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TOME DEUXIÈME

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souvent sans aucune trace de digestion, pendant que le contenu stomacal était digéré. Dans tous ces cas, il est très-vraisemblable qu'avant le commencement de la digestion , l'orifice interne de la canule a été bouché par du mucus et que c'est le mucus qui a empêché le suc gastrique d'agir sur la parcelle de viande ou d'albumine. En effet, la canule, daus ces cas, renfermait du mucus et sou contenu très-souvent se montrait entièrement dépourvu d'acidité. Ces expériences ont été faites avec de l'albumine, avec de la viande crue et de la viande cuite.

Vous voyez, messieurs, d'après tous «ces faits, que le mucus stomacal suffit pour empêcher la digestion s'il n'est pas déplacé par les mouvements de Testomac; que si l'épithélium stomacal manque , le mucus empêche l'autodigestion, pourvu, bien entendu, qu'il soit, avant le commencement de la digestion, sécrété avec assez d'abondance pour couvrir toute la surface de l'érosion; qu'au contraire la présence de l'épithélium ne peut pas suppléer au défaut du mucus. C'est donc bien la sécrétion muqueuse qui a lieu pendant la vie et non la couche épithéliale qui protège l'estomac contre l'autodigestion.

Sommaire: Appendice sur l'utilité de lu salive dans la digestion stomacale. — La saliTs contribue essentiellement à fournir h l'estomac un extrait aqueux des aliments, extrait renfermant les substances peptogènes. — Des mouTcments de l'estomac. — Recherches do. Peyer, Wepfer, B. Schwartï, Haller, Spallaniani, Magendie, \V. Beaumont. — Recherches de l'auteur. — Cause des mouvements de l'estomac après la mort. — Le contact de l'air, le froid, ta douleur ont-ils une inQucncc sur ces mouvomenls? — Influence de la cessation de la circulation. — Prétendue rotation de l'estomac plein autour de son axe longitudinal. — .Mouvements et changements de forme de l'estomac vivant. — Ooarctalion de la partie moyenne de l'eslomac. — Contraction péristaltique et nntipéristaltique de la portion pylorique. — Mouvements du grand cul-de-sac et de la portion cardiaque. — Effets mécanique» de ces mouvements sur le contenu stomacal. — Mouvements alternants de la portion cardiaque de l'œsophage. — Caractère de ces raouvemonls après la mort. — « Pouls cardiaque • de Basslinger.

Messieurs ,

Vous vous rappelez qu'en traitant des attributions chimiques de la salive dans l'acte digestif, je vous ai avertis dès le début que ceMiquide ne sert pas seulement à transformer les aliments féculents en sucre, mais aussi et en première ligne à préparer l'extrait aqueux des aliments. Cette fonction de la salive, plus importante et surtout plus générale que la première, ne pouvait être comprise avant l'étude que nous avons faite de l'absorption stomacale, dans ses rapports avec la sécrétion peptique, et je dois y revenir aujourd'hui en peu de mots.

J'ai dit que le pouvoir saccharifiant de la salive ne pouvait pas être regardé comme sa propriété la plus essentielle ; il

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existe en effet un très-grand nombre d'animaux dont la salive agit à peine ou n'agit pas du tout sur les corps amylacés; il entre d'ailleurs dans la nourriture de ces animaux une proportion si minime de substances féculentes que les grandes quantités de liquide , sécrétées par leur appareil salivaire au moment de la mastication et encore après la mastication (carnivores) ne sauraient être en rapport avec le rôle chimique que voudrait leur attribuer l'opinion que nous examinons. Cette sécrétion doit donc avoir une autre destination , si nous ne voulons pas admettre qu'elle soit perdue pour l'organisme. Du reste, môme chez les mammifères qui se nourrissent de matières amylacées et dont la salive possède des propriétés diastatiques énergiques , le contact de ce liquide avec les aliments dure trop peu de temps pendant la mastication, pourqu'il puisse y avoir une transformation coiiiplète de ces substances. Il est vrai que la salive déglutie continue à produire du sucre dans l'estomac , mais elle s'y trouve tellement délayée par le suc gastrique , par la bouillie semi-liquide des aliments et le mucus , que , dans le cas le plus favorable, elle ne saurait transformer qu'une petite partie de la fécule ingérée. Ici encore il y aurait disproportion entre la quantité de salive sécrétée et la quantité de nutriment (glycose) rendue directement assimilable par cette salive.

Or, d'après tout ce qui a été dit dans les leçons précédentes sur la nécessité d'une extraction aqueuse des aliments par les sucs digestifs, et sur le lien intime qui existe entre l'absorption stomacale et la sécrétion du suc gastrique actif, il est évident que la salive, en tant que simple dissolvant, est appelée à jouer un rôle important dans la digestion stomacale elle-même. C'est la salive qui, déjà dans la bouche, extrait les parties solublos , les 2^Gptogènes des matières alimentaires , et qui continue à les extraire dans l'estomac. Vous concevez maintenant quelle est l'utilité d'un liquide aqueux, se mélangeant avec les aliments au moment de la

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mastication , les dissolvant en partie et fonrnissant à l'estomac le produit de cette dissolution, avant même que les glandules g-astriques aient commencé à sécréter leur suc acide. C'est grâce à l'absorption de cet extrait aqueux que l'estomac devient apte à sécréter la pepsine, et à ce point de vue, les g-randes quantités de salive sécrétées même par les animaux qui ne se nourrissent pas de substances féculentes, ne vous paraîtront plus en disproportion avec le rôle chimique assig-ué à ce liquide dans l'acte digestif. Dès lors aussi, il devient assez indifférent pour l'accomplissement de cette fonction, que le liquide chargé d'extraire les aliments, se mélange à ceux-ci déjà dans la bouche, comme cela a lieu chez les mammifères, ou plus bas, dans les voies de la déglutition , entre la bouche et l'estomac , comme c'est le cas chez la plupart des oiseaux. On conçoit du reste que dans tous les cas oii la mastication précède la déglutition, il y ait aussi grand avantage à ce que la salive intervienne au moment même de la trituration des aliments, puisque l'extraction aqueuse se fait bien mieux si elle est aidée par le massage.

Nous sommes loin de nier que l'action diastatique de la salive n'ait à remplir, de son côté, un rôle important dans la digestion, et, partant dans la nutrition; mais, encore une fois, l'utilité de cette fonction se réduit à quelques cas particuliers, tandis que l'utilité de la salive, en tant qu'agent dissolvant, est générale chez tous les animaux pourvus d'un appareil salivaire. Du reste , ce ne sont pas là les seules attributions du fluide salivaire. Nous savons qu'il peut servir mécaniquement à faciliter la préhension des aliments: tel est le cas chez quelques édentés insectivores qui sécrètent une salive excessivement gluante; il intervient aussi mécaniquement dans la mastication (surtout chez les mammifères iierbivores) et dans la déglutition (surtout chez les carnivores). Notons que dans tous ces cas, l'excitation des glandes salivaires ne cesse pas immédiatement avec la déglutition

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et que même chez les carnivores il se déverse, eucorc après la déglutition, une certaine quantité de salive qui va rejoindre le bol alimentaire dans l'estomac et qui contribue à délayer le contenu de ce dernier. Il n'en est pas moins vrai, comme vous le savez du reste déjà, que grâce à l'existence d'autres liquides aqueux, sécrétés dans la partie supérieure du tube digestif, la digestion peut se faire encore très-bien sans l'intervention de la salive, p. ex. après l'extirpation de toutes les glandes salivaires.

Je passe au sujet principal de cette leçon , c'est-à-dire à l'étude des mouvements de l'estomac.

C'est à deux expérimentateurs suisses , bien connus par leurs travaux sur la digestion, Peyer et Wepfer, que nous devons les premières observations sur les mouvements de l'estomac , étudiés dans l'animal vivant. Peyer et Wepfer ont expérimenté tantôt sur des animaux à jeun, tantôt sur des animaux en digestion, et ont reconnu deux formes de mouvements : les uns péristaltiques, les autres antipéristaltiques. Ils paraissent admettre que ces mouvements sont continus, au moins pendant la digestion.

Benjamin Schwartz, observateur très-habile du siècle dernier, combat avec raison l'opinion que les mouvements de l'estomac soient continus. Il conclut de ses expériences que l'on ne voit que rarement ces mouvements, si l'on n'a pas directement irrité le viscère. B. Schwartz qui, selon les idées qui étaient alors en cours, s'attendait à voir des mouvements stomacaux beaucoup plus prononcés et continus, se montre très-étonné de n'en avoir pas pu constater de traces dans plusieurs chiens, ouverts vivants, malgré toute la patience qu'il avait mise à observer le viscère. Dans d'autres animaux il a reconnu que les mouvements ont lieu surtout dans la partie pylorique de l'estomac, qu'ils commencent au pylore, se propagent vers la partie moyenne de l'estomac qu'ils dépassent rarement; et qu'après un moment de repos, ils re-

tournent eu sens inverse vers le pylore. Rarement Schwartz a vu des mouvements péristaltiques commencer dans la réy:ion cardiaque ou dans le g-rand cul-de-sac. Il établit, et, comme nous le verrons, avec raison, que le mouvement péristaltique de l'estomac part presque constamment des points où vient de cesser le mouvement autipéristaltique.

Haller a fait beaucoup de recherches sur le même sujet, mais il s'est occupé surtout des effets des irritations directes. Il confirme en général les données de Schwartz, mais sans donner de nouveaux détails sur la forme du mouvement normal de l'estomac. Il croit que le mouvement normal est toujours péristaltiqueetque les contractions antipéristaltiques ne se produisent qu'exceptionnellement, comme dans le vomissement ou dans la régurgitation. On a donc tort de regarder Haller comme un des défenseurs de l'existence normale du mouvement autipéristaltique.

Spallanzani a également reconnu le mouvement péristaltique sur deux chiens vivants, ouverts pendant la digestion. Trois autres chiens, examinés pendant la digestion, lui ont donné un résultat négatif.

Plus récemment, Magendie a repris l'examen expérimental de cette question et a obtenu des résultats presque identiques à ceux de Schwartz. Cependant il fait observer que le mouvement antipéristaltiquc qui pst en général le premier à se déclarer quand l'estomac commence à se contracter, part do la partie antérieure du duodénum, et non du pylore, et se propage de là à l'estomac. A ce mouvement en succède un autre, en sens inver.se, qui pousse le contenu stomacal du côté du pylore. Magendie décrit aussi un mouvement intermittent de la partie inférieure de l'œsophage, sur lequel nous • aurons à revenir en détail plus tard.

W. Beaumont, placé dans des conditions exceptionnellement favorables pour étudier les mouvements du contenu stomacal chez l'homme , grâce à la largeur de la fistule gastrique de son sujet canadien, indique quelques particu-

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larités nouvelles qui n'avaient point encore été obsei'vécK sur les animaux. Il a vu, en fixant une partie facilement reconnaissable du contenu stomacal, que cette partie, après être arrivée par l'ouverture du cardia, allait d'abord h gauche, du côté du grand cul-de-sac , puis progressait le long de la grande courbure jusque vers la région pylorique; arrivée là, elle rebroussait chemin et revenait de droite à gauche, le long de la petite courbure, pour recommencer bientôt le même trajet circulaire. La boule d'un thermomètre introduit dans l'estomac , décrivait le même trajet. Plusieurs fois, ayant dirigé le thermomètre du côté de la région pylorique, Beaumont rencontra un obstacle devant lequel l'instrument s'arrêtait quelques instants; puis tout-à-coup cet obstacle cédait et le thermomètre s'enfonçait de 8 à 10 centimètres , comme s'il eût été aspiré avec force. Immédiatement après, l'instrument recommençait à se mouvoir d'abord de droite à gauche, le long de la petite courbure, puis de gauche à droite, le long de la grande courbure, jusque vers le pylore.

Toutes les recherches qui m'ont servi à étudier les mouvements normaux de l'estomac, ont été faites sur des animaux vivants, parce que j'ai reconnu depuis longtemps que les mouvements viscéraux que l'on observe dans le cadavre immédiatement après la mort , diffèrent des mouvements normaux qui se produisent pendant la vie. Si chez un animal sain et bien nourri qui vient d'être tué, on ouvre la cavité abdominale, on ne tarde pas à voir les intestins et même l'estomac entrer dans des contractions quelquefois très-énergiques , et présenter des ondes péristaltiques et antipéristaltiques rapides. Quelques physiologistes ont voulu conclure de ce fait que les organes innervés par le grand sympathique conservent plus longtemps leur excitabilité que ceux qui sont innervés par les filets cérébrospinaux, et partant de la supposition erronée que les mouvements viscéraux que l'on observe dans le cadavre sont

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identiques aux mouveaieiits normaux , ils ont proclamé l'expérimentation sur le cadavre de beaucoup préférable à l'observation au moyen des vivisections , toujours compliquée et troublée par les réactions sensibles des animaux. Toutefois ou s'était demandé aussi pourquoi dans beaucoup d'animaux dont on avait ouvert la cavité abdominale après la mort, les mouvements des viscères, insignifiants ou nuls au premier moment, n'avaient paru se réveiller que peu-àpeu et n'acquéraient en général toute leur intensité qu'au bout de quelques minutes. Quel était le stimulant qui les avait renforcés ou provoqués? — On a attribué tour-à-tour cette stimulation au contact de l'air et au refroidissement des parties exposées à l'air, et l'on a conseillé, pour mieux voir les mouvements «normaux», de laisser intact le péritoine et de n'observer les viscères qu'à travers cette membrane , à l'abri de l'air. J'ai prouvé , dès 1851 , que cette précaution n'a pas le moindre effet, que le contact de l'air est sans influence sur les mouvements des intestins et de l'estomac, et que même le refroidissement des viscères n'a, sous ce rapport, qu'une action très-secondaire. Ce n'est pas que je veuille nier l'augmentation des contractions viscérales après la morb; bien au contraire, toutes mes expériences concourent à démontrer que ces contractions non seulement deviennent plus rapides et plus énergiques, mais prennent souvent, après la mort, une autre forme qu'elles ne présentent jamais pendant la vie. J'ai vu que des organes internes qui, dans l'animal vivant, ne montrent jamais une trace de mouvement, comme p. ex. les trompes de l'utérus, entrent souvent en contraction immédiatement après la mort, do sorte qu'il ne s'agit pas ici d'une simple augmentation, mais bien d'une excitation de mouvement.

On voit au premier abord que ces phénomènes ne s'expliquent pas par l'hypothèse gratuite d'un reste de vie dans les filets du grand sympatique, car, si ces nerfs sont encore vivants, qu'est ce qui a excité ou renforcé leur action?

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Cette difficulté subsiste tout entière. D'ailleurs ou peut, comme je l'ai vu, détruire les ganglions du grand sympathique et interrompre complètement les communications de ces ganglions avec l'intestin, sans supprimer ni amoindrir l'excitation qui se déclare aussitôt après la mort dans les muscles lisses du tube digestif.

La véritable cause de cette excitation réside, selon moi, dans la cessation ou dans un grand affaiblissement de la circulation dans l'intérieur des viscères. Quand nous nous occuperons des mouvements intestinaux, je vous exposerai les preuves détaillées de cette assertion. Pour le moment il me suffit de rappeler que, dans les derniers temps, plusieurs expérimentateurs, entre autres Cl. Bernard, ont répété quelques-unes de mes expériences et professent également cette opinion que j'ai formulée dès 1851 et que toutes mes recherches ultérieures sont venues confirmer.

De tous les organes abdominaux, c'est peut-être l'estomac qui se montre le moins sensible à l'excitation motrice produite par la cessation de la circulation, si l'on excepte toutefois les parties qui environnent le cardia, chez quelques rongeurs, comme le lapin, le lièvre, le loir et la marmotte. Ces parties peuvent montrer des mouvements très-prononcés dans le cadavre. — Mais, encore une fois, tous les mouvements que l'estomac présente dans le cadavre, ne sont pas les mouvements normaux. Ils surpassent ces derniers, sinon en extension, du moins très-souvent en intensité.

Les rechei'ches que j'ai faites en ouvrant des chiens et des lapins récemment tués , avec ou sans incision du sac péritonéal, me permettent d'affirmer, comme je vous l'ai dit tout-à-l'heure, que le contact de l'air n'a pas la moindre influence sur la production des mouvements de toute la face antérieure de l'estomac, accessible à la vue, et probablement de tout le reste de l'organe, modérément distendu par des aliments. Les chiens s'adaptent particulièrement bien à ce genre de recherches, parce qu'avant la mort, on

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peut tacilemeut remplir et distendre leur estomac, en leur faisant avaler des substances semi-liquides qui, tout en augmentant le volume du viscère dont elles rendent ainsi les mouvements plus visibles, n'opposent pas une résistance notable aux contractions qui tendent à se produire. Lorsque, che?, les animaux vivants, l'estomac, observé pendant 2 ou 3 minutes à travers le péritoine, n'avait pas montré de mouvements, il n'en montrait pas davantage immédiatement et quelque temps après l'incision de la séreuse. Dans tous ces cas je me suis assuré que l'abseuce de contractions stomacales ne provenait pas d'un défaut d'excitabilité; car plus tard une excitation nerveuse apte à produire ces contractions , comme p. ex. la galvanisation des pneumogastriques au cou , faisait encore énergiquement mouvoir l'estomac. — Si les mouvements , sans lésion du péritoine, s'étaient montrés faibles, ils ne devenaient pas plus forts par l'ouverture de cette membrane, faite avec précaution et sans toucher l'estomac.

J'étais donc en droit de découvrir l'estomac, pour en étudier les mouvements, sans avoir à craindre une altération des phénomènes par le contact de l'air.

Mais l'action du froid qui se produit à la surface des viscères mis à nu, n'est-elle pas une cause d'excitation?

Pour examiner ce point, j'ai fait une série d'expériences comparatives sur de petits chiens. Les uns, après l'ouverture des parois abdominales, restaient exposés à la température ordinaire ; les autres étaient ouverts dans un lieu chauffé à 32 ou 36 degrés centigrades et à-peu-près saturé d'eau. (Je dis à-peu-près , parce qu'en me retirant vers le fond du cabinet chauffé, j'ai entr'ouvert la porte pour respirer un peu d'air frais. L'air était en outre chargé de vapeur d'huile de lin). Il ne m'a pas été possible de constater la moindre différence dans le caractère ni dans l'intensité des mouvements stomacaux de ces deux séries d'animaux. Seulement dans l'air chaud et humide, les mouvements du-

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raient plus longtemps. — Restait à examiner encore l iufluence de la douleur^ causée par l'incision des parois abdominales.

A cet effet, j'ai pratiqué, dans quelques animaux, l'ablation des hémisphères cérébraux, avant de mettre l'estomac à nu. J'abolissais de cette manière la conscience de la douleur, mais non pas les actions réflexes consécutives à l'irritation des nerfs sensibles dont les téguments abdominaux sont si l'ichemeut pourvus. Pour ne pas compliquer mes résultats de ces phénomènes réflexes, je ne commençais pas l'observation des viscères immédiatement après l ouverture de la cavité abdominale, mais j'attendais que toute réaction dans les muscles de la vie animale eût entièrement cessé. Ces réactions du reste étaient toujours de courte durée et il était peu probable qu'une action réflexe quelconque, ayant son siège dans l'estomac, durât plus longtemps que celles des muscles volontaires. — Cette supposition gagne d'autant plus en probabilité que les résultats obtenus à l'aide de cette méthode ont été les mêmes que ceux que j"ai obtenus sans ablation des hémisphères cérébraux. Quant à l'affaiblissement des mouvements et à la paralysie qui pouvaient naître de la destruction du centre nerveux, je n'avais pas à les craindre, puisqu'il est connu que même les muscles volontaires qui sont sous la dépendance directe du cerveau, ne sont pas paralysés par cette mutilation. Les mouvements stomacaux qui se sont produits dans ces conditions , ne m'ont paru différer en rien de ceux que l'on observe lors de l'intégrité de la conscience.

Dans d'autres expériences , beaucoup plus nombreuses, j'ai éthérisé les animaux, coupé la moelle épinière au niveau de la dernière ou de l'avant-dernière vertèbre dorsale , et détruit le tronçon supérieur de la moelle, jusqu'au dessous du bulbe rachidien. Je laissais les animaux revenir à eux, et une ou deux heures plus tard, je procédais à l'onverture de la cavité abdominale par une incision en croix

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f[iii mettait à nu la face antérieure de l'estomac, préalablement rempli d'aliments semi-liquides. Cette opération ne pouvait plus être sentie par l'animal. Il suffisait ensuite de •soulever avec précaution, et sans les tirailler, les lambeaux de la plaie abdominale, pour bien voir toute la face antérieure de l'estomac. Les résultats obtenus k l'aide de cette méthode , ont été les mêmes que ceux que m"ont fournis les méthodes précédentes.

Dans une troisième série j'ai détruit, dans des animaux éthérisés, la moelle dorsale et lombaire et désorganisé, avec un instrument aigu, les lobes cérébraux, sans les découvrir. Quoique la moelle allongée fût conservée, j'ai dû, dans plusieurs cas , faire la respiration artificielle pour rétablir la circulation. Dans ces derniers cas les symptômes de l'éthérisation étaient généralement plus lents à se dissiper que lorsque les animaux avaient continué à respirer d'eux-mêmes. Les mouvements stomacaux n'ont pas varié, bien que, dans ces derniers cas, la conscience de la douleur et l'action réflexe fussent entièrement abolies.

Dans toutes ces expériences, il importe de ne pas toucher ni tirailler l'estomac et d'éviter même les tiraillements qui pourraient résulter d'un changement de position de l'animal. Je ne pouvais donc observer qu'avec les yeux , et tout au plus me permettais-je de soulever un peu le foie et les fausses côtes. Comme on le conçoit, il était impossible, dans ces conditions, de juger des mouvements du cardia et de la partie inférieure de l'œsophage. Ces mouvements que je décrirai plus tard , je ne les ai jamais viis chez les chiens, mais bien chez quelques herbivores (lapins et rats) en soulevant le foie. Je les ai sentis chez les chiens, en introduisant le doigt par une fistule stomacale très-large, établie dans le voisinage du cardia et en explorant la partie inférieure de l'œsophage.

L'exploration par les fistules stomacales pourrait sembler préférable aux vivisections pour étudier aussi les mou-

vements normaux de l'estomac, puisque aiusi l expérience est faite sur des animaux eu pleine santé et ne présentant aucun mouvement anormal, provoqué pai' la douleur. Mais, à cet égard, il faut bien se rappeler que par les fistules ou ne reconnaît avec quelque clarté que les mouvements du contenu stomacal et qu'avec le doigt on ne perçoit les mouvements que d'une très-petite portion de l'estomac , sans qu'il soit possible de se rendre compte si les contractions que l'on sent, coïncident ou non avec les contractions d'autres parties du viscère. Ainsi Ton ne peut jamais explorer à la fois le cardia et le pylore, la grande et la petite courbure ; enfin, dans la plupart des cas , on ne sait pas si le mouvement perçu par le doigt, résulte réellement de la contraction du point que l'on touche ou s'il n'est pas simplement communiqué à ce point par un déplacement du contenu stomacal ou par une contraction qui s'est effectuée soit dans une autre partie du viscère soit dans un organe voisin.

En somme, si nous exceptons les mouvements de la partie cardiaque , pour tous les autres mouvements de l'estomac, l'exploration par les fistules nous a donné des résultats aussi pauvres qu'à tous ceux de nos prédécesseurs qui se sont servis de cette méthode. W. Beauraout a été plus heureux que nous sous ce rapport , parce que la fistule qu'il observait avait un diamèti-e très-grand , et surtout parce que l'ouverture fistuleuse était située beaucoup plus près du cardia que celles que nous pouvons artificiellement établir chez les animaux.

Je me bornerai à vous communiquer les résultats généraux que j'ai obtenus à l'aide des différentes méthodes que je viens de vous décrire, sans entrer dans le détail des observations particulières, faites tantôt sur l'estomac à jeun, tantôt sur l'estomac en digestion.

Parlons d'abord du prétendu mouvement de rotation de l'estomac autour de son axe longitudinal. On a souvent dit,

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quoique je ue sache pas qu'on ait essayé de le prouver expéi'imeutalement, que l'estomac, en se remplissant d'aliments, tournait autour de son axe horizontal, de manière à porter (m avant la grande courbure et à porter en arrière la petite (;ourbure, qui, supérieure à l'état normal, deviendrait ainsi postérieure. Je n'ai jamais rien vu qui i-essemble à une rotation de ce genre, chez aucun des mammifères que j'ai examinés jusqu'à ce jour. Il n'existe d'ailleurs même pas d'éléments anatomiques dont la contraction pourrait donuer lieu à ce déplacemeut. La seule chose que l'on observe à mesure que l'estomac se remplit d'aliments, c'est qu'il se bombe d'avantage sur ses deux faces, antérieure et postérieure. Ce développement de volume se fait surtout en avant, parce qu'en avant l'estomac ne rencontre pas d'autre obstacle que le foie et les téguments abdominaux, tandis qu'en arrière il est arrêté par la colonne vertébrale et par les gros vaisseaux.

Tout le monde sait qu'après un repas copieux la région épigastrique est plus gonflée, plus proéminente que lorsque l'on est à jeun. Cependant l'estomac ne peut pas se déplacer uniformément en avant , parce que sa partie supérieure est fixée à l'œsophage, tandis que, du côté de la grande courbure, il est libre. Le déplacement intéresse donc surtout la partie libre inférieure, la convexité de la grande' courbure qui , partant, prend une position légèrement oblique. Un plan vertical qui s'étendrait de la petite courbure à la grande, en passant par l'axe de l'estomac vide, prendrait une position légèrement inclinée en avant, dans l'organe distendu par les aliments. Ce phénomène, comme on le voit, est purement mécanique, et n'a rien de spécifique, de «vital », rien, en un mot, qui ne puisse être imité dans l'estomac du cadavre, en iusufliant de l'air par l'œsophage, le pylore étant lié. Le déplacement que l'on produit de cette manière est plus considérable encore que celui qui a lieu pendant la vie, parce que , dans le cadavre ouvert , plus

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rien ne s'oppose à l'excursion de la face antérieure de l'estomac.

Sans admettre un mouvement de rotation de l'estomac autour de son axe, vous comprendrez aisément, par ce qui précède, pourquoi les plaies pénétrantes de l'estomac blessent plus facilement sa face antérieure quand il est vide, et plus facilement la région de la grande courbure quand il est rempli. Dans l'état de réplétion, la face antérieure de l'estomac est, en effet, plus ou moins cachée sous le foie. — La position oblique de l'estomac plein s'observe très-bien chez le chien et chez le chat; elle est moins distincte chez le lapin. Les petits rongeurs, comme le rat, la souris, le loir, la présentent d'une manière assez évidente.

Pour en venir aux vrais mouvements de l'estomac vivant, je les ai trouvés nuls dans un grand nombre d'animaux , examinés à jeun ou au commencement de la digestion. En revanche, je les ai observés presque constamment aux périodes plus avancées du travail digestif. Rares ou nuls au commencement de la digestion, ils deviennent généralement plus fréquents et plus étendus vers la fin de cet acte, lorsque commence l'absorption du produit digestif. — Cette règle cependant est loin d'être absolue. Ainsi il m'est arrivé d'observer des contractions stomacales assez vives sur l'estomac vide de quelques animaux, mais le nombre de ces observations est très-restreint. — Assez souvent, mais non dans la majorité des cas, j'ai vu quelques mouvements vers la fin de la première heure de la digestion. Rarement, dans des chiens et des chats, l'estomac s'est montré complètement immobile à la quatrième et à la cinquième heure de la digestion. L'immobihté de l'estomac m'a paru être le plus fréquente en général pendant les premières 5 ou 10 minutes qui suivent l'incision des parois abdominales.

Dans presque tous les cas, les mouvements ont montré des interruptions ou des intermittences. Ce n'est pas ces intervalles de repos que j'avais en vue, en vous parlant de i'ab-

sence des contractions stomacales chez un certain nombre d'animaux. Ici les mouvements ont manqué réellement pendant toute la durée de l'observation qui souvent a été prolongée jusqu'au moment ovi le refroidissement et l'évaporation avaient altéré la consistance de la séreuse mise à nu.

La rareté ou l'absence complète de contractions visibles à la surface de l'estomac, absence qui m'a souvent frappé dans mes expériences , confirme pleinement ce qu'a déjà trouvé B. Schwartz, mais semble en désaccord avec ce que nous enseigne l'examen par les fistules. Il n'y a en effet pas de cas où, à l'aide du doigt ou d'une sonde introduite par la fistule d'un animal en digestion, on ne finisse par sentir ou par voir des mouvements du viscère, pour peu que l'on attende quelque temps. Ces mouvements , il est vrai , sont toujours interrompus par de longs intervalles de repos, mais ue manquent pour ainsi dire jamais, si l'on continue l'observation pendant une demi-heure ou une heure. — Cette contradiction n'est qu'apparente, car, comme je l'ai déjà dit, les déplacements du contenu stomacal, perçus par le doigt ou ceux d'une sonde introduite par la fistule, peuvent tenir à des causes indépendantes des contractions propres du viscère. Ainsi une anse intestinale peut , en se déplaçant , communiquer son mouvement aux parois stomacales ; une bouchée de salive avalée au moment de l'observation, peut remuer et déplacer le contenu stomacal , et imprimer une oscillation à la sonde, etc. C'est précisément pour éviter ces sources d'erreur, que nous avons donné la préférence à l'observation directe de la face externe de l'estomac, malgré l'inconvénient qu'il peut y avoir à étudier un phénomène normal et physiologique sur un animal gravement lésé.

Les mouvements stomacaux de la grande majorité des mammifères, à l'exception des ruminants , ne sont jamais très-énergiques, jamais rapides ni tellement localisés et concentrés sur un seul point du viscère , qu'il en résulté une coarctation de sa cavité. Ils ne consistent généralement

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