TOME DEUXIÈME
ration, restomac ait liquéfié et chassé dans l'intestin toute la viande avalée.
Sur les lapins, j'ai obtenu des résultats moins nets. J'ai vu toutefois que de la poudre de charbon , introduite par force dans leur estomac après l'opération, se retrouvait au bout de quelque temps dans l'intestin. Le passage s'opérait moins vite que chez des lapins normaux. La réplétion habituelle de l'estomac de ces animaux est, on le conçoit, peu favorable au déplacement de matières finement divisées , telles que la poudre de charbon, surtout après une opération qui altère la chymification.
J'ai coupé la paire vague à des chats que j'ai forçés ensuite à avaler des pilules composées de poudre de charbon, d'une matière colorante verte et de mucilage de gomme. Après 7 heures, le charbon et la matière verte se sont retrouvés dans l'intestin grêle, quelquefois assez loin du pylore.
Ce qui montre bien clairement que l'affaiblissement des mouvements stomacaux n'est qu'un effet médiat de la section des nerfs vagues , c'est qu'une foule d'autres opérations , suivies de fièvre, produisent la même lenteur de la propulsion du chyme stomacal. — Ce qui le prouve enfin, sans contestation possible, c'est que les animaux qui ont subi l'incision circulaire de l'œsophage , opération qui paralyse tous les rameaux gastriques de la dixième paire, se comportent à tous égards, 2 ou 3 jours après l'opération, comme des animaux normaux. La défécation , chez eux , s'effectue à intervalles réguliers; il faut donc que les mouvements de leur tube digestif se succèdent normalement et avec leur énergie primitive; la région stomacale ne laisse pas reconnaître, à la palpation, de ballonnement ni de réplétion plus prolongée qu'avant l'opération, fait incompatible avec l'hypothèse d'un relâchement paralytique de l'estomac; enfin l'estomac, découvert, après l'opération , sur les animaux vivants et eu digestion, présente des contractions vermiculaires tout aussi multiples, tout aussi variables dans leur forme et dans leur
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intensité que chez les animaux non opérés. — (Il va sans dire que toutes ces observations se rapportent seulement aux cas dans lesquels l'autopsie et le microscope n'ont pas révélé do régénération des nerfs œsophagiens).
Sur un chien qui, depuis quelque temps, avait subi la section des nerfs œsophagiens sous le diaphragme , j'établis une fistule duodénale, à 15 centimètres au dessous du pylore. L'animal, remis au bout de 3 jours, fit un repas préparatoire (le viande, resta à jeun pendant 14 heures et reçut un morceau de foie cxdt^ du volume de 60 cent. cub. Trois heures plus tard on ouvrit la fistule duodénale qui donna passage à un liquide épais, grisâtre, à réaction acide, dans lequel étaient suspendus de petits fragments désagrégés du foie de veau, évidemment en voie de digestion. L'animal qui avait été observé pendant tout le temps de l'expérience, était resté tranquillement couché et n'avait pas présenté de vomituritions. Il était donc impossible de supposer que son estomac se fût vidé sous l'influence d'une compression extérieure.
L'expérience répétée sur un autre chien à fistule duodénale, mais ayant les nerfs gastriques intacts , donna le même résultat.
Encore quelques remarques sur la persistance des mouvements de l'estomac, dans l'animal malade, après la section des pneumogastriques au cou.
Comme je vous l'ai déjà dit, Bidder et Schmidt ont reconnu directement ces mouvements en palpant, après l'opération , l'intérieur de l'estomac plein , chez des chiens porteurs de fistule gastrique. J'ai vu, de mon côté, que les contractions stomacales, autant qu'on en peut juger par les résultats du procédé que je vais vous indiquer, ne sont ni afiaiblies ni même retardées après la section des pneumogastriques.
On établit, chez un chien, une fistule de la portion droite de l'estomac, permettant d'atteindre l'orifice pylorique avec le doigt. Quand l'animal est guéri , on introduit dans son estomac vide , plusieurs jours de suite , un bouchon de
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liège attaché à un long fil dont on fixe les bouts au bouchon de la canule. Si, après quelque temps, on ouvre l'estomac et que l'on essaie de retirer le bouchon, on le trouve engagé dans le duodénum et il faut employer une certaine force pour lui faire traverser l'anneau pylorique. Dans plusieurs expériences de ce genre, faites sur un animal sain, j'observai que le bouchon mettait de 2 à 7 heures à passer dans l'intestin. — Je coupai les pneumogastriques et, après 24 heures, in'étant assuré au préalable que l'estomac était vide , j'introduisis encore une fois le bouchon de liège. Déjà au bout de 3 heures et demie, le corps étranger était engagé dans le duodénum, et l'effort que je dus faire pour l'en retirer, me parut aussi grand qu'avant l'opération. Cette expérience prouve que l'anneau pylorique est aussi solidement fermé après la section de la paire vague qu'à l'état normal. — Je puis ajouter, à ce propos, que si, sur un animal porteur de fistule duodénale. on comprime l'estomac rempli d'aliments semi-liquides, on ne réussit pas plus facilement à provoquer l'écoulement du contenu stomacal par la fistule de l'intestin après la section de la dixième paire qu'avant cette opération. — De plus, l'ascension de la bile dans l'estomac n'a pas lieu plus fréquemment ni plus facilement chez les animaux à pneumogastriques coupés que chez les animaux à pneumogastriques intacts, comme on peut s'en assurer directement après l'établissement d'une fistule dans le voisinage du pylore. — Les effets immédiats de la section des nerfs vagues, par rapport aux mouvements de l'estomac, peuvent être contrôlés directement, si l'on ouvre l'abdomen d'un chien éthérisé, vers la neuvième heure de la digestion, après avoir mis à nu les pneumogastriques des deux côtés du cou. On observe pendant quelque temps le caractère et la vivacité des mouvements vermiculaires des différentes régions de l'estomac, ordinairement prononcés surtout du côté du pylore. L'animal étant réveillé, on coupe rapidement les nerfs vagues et l'on continue à observer l'estomac. Si des mouvements ont existé avaut
l'opération , ils ne cessent pas et ne changent ni quant à leur forme ni quant à leur extension, pourvu que la section des nerfs ait été faite avec un instrument très-tranchant et sans tiraillement. — Si, avant l'opération, l'estomac, quoique plein, n'a pas montré de mouvements, il n'en montre pas davantage après la section des nerfs , exécutée avec les précautions indiquées. C'est ce que jai vu p. ex. sur un chat. Cette dernière observation exclut le soupçon que, dans les premières expériences , les nerfs aient été irrités par le fait de leur section et que l'on ait ainsi provoqué artificiellement les mouvements stomacaux observés après l'opération.
Des chiens auxquels on a donné , peu de temps après l'opération , une quantité modérée de viande grasse et que l'on tue au bout de quelques heures, montrent régulièrement les lymphatiques du mésentère gorgés de globules graisseux. L'absorption de la graisse n'ayant lieu que dans l'intestin , il faut bien admettre que la viande grasse a été poussée dans le duodénum par les contractions de l'estomac.
Voilà suffisamment de faits qui mettent hors de doute l'existence des mouvements de l'estomac après la section de ses nerfs moteurs. Ces mouvements reconnaissent pour cause normale et physiologique l'irritation locale exercée sur les terminaisons nerveuses intramusculaires par les aliments, et en général par tout corps étranger mis en contact, pendant un temps suffisant , avec les parois stomacales (1). Leur renforcement aux périodes avancées de la digestion parait
(1) Le conlacl mometilané des corps étrangers avec la muqueuse stomacale, et l'irritation passagère de la cavilé stomacale au mo}en, p. ex. d'un doigt pa.ssé par une llstule , ne provoquent pas de mouvements capables de chasser une partie du contenu stomacal par le pylore. C'est ce dont je me suis assuré chez un chien qui portail à la fois une flsiule stomacale et une listule duorténale. I^orsque, après avoir rempli l'estomac de bouillie de riz, Je palpais l'Intérieur de In cavllé stomacale, Je ne voyais jamais, immédiatement uu quelque temps après, s'écouler la bouillie par la lislulu inférieure du duodéinini.
390 PHTSIOLOGIE DE LA DIGESTIOX.
être en rapport avec le phénomène de l'absorption et en particulier avec l'absorption abondante du produit digestif, mais de nouvelles expériences sont nécessaires pour élucider ce dernier point. — Chez les herbivores qui ont l'habitude de distendre considérablement leur estomac , la propulsion du chyme en partie élaboré paraît être provoquée en outre, dans les conditions normales, par l'arrivée de nouveaux aliments dans la poche stomacale encore remplie , fait qui ne s'observe généralement pas chez les carnivores. Un seul Carnivore , à ma connaissance , fait exception à cette règle, c'est la taupe. La taupe recommence à manger, avant que les résidus du repas précédent aient quitté son estomac.
Boulay, voulant étudier les modifications imprimées à l'absorption stomacale par la section des pneumogastriques chez le cheval , trouva que de la poudre de noix vomique introduite dans l'estomac à hautes doses, provoquait l'empoisonnement 'plus tard chez les animaux opérés que chez ceux qui ne l'étaient pas. Dans son premier mémoire, il attribua cet effet à un ralentissement de l'absorption stomacale et se crut fondé à placer cette fonction sous la dépendance de la dixième paire. Mais plus tard il reconnut que les préparations de noix vomique ne sont pas absorbées par l'estomac du cheval et ne manifestent leurs efiets toxiques qu'après être arrivées dans les portions supérieures de l'intestin. Lorsque, dans des chevaux sains, il liait le pylore après avoir introduit le poison dans l'estomac , les effets toxiques ne se produisaient pas. Ses premières expériences ne prouvent donc pas autre chose qu'un ralentissement de la déplétion de l'estomac après la paralysie de la dixième paire, phénomène noté déjà par d'autres observateurs et facilement explicable chez un herbivore. — J'ai été d'autant plus étonné de retrouver, dans les dernières publications de Boulay, les mêmes faits allégués encore une fois à l'ap-
pui de l'hypothèse qui place l'absorption stomacale sous la ilépendance de la dixième paire, hypothèse réfutée par les travaux mêmes de l'auteur (1).
()) La pluparl des faits communiqués dans celte leçon et dans la précédente, ont éii publiés par M. Schitf en I8G0. (Srinveiz. Monalschrift f. prtikl. Medizin. XI el Xll. 1860). Comparez encore: M. Schiff, Ueber den Einfluai dea Vagus «ufdie Eewe^ung de* Mageu». (Mâlegcholt't Ualersucliungen. VIII).
Sommaire: InnerTitlon de l'estomie. (Suite). — Action du grand lyrop&thique anr lei diTeriei fonctions slom»c»le6. -» La sécrétion du «uc gastrique, l'absorption et les mou- Tements normaux de l'estomac démontrés indépendants des ganglions abdominaux du grand sympathique. — Extirpation du plexus cœllaque; procédé opératoire. — Filets centripètes pyloriques du grand sympathique; mouvements réQeies provoqués par l'irritation non perçue d« ces Sbres. — Effets de l'irritation du plexus cœliaque , de ses racines médullaires «t des nerfs splanchniques. — Les troubles digestifs apparaissant dans le cours de diverses maladies et à la suite des émotions vires, peuvent-ils être attribués i l'influence directe du système nerveux?— Le système nerveux paraît influencer la sécrétion aoidt de l'eitomu, Btais «it sans action directe sur la sécrétion peptxqut.
Messieurs ,
Les faits qui nous ont occupés dans les deux leçons qui précèdent, vous ont montré que quelques-unes des fonctions physiologiques les plus importantes de l'estomac, fonctions que l'on était habitué de subordonner à l'influx du système nerveux, sont indépendantes des nerfs pneumogastriques, c'est-à-dire ne cessent pas de s'accomplir normalement et d'une manière durable après la section et la dégénérescence des troncs de la dixième paire. Parmi ces fonctions, nous voyons figurer non seulement le mouvement stomacal, en tant qu'il contribue à l'acte digestif, mais aussi la sécrétion du suc peptique et l'absorption.
Nous avons reconnu que les contractions vermiculaires par lesquelles l'estomac remue son contenu pendant la di-
gestion et en chasse le résidu semi-liquide dans l'intestin, sont un phénomène essentiellement local et périphérique qui a lieu sans l'intervention de l'action réflexe et dont la forme spéciale est déteroiinée par la disposition anatomique des muscles lisses de l'estomac. Je me suis efforcé de vous démontrer que si Virritation des nerfs vagues est aussi apte à réveiller des mouvements stomacaux péristaltiques et antipéristaltiques, il ne s'en suit nullement que les troncs de la dixième paire ou ses origines centrales soient nécessaires à la production de ces mouvements. Cette possibilité d'un mouvement de source périphérique une fois admise, il est donc presque superflu de rechercher d'autres voies de transmission par lesquelles, selon l'ancienne hypothèse, les centres présideraient aux contractions de l'estomac normal, d'autant plus que déjà, depuis les temps de Peyer, il est avéré que ce viscère, excisé du corps d'un animal récemment tué, peut encore exécuter des mouvements tout-à-fait semblables à ceux qu'il présente pendant la vie, vers la fin de la digestion. Ce fait s'observe presque régulièrement chez les grenouilles. II a été constaté également sur l'estomac du lapin, mais il faut, pour le bien voir, ouvrir les animaux dans un air suflBsamment chaud et saturé d'humidité. Il est plus rare chez les carnivores, cependant j'ai réussi à le voir quelquefois sur l'estomac du chat. L'estomac du chien ne m'en a pas offert d'exemple jusqu'ici, si du moins j'avais évité autant que possible les irritations mécaniques directes du viscère. — Il est donc certain que même les masses ganglionnaires du grand sympathique abdominal et leurs filets de communication avec l'estomac ne sont pas indispensables à la production des mouvements péristaltiques de ce viscère.
Quelques auteurs n'en ont pas moins persisté à voir dans ces contractions un phénomène réjlexe , dû à l'action des ganglions microscopiques contenus dans l'intérieur des tuniques stomacales. Comme je vous l'ai déjà dit à plusieurs reprises, dans l'état actuel de la science il n'existe pas un
seul fait probant à l'appui d'une semblable hypothèse. L'indépendance du système ganglionnaire, vis-à-vis du centre nerveux cérébro-spinal, proclamée encore dans des ouvrages récents de Physiologie comme un principe inattaquable, ne ressort d'aucune expérience positive , et toutes les raisons qui ont été alléguées en faveur de ce dogme purement hypothétique, ne reposent elles-mêmes que sur des suppositions non démontrées. Le dernier argument direct que l'on avait tiré de la prétendue action réflexe autonomique du ganglion sous-maxillaire, et auquel le nom justement célèbre de Claude Bernard a donné un si grand retentissement, repose sur une erreur anatomique, comme il ressort des expériences que j'ai faites devant vous il y a quelque temps.
Quant aux ganglions microscopiques, distribués sur le parcours des nerfs périphériques, à l'intérieur des organes, nous ne sommes pas plus autorisés à les considérer comme des centres d'action réflexe pour l'estomac que pour le cœur et pour les autres viscères qui présentent également des mouvements de source périphérique. Pour le cœur en particulier, qui, sous ce rapport, a été l'objet des investigations les plus attentives et les plus multipliées, l'admission de cette action réflexe est rendue superflue par une série d'expériences bien faciles à reproduire, dont la portée paraît avoir échappé à la plupart des partisans modernes de l'autonomie fonctionnelle des ganglions nerveux. Mieux vaut donc confesser notre complète ignorance à l'égard de la fonction des ganglions périphériques que nous laisser entraîner, par l'induction anatomique et par des vues a priori, à des conjectures en opposition formelle avec les faits (1).
(I) C'est Uemak qui, le premier, eo 1862, a signalé la présence de pelils amas de cellules nerveuses microsiiopiques , accolés aux nerfs des (uniques slomacales. Manz, Moissnerel Bilirolli onl confirmé celle découverte chez la grenouille et chez, la salamandre aquatique. — J'ai trouvé des ganglions nerveux bien caractérisés, composés d'amas de cellules entourés de leur gaîne névrilemmatiquc (libres de Remak), en faisant l'analyse microscopique des nerfs qui, chez le cheval, accompagnent les vaisseaux ramifiés à la surface ds l'eitomac. Il fau
Mais si les muscles de l'estomac peuvent se passer de la chaîne ganglionnaire du grand sympathique, pour exécuter leurs contractions alternantes normales, cela ne veut point dire encore que le graùd sympathique ou ses origines dans la moelle n'aient pas leur part bien déterminée dans les modifications qu'impriment aux mouvements de l'estomac certaines actions réflexes centrales. Si, après la section et la dégénérescence de tous les filets gastriques du grand sympathique et de la dixième paire, nous voyons l'estomac continuer à se mouvoir , rien ne nous obhge à exclure le sympathique des nerfs moteurs de cet organe, et ce n'est qu'après avoir contrôlé les efiets de sa section par ceux de son irritation que nous pouvons nous former un jugement certain. Nous verrons que les centres peuvent, en eflfet, envoyer des impulsions motrices à l'estomac par la voie du grand sympathique et qu'un autre ordre très-important de phénomènes contractiles , ceux qui se passent dans les vaisseaux gastriques, sont également susceptibles de subir l'influence des centres par l'intermédiaire du système ganghonnaire abdominal, à l'exclusion de la dixième paire.
De même que l'on a fait dépendre les mouvements de l'estomac du système nerveux central, de même on a cru que la sécrétion du suc gastriq^m était directement influencée par l'action réflexe. Ainsi que pour la salive, on a imaginé des nerfs dits (£ sécrétoires » pour le suc gastrique. Les arguments dont on a étayé cette opiuion, ne sont pas tous de nature et de valeur égales. On partait volontiers du principe que toutes les sécrétions du corps sont plus ou moins intimement
remarquer que les ganglions de celle dernière espèce sont loin de se renconlrer dans loule l'élendue des parois stomacales ; c'est loul au plus si çà et là on en découvre quelques groupes et cerlaiues régions de l'estomac paraissent en être complètement dépourvues. De plus, ils n'appartiennent pas seulement aux terminaisons du grand sympathique, mais aussi à celles du pneumogastrique ou du moins des nerfs que l'on regarde comme ses cordon» œsophagiens. Il est vrai que ces nerfs pourraient déjà contenir de» libre» sympalhiqut», originaires des ganglions Ihoracique», mais ce n'est là qu'un* tupposilion.
396 PHTSIOLOaiE DE LA DIGESTION.
liées à l'existence de fibres nerveuses spéciales, ayant pour fonction de faire sécréter les glandes, comme les nerfs moteurs ont pour fonction de faire contracter les muscles. L'origine de ces nerfs a sécrétoires » était cherchée tantôt dans la moelle, tantôt dans les ganglions du grand sympathique. — Déjà, en étudiant le mécanisme de la sécrétion salivaire, nous avons vu ce que cette manière de voir a d'invraisemblable et à quelles hypothèses hasardées elle force de recourir. Nous avons essayé alors de décomposer en ses facteurs mécaniques le phénomène compliqué de la sécrétion, et l'expérience nous a montré que ce n'est pas essentiellement sur les éléments glandulaires qu'agissent les nerfs, mais sur les vaisseaux, et qu'abstraction faite de la pression excrétoire et des phénomènes qui en dépendent, les variations de diamètre et de réplétion des vaisseaux rendent un compte parfaitement suffisant des variations de la sécrétion (1). Aussi l'hypothèse de nerfs directement préposés aux sécrétions ne pouvait-elle avoir de sens provisoire, qu'aussi longtemps qu'on ignorait le mécanisme de la sécrétion.
Mais, indépendamment de cette distinction qui porte plutôt sur les termes, il est impossible de nier l'influence des centres nerveux sur beaucoup de sécrétions de notre corps, et cela se comprend puisque les actions vasomotrices elles-mêmes sont en grande partie des actions réflexes. Seulement, — et j'insiste sur cette remarque, — les troncs na^veux et les centres ne sont rien moins qu'indispensables à la production de beaucoup de changements dans le calibre des vaisseaux qui ne constituent des phénomènes réflexes , non plus qu'à la production des mouvements péristaltiques des viscères. Pour ce qui regarde particulièrement l'estomac , j'aurai l'occasion de vous démontrer que la dilatation des vaisseaux gastriques, suite d'irritations directes, est le résultat non d'une action réflexe, mais d'une action purement locale.
(I) Voy. Supplément à la Leçon XII. T. I.
On a invoqué surtout deux faits à l'appui de la théorie qui place la sécrétion du suc g-astrique sous la dépendance directe du système nerveux. En premier lieu, ou a vu, dans beaucoup de maladies aiguës et chroniques, ainsi qu'à la suite d'émotions vives, survenir plus ou moins soudainement des dérangements digestifs qui, eu aucune façon, n'étaient imputables à des altérations locales de la muqueuse gastrique.
— En second lieu, lorsqu'à des chiens affamés, porteurs de fistule stomacale, ou fait flairer de la viaude ou toute autre substance ayant seulement l'odeur de la viande, il n'est point rare de voir s'écouler presque instantanément par la fistule un liquide acide abondant. Si, auparavant déjà, l'estomac vide laissait échapper des gouttes liquides, la vue ou l'odeur des aliments augmente l'écoulement d'une manière évidente. L'acidité de ce liquide, son abondance, môme dans les cas où l'on avait au préalable lié les conduits salivaires, l'ont fait regarder par beaucoup d'auteurs comme du véritable suc gastrique , et comme sa sécrétion avait été provoquée par des impressions purement seusitives ou cérébrales, on eu a conclu que le suc gastrique est normalement sécrété sous l'influence de l'innervation centrale et de l'action réflexe,
— Nous examinerons plus tard quelle est la valeur de cette argumentation.
Qui ne sait d'ailleurs que, de nos jours encore, il est des physiologistes qui placent dans les rameaux viscéraux du système ganglionnaire la transmission de la faim et de la soif, et qui, ne pouvant plus regarder les pneumogastriques comme préposés aux fonctions chimiques et physiques de l'estomac, cherchent dans le grand sympathique la voie par laquelle c l'âme végétative » accomplirait et réglerait ces actes importants?
Il est donc indispensable que nous cherchions à déterminer par des expériences directes et en suivant la même méthode •qui nous a guidés dans notre étude des attributions de la dixième paire, l'influx nerveux qui appartient en propre
aux filets sympathiques dans les diverses manifestations de l'activité stomacale. Nous avons à examiner si les mouvements de l'estomac, la sécrétion du suc acide et du suc peptique, l'absorption, peuvent survivre à la section de tous les nerfs qui, abstraction faite des pneumogastriques, mettent l'estomac en communication avec les centres. Cette étude devra être complétée par celle des eflfets qui résultent de l'irritation de ces mêmes nerfs, à distance de l'estomac.
Parlons d'abord de ce qui s'observe après l'extirpation des g-anglions cœliaques du grand sympathique.
J'ai pratiqué cette extirpation d'après la méthode suivante : Je fais , à côté de la colonne vertébrale , au dessus de la région du rein gauche, une incision de quelques centimètres comprenant toute l'épaisseur des parois abdominales. Par cette incision j'introduis le manche d'un scalpel ou deux doigts, et je me fraie, à travers le tissu cellulaire, un passage jusqu'à la capsule surrénale gauche, organe facilement reconnaissable et pouvant servir de point de repère pour le reste des opérations. En dedans et un peu au dessus de la capsule surrénale, se trouvent les troncs de l'artère cœhaque et de la mésentérique, entourés des filets nerveux et des masses ganglionnaires qui constituent le plexus solaire. Avec les mors d'une pince on débarrasse d'abord les deux artères nommées du tissu cellulaire lâche qui les recouvre,, puis on les soulève toutes deux à la fois sur une sonde cannelée. Il peut arriver que le tronc de la cœliaque soit situé trop haut pour permettre d'exécuter ce temps de l'opération sans une traction violente ; dans ce cas on se borne à passer la sonde sous l'artère mésentérique et à découvrir la périphérie de la cœliaque sans la soulever. La totalité du plexus solaire renferme ordinairement trois, quelquefois quatre et jusqu'à cinq ganglions. Quand il y en a plus de trois , tout porte à croire qu'un ou deux des ganglions normaux se sont divisés en deux moitiés distinctes, restées très-voisines l'une • de l'autre. Voici quelle est la disposition des masses gan-
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glionuaires. Le plus grand ganglion, quelquefois divisé en deux, se trouve en arrière du tronc de la cœliaque. De ce premier ganglion partent dxîux filets latéraux qui se rendent au côté droit et au côté gauche de l'artère mésentérique, où ils portent un autre ganglion qui, du côté droit, est aussi très-souvent divisé eu deux. Ces ganglions sont, dans ce cas, réunis par un rameau de communication qui embrasse en arrière l'artère mésentérique, et parfois par une seconde anse nerveuse qui l'embrasse en avant. Les petits filets que l'on voit se détacher des grandes masses ganglionnaires, présentent çà et là de petits renflements et des nodosités qui, au microscope, se montrent aussi formées en presque totalité de cellules nerveuses. — Si l'on pénètre du côté droit, on ne parvient presque jamais à découvrir convenablement la totalité du plexus; le plus souvent ou n'aperçoit alors que le grand ganglion supérieur situé en arrière du tronc de la cœliaque et le ganglion inférieur, situé sur le côté droit de l'artère mésentérique. Si ce dernier est double, il peut faire croire que l'on a devant soi tout le plexus, et l'opération risque de demeurer incomplète. C'est pour ce motif que je recommande d'entrer à gauche ; on est moins exposé ainsi à laisser intact l'un des ganglions principaux. Toutefois, chez le chien et le lapin, je n'ai pas toujours réussi à mettre à nu, de cette manière, le ganglion droit inférieur et l'extirpation a dû rester incomplète. Dans l'exposé de mes résultats qui tous ont été contrôlés par un examen nécroscopique minutieux, je ferai abstraction de ces derniert^ cas. Chez le chat, la préparation et l'isolement du plexus offre généralement beaucoup moins de difficulté que chez le chien , pourvu que l'on pénètre du côté gauche. Comme, pendant l'acte de la préparation, on opère dans le voisinage immédiat de gros troncs artériels dont la lésion serait fatale au succès de l'expérience, il ne faut pas employer d'instruments tranchants et il vaut mieux déchirer que couper le tissu cellulaire qui recouvre le plexus. L'extirpation des ganglions
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ne doit pas non plus être faite avec le scalpel, mais à l'aide d'une pince, entre les mors de laquelle on broie les masses nerveuses , pour les arracher ensuite. Très-souvent il est impossible de saisir et d'arracher Tanneau nerveux , garni de ganglions, qui entoure l'artère méseutérique. J'ai alors recours à un autre moyen de destruction très-utile dans tous les cas oii les nerfs sur lesquels on doit opérer sont entourés de beaucoup de vaisseaux qu'on ne peut en séparer sans hémorragie. Je touche les nerfs ou le faisceau qui les contient (et qui a été préalablement débarrassé de sou enveloppe cellulaire), avec un pinceau trempé dans de l'ammoniaque caustique. Les nerfs se détruisent sur le champ, tandis que les vaisseaux ne sont pas altérés dans leur texture. On n'a pas à redouter d'inflammation dans les tissus voisins, si l'on n'a pas mis du caustique en excès. Le pinceau, pour cela, ne doit être que bien humecté, sans dégoutter. — On ferme la plaie, en comprenant les muscles abdominaux dans la suture.
Pendant les premières heures qui suivent l'opération, les animaux, surtout les carnivores, se montrent très-abattus. Une fièvre intense s'allume et l'appétit est complètement aboli. Souvent les chats et les chiens refusent aussi les boissons. Les lapins, au contraire, recommencent bientôt à manger, même lorsque l'inflammation du péritoine se déclare avec assez de violence pour amener la mort dans l'espace de 24 ou 36 heures. Les carnassiers ne mangent pas pendant les premiers jours et, en cas de péritonite, ils restent sans nourriture jusqu'à la mort. Le symptôme le plus ordinaire de la péritonite est le vomissement; l'estomac dans ce cas rejette tout, même les liquides, lorsque les animaux ont bu. Je ne parlerai pas de ces cas de non-réussite. Remarquez bien que les symptômes que je viens de vous signaler n'ont rien de spécial ou de pathognomonique de la paralysie des nerfs sympathiques de l'estomac. Je les ai vus se produire dans le même ordre et avec la même
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intensité dans d'autres cas où je m'étais borné à faire l'opération préliminaire sans léser les ganglions eux-mêmes, après les avoir mis à nu. Je dois avouer que la plupart de mes animaux ont été rapidement emportés par la péritonite; mais des résultats plus heureux n'ont pas fait entièrement défaut.
Les lapins ont quelquefois survécu 5 à 6 jours; un seul a résisté jusqu'à la seconde semaine. Dans ces cas, la péritonite était peu intense et restait localisée; mais la plaie des téguments suppurait fortement. C'est à cette suppuration que j'attribue l'amaigrissement rapide qui survenait après l'opération. Une fois remis de l'action traumatique, les animaux ne cessèrent pas de prendre régulièrement de la nourriture, et leur appétit me parut même un peu augmenté, sauf pendant les dernières 24 heures qui précédaient la mort; cette dernière période était toujours marquée par une anorexie complète. — Deux des lapins qui résistèrent le plus longtemps, furent sacrifiés au début de cette inappétence qui annonçait une mort prochaine. Je trouvai , chez tous deux, l'estomac, quoique encore modérément rempli d'herbe en bouillie , débarrassé des carottes ingérées la veille; do7ic le mouvement stomacal avait eu lieu , et avait présenté sensiblement la môme force qu'à l'état normal. Je dis sensiblement , parce que , chez les herbivores , il est difficile d'apprécier très-exactement les variations du mouvement stomacal , ainsi que de distinguer les résidus du dernier repas et ceux qui proviennent des repas antérieurs. Dans les cas qui nous occupent , la quantité du résidu était très-modérée et n'excédait pas celle que l'on trouve généralement dans l'estomac des lapins à jeun depuis 10 à 12 heures. L'aspect du contenu du duodénum était tout-à-fait normal. Quant aux matières contenues dans les parties inférieures de l'intestin grêle et dans le cœcum, elles m'ont paru plus liquides ou au moins plus humides qu'elles ne le sont dans les conditions normales. Le chyme