneau très-étroit oii la muqueuse est blanche et où elle est aussi dépourvue de glandes peptiques. La muqueuse, en ces derniers points, non seulement est moins rouge, moins succulente, mais aussi moins épaisse que dans les districts peptiques.

L'estomac du chien, sous ce rapport, ressemble beaucoup à celui du lapin, et l'on reconnaît facilement, à l'œil nu , la partie pylorique blanche , non peptique, qui s'étend , chez les chiens adultes et dans l'estomac modérément contracté, jusqu'à 7 ou à 8 centimètres au dessus du pylore. Chez les chieug de grande taille, la zone des glandes muqueuses atteint quelquefois jusqu'à 11 et à 12 centim. de longueur.

L'inégalité d'épaisseur des deux districts de la muqueuse est surtout prononcée chez le j»;or^, mais la répartition des glandes gastriques présente un type un peu différent. La portion cardiaque et la portion pylorique sont plus pâles que le reste ; le milieu de l'estomac est occupé par une zône rougeâtre, à configuration irrégulière. Cette irrégularité résulte de ce que la zône rouge est plus large du côté de la grande courbure et va en se rétrécissant du côté de la petite courbure. — Ce district médian, dont la muqueuse est plus richement vascularisée, plus épaisse et plus molle que celle du reste de l'estomac, est le seul qui porte des glandes peptiques.

Chez le cheval, la répartition diffère encore. La portion

TRENTIÈMB LEÇON. 285

peptique est située du côté droit, daus le voisinage du pylore, tandis que du côté du cardia on ne découvre que des glandes muqueuses.

J'ai mallieureuseineut négligé, dans les quelques cas oii j'ai eu à ma disposition des cadavres de justiciés, d'examiner la coloration des différents districts de la muqueuse stomacale; tout ce que je puis vous dire sur la distribution des glandes gastriques chez \ homme, c'est que les glandes peptiqnes occupent toute la région moyenne de l'estomac, y compris le grand cul-de-sac; la région cardiaque en est dépourvue et à mesure qu'on se rapproche du pylore, elles deviennent de plus en plus rares, sans qu'il y ait de ligne de démarcation bien tranchée ; les glandes muqueuses commencent à apparaître à une certaine distance du pylore, plus ou moins entremêlées encore de glandes peptiqnes; leur nombre relatif augmente à mesure qu'on s'avance vers le pylore, et dans le voisinage immédiat de cet orifice, il n'y a plus que des glandes muqueuses.

Il est vraisemblable que l'Histologie comparée des mammifères nous dévoilera d'autres types de cette distribution des glandes gastriques. Nous verrons tout-à-l'heure qu'il serait surtout important pour le physiologiste de connaître cette distribution chez les mammifères à estomac multiloculaire.

Quant aux usages j)hysiologiques de ces deux parties si distinctes de l'estomac , il y a un fait qui a déjà dû vous frapper dans les expériences d'autodigestion auxquelles vous avez assisté ici à différentes époques. Vous avez vu que quand ou place au bain-marie, à une température de 40 degrés, l'infusion acidulée d'un estomac de chien , l'autodigestiou est déjà assez avancée au bout de 3 à 4 heures ; mais qu'à partir de ce moment, et plus tard encore, il y a dans le liquide un résidu de membranes à peine attaquées par le suc gastrique, résidu encore inaltéré lorsque le reste de l'estomac est déjà très-goqflé et devenu si mou qu'il se

délite entre les doigts quand on veut le retirer do l'infusion. Ce résidu subsiste même quand le reste de l'estomac est déjà presque liquéfié.

Eh bien, lorsque, au lieu de couper l'estomac en petits fragments, on le divise en quelques grands lambeaux facilement reconnaissables dans le liquide, on voit que la portion réfractaire à l'action de la pepsine est toujours et invariablement la même, c'est-à-dire la portion pylorique, où il ne se trouve pas de glandes peptiques. Rien ne nous autorise à chercher la cause de cette différence de solubilité dans une différence de texture et de densité des tuniques stomacales , car , sous ce rapport , la région pylorique n'a pas un avantage bien marqué sur le reste de l'estomac^ Mais le fait s'explique tout naturellement si l'on admet que les glandes peptiques sont la source et le réservoir du suc gastrique actif. S'il en est ainsi, voyons comment devront se passer les phénomènes de l'autodigestion.

D'abord une partie de la pepsine accumulée dans les glandes sera dissoute par le liquide acidulé qui, de l'infusion, pénètre dans les tubes glandulaires; la pepsine, en entrant dans le liquide, lui communiquera ses propriétés, et on aura un suc gastrique dilué qui agira de dehors en dedans sur tous les fragments du viscère indistinctement. Une autre partie de la pepsine restera emprisonnée, à l'état de solution très-concentrée, dans les canaux glandulaires; elle imbibera les portions du viscère, pourvues de glandes peptiques et les dissoudra de dedans en dehors. Les districts à glandes peptiques se trouveront en quelque sorte pris entre deux liquides dissolvants, dont l'un, plus concentré et plus actif, pourra les pénétrer dans toute leur épaisseur; tandis que les districts non peptiques ne subiront que l'action du liquide extérieur, plus délayé et moins actif. Cela n'empêchera pas les districts muqueux de se dissoudre également ; seulement cette dissolution demandera beaucoup plus de temps. L'observation démontre en effet que la portion pylorique met quel-

THBNTIÈMK LBÇON. 287

quelbis 8 et même 10 fois plus de temps à se dissoudre que le reste de l'estomac.

Ce raisonnement, comme vous le voyez, s'adapte très-bien aux faits; mais il ne prouve pas d'une manière péremptoirc que les glandes dites peptiques et la muqueuse qui en est presque entièrement composée, soient réellement les sources du suc gastrique actif.

Voici une preuve plus positive.

On tue un chien eu digestion; on excise son estomac et, après l'avoir ouvert et bien lavé , on le partage en deux grandes portions dont l'une ne comprend que la partie blanche, pylorique. Les deux portions sont ensuite coupées en petits morceaux que l'on infuse séparément dans deux verres , avec des quantités d'eau et d'acide proportionnées au volume de chaque portion. Puis les deux infusions sont placées à l'étuve avec de l'albumine cuite. — L'un de ces liquides, celui des glandes peptiques, digère tout; l'autre se décompose. — Il est donc clair que la muqueuse sans glandes peptiques ne donne pas de suc gastrique.

Il était intéressant de répéter cette expérience sur d'autres animaux et aussi sur l'homme, afin de vérifier si la même différence d'organisation correspond toujours à la même différence de fonction.

J'ai constaté que l'estomac du chat , sous ce rapport, montre la plus grande analogie avec l'estomac du chien. Chez le surmulot, l'estomac est nettement divisé en deux moitiés dont l'une digère, l'autre non.

Chez V homme , je n'ai pas obtenu d'abord des résultats aussi tranchés. J'opérais sur des estomacs d'enfants, morts d'une manière plus ou moins soudaine , à la suite d'accidents traumatiques. — L'infusion de la portion pylorique n'était jamais entièrement dépourvue de pouvoir digestif, bien que la quantité d'albumine qu'elle pouvait liquéfier, ne fût qu'insignifiante à côté de celle que digérait la moitié gauche de l'estomac, avec le grand cul-de-sac. Celle-

ci effectuait la solution évidente de quelques g-raiumes d'albumine, digestion assez précaire, sans doute, mais suffisante pour un estomac d'enfant, si l'on tient compte des conditions incertaines de saturation dans lesquelles les estomacs étaient examinés. Dans toutes ces expériences j'avais compris dans le segment pylorique les districts muqueux avdisinants, dans lesquels , comme je l'ai dit , se trouvent éparses quelques rares g-landes peptiqucs. Plus tard, j'ai évité cette source d'erreur, et dès lors j'ai obtenu chez l'homme des résultats aussi décisifs que chez les autres mammifères (1).

KœUiker a fait avec Goll , k -peu-près en même temps que nous, des expériences analogues sur l'estomac du porc. Ces deux savants ont trouvé que l'infusion acidulée des districts à glandes peptiques digère en peu de temps des substances albumiuoïdes coagulées; tandis que l'infusion des districts à glandes muqueuses ne digère rien ou ne dissout que des traces d'albumine, même après un temps d'action très-prolongé. Comme Kœlliker parle de l'action de l'estomac sur les corps albumiuoïdes en général, il est à présumer qu'il aura conBrmé ses résultats pour d'autres substances que l'albumine. Mes recherches ne portent que sur le blanc d'œuf.

Afin d'écarter le soupçon que les parties non peptiques de l'estomac eùssent peut-être donné une infusion active avec un acide différent de celui qui a été employé pour le reste de la muqueuse, j'ai répété ces expériences en acidifiant les infusions avec d'autres acides inorganiques et organiques. Les résultats n'ont pas varié.

Quand, après avoir ouvert l'estomac, on n'a pas lavé avet; beaucoup de soin et à grande eau toute la surface de la muqueuse, les résultats que l'on obtient ne montrent jamais

(I) Ces résulliils ont élé commuuiqués à M. Loiigc(, eu 1852, pour servir de noies à l'artiule Digestion de son traité de rio'siologiL-. !>.

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autant de netteté. Sans la précaution que je viens de sig-ualer, un peu de suc gastrique actif peut rester adhérent à la muqueuse de la portion pylorique et communiquer à l'infusion une trace de pouvoir digestif, toujours bien insignifiant, il est vrai, comparativement à celui que montre le segment à glandes peptiques. Telle est probablement la cause de la trace de digestion obtenue par Wasmann, Kœlliker et Donders à l'aide de l'infusion des parties non peptiques de l'estomac. Wasmann, que je n'ai pas cité antérieurement , va jusqu'à admettre que la partie peptique de l'estomac ne diffère de la partie non peptique que quant au temps nécessaire à l'autodigestion. — Chez les ruminants, c'est exclusivement le quatrième estomac ou caillette dont une partie donne une infusion à qualités peptiques.

De toutes ces observations il ressort que l'estomac des mammifères présente constamment, à côté de parties qui digèrent, d'autres qui ne digèrent pas. Ce fait peut paraître singulier au premier abord et l'on est à se demander pourquoi la nature a toujours associé, dans l'estomac, aux districts qui digèrent, d'autres districts qui en apparence sont sans utilité. Que de fois n'a-t-on pas voulu expliquer la conformation exceptionnelle et l'énorme développement de la cavité stomacale des ruminants par la digestion plus laborieuse et plus prolongée que réclamerait le régime purement végétal ! Les aliments végétaux, disait-on, étant peu nutritifs par eux-mêmes, demandent à être ingérés en très-grandes quantités; aussi, pour réahser une extraction complète de leurs éléments nourriciers, la nature a-t-elle dû agrandir très-considérablement la surface des organes qui servent à les digérer et créer un mécanisme spécial grâce auquel ces aliments peuvent subir une digestion deux et plusieurs fois répétée. — Ce raisonnement est illusoire , puisqu'il est démontré maintenant que le compartiment peptique de l'estomac multiloculaire occupe une surface très-restreinte comparativement à celle des trois autres compartiments.

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