TOME DEUXIÈME
soustrait à l'influence des pneumog-astriques , puisse continuer à sécréter un suc acide, et attribuent la réaction acide que présente quelquefois le contenu stomacal, malgré la section de la paire vague, à une fermentation acide des aliments végétaux contenus dans l'estomac (Frerichs). — Un petit nombre d'auteurs , comme Broughton , Leuret et Lassaigne, refusent au contraire aux pneumogastriques toute influence sur la digestion stomacale. — D'autres encore, comme Longet, concèdent que l'acte chimique de la digestion est indépendant des nerfs, et expliquent l'arrêt ou l'insuffisance de la digestion, suite de la section de la dixième paire, par l'abolition des mouvements stomacaux qui, selon ces auteurs, en serait le résultat. Ils supposent que dans l'estomac devenu incapable de déplacer et de <r brasser » son contenu, il ne se digère plus qu'une couche mince d'aliments, contiguë à. la muqueuse, et que la plus grande partie du contenu stomacal est soustraite à l'action du suc gastrique d'où il résulterait une absorption et une assimilation insuffisantes.
Bidder et Schmidt, contrairement à Longet, ont vu les mouvements stomacaux persister après la section des pneumogastriques et paraissent avoir constaté également la sécrétion d'un liquide acide. Suivant ces auteurs, l'affaiblissement de la digestion résulterait de ce que, après cette opération, le suc gastrique perdrait de sa concentration et s'appauvrirait en éléments actifs et chymificateurs.
En comparant les résultats d'un grand nombre d'expériences, plusieurs auteurs cependant ont été forcés de reconnaître que si, dans la majorité des cas, la paralysie de la dixième paire abolit ou compromet gravement la digestion, il existe d'autres cas dans lesquels cette fonction ne paraît être que momentanément suspendue, et dans lesquels l'estomac recommence à digérer normalement au bout d'un certain temps. L'action des pneumogastriques, dit-on, était alors probablement remplacée par quelque autre influence nerveuse.
Chez le chien , des faits qui ont pu suggérer une hypothèse de cette nature, ont été observés et décrits par différents auteurs très-dignes de foi. Ainsi Sédillot a vu , dans plusieurs chiens auxquels il avait coupé les pneumogastriques au cou , la digestion , interrompue durant les premiers jours, se rétablir bien manifestement au bout de quelque temps, si les animaux restaient en vie. Nasse rapporte quelques cas analogues.
Chez le cheval, ces exceptions s'observent beaucoup plus fréquemment. On sait que la résection des pneumogastriques et beaucoup d'autres opérations sont relativement mieux supportées par le cheval que par la majorité des carnivores, parce que, chez le cheval, la fièvre traumatique non seulement est de plus courte durée, mais réagit avec bien moins d'intensité sur l'état général et sur les fonctions d'assimilation. Il n'est point rare de voir des chevaux auxquels on a coupé les pneumogastriques, recommencer à digérer avant 3 jours (durée moyenne de leur vie après cette opération), même s'ils succombent au bout de ce temps. On se rappelle la discussion qui eut lieu, à ce sujet, entre Magendie et Dupuy d'Alfort qui, sur la foi de quelques autopsies faites 24 heures après l'opération, avait prétendu que la section des pneumogastriques, chez le cheval, abolissait toujours plus ou moins complètement la digestion. Ayant examiné, avec Magendie, , le contenu stomacal d'un cheval qui était mort 2 ou 3 jours après l'opération, Dupuy fut obligé de reconnaître" que les aliments était normalement chymifiés et que sa première assertion était erronée.
L'opinion exprimée par Magendie k cette époque est trèsdigne d'attention. Magendie admet , comme la plupart de ses prédécesseurs , que la section des troncs des pneumogastriques au cou, section qui paralyse, outre les nerfs de l'estomac, ceux du larynx, du poumon et du cœur, trouble ou abolit la digestion. Mais , suivant Magendie , l'arrêt de
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la digestion ue serait pas un effet direct de la paralysie des nerfs gastriques , mais une conséquence indirecte des désordres respiratoires qui surviennent toujours chez le.s animaux privés de la dixième paire. Il le démontre, en apparence d'une manière tout-à-fait péremptoire, en pratiquant la section isolée des rameaux gastriques, opération qui, selon lui, laisse subsister la digestion sans la moindre altération. Magendie, à cet effet, ouvrait le thorax à des chiens et coupait les deux nerfs qui accompagnent extérieurement l'œsophage, au dessous du plexus pulmonaire. L'absence de troubles digestifs après cette opération, a été également constatée par Cl. Bernard.
Schulze, en Allemagne, paraît avoir, le premier, pratiqué la section des nerfs œsophagiens externes d'après un autre procédé, préférable à celui de Magendie, en ouvrant la cavité abdominale à des chiens et en 'coupant ces nerfs au dessus du cardia , attiré au dehors avec la partie sousdiaphragmatique de l'œsophage. Cette expérience, qui fut souvent répétée par d'autres auteurs , donna des résultats très-inconstants. Tantôt les animaux ne paraissaient pas en souffrir et continuaient à manger et à se nourrir normalement, tantôt leur digestion se montrait abolie ou réduite à un minimum.
Mais, déjà en 1825, Brachet avait fait une remarque anatomique qui paraissait pouvoir expliquer l'inconstance de ces résultats. Les deux nerfs visibles à la surface de l'œsophage, ne sont généralement pas les seuls rameaux que la dixième paire envoie à l'estomac. Après avoir fourni les filets pulmonaires et les deux cordons œsophagiens externes, les pneumogastriques se décomposent d'ordinaire en un réseau de filets minces qui péuètrent dans l'euveloppo celluleuse de l'œsophage et qui restent invisibles dans tout leur trajet jusqu'à l'estomac. Ces filets intra-œsophagiens qui sont inaccessibles à la vue et au toucher dans l'animal vivant dont on vient d'ouvrir la cavité abdominale, ont
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été déjà très-bien décrits et figurés par uu auatomiste allemand du siècle dernier, Walther, dans un traité intitulé: Icônes nervorim thoracis et dbdominis. — Il est clair que si, pour soustraire l'estomac à l'influence des pneumogastriques, on se borne à couper les filets œsophagiens externes, on ne remplit pas le but que l'on se propose. Cette conséquence n'a pas échappé à Brachet. Il rapporte qu'à l'autopsie d'un chien qu'il avait opéré d'après le procédé de Magendie et dont la digestion n'avait pas montré de dérangement, il ne trouva pas moins de 5 petits filets nerveux, restés intacts^u- l'œsophage. Si l'existence d'un aussi grand nombre de petits ramuscules, accompagnant extérieurement l'œsophage, est un fait exceptionnel, en revanche celle 'plexus, caché dans l'enveloppe de l'œsophage , ne peut plus, aujourd'hui, être mise en doute.
L'intégrité de la digestion, après l'opération faite selon le procédé de Magendie et de Schulze, ne peut donc pas être invoquée comme un argument contre la théorie qui place la digestion sous la dépendance directe des nerfs pneumogastriques. D'autre part l'arrêt digestif, observé par quelques auteurs, ne peut pas non plus être rapporté uniquement à la lésion nerveuse, puisque dans les deux cas on n'a aucune garantie d'avoir réellement interrompu toutes les communications entre l'estomac et la dixième paire.
On a proposé, pour rendre complète cette interruption, sans léser les rameaux pulmonaires , de couper eu travers la partie sous-diaphragmatique de l'œsophage. Cette expérience, exécutée par plusieurs observateurs, a toujours été suivie d'un arrêt ou d'un affaiblissement très-considérable de la digestion. Par ce procédé on évite , il est vrai, les troubles respiratoires qui succèdent toujours k la section des pneumogastriques au cou et que Magendie a accusés de produire l'arrêt de la digestion, mais on n'échappe pas au reproche d'avoir indirectement altéré la digestion, en peu-tant une atteinte grave à l'état général de
l'animal. Les discussions qui ont eu lieu , il y a quelques années, sur les effets de la ligature de l'œsophage, donnent à cette objection une valeur qu'il est impossible de méconnaître.
De tous les faits qui précèdent il n'en est aucun qui démontre positivement que la paralysie des rameaux gastriques de la dixième paire abolisse directement la digestion. Beaucoup de faits au contraire tendent à rendre cette supposition très-invraisemblable. Les cas « exceptionnels » dans lesquels on a vu la digestion se rétablir après la section des pneumogastriques au cou , malgré l'absence de toute régénération des nerfs (mise hors de doute par l'examen nécroscopique , dans plusieurs des cas auxquels je fais ici allusion), indiquent suffisamment qu'il ne peut pas y avoir de rapport direct entre la paralysie des nerfs gastriques et les troubles digestifs qui sont survenus après, mais que ceux-ci ont dû résulter temporairement de quelque circonstance accessoire dont l'influence ne s'est fait sentir que pendant un temps relativement assez court. Nous pourrions facilement prouver , par le témoignage même des auteurs qui revendiquent pour les nerfs vagues une influence directe sur la digestion et qui regardent le rétablissement des fonctions digestives, après la section de ces nerfs, comme un fait exceptionnel, que leurs observations ne se rapportent généralement qu'aux premières 24 heures qui suivent l'opération, que l'arrêt digestif n'est que temporaire, et que dans tous les cas où les animaux ont survécu assez longtemps, on a constaté le rétablissement de la digestion. Dans tous ces cas il faudrait donc admettre que l'action de la dixième paire a été remplacée, après un certain temps, par un autre influx nerveux, dont la source nous est inconnue. Car l'estomac ne tire ses nerfs que de la dixième paire et du grand sympathique , et l'on peut détruire toutes ses communications avec le dernier de ces nerfs, sans abolir la digestion.
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En réalité il n'y a d'exceptionnel dans les cas dont je vous ai parlé, que la conservation de la vie, si l'on considère que l'immense majorité des animaux auxquels on a coupé les pneumogastriques, meurt dans les premiers jours, alors que la dyspnée et l'altération pulmonaire ont atteint leur plus haut degré. Chez le cheval, ces « exceptions» sont plus nombreuses et forment, pour ainsi dire, la règle, précisément parce que les effets généraux de la section des nerfs se font moins sentir. De cette manière nous arrivons, par une autre voie, à la supposition déjà formulée par Magendi% à savoir que l'arrêt digestif n'est pas une conséquence directe, mais indirecte — et nous pouvons ajouter temporaire — de la paralysie des troncs des pneumogastriques.
Supposez que l'opération proposée par Magendie, c'est-àdire la section isolée des nerfs gastriques de la dixième paire, puisse être faite de manière à les paralyser tous, sans exception, et sans qu'il se produise de fièvre traumatique; supposez encore qu'à la suite de cette opération nous observions constamment l'arrêt de la digestion, serions-nous en droit de conclure, de ce résultat, que l'activité peptique soit sous la dépendance absolue des nerfs pneumogastriques? Non, car en coupant tous les rameaux nerveux qui entou' rent l'œsophage et qui se rendent à l'estomac, nous pourrions avoir coupé d'autres filets provenant de la moelle et allant à l'estomac par le grand sympathique. Les troubles observés pourraient alors être rapportés à la section de ces filets, étrangers à la dixième paire. — Supposez au contraire qu'après avoir coupé tous les nerfs qui accompagnent l'œsophage , la digestion ne montre pas d'altération constante, dans ce cas nous aurions fourni la preuve positive que les troncs des pneumogastriques n'influencent pas l'acte de la digestion, puisque nous ne connaissons pas d'autre voie par laquelle la dixième paire communique avec l'estomac. Nous aurions peut-être coupé plus, mais non 7noins que la totalité
des filets gastriques de la dixième paire , si toutefois nous ne voulions recourir à l'hypothèse très-invraisemblable que quelques ramuscules se séparent des troncs des pneumogastriques dans le thorax pour se rendre à l'estomac par la voie du grand sympathique.
Vous voyez que de la réussite de l'opération proposée par Magendie, peut dépendre la solution de problèmes trèsimportants. Il était donc du plus haut intérêt de chercher un procédé apte à réaliser les conditions expérimentales que nous venons de supposer hypothétiquement. La section transversale de l'œsophage réalise, il est vrai, une partie de ces conditions, mais complique l'expérience d'un élément nouveau et perturbateur, c'est-à-dire de la fièvre traumatique. L'expérience suivante vous le démontre bien clairement.
On laisse à jeun un chien pendant 12 heures; on lui fait faire un repas suflBsant de viande et-de pain ; puis sur l'animal éthérisé, on ouvre l'abdomen, on découvre le cardia et l'on détache des parois œsophagiennes les deux rameaux nerveux provenant des pneumogastriques, en ayant soin de ne pas les rompre. Les nerfs restant toujours isolés et entiers, on lie (doublement) l'œsophage et on le coupe en travers un peu au dessus du cardia. L'animal est tué au bout de 16 heures. On retrouve le contenu stomacal inaltéré et sans trace de digestion; la muqueuse gastrique n'est que faiblement acide. — Cette expérience que j'ai faite après avoir observé à plusieurs reprises l'arrêt de la digestion, consécutif à la section transversale complète de l'œsophage , diminue singTilièrement la valeur des arguments que l'on a fondés sur les effets de la dernière de ces opérations et montre que ces effets ne changent pas, même quand les nerfs œsophagiens demeurent intacts.
J'ai réussi à pratiquer la section complète des nerfs gastriques , accompagnant l'œsophage , au moyen du procédé suivant qui ne compromet jamais gravement l'état général des animaux.
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On hit , dans la région de l'hypochondre gauche , une incision d'environ 3 centimètres , par laquelle on saisit la partie sous-diaphragmatique de l'œsophage que l'on soulève sur une sonde pour l'amener au dehors. On taille et l'on résèque tous les nerfs visibles à la périphérie du canal; puis, faisant tourner l'organe entre les doigts, de manière à lui faire présenter successivement ses faces latérales et la postérieure, on incise circulairement son enveloppe extérieure et le tissu cellulaire, jusqu'à la tunique musculaire qu'il faut bien se garder de léser. De cette manière tous les filets nerveux qrri se rendent à l'estomac sont coupés, sans qu'il y ait solution de continuité du canal œsophagien et il reste tout au plus quelques ramuscules musculaires, destinés à l'œsophage seul et ne communiquant pas avec l'estomac. On ferme la plaie externe par quelques points de suture, avant que l'animal soit revenu de l'éthérisation. Chez les lapins on fait bien de ne pas comprendre la peau dans la suture, afin d'éviter les collections purulentes qui se forment si facilement,, chez ces animaux, dans les tissus sous-jacents aux plaies cutanées. L'hémorragie est à-peu-près nulle pendant cette opération. Si on a l'intention de prolonger les observations, il importe d'empêcher la réunion bout à bout des nerfs coupés. A cet efiet on saisit, après avoir fait l'incision circulaire, la séreuse et le tissu cellulaire sous-jacent, entre les mors d'une pince et on les retrousse en haut et en bas, de façon à dénuder une certaine longueur de la tunique musculaire. Jusqu'ici ce moyen m'a toujours suffi pour empêcher la régénération des nerfs, comme j'ai pu m'en assurer à plusieurs reprises , par l'examen microscopique. L'hémorragie que l'on provoque de cette manière est un peu plus forte, mais toujours assez -modérée. — Voici encore quelques règles que je recommande à ceux qui voudront répéter cette opération. Au moment d'inciser la séreuse, on fait tourner l'œsophage légèrement autour de son axe, comme je viens de l'expliquer; ce mouvement doit être exécuté sur le doigt
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et non sur la sonde, qui pourrait blesser la tunique musculaire. Les petits vaisseaux (ordinairement accompagnés de quelques ramuscules nerveux), qui de la séreuse pénètrent obliquement dans les couches plus profondes de l'œsophage, doivent être déchirés plutôt que coupés; ils saignent alors beaucoup moins. — Il importe encore qu'avant l'opération l'estomac ait été modérément rempli d'aliments nutritifs (viande, avoine) et qu'il ne soit ni trop plein ni trop vide. S'il est trop fortement distendu, on ne réussit que difficilement à soulever l'œsophage, et l'on risque de faire subir à l'estomac des tractions délétères qui, chez le lapin, comme nous le savons déjà, peuvent considérablement altérer les résultats. Les hémorragies interstitielles de la muqueuse, suite de violences mécaniques, abolissent toujours la digestion pour un temps plus ou moins long, et cet effet a été imputé à tort, dans des observations mal faites, à la paralysie des nerfs gastriques. — Lorsque , au contraire , l'estomac est trop vide, on s'oriente mal au commencement de l'opération; une diète préparatoire affaiblirait d'ailleurs inutilement l'animal, obli^-é de rester souvent deux jours sans prendre de nourriture, à cause des troubles de déglutition qui surviennent après l'opération. Ces troubles de déglutition que je n'ai vus manquer que rarement , mais qui sont de courte durée , paraissent résulter des lésions superficielles ou des irritations que subit presque toujours la tunique musculaire , au moment oià l'on incise la séreuse œsophagienne.
A l'aide du procédé que je viens de vous décrire, j'ai pu résoudre, par l'expérience directe, une série de questions intéressantes , sur lesquelles les méthodes opératoires , anciennement en usage, n'avaient pu nous éclairer que d'une manière très-insuffisante. Je traiterai ces questions dans leur ordre successif, en commençant par V influence des pneumogastriques sur la digestion en général.
Comme je viens de vous le dire, les animaux opérés pré-
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sentaient pendant quelques jours, dans la majorité des cas, une gêne de la déglutition qui leur faisait refuser la nourriture. Nous reviendrons plus tard sur ce symptôme, nullement en rapport, du reste, avec un arrêt de la digestion. Cette première suite de l'opération passée , les animaux recommençaient à manger avec appétit, et rien, chez eux, n'indiquait un dérangement dos fonctions digestives. Plusieurs lapins très-jeunes et un chien nouveau-né qui, après l'opération, fiu-ent observés pendant plusieurs semaines, ne cessèrent pas de se nourrir et augmentèrent considérablement de poids et de volume, preuve que l'assimilation devait se faire tout-à-fait régulièrement. Les animaux adultes, en général, pouvaient être conservés eu vie indéfiniment, sans montrer la moindre irrégularité dans le retour de leur appétit, ni dans la défécation. Jamais non plus la digestion n'était accompagnée d'un ballonnement anormal de l'estomac. — Ces faits indiquent assez clairement que la paralysie des nerfs gastriques n'avait empêché ni l'élaboration digestive des aliments, ni la déplétion régulière du viscère à la fin de chaque période digestive.
D'ailleurs, même pendant les premières 24 heures qui suivaient l'opération et pendant toute la durée des troubles de déglutition, j'ai pu m'assurer de la manière la plus positive que l'estomac ne cessait pas de digérer son contenu. Chez un chien qui, immédiatement avant l'opération, avait avalé quelques gros morceaux de viande, et que je sacrifiai 10 heures plus tard, je ne retrouvai, à l'autopsie, qu'un résidu insignifiant de viande, en voie de 'digestion ; tout le reste avait été hquéfié et absorbé. Chez beaucoup de lapins, tués peu d'heures après l'opération, avant qu'ils eussent repris de la nourriture , le contenu stomacal était manifestement ramolh et une partie des aliments pris avant l'opération , avait déjà passé dans l'intestin.
Il suit de là que la section isolée des nerfs gastriques ne produit pas, môme temporairement et pendant les premières
heures, l'effet ordinaire et constant de la section des pneumogastriques au cou.
Ce n'est pas, dans le premier cas, un rétablissement graduel de la digestion que l'on observe, comme chez les animaux qui exceptionnellement survivent à la seconde de ces opérations , mais l'estomac reste capable de digérer sans interruption. Ce fait est surtout frappant chez les animaux qui ne présentent pas de troubles de déglutition ou chez lesquels ces troubles sont de très-courte durée. — Après la section de la dixième paire au cou, les aliments peuvent rester très-longtemps dans l'estomac sans diminuer de volume et se retrouvent en général , chez les chiens adultes, à peine ramollis à leur surface le troisième jour.
L'estomac, soustrait à l'influence des nerfs pneumogastriques, continue donc à liquéfier son contenu et à le déverser dans l'intestin. C'est à ces deux points que doivent se borner pour le moment nos conclusions, car les expériences qui précèdent ne prouvent pas encore d'une manière péremptoire que l'estomac ait aussi continué à sécréter la pepsine en quantité normale. Un afi'aiblissement de la digestion stomacale aurait éventuellement pu être compensé, dans ses effets généraux, par un renforcement proportionnel de la digestion intestinale. Cette supposition, assez invraisemblable en soi, sera réfutée indirectement, dans la suite de ce cours, lorsque nous apprendrons à connaître les conditions sous lesquelles s'accomplit la digestion des substances albuminoïdes dans l'intestin. Je démontrerai qu'après la section des nerfs gastriques sous le diaphragme, comme aussi à l'état normal, la digestion intestinale ne devient complète et active qu'après que certains produits de la digestion stomacale ont été absorbés en grande quantité par le sang. La digestion intestinale ne peut donc pas être renforcée dans ses effets, simultanément avec un affaiblissement de la digestion stomacale.
Mais" nous pouvons démontrer directement que la para-
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Jysie des rameaux gastriques de la dixième paire n'entrave ni la sécrétion ni V ahsorption stomacales.
Etudions d'abord les effets de cette lésion sur la sécrétion des glandules gastriques.
Chez les animaux opérés, les irritations mécaniques de la muqueuse stomacale, comme aussi la réplétion du viscère par les aliments, provoquent, comme à l'état normal, une abondante sécrétion acide. — C'est ce que l'on voit trèsbien surtout chez les chiens porteurs de fistule stomacale. Une dissolution de carbonate de potasse, injectée dans leur estomac, y est bientôt neutralisée, et la muqueuse ne tarde pas à redevenir acide. Le même fait s'observe chez les animaux sans fistule que l'on tue à divers intervalles après l'opération, et auxquels on fait avaler, peu de temps avant la mort, des substances insolubles et inertes.
Au contraire, après la section des pneumogastriques au cou, voici ce que l'on observe chez les chiens:
Pendant les premières heures, l'estomac continue à sécréter un suc acide, mais en si petite quantité qu'il suffit de la présence d'un peu de salive déglutie pour en masquer ou neutrahser la réaction. La muqueuse peut même présenter une réaction alcaline si l'on n'a pas eu soin d'en laver la surface à grande eau. — Si l'on injecte dans l'estomac vivant une solution de carbonate de potasse, la réaction alcaline persiste pendant un temps relativement assez long (1).
(I) Comme plusieurs auteurs en ont déjà fait robsertation, l'estomac sain (avec fislule) non seulement neulriillse presque immédlalemtnt une solution (Je carbonate de potasse, Injectée dans sa cavilé, mali déjà après peu de moments, présente une acidité supcrieurr à celle (|Ui existait avant l'injection. Ce fait, bien facile à constater, peut servir à faire Juger Je la méthode thérapeutique qui tente de combattre Texccs de racide stumacnl par les sels alcalins, (/action de l'alcali, comme on le voit, ne saurait être tout au plus que momentanée, et l'elTicacité apparente de ce traitement n'est peul-éiro due (ju'au dégagement de l'acide carbonique. Sans vouloir rien préjuger par celle remarque, nous croyons devoir attirer l'attention des praticiens sur ce point qui, a première vue, parait un contradiction avec ce que nous eoselisnc l'expérimentation physiologique directe. S,
A ce propos je vous ferai observer que la présence de la salive ne paraît pas être la seule cause apte à donner à l'estomac « paralysé » une réaction neutre ou alcaline. Je me range, en cela, à l'opinion de Bidder et Schmidt qui admettent que l'estomac, outre sou sac acide normal, peut, dans certaines conditions, sécréter aussi un liquide alcalin^ dont la réaction n'est pas due à la présence de la salive. Mes expériences, au nombre de 22, faites en grande partie en commun avec L. Corvisart, ont été instituées de la manière suivante :
On coupait les pneumogastriques au cou; on ouvrait la portion cervicale de l'œsophage, après quoi, à l'aide d'une sonde élastique, on introduisait dans l'estomac une certaine quantité d'aliments; puis on liait l'œsophage au dessous de l'ouverture qui permettait l'écoulemeut de la salive , et on liait également le pylore, afin d'empêcher la sortie du contenu stomacal. Ainsi tout ce qui n'était pas absorbé devait se retrouver dans l'estomac au moment de la mort. Les chiens étaient tués au bout de 5 heures par la section du bulbe rachidien. Remarquez que dans ces mêmes conditions l'estomac des animaux dont on n'a pas coupé les pneumogastriques , et qui n'ont pas de fièvre , présente ordinairement son maximum d'acidité. — De nos 22 chiens, traités dans le mode indiqué, 12 eurent l'estomac très-légèrement acide, chez les 10 autres l'estomac se montra neutre ou faiblement alcalin. Chez deux des chiens de la première catégorie, on avait injecté dans l'estomac, au moment de l'opération , un liquide acide , dont un reste non absorbé fut retrouvé à l'autopsie: ce résidu était notablement moins acide que le liquide primitif. Ces deux cas appartiennent donc en réalité à la seconde catégorie. — D'oii venaient ces difi'érences dans la réaction de la sécrétion stomacale? Elles ne peuvent pas être attribuées à la salive restée dans l'estomac avant la ligature de l'œsophage, car même dans les estomacs alcahns, il ne s'en trouvait plus une
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trace au moment de la mort, comme le démontra l'examen microscopique et chimique du contenu stomacal liquide. Ce liquide n'exerçait pas la moindre action sur l'amidon. La différence ne peut pas non plus tenir à la qualité variable des aliments injectés dans l'estomac. En effet, dans 4 expériences, oii l'on injecta une dissolution de dextrine, l'estomac fut trouvé deux fois acide et deux fois neutre; chez deux autres chiens à qui l'on injecta une solution de sucre candi, l'estomac fut trouvé acide dans un cas, et légèrement alcalin dans l'autre. Le genre de vie et l'alimentation des animaux avant l'expérience avaient d'ailleurs été toujours les mêmes; on nourrissait les chiens d'aliments mixtes et on les laissait jeûner 9 à 10 heures avant de les opérer. Quatorze fois on n'injecta dans l'estomac que des aliments de provenance animale; dans les autres expériences, faites avec des aliments féculents, du sucre, etc., on prenait soin, avant de faire l'injection, de laver l'estomac à grande eau, au moyen de la seringue à double courant de Cloquet. La seule circonstance qui m'ait paru influer plus directement sur la réaction de l'estomac, c'est le plus ou moins de gravité des symptômes généraux provoqués par la section des pneumogastriques. A deux exceptions près , chez tous les animaux qui avaient bien supporté l'opération et dont la dyspnée n'avait pas pris des proportions trop considérables, l'estomac conserva sa réaction acide.
J'ai observé les mêmes différences dans la réaction de l'estomac, chez des animaux dont la digestion avait été troublée à la suite de lésions graves des parties inférieures de la moelle, sans paralysie des pneumogastriques. Après avoir dévié la salive, je leur injectais des aliments par une ouverture de la partie cervicale de l'œsophage, et je les tuais après 5 à 8 heures. Le contenu stomacal n'était pas digéré ; la réaction de la muqueuse était le plus souvent neutre ou alcaline, très-rarement acide.
L'estomac peut encore se montrer faiblement alcalin, après
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la déviation de la salive, lorsque ses parois ont été distendues pendant plusieurs heures de suite, par des corps inertes, comme le sable. J'ai observé ce fait sur 3 chiens. Chez le premier , les pneumog-astriques n'étaient pas coupés ; chez le second, ils l'étaient dans la région cervicale; chez le troisième, les rameaux g'astriques seuls étaient coupés sous le diaphragme. Le -pylore était toujours lié et la salive déviée dans le mode ordinaire. — Ou se rappelle que les irritations mécaniques de la muqueuse stomacale ont précisément l'effet contraire, quand elles ne durent que quelques instants.
Il est donc bien démontré que l'estomac peut sécréter un liquide neutre ou faiblement alcalin, lorsque par une cause quelconque sa sécrétion acide normale a été supprimée , comme cela s'observe pendant la fièvre et à la suite des irritations mécaniques très-prolongées de la muqueuse gastrique. Nous pouvons admettre, avec Bidder et Schmidt, que cette sécrétion neutre ou alcaline a lieu même pendant l'intégrité de la digestion, mais que dans ce cas elle échappe à l'observation , vu la prédominance très-marquée de la sécrétion acide.
Les mêmes auteurs disent que le suc gastrique no7i acide se présente toujours sous la forme d'un mucus visqueux , assez dense et peu transparent. — Je ne partage pas cette opinion. Dans les expériences que je vous ai rapportées en dernier lieu , l'estomac distendu pendant plus de 5 heures par du sable, après avoir été préalablement vidé par un jeûne prolongé, contenait jusqu'à 30 gr. d'un liquide neutre, aqueux, citrin et parfaitement transparent. Ce liquide ne pouvait être du suc gastrique peptique neutralisé par le mucus alcalin, car rendu acide et mis en contact avec de l'albumine , celle-ci ne commença à montrer des traces de digestion qu'au bout de 15 heures. Je fis agir le même liquide sur 10 gr. de fibrine; après 3 heures, rien n'était dissous: au bout de 15 heures, il manquait environ 3 gr. de fibrine. Tous ceux qui connaissent le mode d'agir du
vrai suc gastrique, conviendront, avec moi, que cette digestion méritait à peine ce nom. — L'irritation mécanique prolongée n'avait donc agi, dans ces cas, que sur la sécrétion neutre, non pej^tique de l'estomac.
Les mêmes effets, à n'en pas douter, doivent se présenter très-souvent en pathologie, lorsque des irritations chroniques de la muqueuse stomacale coïncident avec une suspension ou un affaiblissement très-marqué de la digestion. Tel est le cas p. ex. dans le catarrhe chronique de l'estomac, dans les périodes avancées de l'ulcère chronique ou perforant, dans la dyspepsie alcoolique, dans l'état qu'on a nommé indigestion alcaline , dans certaines affections du pancréas, etc., maladies qui' toutes peuvent être accompagnéesde vomissements de matières alcalines. Nous ne croyons pas, avec Frerichs, que la réaction alcaline de ces matières puisse être mise sur le compte seul de la salive sécrétée en plus grande quantité , par suite d'une espèce de sympathie qui existerait entre les glandes salivaires et les organes abdominaux. Il nous paraît évident que l'estomac, de son côté, contribue, dans ces conditions, à communiquer à son contenu une réaction alcaline, comme cela se voit aussi chez le chien , après la distension prolongée de l'estomac par du sable.
Les irritants chimiques peuvent également provoquer la sécrétion d'un liquide stomacal alcalin, après que la salive a été déviée. J'ai obtenu cet effet en injectant dans l'estomac une dissolution concentrée de sel de cuisine (4 gr. dans 20 gr. d'eau) ou de l'alcool (30 parties dans 100 d'eau). Le liquide alcalin sécrété dans ces conditions, contient de l'albumine coagulable par la chaleur. Les irritants chimiques plus concentrés produisent des exsudations croupeuses qui s'accompagnent aussi de sécrétion alcaline (1).
(<| Quelques pathologigtes anciens avaient admis qu'à la suite de certaines irritationi clironiques locales, l'estomac pouvait sécréter du suc gastrique en quantité de beaucoup supérieure à la uormale. Cette « hypersécrétion • n'a pas pu être, Jusqu'ici , reproduits