TOME DEUXIÈME
qu'en un léger froncement qui ride la surface de la séreuse et qui s'avance tantôt dans un sens , tantôt dans l'autre. Cependant, vers le milieu de l'estomac ou un peu plus à droite , il se produit quelquefois une contraction, toujours lente , il est vrai , mais plus durable et plus profonde. On voit alors se former , du côté de la grande courbure , une échancrure à contours très-obtus qui, une fois produite, peut persister à la même place pendant plusieurs minutes, et qui s'efface ensuite en moins de temps qu'elle n'en avait mis à se former. J'ai vu cette échancrure se produire chez le chien, et, d'une manière plus prononcée encore, chez le rat. Chez le chat je n'en ai observé que des traces. Serait-ce une observation de ce genre qui a fait croire anciennement que l'estomac se divisait en deux compartiments pendant la digestion?
J'ai remarqué qu'après la cessation de la circulation ou à la suite d'une irritation des nerfs gastriques pendant la vie , cette échancrure de la partie moyenne de l'estomac acquérait quelquefois un développement beaucoup plus prononcé. Elle est alors plus profonde et plus aiguë qu'à l'état normal et l'estomac prend un aspect presque biloculaire. Ce phénomène ne s'observe pas seulement chez le chien , mais aussi chez le lapin, bien que chez ce rongeur le contenu stomacal soit ordinairement plus consistant.
En outre, et ce fait est exceptionnel, l'estomac d'un trèspetit nombre d'animaux présente quelquefois à l'état normal et sans irritation nerveuse artificielle, un ou deux étranglements profonds. C'est ainsi que j'ai vu l'estomac des grenouilles et des serpents, découvert pendant la vie, montrer une forme biloculaire et même triloculaire. Cet état de contraction locale durait très-longtemps et ne cessait quelquefois que lorsque se déclaraient les mouvements péristaltiques cadavériques. Chez les grenouilles, ce phénomène paraît se produire surtout lorsqu'elles ont avalé plusieurs petits insectes ou des mollusques. Chez les serpents je n'ai observé
que deux fois l'état triloculaire de l'estomac, sur deux couleuvres qui avaient avalé de très-petits crapauds.
La coarctation de la partie moyenne de l'estomac, qui se voit quelquefois à l'état normal, quoiqu'à un très-faible degré chez le chien et chez le lapin, paraît se prononcer plus fortement chez l'homme, si c'est à ce phénomène que doit être rapportée l'observation de Beaumont, citée plus haut. Quand Beaumont dirigeait la sonde du côté du pylore, il rencontrait souvent un obstacle qui, après quelque temps, cédait toutà-coup ; après quoi l'instrument s'enfonçait de 8 à 10 centimètres. J'ai souvent essayé de voir s'il se passait quelque chose d'analogue dans l'estomac du chien, mais je dois dire que par l'exploration des fistules je n'ai jamais constaté que des degrés très-faiblement accusés d'une coarctation des parties moyennes du viscère. Quelquefois en introduisant une baguette de verre dans l'estomac en digestion, j'ai éprouvé quelque difficulté à arriver jusqu'au pylore; mais alors il suffisait, en suivant la grande courbure, de faire exécuter à l'instrument quelques mouvements de bascule pour le pousser plus avant. Souvent, après quelques moments, cet obstacle passager avait disparu et la sonde pénétrait directement jusqu'à l'orifice pylorique, sans plus rencontrer d'inégalité des parois stomacales.
Quant aux mouvernents vermiculaires qui surviennent presque régulièrement vers la fin de la digestion et quelquefois aussi, comme je l'ai dit, au début du travail digestif et même dans l'estomac vide, nous pouvons les distinguer d'après les régions où ils se produisent, en trois catégories bien distinctes : mouvements de la partie pylorique , mouvements de la partie splénique ou du grand cul-de-sac, et mouvements de la portion cardiaque de l'œsophage. Ces derniers, quoique n'appartenant proprement pas à ceux de l'estomac, ont une importance particulière dans le mécanisme de l'occlusion du cardia, dont nous nous occuperons bientôt.
Les deux moitiés, gauche et droite, de l'estomac, peuvent
exécuter des mouvements indépendants et distincts. Trèssouvent la portion pylorique se contracte seule, pendant que la portion cardiaque reste dans un repos complet.
On voit alors, comme l'a très-bien décrit Magendie, une onde antipéristaltique partir du duodénum , à-peu-près au niveau de l'entrée du conduit cholédoque, et se propager de là, de proche en proche, jusqu'à l'estomac. Lorsque le resserrement circulaire est arrivé au niveau du pylore, l'intestin présente de nouveau sa configuration ordinaire. Du pylore le mouvement se porte sur l'estomac, en se renforçant visiblement , et progresse jusque vers la partie moyenne du viscère. Il est toujours plus marqué du côté de la grande courbure que du côté opposé. La contraction, du reste, se propage de la même manière sur l'estomac que sur l'intestin: c'est toujours une constriction, gagnant de proche en proche et à laquelle succède un relâchement. Jamais la portion pylorique ne se contracte dans toute son étendue à la fois. — Remarquez toutefois que le relâchement ne s'observe pas à l'anneau pylorique qui, même après le passage de l'onde et jusqu'à son retour, paraît rester en contraction. — Arrivée vers le milieu de l'estomac, l'onde s'arrête un petit moment, et revient ensuite, en sens inverse, vers le pylore et le duodénum. Cette contraction de retour, qui est péristaltique, et qui parfois, chez le lapin, se limite à la partie correspondante de la grande courbure, est généralement plus visible, plus énergique que l'onde antipéristaltique qui la précède. Ici encore, le mouvement est plus prononcé du côté de la grande courbure. Cette différence est déjà bien visible chez le chien, mais plus encore chez le lapin. — À la première contraction succède une seconde, puis une troisième qui toutes prennent pour point de départ la partie supérieure du duodénum et y retournent, après s'être arrêtées vers le milieu de l'estomac.
Aux mouvements que je viens de décrire, s'associent, dans un assez grand nombre d'animaux que l'on ouvre
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pendant la digestion, des mouvements de la portion gauche ou splénique de l'estomac, prenant ordinairement leur point de départ au cardia. Le grand cul-de-sac exécute d'abord un très-léger mouvement antipéristaltique, de droite à gauche; puis survient une onde péristaltique, notablement plus énergique et la seule visible quelquefois, laquelle, chez les animaux très -jeunes, part des environs du cardia et chez les animaux plus âgés, du fond du grand cul-de-sac. La contraction se propage presque exclusivement le long de la grande courbure et l'on n'en aperçoit que des traces au bord supérieur de l'estomac qui peut même paraître tout-à-fait immobile. L'onde péristaltique rampe, de proche en proche, jusque vers la partie moyenne de l'estomac oîi elle s'arrête , sans donner lieu à une contraction antipéristaltique. Le même phénomène se répète ainsi plusieurs fois, et est suivi enfin par une période de repos, de longueur variable. Les mouvements de la portion cardiaque sont plus lents que ceux de la portion pylorique et mettent plus de temps à achever leur évolution.
Au moment de la plus grande activité de l'estomac, vers la fin de la digestion, on voit quelquefois coïncider les contractions des deux moitiés, à droite et à gauche, du viscère. Cependant, comme le mouvement de la portion cardiaque est plus lent que celui de la portion pylorique, on prévoit qu'une onde antipéristaltique de la région pylorique pourra co'incider avec une onde péristaltique de la région cardiaque. Nous examinerons tout-à-l'heure quel sera l'effet mécanique d'une semblable combinaison.
Tous ces mouvements, je le répète, sont si faibles qu'ils ne sauraient évidemment produire aucun déplacement du contenu solide de l'estomac. C'est ce qu'il est facile de constater p. ex. chez le lapin dont l'estomac est souvent plein d'herbe non encore ramollie ; quelque nombreuses et prononcées que soient, à cette période de la digestion, les contractions stomacales, chez certains individus, elles ne parviennent pas à faire sortir de l'estomac la moindre parcelle
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d'aliments, ce que l'on peut contrôler en examinant attentivement, après chaque onde péristaltique, l'état du duodénum. L'intestin ne se gonfle pas, preuve que rien n'a passé par le pylore. — Mais lorsque , avec les progrès de la digestion, le contenu stomacal devient semi-liquide, les mouvements de l'estomac finissent par se communiquer àja masse chymifiée. Si, à cette période, la portion pylorique est seule en mouvement, on observe de plus en plus souvent qu'avec le retour de la contraction au pylore, le duodénum se dilate un peu, pour rester ensuite plus gonflé. Il est clair que, dans ces moments, le pylore s'est ouvert pour laisser passer du chyme dans l'intestin. — Sur des animaux porteurs de fistule duodénale, chez lesquels le chyme est déversé au dehors, à mesure qu'il entre dans l'intestin, on peut s'assurer, avec pliis d'évidence encore, que le passage des résidus alimentaires par le pylore n'a pas lieu d'une manière continue, comme l'exigerait l'hypothèse qui ne verrait dans la propulsion du chyme que l'effet de la pression élastique des parois stomacales. Le passage du chyme dans l'intestin est intermittent, et présente des intervalles qui, chez les animaux à fistule duodénale, m'ont paru en général un peu plus longs que les intervalles qui séparent les contractions péristaltiques de la région du pylore , observées sur des animaux dont on a ouvert l'abdomen. Si, par la fistule duodénale, on introduit un tube élastique que l'on pousse jusqu'au pylore, il ne passe rien par le tube pendant 2, 3 et même 4 minutes, puis , tout-à-coup , on voit s'écouler une ondée assez abondante de liquide mêlé de gaz; après quoi il faut de nouveau attendre quelques minutes jusqu'à la réapparition de nouvelles quantités de contenu stomacal.
Ces expériences, faites, comme il va sans dire , à la 4«'"* ou à la S*"»* heure de la digestion, paraissent indiquer que l'anneau pylorique ne cède pas toutes les fois qu'une contraction péristaltique, partie du milieu de l'estomac, amène une certaine quantité de chyme jusque dans son voisinage.
Ce ne sont probablement que les contractions péristaltiques l'une énerg-ie plus grande, peut-être les premières de chaque série de 3, 4 ou 5 contractions, séparées par de très-petits intervalles, qui parviennent à forcer l'obstacle valvulaire.
Mais si ces mouvements ne sont pas toujours aptes à débarrasser l'estomac d'une partie de son contenu, quel sera leur effet mécanique sur le chyme stomacal?
Supposons qu'au moins dans le voisinage immédiat de la muqueuse, le contenu stomacal soit déjà mou, pâteux, semi-liquide ; dans ce cas les mouvements de la portion pylorique ne pourront se communiquer qu'à la couche de chyme contiguë aux parois de cette portion. Il existe deux possibilités: ou bien le contenu de la portion pylorique est formé, dans toute sa masse , par une bouillie semi-liquide, homogène ; ou bien ce contenu n'est semi-liquide qu'à la périphérie, et plus consistant au centre. — Dans le premier cas , les mouvements péristaltiques de la moitié droite du viscère étant plus énergiques que les mouvements qui se font en sens inverse, ils auront pour résultat de faire avancer dans la direction du pylore, la couche de chyme pariétale, tandis que la couche centrale aura la tendance de rétrograder vers le cardia, et rétrogradera en effet, du moment que la contraction de la portion pylorique viendra à cesser. — Dans le second cas qui est bien plus fréquent, il existe dans le voisinage de la muqueuse une bouillie plus ou moins liquide, et au centre une masse beaucoup plus consistante d'ahments solides, dont la digestion est moins avancée. Le courant central rétrograde manquera dans ce cas; en revanche le mouvement de la couche semi-liquide pariétale ne sera pas égal du côté de la grande et du côté de la petite courbure. 11 y aura prédominance de l'effet de la contraction là oiî elle est la plus énergique, c'est-à-dire, du côté de la grande courbure. Les masses semi-liquides, contiguës à la grande courbure, se porteront vers le pylore, mais, en même temps, comme elles ne sont pas compressibles, elles
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devront, par le fait de leur déplacement à droite, repousser à gauche le liquide contigii à la petite courbure , dont la contraction est moins énergique. (Dans tout ceci , nous sousentendons que l'orifice pylorique reste fermé.) Il en résultera, comme ou le voit, un mouvement circulaire du contenu stomacal semi-liquide, tout-à-fait analogue à celui que W.Beaumont a observé chez l'homme. Ce mouvement devrait, d'après notre raisonnement, se retrouver aussi chez les animaux, à supposer même que la portion pylorique fût la seule à se contracter. Je dis devrait se retrouver, parce que, de fait, je n'ai réussi jusqu'ici à le reconnaître clairement par la fistule d'aucun animal.
Mais aux mouvements de la portion pylorique s'associent très-souvent ceux de la portion cardiaque et du grand culde-sac. Nous avons vu que ces derniers sont seulement péristaltiques et n'ont lieu , presque exclusivement , que du côté de la grande courbure. Il est donc évident, que leur eJffet total doit renforcer celui des mouvements pyloriques , c'est-à-dire , pousser le contenu stomacal vers le duodénum. Ce résultat n'a pas besoin d'explication pour le cas où le mouvement péristaltique de la région du grand cul-de-sac coïncide avec le mouvement péristaltique de la région du pylore.
Mais qu'arrive-t-il, lorsque le mouvement péristaltique de la portion cardiaque coïncide avec le mouvement a nti péristaltique de la moitié droite de l'estomac? Eh bien, dans ce cas encore, nous pouvons affirmer que l'effet total, quoique peut-être moins prompt et moins énergique , sera de faire avancer le chyme du côté du pylore, et voici pourquoi : — en premier lieu, la contraction antipéristaltique de la région du pylore est si faible qu'elle ne saurait compenser ni annuler l'effet de la contraction partie en sens inverse du grand cul-de-sac. Il est vrai que le mouvement de la portion splénique , considéré en soi , n'est pas très-énergique , mais la configuration conique de l'estomac et la direction des fibres
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musculaires qui entourent le grand cul-de-sac, contribuent à donner aux mouvements de cette partie une énergie totale, supérieure à celle des mouvements de la région pylorique. Dans celle-ci, la propulsion du chyme a lieu presque exclusivement par le rétrécissement de la cavité stomacale qui, vers le pylore, se termine en entonnoir et dont un anneau après l'autre entre en contraction. — Ce rétrécissement successif est à peine accompagné d'un déplacement en totalité de la région où il se produit, et où prédominent les fibres circulaires. — Dans la portion splénique au contraire, il y a non seulement rétrécissement, mais déplacement ou plutôt effacement de la région du grand cul-de-sac, grâce à la disposition oblique des fibres circulaires qui, du cardia, s'irradient sur cette partie de l'estomac qui , anatomiquement, appartient presque tout entière à la grande courbure. Le grand cul-de-sac, en se contractant (dans le sens péristaltique) , non seulement comprime son contenu , mais le porte en avant en totalité, puisque sa convexité tend à s'effacer. Cet effet se prononce davantage du côté de la grande courbure dont, presque toujours, la contraction prédomine. On voit que malgré l'existence simultanée d'un mouvement antipéristaltique du côté du pylore, l'effet du mouvement péristaltique de la région splénique devra prévaloir, si même ce dernier était plus faible et plus lent que le premier. — L'effacement du grand cul-de-sac, au moment de sa contraction péristaltique , est surtout prononcé chez le lapin , dans les cas où l'on réussit à voir les mouvements de cette partie de l'estomac , ce qui , du reste, est assez rare. — On peut se faire une idée très-nette du phénomène que je viens de décrire, en l'observant, dans sa forme exagérée, immédiatement après la mort, lors de la cessation de la circulation. Il n'est toutefois bien visible que lorsque le contenu stomacal est semi-liquide. — En somme , la progression du chyme vers le duodénum ne sera que ralentie , mais non suspendue par la coïncidence d'un mouvement antipéristal-
tique de la moitié droite de l'estomac, avec un mouvement péristaltique de la moitié gauche. En outre la presque immobilité de la petite courbure, du côté gauche, ne peut que favoriser le mouvement du courant liquide, dirigé en sens contraire le long de cette dernière.
Lorsque, dans le Traité de Physiologie de M. Longet (1), j'ai communiqué pour la première fois les résultats généraux de mes observations sur les mouvements de l'estomac , je n'avais pas encore étudié les mouvements de la portion inférieure ou cardiaque de l'oesophage. Les expériences que j'ai faites sur ce sujet dans les dernières 5 ou 6 années , ont mis au jour quelques faits intéressants que je vous communiquerai plus en détail, en traitant du vomissement. Occupons-nous seulement, pour le moment, de la forme de ces mouvements.
Magendie déjà a remarqué que tandis que le pylore est presque continuellement fermé et contracté , l'anneau cardiaque et la partie inférieure de l'œsophage présentent, chez le chien, des mouvements alternatifs de constriction et de dilatation. Selon Magendie, le reflux des aliments de la cavité stomacale dans la bouche ne serait empêché que pendant la constriction de l'anneau cardiaque ; mais lors du relâchement de cet orifice, le moindre efibrt exercé sur l'estomac, serait capable de produire la régurgitation du contenu stomacal. — Cette dernière remarque de Magendie n'est pas exacte, comme nous le verrons bientôt.
Quant aux mouvements alternatifs de clotûre et de relâchement de l'orifice cardiaque, ils existent réellement et il est facile de les étudier sur les chiens porteurs de fistules établies dans le voisinage du cardia. Si, chez ces animaux, on introduit un doigt par l'ouverture fistuleuse', après en avoir retiré la canule, on sent très-souvent, au cardia, une assez forte résistance qui en empêche l'exploration. Mais cette
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résistance ne dure que quelques instants ; bientôt l'orifice se relâche et l'on peut pénétrer avec le doigt jusqu'à 1, 2 ou 3 centimètres au dessus du premier obstacle et dépasser ainsi le niveau du trou diaphragmatique. — Mais après quelque temps, si l'on continue à avancer lentement dans la portion thoracique de l'œsophage, on sent tout-à-coup le doigt embrassé fortement et refoulé par une nouvelle constriction de ce canal , constriction qui se propage jusqu'au cardia avec une rapidité surprenante et qui dure quelquefois 2 à 3 minutes, après quoi il survient un nouveau relâchement. C'est ainsi que se présente le phénomène pendant l'acte digestif. Quand l'estomac est vide, les intervalles entre les constrictions sont généralement plus longs.
La période de relâchement serait donc celle pendant laquelle, suivant Magendie, une légère pression sur l'estomac suffirait pour en faire refluer le contenu vers le pharynx. L'expérience directe ne confirme pas cette assertion. On a beau comprimer l'abdomen d'un chien en digestion ou même l'estomac mis à nu , en concentrant toute la pression sur le grand cul-de-sac, jamais, à moins d'employer une force excessive, on ne produit, de cette manière, la régurgitation des aliments. Une pression , même assez forte , continuée pendant plusieurs minutes, ue produit jamais, à un moment donné, le reflux du contenu stomacal, même si l'on prolonge l'expérience bien au delà du temps qui s'écoule ordinairement , chez les animaux à fistule , entre les périodes de constriction de l'orifice cardiaque, à moins toutefois que la pression ne produise, par action réflexe, des vomituritions.
Il faut, par conséquent, que le reflux du contenu stomacal soit mécaniquement empêché, même lors de la dilatation de l'anneau cardiaque.
On peut s'assurer, par d'autres expériences, que la compression de l'estomac n'empêche pas les mouvements alternants de l'orifice cardiaque.
Un autre fait, du ressort de l'observation journalière, est
contraire à la proposition de Magendie. Beaucoup de personnes , affectées de bronchite chronique , ont pendant la digestion des quintes de toux très-prolongées sans qu'il leur arrive jamais de rendre leur repas. Cet événement, chez elles, est du moins tout-à-fait exceptionnel. Dans ces cas, l'action si énergique et si prolongée de la presse abdominale devrait nécessairement, à certains moments donnés, coïncider avec le relâchement temporaire du cardia et produire le vomissement par régurgitation. Si, comme le croit Magendie, l'occlusion de l'anneau cardiaque était le seul obstacle au reflux passif du contenu stomacal, ces faits seraient inexplicables. '
Sur des chiens à fistules stomacales de 4 centimètres d'ouverture, établies aussi près du cardia que possible, j'ai pu me convaincre, par l'exploration digitale, que le mécanisme de l'occlusion du cardia est un peu plus compliqué que ne le décrit Magendie. Il ne s'agit pas ici d'un simple mouvement de coustriction et de dilatation, hmité au niveau de l'orifice cardiaque, mais bien d'une constriction continue^ se déplaçant alternativement eu haut et en bas, dans le bout inférieur du canal œsophagien, et atteignant de temps en temps, lors du retour de l'onde péristaltique, l'anneau cardiaque. Lorsque, avec le doigt, on pénètre dans la portion inférieure de l'œsophage au moment oii le cardia commence à se relâcher, on sent très-distinctement le relâchement se propager de bas en haut. L'obstacle que l'on perçoit au premier moment, en pénétrant dans l'œsophage, semble fuir devant le doigt qui s'engage de plus en plus haut dans ce canal. Mais les progrès du relâchement se ralentissent bientôt et s'arrêtent. Lorsque le doigt est arrivé à environ 5 centimètres au dessus du cardia, il rencontre un obstacle analogue à celui que présentait le cardia quelques moments plus tôt, et ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'il peut être poussé plus avant. Quelquefois même cela est complètement impossible, parce que après quelques secondes, la
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coacitrictiou, au lieu de progresser, rebrousse chemin et chasse devant elle le doigt, en l'étreignant fortement.
Il n'y a donc, en réalité, à aucun moment de l'expérience, cessation complète de la constriction œsophagienne; seulement l'anneau de clôture se déplace alternativement de bas en haut et de haut en bas. C'est un mouvement péristaltique et anti péristaltique non interrompu, tout-à-fait analogue par sa forme, sinon par son énergie, au mouvement de beaucoup d'anses intestinales.
. Lorsque je traiterai de l'influence des nerfs sur les mouvements de l'estomac, je montrerai que le mouvement que je viens de décrire, est sensiblement modifié par la paralysie des pneumogastriques.
Les observations qui précèdent, confirment ce que nous enseignent les recherches anatomiques modernes, à savoir qu'il n'existe pas de sphincter proprement dit de l'orifice cardiaque. Sans préjuger la question anatomique, nous pouvons conclure de nos expériences que physiologiquement il n'existe pas, chez le chien, de sphincter limité à cet orifice, mais que les fibres circulaires de toute la portion inférieure de l'œsophage constituent, dans leur ensemble, un grand sphincter allongé et cylindrique, dont les anneaux entrent successivement en contraction. Nous verrons plus tard que cette manière d'envisager la question est la seule admissible.
On a cru à tort que les mouvements alternatifs du cardia décrits par Magendie, ne se produisaient que chez le chien. Je les ai également observés chez le chat, du moins pour ce qui regarde l'orifice cardiaque qui, chez l'animal vivant, se resserre et se relâche alternativement pendant la digestion. Il est donc assez probable, bien que jusqu'ici je ne l'aie pas vérifié expérimentalement, que la portion inférieure de l'œsophage présente aussi, chez le chat, les contractions péris taltiques et antipéristaltiques qui existent chez le chien. — Un mouvement tout-à-fait analogue a lieu chez le lapin et peut être observé directement, si l'on découvre, dans l'animal
vivant, la portion sous-diaphrag-matique de l'œsophage qui est relativement assez longue chez la plupart des rongeurs. La constriction embrasse toujours régulièrement toute la circonférence de l'œsophage.
Le renforcement notable et l'irrégularité qui se produisent dans les mouvements viscéraux, chez presque tous les mammifères, après la cessation de la circulation, se montrent également, d'une manière très-prononcée, dans la portion sous-diaphragmatique de l'œsophage du lapin, h' irrégularité de ces mouvements est même particulièrement frappante chez ces animaux et plus marquée dans l'œsophage que dans l'intestin.
Les contractions cadavériques de l'œsophage du lapin ont été vues et décrites dans ces derniers temps par Basslinger. Cet auteur paraît avoir ignoré les observations de Magendie sur les mouvements du cardia pendant la vie. Il considère le phénomène qui s'observe dans le cadavre frais et même sur l'estomac entièrement excisé du cadavre avec la portion sous-diaphragmatique de*l'œsophage, comme un phénomène normal et physiologique et lui donne un nom nouveau: il l'appelle pouls cardiaque du lapin. Remarquez que si, sous ce rapport, il existe quelque chose de particulier chez le lapin, ce n'est pas le mouvement en soi , mais l'énergie avec laquelle il résiste à la mort générale. Du reste, je le répète , les contractions de l'œsophage , après la cessation de la circulation, ne présentent ni la forme ni le mode de succession qu'elles présentent pendant la vie. Basslinger ayant vu le phénomène se produire même dans les parties entièrement excisées du cadavre, croit pouvoir en conclure que le mouvement œsophagien est indépendant du système nerveux central. Cette conclusion n'est justifiée que pour la forme particulière de mouvement que Basslinger a observée. Les contractions alternantes qui se produisent à l'état normal, pendant la vie, sont abolies définitivement par la section des nerfs pneumogastriques, pour faire place,
pendant les premiers temps, à une coustriction en apparence spasmodique, de durée variable, selon qu'on a coupé les pneumogastriques au cou, ou seulement les filets œsophagiens de ces nerfs. Cette coustriction spasmodique cède peu-à-peu à une coustriction plus légère, mais suffisante pour maintenir la clôture de l'orifice cardiaque, qui ne présente plus, dès lors, de mouvements alternants de contraction et de dilatation. — Si, aux effets de la section des nerfs, se joignent plus tard ceux de la ligature ou de la section des vaisseaux , les contractions œsophagiennes recommencent, mais irrégulièrement et d'une manière désordonnée. Il est clair que ces deux conditions interviennent à la fois , si l'on excise l'estomac dans des animaux récemment tués.
Remarque. — Lorsque chez un animal de petite taille, on pratique par une large fistule stomacale, établie dans la proximité du cardia, le toucher œsophagien profond, on perçoit très-distinctement, en avant, le choc du cœur, et en arrière les J pulsations de l'aorte thoracique que l'on peut , avec le doigt , comprimer contre la colonne vertébrale. La compression de l'aorte, dans ce cas , est faite sur un animal relativement sain , et l'expérience n'est pas compliquée par les effets immédiats d'une opération ou d'une mutilation antérieures. Si l'on prend soin d'augmenter la pression doucement et de manière à étreindre toute l'épaisseur du vaisseau, on ne cause pas de douleur bien vive à l'animal, bien que l'on produise, de cette manière, l'immobilité presque immédiate du train postérieur. La paraplégie persiste d'autant plus longtemps que la compression de l'aorte a été plus prolongée. Cette expérience est surtout intéressante, parce qu'elle nous met à même de vérifier sur l'animal relativement sain le fait que dans ces conditions la compression de l'aorte ralentit très-considérablement le pouls.
Sommaire: Innervation de l'eilomac — Action des nerfs pneumogastriques. — Leur section au cou entratne des troubles digestifs qui ne sont pas directement imputables k la paralysie des nerfs gastriques. — Section isolée des nerfs gastriques de la dixième paire. — Procédés de Hagendie, de SchuUe. — Procédé de l'auteur: incision circulaire de la gatne cellulaire de l'œsopbage tous le diaphragme. — Effets de cette opération sur la digestion en général. — Persistance de la sécrétion acide et peptique de l'estomac.
Messieurs ,
Nous avons terminé, dans les limites restreintes assignées à nos études, l'histoire physiologique de la digestion stomacale. Nous sommes loin d'en avoir fini avec toutes les considérations qui se rattachent à ce sujet, et dans une autre partie de ce cours, nous aurons à reprendre l'étude de l'absorption stomacale , dans ses rapports avec la digestion intestinale. Nous aurons à voir ce que devient le suc gastrique déversé , avec le chyme , dans les portions supérieures de l'intestin; quelle est en particulier l'influence que la bile exerce survies propriétés de la pepsine; ce que deviennent les produits incomplètement métamorphosés par le suc gastrique, au contact des liquides sécrétés par le duodénum et par les organes annexés au duodénum, etc. Tous ces sujets se lient étroitement à l'étude de la digestion intestinale et seront traités ensemble avec cette
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dernière. — Pour le moment, occupons-nous de l'influence que le système nerveux exerce sur les diverses fonctions de l'estomac, telles que la sécrétion, l'absorption, la sensibilité , et sur les mouvements normaux et anormaux que peut présenter le viscère.
L'estomac tire ses nerfs de deux sources : les uns lui arrivent de la paire vague par 2 filets, extra-œsophagiens et par plusieurs petits filets cachés dans les enveloppes de l'œsophag-e; les autres, provenant des ganglions cœliaques et des rameaux splanchniques du grand sympathique, pénètrent dans son intérieur avec les vaisseaux gastriques. — Les attributions de ces deux ordres de nerfs sont sans doute très-multiples et très-importantes, mais nous ne tarderons pas à voir que même après leur séparation complète des centres, l'estomac peut continuer à se mouvoir , à absorber et à digérer. C'est qu'il ne faut pas oublier que même après la dégénération graisseuse des troncs nerveux moteurs, leurs dernières terminaisons périphériques , dans l'intérieur des muscles , peuvent rester indéfiniment excitables.
Nous nous occuperons en premier lieu des nerfs pneumogastriques , dont l'influence sur la digestion, sur la sensibilité et sur les mouvements de l'estomac , a été étudiée par les expériences les plus nombreuses.
Les opinions qui ont eu cours parmi les physiologistes sur le rôle que la dixième paire joue dans l'acte de la digestion, ont été de tout temps très-controversées. Haller et ses disciples disent qu'après la section des pneumogastriques la digestion ne se fait plus et que le contenu stomacal passe même à la putréfaction. — La plupart des physiologistes postérieurs à Haller, n'admettent pas la putréfaction des aliments, mais déclarent presque unanimement la digestion abolie ou du moins excessivement affaiblie après cette opération. Quelques auteurs modernes, comme Frericlis et Cl. Bernard, sont allés jusqu'à nier que l'estomac,