TOME DEUXlàMK
Je ne vous ai parlé jusqu'ici que de la réaction que présente l'estomac, 5 à 8 heures après la section des pneumogastriques. Cette réaction , je le répète, est aussi souvent et peut-être plus souvent neutre ou alcaline qu'acide. Mais si on l'examine plus tard , après 16 ou 20 heures , la muqueuse est presque toujours acide. L'intérieur des masses alimentaires peut, à ce moment, présenter encore la réaction neutre.
Un fait digne de remarque que l'on observe parfois quelques heures après la section des pneumogastriques au cou, lorsque les animaux ont mangé avant l'opération des substances solides, c'est une répartition inégale de l'acidité à la surface de la muqueuse stomacale. Une longue bande de papier de tournesol bleu que l'on met en contact avec cette membrane, prend alors des teintes rouges plus saturées en certains endroits qu'en d'autres. J'ai constaté ce phénomène chez plusieurs chiens qui, avant d'être opérés, avaient avalé de gros morceaux de viande.
Persistance de la sécrétion stomacale acide après la section complète des rameaux gastriques de la dixième paire ; affaiblissement ou interversion de la réaction normale de l'estomac dans le premier temps après la section des pneumogastriques au cou, — tels sont donc les points principaux qui ressortent des deux séries d'expériences rapportées en dernier lieu.
Mais la sécrétion peptique elle-même n'est-elle pas altérée, et les aliments continuent-ils à subir leurs transformations
expérimentalement sur les animaux et tout porte à croire que les observations qui ont donn(> lieu à cette théorie ne se rapportent qu'au liquide acide qui se ramasse quelquerois en quantité plus grande dans l'estomac de l'bumme ou des animaux malades. Or nous savons déjà que ce liquide acide n'est jamais du suc gastrique véril!d)k', mais qu'il contient tout an plus des traces de pepsine. L'apparition de petites quantités de pepsine, dans l'estomac vide, peut être favorisée par une abstinence Irès-prolongée (voy. Leçon XXVIl p 238) ou par la résorption du pus lorsque les foyers qui le produisent sont trop petits pour engendrer dî3 la ûévre,
caractéristiques, dans l'estomac soustrait à l'iutiuence de la dixième paire?
Pour arriver à résoudre cette question , j'ai examiné le pouvoir dig-estif de l'estomac 8 heures, 2 jours, 8 jours, 12 jours, 3, 4 et 6 semaines après l'incision circulaire de l'œsophage, pratiquée sur des chiens et des lapins. Dans aucun cas , je n'ai trouvé l'estomac moins actif qu'il ne se montrait chez d'autres animaux normaux et de même taille. Pour ces recherches, essentiellement quantitatives, il n'aurait pas suffi, de retirer le suc gastrique par une fistule et de faire, à l'aide de ce suc, des digestions artificielles. Ce procédé, comme je l'ai déjà expliqué à une autre occasion, ne peut pas servir à la comparaison du pouvoir digestif de deux estomacs. C'est donc toujours par les infusions des estomacs entiers ou par une fraction connue de ces infusions que j'étabhssais la comparaison entre les deux séries. Les infusions étaient ordinairement faites avec 100 gr. d'eau acidulée. Il va sans dire que l'on ne tuait les animaux que lorsqu'ils étaient en digestion. — Fait remarquable, l'estomac de tous les lapins de la première série (tués au plus tard 4 semaines après l'opération), digérait des quantités plus grandes et parfois même beaucoup plus grandes d'albumine que celui des animaux non opérés. Cette augmentation du pouvoir digestif que l'on aurait tort de subordonner à la lésion nerveuse ou à une dilatation des vaisseaux gastriques , suite possible de la paralysie , s'explique aisément par la suppuration qui se produisait toujours aux alentours de la plaie abdominale. Une partie du pus était résorbée et agissait à la manière des peptogènes. Régulièrement l'autopsie révélait l'existence de petits foyers purulents entre la peau et les muscles abdominaux, foyers contenant uue quantité quelquefois très-petite, mais toujours visible, de pus condensé et caséeux, alors môme que la plaie interne était parfaitement guérie et qu'il n'y avait pas de trace de péritonite.
Quant dMx produits de la digestion stomacale, ils ne présentaient, après l'opération, aucun caractère chimique ou organoleptique qui pût les faire distinguer des produits digestifs normaux. L'albumine était transformée en peptone et en parapeptone, et la peptone, injectée dans le sang d'animaux sains, ne reparaissait pas dans les urines. (J'ai fait cette expérience sur un lapin dont l'urine a été recueillie jusqu'à la 24«'"« heure après l'injection.)
Ces résultats sont bien différents de ceux que l'ou obtient dans les expériences avec section des pneumogastriques au cou. Ces expériences doivent être faites sur des chiens , si l'on veut étudier l'état de l'estomac peu d'heures après l'opération, et ne pas être induit en erreur par les résidus d'une digestion antérieure. C'est surtout en vue de cette source d'erreur que j'ai évité d'expérimenter sur des lapins dont l'estomac n'est jamais vide. — On commence par faire faire aux chiens un repas préparatoire abondant; on attend la fin de la digestion (12 à. 14 heures), et quand l'estomac est vide , ou fait avaler aux animaux rapidement et coup sur coup quelques gros morceaux de viande. L'opération, pour laquelle on a tout préparé d'avance, doit être faite pour ainsi dire au même instant et il ne doit pas s'écouler une minute entre la dernière déglutition et la section des nerfs. Du reste, pour échapper plus sûrement encore à l'objection déjà formulée par Longet que pendant ce court intervalle de temps il pourrait se former un peu de suc gastrique actif, on peut, comme je l'ai fait dans d'autres expériences, couper les nerfs d'abord et donner les aliments ensuite, en les injectant par la sonde œsophagienne. Cette méthode ne donne pas d'autres résultats que la première.
Dix-sept chiens, opérés avec les précautions indiquées, et tués au bout de 5 à 7 heures, me fournirent des infusions stomacales (faites d'après ma méthode expéditive), dont le pouvoir digestif était nul ou qui digéraient tout au plus
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5 gr. d'albumine, pendant que l'infusion stomacale de chiens normaux , de même taille , liquéfiait , dans un temps égal, 40 à 50 gr. d'albumine. Ces expériences excluent le soupçon que la paralysie delà dixième paire ait pour effet d'empêcher l'excrétion du principe digestif, contenu peut-être en quantité normale dans l'intérieur des glandules peptiques.
Dans 10 cas, sur les 17 qui précèdent, il ne s'est dissous que des traces insignifiantes d'albumine. D'autres essais digestifs, faits avec de la fibrine, ont donné des chiffres plus grands, vu la solubilité plus grande de cette substance; mais toujours est-il que ces chiffres restent bien au dessous de ceux que l'on obtient en opérant sur des infusions vraiment peptiques , comme l'étaient celles des estomacs examinés comparativement; les premiers chiffres sont à ces derniers comme 2 est à 7. En prolongeant l'extraction, par l'eau acidulée, des estomacs inactifs coupés en tout petits morceaux, j'arrivais à des résultats un peu supérieurs, mais en faisant subir la même préparation aux estomacs sains , l'augmentation n'était pas moins sensible, et la proportion entre les chiffres des deux séries restait la même.
Pour ce qui est de Vaspect et de la consistance des aliments contenus dans l'estomac , nous savons déjà , par le témoignage unanime des auteurs, qu'ils ne montrent, après un certain nombre d'heures, aucun changement indiquant un commencement de digestion. Et il ne saurait en être autrement, puisque nous avons vu que la section des pneumogastriques suspend toujours, pour un temps plus ou moins long, la production du ferment peptique dans l'intérieur des tuniques stomacales.
Mais, pourrait-on demander encore, l'arrêt de la sécrétion peptique n'est-il pas causé peut-être par un empêchement de \' absorption., si essentielle dans l'acte digestif, et l'estomac, bien que capable de former encore de la pepsine, n'en produitil plus, simplement parce que le sang ne lui en fournit pas les matériaux et que l'absorption des peptogènes n'a pas lieu?
Des expériences faites en commun avec L. Corvisart, et que j'ai souvent répétées depuis, m'ont donné la certitude qu'il n'en est pas ainsi et que l'absorption stomacale n'est nullement empêchée par la paralysie de la dixième paire. Je reviendrai avec plus de détails sur ces expériences, dans la prochaine leçon ; permettez-moi, pour le moment, de vous communiquer seulement les résultats plus particulièrement en rapport avec la question que je viens de soulever.
Après m'être convaincu , de la manière la plus positive , que différents liquides, des dissolutions salines, sucrées, etc., pouvaient être absorbés par l'estomac en grande quantité après la section des pneumogastriques, j'injectai dans l'estomac d'un chien, préparé pour l'opération dans le mode ordinaire, une dissolution de dextrine. L'animal fut tué 5 heures plus tard; la majeure partie de la dextrine était absorbée. Néanmoins l'infusion stomacale se montra à peu près inactive. L'estomac n'avait pas été chargé.
Dans une autre expérience, plus démonstrative encore, j'injectai dans l'estomac d'un chien une grande quantité de peptone de viande, préparée à l'aide de l'infusion stomacale d'un autre chien sain. Je voulais ainsi faire absorber par la muqueuse gastrique une substance parfaitement identique au produit de la digestion naturelle qui est , vous vous le rappelez, un des ^eptogènes les plus actifs. Immédiatement après l'injection, je coupai les pneumogastriques et je liai l'œsophage et le pylore. La peptone fut absorbée et assimilée, et néanmoins l'estomac, infusé après 5 heures, ne digérait rien par lui-même, tandis que le pancréas (dont la sécrétion caractéristique dépend, comme je le prouverai :plus tard, de l'absorption de certains produits de la diges- ■tiop stomacale), était devenu actif. Cet animal, en s'assimilant un nutriment élaboré par un autre estomac, avait donc joui des effets physiologiques d'une digestion stomacale normale , sans y avoir contribué autrement que par l'absorption.
TEENTB-DEUXIÈME LKÇO>f. 359
Chez un troisième chien, j'ai établi une sorte de digestion artificielle, à l'intérieur même de l'estomac devenu inactif, en injectant par l'œsophage 12 gr. de pepsine de veau acidifiée. L'animal avait mangé de la viande peu d'instants avant l'opération. Au bout de 5 heures, l'ayant sacrifié, je trouvai dans l'estomac un faible résidu de peptone. La majeure partie de la viande avait été liquéfiée, transformée et absorbée; mais la muqueuse soigneusement lavée et infusée dans l'eau acidulée, ne digérait pas.
Toutes ces expériences ont été répétées, pour le contrôle des résultats, sur des animaux à pneumogastriques intacts, toutes les autres conditions étant les mêmes. Inutile de dire que les esto uacs restèrent actifs, et fournirent des infusions à qualités peptiques normales, pourvu, bien entendu, que les animaux fussent sains, c'est-à-dire, eussent réellement digéré et absorbé une partie des matières ingérées dans l'estomac.
Ces observations, je vous le rappelle, ne se rapportent qu'aux suites immédiates de la section des pneumogastriques au cou et appartiennent toutes à la période de l'arrêt digestif qu'entraîne constamment cette lésion. Vous voyez quç cet arrêt digestif consiste bien réellement en une abolition de la fonction chimique de l'estomac, puisque même la présence, dans le sang, de matières peptogèues, ne peut plus réveiller l'activité spécifique des glandules productrices de pepsine. J'ai prouvé que la suspension de la digestion ne peut pas être imputée — et en ceci Magendie avait parfaitement raison — à la paralysie des nerfs gastriques, puisque la paralysie isolée de ces nerfs (de ceux du moins qui proviennent de la dixième paire) n'a pas cet effet et laisse la digestion inaltérée sous tous les rapports.
J'ajouterai finalement, comme dernière preuve de cette assertion , que chez les animaux qui résistent plus longtemps aux suites de la section des pneumogastriques au
COU, l'estomac reprend peu-à-peu des qualités peptiques et fournit une infusion de plus en plus active, au fur et à mesure que les troubles de la respiration et de la circulation pulmonaire vont en diminuant
tonmalre: lanerTailou de l'eatamae. (Suite). — L'absorption ttomacale n'eil pai troublé* par la paralysie complète des filets (aslriques de la dixième paire. — Fonctions seniible* des rameaux gastriques de la dixième paire. — Les pneumogastriques sont les seuls nerfs dittinciemeni sensibles de l'estomac. — Leur section n'a pas d'influence sur la produclion des sensations de la faim et de la soif. — Action des nerfs pneumogastriques sur le* mouTements de l'estomac, — Les mouremenls vermiculaires digestifs ne cessent pas après la section de ces nerfs, mais l'estomac perd la faculté d'exécuter des mouTement* coordonnés aTec d'autres organes.
Messieurs ,
Je dois aujourd'hui vous fournir les preuves détaillées de l'assertion par laquelle j'ai terminé la dernière leçon, savoir que l'estomac, soustrait à l'innervation de la dixième paire , continue à absorber mrmalement. Cette question a été et est encore un sujet de controverse pour bon nombre de physiologistes qui, se fondant sur des expériences faites d'après un procédé défectueux, ont cru pouvoir donner une solution tantôt négative, tantôt positive du problème. On s'est généralement contenté , pour juger de l'existence ou de la non existence de l'absorption , d'introduire dans l'estomac de différents animaux des poisons agissant à très-petites doses, et d'attendre l'apparition des symptômes toxiques. Si ceux-ci ne se déclaraient pas , on jugeait l'absorption nulle, s'ils se déclaraieut tardivement, on disait que l'ab-
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sorption était affaiblie, et ainsi de suite. Je n'entrerai pas dans une critique de cette méthode dont l'insuffisance est évidente, comme le prouve d'ailleurs l'inconstance des résultats auxquels elle aboutit. Vous concevez au premier abord que suivant l'état de réplétion de l'estomac, suivant le plus ou moins de matière muqueuse ou de salive qu'il contient, la rapidité de l'empoisonnement doit essentiellement varier , indépendamment du pouvoir absorbant de l'estomac , surtout après une opération qui arrête la digestion. Ensuite il importe de remarquer que les substances en question très-souvent sont absorbées plutôt par le duodénum que par l'estomac, de sorte que la rapidité de l'empoisonnement tient plus à la vivacité du mouvement, qu'à celle de l'absorption stomacale. Ainsi deux expériences faites apparemment dans les mêmes conditions, peuvent conduire à des résultats diamétralement opposés.-Des différences analogues, dans la rapidité de l'apparition des symptômes toxiques, s'observent d'ailleurs aussi chez les animaux sains, sans autoriser à des conclusions directes sur le mode de l'absorption stomacale. Au surplus, les poisons dont on s'est servi dans les expériences qui nous occupent, agissant à doses excessivement petites, l'apparition, même constante, des symptômes toxiques ne nous donnerait encore aucune mesure du pouvoir absorbant de l'estomac , ni des modifications qu'il pourrait avoir subies à la suite de l'opération. Nous ne .pourrions jamais dire avec certitude que l'absorption n'a pas été au moins affaihlie. —
.. C'est pour ces raisons que dans les expériences que j'ai faites sur cette question en commun avec L. Corvisart, expériences dont je vous ai déjà communiqué quelques résultats par anticipation, un autre procédé a été adopté. Il ne s'agissait pas seulement de savoir si l'estomac absorbait, .mais encore de trouver une mesure approximative de cette absorption.
.Tous les chiens qui ont servi à ces recherches , étaient
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de grande taille , et n'étaient mis eu expérience qu'après une digestion préparatoire, et lorsqu'on pouvait supposer leur estomac vide. (Je vous ai dit ailleurs que les chiens de petite taille ou trop jeunes, ne s'adaptent pas aussi bien à ce genre d'expériences, parce que leur estomac se vide moins vite). Dix heures après le repas, on liait le pylore, on coupait les pneumogastriques au cou; puis , par une ouverture pratiquée dans la portion cervicale de l'œsophage, on injectait, à l'aide d'un long tube de verre que l'on poussait jusque dans l'estomac, une quantité mesurée d'une dissolution quelconque dont le résidu sec était déterminé d'avance. On liait ensuite l'œsophage, pour empêcher l'afflux de la salive, et au bout d'un temps variable, on tuait l'animal par la ponction de la moelle allongée, entre l'atlas et l'occiput. — Le hquide qui se retrouvait dans l'estomac et dont on déterminait le volume et le résidu sec, donnait la mesure de ce qui avait été absorbé. Si l'on tient compte de l'exosraose qui accompagne inévitablement l'endosmose stomacale, on ne s'étonnera pas que le volume du résidu liquide ait été quelquefois assez grand et dans une expérience même supérieur au volume du liquide injecté. Dans ces cas, c'est la diminution du résidu sec qui exprime la grandeur de l'absorption.
Voici l'abrégé de quelques-unes de ces expériences: 1). Injection de 52 gr. d'eau acidulée, contenant un peu de pepsine de Boudault. Ou tue l'animal après 4 heures . — L'estomac contient 10 gr. de liquide très-acide; il a donc absorbé au moins 42 gr. de liquide.
2.) Injection de 300 gr. de solution d'albumine, contenant '21 gr. de résidu sec. — L'animal est tué après 6 heures Vi- -- Il reste dans l'estomac 90 gr. de liquide, contenant 6 gr. de résidu sec. — Ont donc été absorbés : 210 gr, de liquide, avec une quantité d'albumine correspondant à 15 gr. de résidu sec.
• 3.) Injection d'une dissolution de 30 gr. de dextrine dans
250 gr. d'eau. L'animal est tué au bout de 7 heures 'A- On retrouve dans l'estomac 20 gr. de liquide contenant 4,5 gr. de résidu sec. — Il a donc été absorbé 230 gr. d'eau et 25,5 gr. de dextrine.
4. ) Injection de 20 gr. de peptone de fibrine (calculée à l'état sec), étendus de 200 gr. d'eau. L'animal est tué après 5 heures V,. — L'estomac contient encore 50 gr. de liquide, fournissant 3,4 gr. de résidu sec. — Ont été absorbés par conséquent 150 gr. d'eau et 16,6 gr. de peptone de fibrine.
5. ) On introduit dans l'estomac 55 gr. de sucre candi sec, cassé en fragments de la grosseur d'une noisette. — L'animal est tué après 6 heures. — L'estomac ne contient pas de liquide, les morceaux de sucre ont disparu. La muqueuse est recouverte d'un enduit visqueux qui contient du sucre. Ce sucre ne réduit le liquide cupro-potassique qu'après avoir été traité à chaud par de l'acide sulfurique.
6. ) Injection de 300 gr. d'empois d'amidon, contenant 12 gr. de substance sèche. L'animal est tué après 6 heures Vi- On trouve dans l'estomac 600 gr. de liquide qui fournissent 2,7 gr. de résidu sec. — L'amidon, injecté primitivement, a donc diminué de 9,3 grammes , malgré l'augmentation du liquide.
7. ) Injection de 24 gr. de gélatine sèche, dissous dans 300 gr. d'eau. L'animal est tué au bout de 4 heures %.0n trouve dans l'estomac 210 gr. de liquide, dont 200 gr. fournissent 2 gr. de résidu sec. Donc absorption de plus de 22 gr. de gélatine.
8. ) Injection de 13,12 gr. de sucre de raisin, dissous dans 150 gr, d'eau. On tue l'animal au bout de 7 heures et l'on retrouve dans l'estomac 120 à 130 gr. de liquide, dont 20 gr. contiennent 1,8 gr. de résidu sec. — Absorption d'environ 2 gr. de sucre de raisin.
9. ) Injection de 50 gr, de sucre candi dissous dans 150 gr. d'eau. L'animal est tué après 5 heures. L'estomac contient 130 à 140 gr. de liquide dont 20 gr. fournissent 2,3 gr. de
résidu sec. — Absorption totale cl'envirou 34,5 gr. de sucre candi.
Nous avons dans toutes ces expériences une diminution évidente de la substance sèche, et, dans les 5 premières, une diminution bien marquée du liquide. La diminution du liquide est moins prononcée dans les quatre dernières expériences ; dans la sixième, il y a eu même une notable augmentation, quoique la substance sèche ait diminué déplus de 9 gr.
Ce dernier fait est très-instructif. Il montre qu'à l'absorption stomacale correspond une transsudation proportionnelle, ce qui fait que tous nos chiffres exprimant le volume du liquide absorbé sont probablement de beaucoup trop petits.
Je dois cependant vous prévenir que dans la sixième expérience l'estomac de l'animal avait été au préalable soumis à un lavage prolongé , au moyen de la seringue à double courant de Cloquet. Je voulais ainsi éloigner tout reste de salive qui pouvait plus tard liquéfier l'amidon en le transformant en sucre. J'employai pour ce lavage environ 1 litre d'eau , et il n'est point impossible , malgré le soin que je mis à retirer l'eau , qu'il en soit resté une petite quantité dans l'estomac. Mais la transsudation n'en a pas moins été réelle. — Un lavage semblable, facilité par l'existence d'une fistule stomacale, précéda également l'expérience 5. — Ce phénomène de la transsudation a été déjà vu par v. Becker qui a fait des expériences analogues sur des anses intestinales. Les solutions sucrées provoquaient toujours , par le fait de leur endosmose, une exosmose abondante , de sorte qu'au bout de quelque temps l'anse intestinale contenait souvent plus de liquide qu'au commencement de l'expérience.
Ainsi il ne saurait y avoir de doute qu'après la section des pneumogastriques au cou, l'absorption stomacale existe, mais existe-t-elle au même degré qu'à l'état normal? Pour décider ce point, il était nécessaire de contrôler ces premiers
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résultats sur des animaux à pneumogastriques intacts. C'est ce que je fis sur quelques chiens un peu plus petits que ceux de la première série. Les quantités'^de liquide injecté furent prises proportionnellement plus petites , toutes les autres conditions , à part la section des nerfs , restant les mêmes.
Une première expérience, consistant à injecter dans l'estomac supposé vide une dissolution de 14 gr. de sucre de canne dans 40 gr. d'eau, donna un résultat nul, parce qu'à l'autopsie je trouvai dans l'estomac des résidus de pain. Le résidu sec ne pouvait donc pas être déterminé exactement. Je ne vous cite ce cas de non-réussite que pour vous montrer l'inconvénient qu'il y a à opérer sur des animaux de petite taille, chez lesquels il est toujours plus difficile d'obtenir la dépiétion complète du viscère par une digestion préparatoire.
Voici deux autres expériences qui ont mieux réussi:
1. ) Injection de 80 gr. d'empois d'amidon, contenant 4 gr. d'amidon sec. Lavage prolongé de l'estomac avant l'injection. L'animal est tué après 6 heures. On trouve dans l'estomac 76 gr. d'eau fortement troublée par du mucus qui passe à travers les filtres. L'évaporatioii du liquide , y compris le mucus, donne 2,85 gr. de résidu sec. — Absorption d'environ 1,15 gr. d'amidon.
2. ) Injection d'une dissolution de 27 gr. de sucre de canne dans 60 gr. d'eau. — L'estomac, examiné après 6 heures */„ contient 97,5 gr. d'un liquide épais, dont 40 gr. évaporés à sec , fournissent 7,5 gr. de résidu sec. Ont été absorbés par conséquent 8,72 gr. de sucre.
Dans une autre expérience , toujours sans section des pneumogastriques, j'injectai du vinaigre dilué. L'estomac, examiné après quelques heures , contenait plus de liquide qu'auparavant, mais l'odeur du vinaigre s'était entièrement perdue. Le liquide distillé ne donna pas de trace d'acide acétique.
Ces faits nous permettent d'affirmer que, pour les dis-
TRENTE-TROISIÈMK LEÇON 367
solutions employées dans les dernières expériences, il n'existe pas de différence appréciable entre le pouvoir absorbant de l'estomac norrnal et celui de l'estoinac soustrait à l'in Jluence des pneumogastriques.
Or, du moment que la section de la dixième paire au cou, suivie des désordres généraux que nous connaissons, n'arrête ni n'affaiblit l'absorption stomacale, à plus forte raison l'opération moins grave qui ne met hors d'usage que les filets gastriques de ces nerfs, doit-elle laisser cette fonction inaltérée. L'intégrité de la digestion et de la nutrition, observée dans les animaux opérés, est inconciliable avec l'hypothèse qui supposerait le contraire. Nous pouvons donc nous dispenser d'instituer des recherches spéciales à ce sujet. D'ailleurs une preuve tout-à-fait péremptoire de l'intégrité de l'absorption stomacale nous est fournie par l'intégrité de la digestion intestinale, comme je l'expliquerai encore en traitant de la production du ferment pancréatique.
L'objection que l'on pourrait tirer d'une expérience sur le cheval, publiée par Boulay, et qui semble contraire à nos résultats , sera discutée incessamment, quand nous nous occuperons de l'influence de la dixième paire sur les mouvements de l'estomac.
Nous arrivons à un autre point de notre sujet. — Quelle part les nerfs pneumogastriques ont-ils a la sensibilité stomacale ?
Tout le monde sait que l'estomac ainsi que les intestins sont sensibles et que , dans certaines conditions pathologiques , cette sensibihté peut être excessivement vive. A l'état normal nous sentons , d'une manière assez obtuse, il est vrai , le passage du bol alimentaire et l'arrivée des liquides froids et chauds dans l'estomac. L'estomac, mis à découvert dans un animal vivant, se montre distinctement
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sensible. — Par quels nerfs ces sensations sont-elles transmises?—On a avancé et répété souvent, jusqu'à nos jours, que les pneumogastriques , préposés plus particulièrement aux mouvements de Testomac, ne communiquaient à cet organe qu'une sensibilité limitée , tandis que les filets du grand sympathique qui, du ganglion cœliaque, et avec les réseaux œsophagiens se rendent à l'estomac et à l'intestin, seraient les véritables porteurs de toutes les sensations viscérales. Cette opinion, fondée sur des considérations purement anatomiques, n'a pour elle aucune preuve positive.
Si , sur différents animaux , ouverts vivants , on explore la sensibilité de l'estomac mis à nu , on voit qu'elle varie dans son intensité d'une espèce à l'autre et suivant les points que l'on irrite. Chez les lapins, elle est uniformément obtuse dans toute l'étendue de l'estomac. Chez les chiens, elle est plus vive et l'on peut distinguer des régions plus sensibles que d'autres. Les chiens de grande taille donnent des signes évidents de douleur, quand on tiraille l'estomac et le duodénum dans le sens de la longueur. Lorsque l'opération n'a pas mis les animaux dans un état de surexcitation nuisible à la clarté des résultats (et nous verrons tout-à-l'heure comment on évite cet inconvénient), la douleur que l'on provoque ainsi est rarement assez forte pour les faire crier , mais ils s'inquiètent , font des mouvements avec la tête et poussent un gémissement particulier. — Les réactions sont moins évidentes si l'on se borne à comprimer Testomac ou le duodénum entre les doigts, sans les tirailler, et moins visibles encore si l'on pique ou si l'on coupe ces organes. Les points les plus sensibles sont la portion pylorique et le commencement du duodénum , au niveau de l'orifice du conduit cholédoque. Quelquefois le grand culde-sac accuse une sensibihté non moins prononcée. La région du cardia est moins sensible que celle du pylore. La région de la petite et de la grande courbure est insensible aux piqûres et aux coupures, mais réagit à la coiii-
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pression, quoique faiblement. — L'application de caustiques à la séreuse ou à la muqueuse stomacale ne m'a pas donné de résultats immédiats. — La cavité stomacale de l'homme parait être surtout sensible à de fortes variations de température, et principalement au contact de liquides froids. Je n'ai pas obtenu jusqu'ici, chez les animaux, de signes distincts de sensibilité en leur versant des liquides froids dans l'estomac; probablement la sensation produite est trop faible pour exciter des réactions visibles.
La sensibilité m'a paru diminuer et s'émousser en quelque sorte à la suite des irritations souvent répétées. La douleur elle-mêine ne dure pas indéfiniment, malgré la persistance de la cause qui l'a provoquée. C'est ainsi que l'opération de la ligature du pylore est toujours vivement ressentie au moment oii l'on soulève le viscère et oii l'on tire sur les. fils, mais dès que la ligature est en place, les manifestations douloureuses cessent et l'animal peut se remettre en mouvement pendant plusieurs heures sans paraître le moins du monde incommodé.
Pour rendre ces expériences aussi peu cruelles que possible, j'ai éthérisé les animaux. J'ai fait ensuite, dans la région de l'hypochondre droit, une incision d'environ deux centimètres, j'ai passé sous le pylore un fil, dont les deux bouts ont été attirés au dehors , et j'ai fermé la plaie par un point de suture , pour rendre impossible un prolapsus de l'intestin. Quand je voulais étudier les effets de la section des pneumogastriques, je faisais, sur l'animal encore éthérisé, deux incisions au cou et je passais un fil sous les nerfs pour pouvoir ensuite les soulever et les couper. On perd ainsi un peu de temps, mais l'observation gagne en pureté, parce que la sensibilité viscérale que l'on veut examiner ne se trouve pas émoussée par une douleur plus forte • qui a précédé l'expérience proprement dite. Quand l'animal est complètement revenu à lui-même, on peut, à l'aide des fils, attirer le pylore et le commencement du duodénum et