TOME DEUXIÈME
log-ues à celles qui déjà ont été recounues par l'Anatomie j)athologique, chez l'homme, comme la suite d'hémorragies interstitielles de la muqueuse stomacale (1).
Il m'est arrivé plusieurs fois, chez des lapins qui avaient l'estomac très-plein, de toucher le viscère distendu un peu trop rudement, en le déplaçant pour chercher et pour extirper la rate: dans ces cas j'ai vu se former les mêmes taches hémorrhagiques que Pinkus et aussi Samuel attribuent à la paralysie des nerfs, et qu'ils ont, comme on le voit, produites avant même de couper les nerfs.
Tout récemment, le professeur Oehl, de Pavie, a fait des expériences dont il croit pouvoir déduire que les filets stomacaux de la dixième paire ne sont pas entièrement destitués d'éléments vasomoteurs. Suivant ce physiologiste , la galvanisation des rameaux extérieurs des pneumogastriques à côté de l'œsophage, détermine un certain degré de constriction des vaisseaux visibles à la surface de l'estomac. — Les observations de Oehl, dont l'exiictitude nous paraît indubitable, semblent indiquer que les filets vasomoteurs qui généralement cheminent dans la voie du grand sympathique, peuvent aussi, dans certains cas, passer en partie par le pneumogastrique , avant de se rendre à l'estomac. Oehl a-t-il eu à faire exclusivement à ces cas exceptionnels? Je confesse que, malgré des recherches multipliées, aucun exemple de ce genre ne s'est encore présenté à mon observation. — C'est, au reste, une particularité bien connue des fibres vasomotrices de choisir pour voie de passage tantôt l'un , tantôt l'autre des troncs nerveux qui , des centres , vont à un organe quelconque , et , suivant le
(I) 11 faut remarquer que dans le nombre des cas, publiés sous celle dénomination par les palholugislei, il en est quelques-uns qui ne sont pas de vraies hémorragies. Même Cruveilhier, dans son remarquable * Allas d'Amlomie ^pathologique, • a confondu sou.' la même rubrique deux affeclions bien dislincles, c'est à dire Vhi'morragie intersIllielU. caractérisée par des taches irrégulières, el la dilalalion rasculairt en plaques qui forme des tachei régulières, le plus souvent ohlouguus. S.
TRENTB-OINQUIKMB LEÇON. 435
cas, de passer par plusieurs, ou par un seul de ces nerfs. C'est ainsi, que, dans la généralité des cas, le sympathique cervical est le nerf vasomoteur principal de l'oreille, et (ju'un petit nombre seulement de fibres vasomotrices est contenu dans le cervical, autre nerf qui, de la moelle , se rend à l'oreille. Maisj'ai rencontré des animaux chez lesquels les nerfs vasomoteurs de l'oreille manquaient entièrement dans le sympathique et se trouvaient tous réunis dans le cervical. Dans d'autres cas encore, mais beaucoup plus rarement, le cervical n'en possédait pas et ils passaient tous par le grand sympathique. — Les nerfs vasomoteurs de la langue sont distribués dans l'hypoglosse et dans le lingual; mais, en examinant beaucoup de chiens, on constate tantôt dans l'un, tantôt dans l'autre de ces nerfs une action vasomotrice plus prononcée qui se révèle par la constriction des vaisseaux, consécutive à l'irritation du nerf, chez l'animal curarisé. — Une solidarité analogue pourrait donc exister quelquefois, bien que je n'en aie pâs encore vu d'exemple, entre le pneumogastrique et le sympathique abdominal, par rapport aux nerfs vasomoteurs de l'estomac.
Les expériences sur le pneumogastrique n'ayant abouti qu'à des résultats négatifs , j'ai dû chercher si les fibres vasomotrices de l'estomac émergent de la moelle cervicale ou dorsale, pour se jeter dans les gangUons cervicaux et thoraciques supérieurs du grand sympathique. Mais l'extirpation de ces ganglions, dans la région cervicale inférieure, ainsi que du premier et même du second ganglion thoracique, n'a été suivie, dans aucun cas, d'altérations appréciables de la muqueuse stomacale.
L'extirpation du ganglion cervical inférieur ne présente pas de grandes difficultés. Je l'ai faite d'après plusieurs méthodes. L'un des procédés consiste à mettre le cordon du grand sympathique à nu dans la région cervicale inférieure et à le suivre jusqu'à son entrée dans la cavité thoracique où l'on trouve le ganglion indiqué, un peu au dessus
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de l'angle que la base de la première côte forme avec la colonne vertébrale. — Ou bien j'ai préparé , d'arrière en avant, les muscles du premier espace intercostal; j'ai incisé ce dernier au niveau de l'apophyse transverse de la première vertèbre thoracique, et, à travers l'incision , j'ai découvert et extirpé le ganglion , en le saisissant entre les mors d'une pince. — Ou bien j'ai introduit , entre la première et la seconde côte, un crochet qui, en lésant la plèvre, pénétrait jusque dans la cavité thoracique. Faisant longer ensuite à l'instrument le bord inférieur de la première côte, je le guidais jusqu'à l'angle latéral de la colonne vertébrale, oii il se trouvait arrêté par une résistance osseuse. Puis, à l'aide d'un petit mouvement en haut et en arrière, imprimé à la pointe du crochet, je saisissais le ganglion avec les parties molles qui l'entourent et je l'arrachais, souvent avec le premier et quelquefois même avec le second ganglion thoracique. — Beaucoup d'animaux, opérés de cette manière, meurent de pleurésie purulente. Quelques chiens m'ont fourni des résultats plus heureux; mais ni pendant la vie, ni à l'autopsie, je n'ai pu reconnaître chez eux la moindre lésion du côté de l'estomac. Ajoutons que, pendant la vie, à moins que la fièvre n'empêchât les animaux de manger, la digestion n'était pas troublée.
Chez le lapin, le ganglion cervical inférieur est , en général, plus ou moins étroitement accoUé au premier ganghon thoracique, et forme avec lui une masse ganglionnaire oblongue. Après l'extirpation de cette dernière, je n'ai pas constaté d'altération dans la texture de la muqueuse stomacale , et les animaux qui ont survécu assez longtemps à l'opération, n'ont présenté aucune anomalie du côté du tube digestif — Quelques-uns des lapins , morts dans les premiers jours, des suites d'une pleurésie intense, avec production d'exsudations blanchâtres et caséeuses au sommet du poumon, ont toutefois montré, à l'autopsie, une rougeur diffuse et peu caractéristique de la région du cul-de-
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sac OU de la grande courbure de l'estomac. Il y avait, en même temps, injection villeuse de l'intestin g-rêle , avec augmentation de son contenu liquide. Il était survenu de la diarrhée le dernier ou l'avant-deruier jour de la vie. — Considérant que ces phénomènes ne sont pas constants après la lésion dont il s'agit, qu'ils ne s'observent que dans les cas oii d'autres influences traumatiques très-graves compliquent les effets de l'opération; que les mêmes hypérémies gastro-intestinales succèdent quelquefois à d'autres lésions qui ne i)ortent pas sur le système nerveux, mais qui déterminent une suppuration abondante, — je ne puis pas les regarder comme consécutives à la lésion des ganglions, et je penche plutôt à les mettre sur le compte de la fièvre de suppuration.
J'ai extirpé, chez quelques chiens, à l'aide du crochet mentionné, le troisième ganglion thoracique (1). J'ai réussi à conserver les animaux assez longtemps, et ils n'ont pas présenté le moindre symptôme d'une altération stomacale ou digestive.
Nous voyons ainsi que les fibres vasomotrices de l'estomac lie sortent pas de la moelle au dessus des origines du nerf grand splanchnique, et que les nerfs périphériques dont les racines émergent de la moelle plus haut que ces origines, ne les contiennent pas. On devrait donc retrouver, du côté de l'estomac, après une section de la moelle, faite entre la première vertèbre cervicale et l'origine des nerfs splanchniques (au niveau de la quatrième vertèbre dorsale) les mêmes phénomènes que nous avons observés à la suite de l'hémisection de la partie supérieure de la moelle cervicale et du bulbe rachidien.
(I) Toutes ces exlirpalions de ganglions n'ont (5lé faites que du côlé gauche. Seulenient'% l'extirpation des ganglions cervicaux inférieurs a été faite, dans quelques cas, du côté droit ou même des deux côlés. — J'ajoute qu« les héralsecttons de la moelle, dont J'ai parlé, n'ont été faites non plus qu'à gauche. S.
Les expériences ne sont pas encore venues confirmer cette supposition, attendu que si môme on réussit quelquefois à conserver les animaux opérés dans cette région de la moelle jusqu'au rétablissement partiel de la motilité , ils ne survivent en général pas assez longtemps, pour montrer les altérations secondaires de l'estomac. Je ne possède qu'un petit nombre d'observations sur des rats qui ont résisté pendant quelques jours à la destruction totale de la moelle au niveau de la deuxième vertèbre dorsale. Dans ces cas , j'ai constaté, en efifet, une rougeur diffuse de la muqueuse stomacale, rougeur plus vive en quelques points, et formant des indications de plaques qui cependant, chez ces animaux, n'étaient pas oblongues , mais avaient plutôt la forme de stries larges. Les excréments, pendant la vie, paraissaient plus mous qu'à l'ordinaire , mais la défécation n'était pas devenue plus fréquente.
D'après ce qui précède , il nous faut admettre que les nerfs vasomoteurs de l'estomac sortent de la moelle , soit avec les nerfs splanchniques, soit avec les petites racines du plexus cœliaque.
J'ai plusieurs fois réséqué les nerfs grands splanchoiiques, sans que les animaux, observés et maintenus en vie pendant un temps suffisamment long, m'aient offert des phénomènes appréciables du côté de l'estomac. Les fonctions digestives et l'appétit, après les troubles passagers qui suivaient l'opération et qui souvent ne duraient que quelques heures, paraissaient normaux et réguliers. La section, même bilatérale , des nerfs splanchniques, si elle n'est pas compliquée d'autres lésions qui produisent des dérangements de nutrition (comme p. ex. les suppurations musculaires et souscutanées) , est sans influence apparente sur la vie et sur les fonctions de l'animal (1). J'ai fait ces expé-
(I) Cependant, comme l'a déjà vu Gi-aefe, j'ai constalé plusieiu's fois, dans les premier» jours après cette lésion, de la glycosurie chez les chiens et cbcz les curliuns d'Iude. Si l'on n'a réséqué que les grands splnnchni(iuos , c'est-à-dire les nerfs splanchniques qui
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riences sur des chats , des chieus et des cochons d'Iude, réséquant les nerfs tantôt d'un côté, tantôt des deux, sans obteuir un résultat plus positif.
Néanmoins ne nous hâtons pas de conclure d'une manière absolue que les nerfs splanchniques ne conduisent pas de fibres vasomotrices à l'estomac. Il est parfaitement vrai que la section de ces nerfs laisse subsister, comme je m'en suis assuré par des expériences spéciales, le mouvement, la sécrétion, la digestion et la nutrition stomacales, et qu'ils ne sauraient être considérés comme les principaux nerfs vasomoteurs de l'estomac. Mais ils pourraient contenir une petite partie de ces nerfs, quelques fibres seulement, trop peu nombreuses pour que leur paralysie soit suivie d'effets appréciables. Vous serez peut-être étonnés de me voir user de tant de réserve dans l'énoncé de mon opinion, mais les observations que j'ai à vous communiquer encore sur les effets de V irritation des deux nerfs splanchniques, me justifieront suffisamment à cet égard.
Mais auparavant il nous reste à considérer les phénomènes consécutifs à l'extirpation des portions abdominales du grand sympathique^ en relation avec l'estomac.
Nous avons réduit de plus en plus le domaine périphérique des nerfs vasomoteurs de l'estomac, et, après en avoir successivement exclu les rameaux sympathiques provenant des ganglions cervicaux et thoraciques supérieurs , et en partie aussi les nerfs splanchniques, nous pourrions, à bon droit, nous attendre à voir se réaliser l'hypérémie névroparalytique de l'estomac avec toutes les altérations qui en dépendent, après l'extirpation du plexus cceliaque et de ses annexes'. Plusieurs auteurs, en effet, ont déjà prétendu avoir observé des hypérémies et des désorganisations étendues
nuissuut au dessus du diaphrugme, el si les animaux survivenl, lu glycosurie, nu bout de quelque temps, disparnîl ou du moins devienl Inapptéciuhle. Elle manque, lorsque duranl les premiers jours, la lièvre esl forle, ou lorsque, comme Je J'ai vu dans quelques eus, l'upération fait naîlre une pleurésie purulenle. S.
440 PHTSIOLOaiE DE LA. DIGESTION.
de la muqueuse gastro-intestiaale comme suites immédiates de l'excision des ganglions cœliaques. Mais il importe de remarquer que ces désorganisations ne dépendent pas uniquenaent de l'interruption des voies nerveuses , et ne s'observent que si, à cette dernière, il se joint une irritation mécanique quelconque de l'estomac ou de l'intestin. Il n'en est pas moins vrai que par l'extirpation du plexus cœliaque on crée une condition qui prédispose singulièrement le tube digestif aux inflammations traumatiques , et ce qui le prouve, c'est que ces inflammations se produisent sous l'influence de causes relativement légères, et beaucoup plus fréquemment qu'il n'arrive après l'opération préliminaire, qui consiste à mettre le plexus cœliaque simplement à nu, sans l'extirper. Disons toutefois que la forme de l'inflammation ne présente rien de caractéristique et que la seule différence, entre les effets des deux lésions que nous venons de considérer, réside dans la facilité avec laquelle naît l'inflammation, si le plexus a été lésé. Un poil, resté accidentellement à la surface de l'estomac, peut suffire pour causer l'altération. L'attouchement trop rude de l'estomac, pendant la préparation du ganglion cœliaque, est plus nuisible encore , en déterminant des hémorragies capillaires dans l'intérieur de la muqueuse , et les taches rouges que l'on produit de cette manière , ne tardent pas à devenir noirâtres , par l'effet de l'acide stomacal. Nous avons déjà parlé d'altérations tout-à-fait analogues , qui peuvent compliquer la section des pneumogastriques sous le diaphragme. Notez que ces altérations sont beaucoup plus fréquentes après l'écrasement du ganglion cœliaque qu'après l'incision circulaire de l'œsophage, et ce fait est d'autant plus significatif que dans cette dernière opération on touche nécessairement l'estomac, au moins dans sa portion cardiaque, tandis qu'en préparant le ganglion cœliaque, on peut facilement éviter de déplacer trop rudement ou de
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tirailler le viscère, et môme, si rcstomac n'est pas trop plein, faire toute l'opération sans le toucher directement.
Or nous savons que toutes les irritations locales qui frappent des organes e7i état d'hypérémie névo^oparaly tique, engendrent des inflammations bien plus graves, bien plus facilement suivies de désorganisations des tissus, que ne le font les mêmes causes agissant sur des organes sains (1). Si donc nous réussissons à prouver que le ga^iglion cœliaque contient un grand nombre de nerfs vasomoteurs de l'estomac, nous aurons par là même expliqué la fréquence des altérations stomacales qui surviennent après son extirpation.
En regard des faits que j'ai déjà communiqués sur l'action du grand sympathique , relativement aux diverses fonctions stomacales, il peut paraître contradictoire que je revienne encore une fois sur ce sujet, puisque nous avons vu que dans les cas heureux oii les animaux survivent à l'extirpation du ganglion cœliaque , sans être atteints de péritonite, ils ne présentent, pour ainsi dire, pas de symptômes pathologiques. Je puis ajouter encore que j'ai nourri les animaux en question de viande, de pain, que je leur ai même quelquefois donné des os, sans produire des troubles
(I) J'ai cherché à Jusiilier plus amplemenl celle assertion en répétant à Florence plusieurs séries d'expériences que j'avais faites autrefois à Berne et à Paris et qui démontrent le principe énoncé pour diverses parties de l'organisme. Ces recherches, dont J'ai publié un abrégé dans le journal « Il Morgagni, « établissent d'une manière indubitable que des Irritations qui ne pourraient pas, par elles-mêmes, produire d'inflammation dans un tissu sain, provoquent au contraire des hypérémies et des exsudations très-considéraliles dan» les organes dont on a paralyse les nerfs vasomoteurs. Je n'Ignore pas que celte proposition a trouvé, dans les derniers temps, un adversaire dans Snellen qui, se fondant sur des expériences relatives k l'influence du nerf trijumeau sur l'œil, croit pouvoir admettre que les Irritations mécaniques n'agissent pas autrement sur les parties paralysées que sur les parties saines, et que la seule diQ'érenco consiste en ce que ces dernières peuvent plu.s facilement se soustraire aux influences perturbatrices. Ceux qui connaissent les expérience» variée» que J'ai, a différentes époques, publiées à l'appui de mon opinion, reconnaîtront facilement que l'opposition de Snellen est d'autant moins fondée que les faits qu'il a ob- «ervés lui-même, ne se prêtent que Iros-difDcilement à l'explication qu'il cherche à en donner , tandis qu'il» sont pleinement d'accord avec me» vue» et avec l'explication que J'en ai proposée. S.
4AH ÏHTSIOLOeiB DK LÀ DiaESTION,
appréciables pouvant indiquer une altération de la muqueuse digestive. La plupart des animaux de cette série ont été tués en pleine digestion et jamais leur estomac n'a laissé reconnaître de lésion distincte; j'en ai conservé quelques autres jusqu'au rétablissement complet de l'appétit,- et je les ai tués plusieurs heures ap7'ès l'achèvement de la digestion stomacale. Dans cinq de ces cas, j'ai pu reconnaître que la muqueuse stomacale présentait une coloration rose plus saturée qu'elle ne l'est généralement chez des animaux sains, dont l'estomac est vide. L'injection des vaisseaux de la muqueuse, étudiée à la loupe, n'était cependant pas aussi prononcée qu'elle l'est à l'état normal pendant la digestion, si l'on a soin de faire l'examen avant la cessation complète de la circulation. Mais toujours est-il qu'il existait une dilatation vasculaire appréciable même dos vaisseaux de la surface de l'estomac, et que la muqueuse était plus foncée que chez des animaux normaux, tués de la même manière , c'est-à-dire par la ponction du bulbe rachidien ou par l'éther, et dont on examine l'estomac avant que le cœur ait arrêté ses battements ou avant qu'ils soient devenus très-rares (1).
Tout en reconnaissant que nous avons dans cette rougeur un indice que le ganghon cœliaque est une des sources des nerfs vasomoteurs de l'estomac, il faut avouer que nos expériences ne nous ont pas oflPert les résultats que nous étions en droit d'attendre. Il ne nous a pas été possible de reproduire les altérations stomacales consécutives aux lésions des centres nerveux, par la section isolée des différents nerfs périphériques qui , du cerveau et de la moelle , se rendent à l'estomac, et cependant l'influence centrale ne
(I) Il est essuDiiel, quand on vuul juger de la dilatation plus ou moins grande des vaisseaux des membranes muqueuses, de faire l'examen loujour» avant l'arrél de la circulation, car après la cessation des contractions du cœur, les muqueuses deviennent uoiloriuémeut anémiques, sauf dans les points où il existait un degré très-considérable d'bypéréfflie (surtout veineuse), ou bien une slagnulion embolique.
TRENTE-CINQUIÈME 1,EÇ0N. 443
saurait être transmise que par ces nerfs. II ne nous reste donc guère qu'à admettre que probablement les fibres vasomotrices de l'estomac sout réparties dant tous les rameaux périphériques du système g-anglionnaire, et que, pour obtenir les altérations caractéristiques de la muqueuse , tous ces filets sympathiques doivent être simultanément paralysés. Jusqu'ici, nous ne connaissons pas de fait qui pourrait être invoqué pour ou contre cette hypothèse que nous nous réservons d'examiner plus tard, par une nouvelle série de recherches.
D'ailleurs il ne faut pas perdre de vue que les nerfs splanchniques , avant et après leur entrée dans le plexus cœliaque, possèdent une influence bien caractérisée et trèsprononcée sur les vaisseaux du mésentère et de l'intestin, influence qui se manifeste même par une modification notable de la distribution de la masse du sang après la section de ces nerfs. Mais nous ne pouvons traiter de cette influence qu'en nous occupant, dans une autre partie de ce cours, des nerfs vasomoteurs de l'intestin.
Les nerfs splauchniques et le ganglion cœliaque, irrités à l'aide du courant induit, font naître des contractions des vaisseaux de l'estomac, de l'intestin et de la rate. J'avais depuis longtemps reconnu ce fait pour les nerfs splanchniques, et ce n'est que tout récemment que je l'ai confirmé pour le plexus cœliaque. Je vais faire cette expérience devant vous. — Vous n'êtes pas sans savoir que l'excitabilité des nerfs vasomoteurs résiste pendant quelque temps à l'action du curare, si le poison n'a pas été absorbé en trop grande dose. Cette propriété nous sera utile en ce sens qu'elle nous permettra d'observer le phénomène de la constriction vasculaire sur un animal complètement immobilisé et insensible , dont nous entretiendrons la circulation à l'aide de la respiration artificielle.
J'introduis sous la peau du dos d'un lapin une petite
444 PHTSIOLOaiH DE LA DIGESTION.
quantité de curare en poudre, et je préparc la trachée pour la respiration artificielle. L'animal, dans les premiers moments, ne paraît pas se ressentir de la présence du poison ; au bout de quelques minutes, ses mouvements commencent à montrer une certaine irrégularité; sa respiration s'embarrasse; il tombe, ses niuscles se relâchent, la respiration est sur le point de cesser. J'introduis rapidement un tube dans la trachée-artère et un aide est chargé de faire les insufflations pendant toute la durée de l'expérience. Les mouvements volontaires sont presque abolis ; l'animal répond cependant encore par une légère secousse de la tête et par une rotation du globe oculaire aux attouchements de la conjonctive. Nous attendrons jusqu'à la cessation de cette dernière trace de réaction. Après peu de secondes, l'animal paraît complètement mort, mais la circulation se fait trèsbien. L'action des nerfs vasomoteurs est conservée, comme vous le verrez bientôt.
J'ouvre la cavité abdominale à côté des muscles dorsaux lombaires, et je fais dans les parois de l'abdomen une autre incision transversale qui découvre l'estomac, la rate et une partie de l'intestin avec son mésentère. On voit les pulsations des artères mésentériques et les changements de forme de leurs flexuosités, à chaque onde de sang qui leur arrive du cœur. L'artère épigastrique gauche donne un petit jet de sang; je la lie, car il est essentiel dans cette expérience de conserver au système vasculaire son état turgide aussi complètement que possible. — Avec le manche du scalpel je découvre l'aorte abdominale, au niveau de la capsule surrénale gauche , et je mets à nu les ganglions qui composent le plexus cœliaque. On voit le nerf grand splanchnique se jeter dans le ganglion principal; je coupe ce nerf et je l'accroche, isolé dans l'air, à l'un des rhéophores de l'appareil d'induction ; l'autre rhéophore est placé sur les ganglions. — Le ressort de l'appareil d'induction est encore fixé et le courant ne passe pas. Nous laissons l'ani-
mal pendant quelques minutes dans cette position, pour bien apprécier l'état de vascularisation des viscères mis à nu , et surtout de Testomac. — Veuillez vous grouper autour de moi, de façon à bien voir les chang-emeuts qui vont s'opérer. Quelques-uns d'entre vous observeront une anse intestinale; d'autres regarderont l'estomac, d'autres enfin se chargeront de l'examen de la rate. Je vous prie de bien fixer quelques-uns des plus petits vaisseaux que vous pouvez encore à peine reconnaître à l'œil nu, et d'observer toujours les mêmes points. — Le contact de l'air , comme vous pouvez vous en convaincre dès à-présent, ne modifie pas visiblement l'apparence des vaisseaux; il n'y a pas de changement spontané de leur état de réplétiou, excepté dans les parties qui se meuvent.
Je lâche le ressort de l'appareil, qui vibre librement. L'irritation commence. — Vous voyez que déjà après quelques secondes d'irritation, les plus petits vaisseaux visibles à la surface de l'estomac et de l'intestin se sont rétrécis, les arborisations vasculaires en général paraissent un peu moins ramifiées, et ceux d'entre vous qui regardent l'intestin de plus loin, se seront aperçus que sa couleur est devenue plus pâle. Encore quelques secondes, et la rate commence à pâlir à son tour. Vous ne distinguez pas à la surface de cet organe de vaisseaux isolés, mais vous avez l'impression de sa couleur générale. Il est à remarquer que la coloration rouge de la rate ne diminue pas partout également vite; l'anémie commence dans quelques points épars qui s'élargissent peu-àpeu et forment des îlots plus pâles au milieu d'autres parties qui n'ont pas encore changé de couleur. Les bords minces de l'organe montrent le plus distinctement l'effet de la contraction vasculaire. — Je continue toujours l'irritation et vous voyez que la rate devient inégale à sa surface; cette surface n'est plus lisse, elle est comme sablonnée et présente quelques dépressions plus profondes et plus pâles.
Je vais arrêter le ressort et je vous prie d'observer bien
attentivement au moment de l'interruption du courant, parce que le retour des vaisseaux à l'état normal est souvent plus apparent encore que leur contraction au moment de l'irritation. Je suspends l'irritation. — En peu de secondes les vaisseaux de l'estomac et de l'intestin se sont de nouveau dilatés, la rate a repris sa couleur et à-peu-près sa forme normales; il reste à peine quelques inégalités à sa surface, provenant encore de la première galvanisation.
J'irrite de nouveau et les mêmes phénomènes se reproduisent. — Je répète l'expérience deux, trois, quatre fuis et les phénomènes se reproduisent constamment dans le même ordre, à condition toutefois que nous laissions un intervalle suffisant de repos et de restitution entre les dififérentes irritations. Vous voyez que même après la quatrième galvanisation, tout reprend son aspect primitif; seulement la rate reste un peu plus contractée et peut-être un peu plus pâle qu'elle ne l'était au commencement de l'expérience. Je vais laisser aux nerfs 10 à 12 minutes de repos et ce temps suffira pour rendre même à la rate sa forme et sa coloration primitives. Les changements qui s'opéreront à la prochaine irritation à la surface de la rate, seront beaucoup plus évidents que ceux qui ont succédé aux deux dernières galvanisations.
L'expérience à laquelle vous venez d'assister et que j'ai reproduite bien des fois sur des lapins et sur des chats, démontre que le ganglion cœliaque contient des nerfs qui président à la contraction des vaisseaux des parties superficielles de l'estomac, de l'intestin grêle et de la rate. Pour mieux étudier les changements qui se passent dans les vaisseaux spléniques sous l'influence de l'irritation du grand sympathique, j'ai choisi de préférence des chats qui ont la raté relativement plus grande que les lapins et qui montrent avec une grande évidence les altérations que vous venez de voir. L'irritation du ganglion cœliaque paraît produire dans la rate une double contraction : une contraction de son tissu et une contraction de ses vaisseaux. On ne saurait attribuer à la
contraction de la substance de la rate les changements de couleur que présente l'organe irrité, bien qu'au premier abord il semble très-plausible d'admettre que si une excitation nerveuse fait contracter le parenchyme splénique , le sang de ses vaisseaux se trouve passivement refoulé, de manière à faire pâlir un peu l'organe. Mais il est une circonstance que j'ai fréquemment observée et qui a dû vous frapper dans l'expérience de tout-à-l'heure, circonstance qui nous permet de différencier en quelque sorte les effets de la contraction parenchymateuse et ceux de la contraction vasculaire. Vous aurez remarqué qu'après la cessation de l'irritation, la substance de la rate reste contractée, que les dépressions et les froncements qui se sont formés à sa surface existent encore au moment oiî la couleur normale est déjà complètement revenue, et que ce n'est qu'à l'irritation suivante que la coloration redevient plus pâle. La contraction qui produit le froncement ne peut donc pas être la cause de la pâleur, puisque celle-ci cesse avec la galvanisation des nerfs. Du reste il faut ajouter que cette pâleur ne paraît être bien prononcée que dans la couche la plus superficielle de l'organe. C'est cette couche qui, pendant l'irritation, devient comme transparente, et qui laisse voir le tissu rouge de l'intérieur comme à travers un stratum très-mince de gélatine. — En effet, vous apprécierez beaucoup mieux les changements de couleur de l'organe , si vous le regardez obliquement, de manière à rendre le rayon visuel tangent à sa surface. Vous voyez donc que la contraction de la rate, phénomène que l'on n'avait produit jusqu'à présent que par des irritations directes, peut naître aussi, quoique d'une manière moins complète, par les irritations du système nerveux abdominal. La rate doit donc recevoir des nerfs moteurs.
Ce que nous avons prouvé pour la séreuse du tube digestif abdominal, nous allons l'examiner actuellement pour la muqueuse.
J'ouvre largement l'estomac du lapin dans le milieu de sa
face antérieure et j'éloigne, en touchant aussi peu que possible la muqueuse, le contenu de l'estomac. Pour éviter des attouchements et des frottemeats plus prolongés, je me contente de faire tomber par leur propre poids, en quelques points, les résidus alimentaires avec le mucus qui y adhère, et de mettre à nu quelques-unes des rides saillantes de la muqueuse. Remarquez que la coloration de la muqueuse vivante est d'un rose beaucoup plus saturé qu'on ne le croit généralement d'après ce que l'on est habitué de voir aux autopsies. Je mets mi peu d'étoupe sous l'estomac, pour rendre convexe sa surface interne et je vous prie de fixer surtout les lignes saillantes, les crêtes des rides visibles sur la muqueuse. Je recommence l'irritation. Déjà la coulem* rouge diminue en beaucoup de points de la muqueuse, vous la voyez pâlir, et cette pâleur augmente à mesure que je continue l'irritation. Les points les plus pâles n'ont pas cessé d'être roses, mais cette teinte est bien plus délayée que celle qui existait primitivement. — J'interromps la galvanisation, et la muqueuse reprend sa coloration normale en beaucoup moins de temps qu'elle n'en avait mis à la perdre au commencement de l'irritation. — Après quelques minutes je répète l'expérience et nous obtenons les mêmes effets.
Cette expérience m'a constamment réussi chez le lapin et je l'ai reproduite bien des fois; j'ai observé les mêmes phénomènes chez le chat, mais quelquefois ils se sont montrés avec moins de clarté que chez le lapin, parce qu'il était plus difficile de débarrasser la muqueuse des restes alimentaires sans la toucher directement. Lorsqu'au contraire les chats avaient mangé de la viande crue dont les résidus s'enlèvent très-facilement, si l'on ouvrait l'estomac lors des premières heures de la digestion, l'expérience était plus démonstrative encore que chez le lapin, parce que la couleur de la muqueuse était plus saturée.
Si, au lieu de galvaniser le ganghon cœhaque , on agit sur les deux nerfs splanchniques, on obtient des résultats
presque identiques; et c'est là un des arguments que je vous ai promis eu faveur de la nature vasomotrice de ces nerfs. La (îonstriction vasculaire produite par l'irritation des nerfs .splanchuiques, est, il est vrai, moins étendue, moins intense (]ue celle. que l'on produit par l'irritation du ganglion cœliaque, mais elle a lieu dans les mêmes organes et dans les mêmes localités de ces organes.
Il ne sera pas superflu de nous occuper encore de quelques sources d'erreur qui auraient pu se glisser dans notre expérience de tout-à-l'heure et fausser nos résultats. Avant de regarder nos conclusions comme bien établies, nous devons nous assurer que notre méthode d'irritation a réalisé le but que nous nous sommes proposé, et que l'électricité n'a pas passé par d'autres voies que par les nerfs mis eu contact direct avec les rhéophores. — Quant aux nerfs splanchuiques, on peut très-facilement les isoler et les irriter isolément, après les avoir coupés. On peut de plus s'assurer que leur irritation ne produit pas la déplétion des vaisseaux stomacaux et intestinaux, en aflaiblissant ou en ralentissant par voie réflexe les pulsations du cœur. Il suffit, en efl'et, d'observer les artères mésentériques et les changements de forme de leurs flexuosités à chaque systole, pour se convaincre que ni la force ni le nombre des pulsations du cœur ne diminue pendant l'irritation des nerfs splanchuiques coupés (1). Il est donc impossible de supposer que les nerfs splanchniques coupés puissent encore agir sur la moelle et par elle sur le cœur, au moyen des communications qu'on a laissé subsister entre la moelle et le plexus cœliaque. La même remarque, touchant l'hypothèse d'un ralentissement réflexe du cœur, s'applique à l'irritation du plexus cœliaque luimême. — Mais ce plexus, quoique préparé irréprochablement, ne peut pas être isolé aussi bien que les troncs des
(I) On pourrail croire au contraire, d'après les excursions des flexuosllés de c«s arléres, ')ue la force du cœur est augmentée; mais C9 serait là tomber dans une erreur dont la source est évidente. . S.
TOMï DIUXIÈMK 39
nerfs splanchniques; nous avons donc à nous mettre en garde contre les courants déviés et unipolaires qui pourraient atteindre directement la muqueuse digestive et la rate, et fausser nos résultats. Si les altérations de la rate que nous attribuons à l'irritation nerveuse, devaient leur origine à une irritation galvanique directe, produite par des courants déviés jusque dans la substance de l'organe, notre expérience né démontrerait pas un fait nouveau, mais ne ferait que confirmer ce que nous savons depuis longtemps, savoir que les irritations directes produisent la contraction de la rate.
Quant aux courants unijpolaires, nous pouvons en amoindrir beaucoup l'influence et les éviter dans beaucoup de cas, en isolant l'animal en expérience et l'appareil d'induction au moyen de lames de verre bien séchées. J'ai, à plusieurs reprises, usé de cette précaution, sans empêcher la production de la constriction vasculaire.
Il importe d'autant plus de nous assurer que les phénomènes observés ne sont pas dûs à des courants déviés, que le ganglion cœliaque, sur lequel on agit, est très-large, difficilement isolable, et situé très-près des organes sur lesquels porte l'observation. Mais vous verrez, par l'expérience que je vais faire devant vous, que les courants déviés n'ont aucune part aux changements qui se produisent dans l'aspect des viscères, pendant la galvanisation du plexus cœliaque.
(On curarise un lapin, on fait la respiration artificielle et l'on met à nu le ganglion cœliaque, la rate et la muqueuse de l'estomac). Tout étant disposé comme dans L'expérience précédente, et- avant d'irriter, je prépare les deux pattes de derrière d'une grenouille, après avoir rapidement détruit la moelle épinière; je laisse en communication avec les deux extrémités, après en avoir retiré la peau, le long nerf et le plexus sciatiques. Cette préparation « galvanoscopique » est un des réactifs les plus sensibles que nous possédions pour reconnaître des courants faibles , de forte tension. Pour vous faire juger de la sensibilité de ce réactif, je touche
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avec le nerf suspendu à une baguette de verre, le muscle gastrocnémien de la préparation; immédiatement vous voyez une forte contraction de l'extrémité. Le nerf .a été irrité par le courant musculaire; à plus forte raison son excitabilité devra-t-elle être mise en jeu quand il reposera sur un organe par lequel passera le courant, même dévié, d'un appareil d'induction. — J'étends le nerf de la première préparation sur la rate , celui de la seconde sur la muqueuse stomacale du lapin, et j'irrite, comme dans la première expérience, le ganglion cœliaque. Vous voyez pâlir la muqueuse stomacale, et peu de temps après la rate se froncer et se couvrir d'îlots plus pâles; les muscles de la grenouille cependant sont restés immobiles, donc aucune irritation directe n'a eu lieu, et il n'y a pas eu de courant dévié vers ces parties. ,
J'interromps l'irritation; les organes reprennent leur coloration primitive; — j'irrite encore, mêmes résultats. — Nous pouvons donc être sûrs que les changements que nous avons observés sous l'influence du courant, sont dûs à une transmission nerveuse et non à une excitation directe.
Permettez-moi, en terminant, d'attirer votre attention sur une particularité que présentent les nerfs vasomoteurs de la muqueuse stomacale.
La muqueuse de l'estomac devient plus rouge , s'injecte davantage au contact des corps étrangers et sous l'influence des irritants mécaniques en général. Ce phénomène ne varie pas quelque temps après la section des pneumogastriques et après l'extirpation complète du plexus cœliaque. Or, si une dilatation vasculaire se produit dans un organe quelconque par les irritants mécaniques directs qui ne mettent pas obstacle à la circifclation , nous disons que cette dilatation est active^ dans le sens spécial attaché à cette désignation dans une de nos leçons précédentes : c'est-à-dire active par rapport aux nerfs qui entrent dans la production du phénomène. Il existe, par conséquent, pour les vaisseaux
de l'estomac comme pour ceux de beaucoup d'autres organes annexés à l'appareil de la digestion, la possibilité d'une dilatation active; mais, dans l'estomac, il y a ceci de particulier que la dilatation active a lieu sans le concours de l'action réflexe et par l'irritation directe des terminaisons des nerfs, irritation qui, si elle n'est pas très-intense, se porte probablement de préférence sur les nerfs vasomoteurs dilatateurs. Au reste, il n'y a, dans ce fait, rien de spécifique pour l'estomac; car si les autres organes de la digestion offrent une dilatation vasculaire subordonnée à l'action réflexe, l'oreille du chat et du lapin se trouvent, comme vous le savez, dans des conditions identiques à celles de l'estomac. En effet, après la section et la dégénération de tous les nerfs auriculaires accessibles au scalpel, une irritation cutanée modérée continue à produire la dilatation des vaisseaux de l'oreille ; une irritation plus-forte, au contraire, produit leur constriction, du moment qu'elle agit directement sur les fibres contractiles des canaux vasculaires.
I^ommalre: l)u Tomisiement, — L'estomne ett-il actif ou ftuM daai le Tomlisementt — DiseuitioQS «Dciennsi et moderaet sur l«i agenti mécaniquet du Tomlisement.
Messieurs ,
Nous ne nous sommes occiipés jusqu'ici que des mouvements normaux de l'estomac, de ceux que cet organe exécute isolément et indépendamment des autres mouvements du corps ainsi que de l'action réflexe. Or, chez l'homme et chez beaucoup d'animaux, il peut survenir, sous l'influence de causes le plus souvent pathologiques, un ensemble de mouvements violents et spasmodiques à la suite desquels le contenu de l'estomac est rejeté avec force par l'orifice supérieur des voies digestives. Le caractère brusque et involontaire de cette association de mouvements indique suffisamment qu'il s'agit ici d'un phénomène réflexe. Quel est le mécanisme de cet acte ré flexe ? L'estomac, par ses contractions propres, prend-il ou non une part active au vomissements — Telles sont les questions, discutées et controversées depuis bientôt deux siècles, que nous devons essayer de résoudre avant de quitter l'histoire physiologique de l'estomac.
L'antiquité, vous le savez, ne connaissait pas d'autre cause mécanique du vomissement que les contractions seules de l'estomac. Cette opinion, adoptée sur la foi des auteurs classiques, se* maintint jusqu'à l'époque où François Bayle (1681) et, peu de temps après, Chirac (1700), par des expériences sur des chiens, arrivèrent à la conclusion contraire, savoir que l'estomac , pendant le vomissement , reste tout-à-fait passif et que l'effort mécanique qui produit le rejet des aliments , est fourni entièrement par la contraction des muscles abdominaux et du diaphragme. Cette assertion, quoique fondée sur des observations faites directement sur des animaux en proie aux efforts du vomissement, eut beaucoup de peine à se faire valoir. Elle n'était en effet conciliable ni avec les idées traditionnelles, ni avec les expériences antérieures de Wepfer et de Perrault. — Wepfer, en 1679, avait vu ou du moins prétendait avoir vu le vomissement s'accomplir chez un animal dont l'estomac avait été soustrait à l'action des parois du ventre, ouvertes par une large incision. Perrault, à peu près vers le même temps, avait constaté la possibilité du vomissement, après avoir divisé en travers soit le diaphragme, soit les muscles abdominaux.
C'est vers le milieu du siècle dernier que Benjamin Schwartz fit connaître ses remarquables observations sur les mouvements de l'estomac et sur le vomissement. Schwartz confirme que l'expulsion du contenu stomacal n'a plus lieu quand l'estomac a été mis à nu sur l'animal vivant , de façon à empêcher l'action de la presse abdominale. Il indique très-bien que c'est après une inspiration plus profonde que de coutume et dans le petit intervalle qui précède l'expiration qu'a lieu le vomissement chez l'animal normal. Mais, pendant les efforts des vomituritions, l'œsophage n'estil pas comprimé au point où ce canal passe entre les piliers musculeux.du diaphragme? L'auteur se convainc, par l'expérience directe, qu'un semblable resserrement n'a pas lieu.
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B. Schwartz, le premier, a vu les mouvements propres de l'estomac pendant le vomissement. Ces mouvements, selon lui, se montrent rarement, et ne sont ni nécessaires ni indispensables à l'expulsion du contenu stomacal. Ils peuvent survenir tout-à-coup, lors des vomituritions, après que l'estomac a montré le repos le plus parfait, et, dans ces cas, Schwartz n'hésite pas à admettre que les contractions propres du viscère renforcent la pression agissant sur le contenu stomacal. Suivant Schwartz, c'est la moitié droite, pylorique, de l'estomac, qui montrerait le plus fréquemment des contractions péristaltiques bien visibles; mais en outre cette partie exécuterait, par l'action de ses fibres longitudinales, un mouvement de va-et-vient, qui tantôt la rapprocherait, tantôt l'éloignerait de la région du grand cul-desac. Ces mouvements combinés ne serviraient pas seulement, à ce qu'admet l'auteur, à comprimer davantage le contenu stomacal, mais ils l'empêcheraient en même temps de s'échapper dans l'intestin, grâce au rétrécissement successif des fibres circulaires de l'entonnoir pylorique.
Les. expériences de Schwartz ne paraissent pas avoir exercé une influence notable sur les opinions de ses contemporains. Haller, à cette époque, regardait encore le mouvement antipéristaltique de l'estomac comme le véritable agent du vomissement, et ce n'est que plus tard que, dans ses ouvrages, il reconnaît l'importance de la presse abdominale.
En 1813 parurent les célèbres recherches de Magendie sur le vomissement. Magendie, dans ses premiers travaux, assure que ni par la palpation de l'estomac à travers une petite ouverture des parois abdominales, ni par l'inspection directe, il n'a pu reconnaître de mouvements propres du viscère au moment du vomissement (1). Tout ce qu'il a pu
(I) Cependanl plus lard Magendie ne niail pas absolument que, dans quelques cas exceplionneh , une parlic du contenu stomacal ne pût remonter vers la bouche par les mouveraenis propres de l'estomac. C'est ainsi du moins qu'il se prononça dans une con-
constater, c'est une dilatation passive de l'estomac, produite par l'air avalé en grande quantité pendant les vomituritions. — Magendie coupe les nerfs phréniques et voit le vomissement, plus faible , il est vrai , s'accomplir encore par l'action des muscles abdominaux. Il coupe les muscles abdominaux, ^en épargnant seulement la ligne blanche, et le vomissement s'effectue encore, quoique incomplètement, par l'action seule du diaphragme dont les nerfs sont conservés. Mais quand, après la ligature des nerfs phréniques, il met hors d'action en même temps les muscles abdominaux, l'émétique injecté dans les veines ne produit plus la réjection du contenu stomacal, bien que l'animal éprouve des nausées évidentes. — Magendie constate également l'impossibilité absolue du vomissement , lorsque , par une incision de la paroi abdominale , il attire l'estomac hors de la plaie. Il conclut de tous ces faits que l'estomac soustrait .à l'action de la presse abdominale, n'est plus capable de rejeter son contenu.
Comme sur des animaux auxquels il avait extirpé l'estomac , Magendie avait vu se produire encore , après l'injection de l'émétiqne dans les veines, des vomituritions parfaitement caractérisées, il voulut démontrer que le vomissement peut s'effectuer sans le concours de l'estomac. A cet effet, il remplaça l'estomac, dont les vaisseaux avaient été préalablement liés, par une vessie de cochon remplie d'eau, qu'il adapta à la partie inférieure de l'œsophage au moyen d'un tube élastique. Ayant refermé la plaie de l'abdomen et injecté une nouvelle dose d'émétique, il vit survenir des vomituritions énergiques qui amenèrent bientôt
versation que j'eus avec lui à ce sujet en ISij. 11 avait vii alors, comme B. Schwartx, que pendant le vomissement, l'eslomac peut être le siège de faibles conlracllons, visibles surtout dans la région pjiorique , et il penchait à admettre que ces contractions , sans jamais produire un vrai vomissement complet, pouvaient néanmoins amener un commencement da régurgitation.
TTlENTE-aiXIÈME LEÇON. 457
l'évacuation , par la bouche, du contenu de cet estomac postiche.
C'est notamment cette dernière expérience, répétée assez souvent et avec diverses modifications en France, qui procura la victoire à l'opinion de Chirac , défendue et apparemment démontrée a fortiori par Magendie. La commission de l'Académie, chargée d'examiner la doctrine de Magendie, déclara cette expérience la preuve la plus éclatante qui ait jamais été fournie de la passivité complète de l'estomac pendant l'acte du vomissement. Toutefois Magendie lui-même use d'une certaine réserve dans l'énoncé de sa conclusion. Il dit en effet que l'estomac ne paraît pas être actif dans le vomissement et que c'est aux parois abdominales et au diaphragme que paraît être dû tout l'effort mécanique qui fait jaillir au dehors le contenu stomacal.
L'expérience de l'estomac postiche suscita néanmoins de vives discussions. Quelques auteurs, tels que Maingault, Isidore Bourdon, et d'autres essayèrent de défendre l'action autonome de l'estomac dans le vomissement. Il faut dire qu'en France cette opposition reposait sur des arguments assez faibles, qui n'étaient guère aptes à ébranler la doctrine approuvée par l'Académie. ,
Une objection plus sérieuse , à laquelle on n'a pas attaché assez d'importance dans la suite, a été formulée dès 1824 par un expérimentateur italien. Tantini (1), répétant l'expérience de l'estomac postiche, trouva qu'elle ne donnait le résultat décrit par Magendie que lorsque l'orifice cardiaque était totalement enlevé avec l'estomac. Dès qu'il adaptait la vessie inerte un peu au dessous du cardia, laissé en continuité avec la partie inférieure de l'œsophage, ' tout le reste de l'estomac étant enlevé, l'émétique produisait encore des vomituritions , mais ces vomituritions de-
(1) J'ai exhumé le travail de Tanlini qui élail compléleraeut oublié, dans les.nole» que J'ai fourni»» à M. Longel en 1852 pour la partie historique de son Traité de l'hysiologie.
meuraient infructueuses et l'animal ne vomissait pas. — Ce fait restreint, d'une manière très-importante, la conclusion trop absolue que l'on avait tirée de l'expérience de Magendie. Il montre que la presse abdominale , à elle seule , n'est pas suffisante pour faire refluer le contenu stomacal vers la bouche, si la portmi cardiaque s'ojppose au vomissement. Or, si le cardia peut s'opposer au vomissement , il faut bien que l'estomac ait quelque rôle particulier à remplir dans cet acte et que, d'une manière ou d'une autre, la résistance du cardia vienne à cesser pendant le vomissement normal. On pourrait imaginer un simple relâchement des muscles circulaires de la région cardiaque et du bout inférieur de l'œsophage, mais, quoiqu'il en soit , ce relâchement est essentiel à l'expulsion du contenu stomacal , et , par conséquent, l'expérience de Magendie ne peut pas être regardée comme la reproduction pure et simple de ce qui se passe dans les conditions normales du vomissement.
Budge, en 1840, a publié, sur le même sujet, une nouvelle série d'expériences qui paraissent en quelque sorte concilier l'opinion de Magendie et celle de ses contradicteurs. Budge reconnaît, comme cause mécanique et principale du vomissement, les contractions du diaphragme et des parois abdominales, mais en outre il attribue aussi un certain effet mécanique aux mouvements propres de l'estomac qu'il regarde comme constants, contrairement à Schwartz. Suivant Budge , il existerait des cas exceptionnels dans lesquels l'estomac se viderait par ses propres contractions, sans le secours de la presse abdominale. Mais, en général, ce serait la pression agissant de dehors sur l'estomac qui en provoquerait la déplétion brusque, tandis que les contractions du viscère ne serviraient qu'à en refouler le contenu vers la portion cardiaque et vers le grand cul-de-sac. La description que Budge donne de ces mouvements, concorde, dans ses points principaux, avec celle de Benjamin Schwartz; seulement Budge y ajoute l'observation nouvelle que les
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contractions de la région pyloriqiie ne seraient pas lentes et vermiciilaires, mais qu'elles auraient lieu d'une manière convulsive et par secousses brusques. Il parle môme expressément d'une secousse pyloriqice , communiquée de droite h gauche au contenu stomacal. La portion cardiaque et le grand cul-de-sac en revanche se montreraient toujours fortement distendus immédiatement avant et pendant le vomissement. L'auteur, sans se prononcer explicitement à ce sujet, paraît admettre que cette distension est principalement dûe à la grande quantité d'air que l'animal avale pendant les vomituritions.
Si l'on rapproche les résultats théoriques de Budge du compte-rendu de ses expériences, on voit que l'auteur n'a pas tiré parti de tous les faits qu'il a observés, pour formuler ses conclusions générales. Il provoque le vomissement de deux manières , soit au moyen d'une dose d'émétique introduite dans l'estomac, soit au moyen d'une irritation locale de la région pylorique qu'il perce par un fil et dont il lie une portion (I). Ses déductions se rattachent presque exclusivement aux expériences instituées d'après le dernier de ces procédés , taudis qu'il s'occupe beaucoup moins de celles qu'il a faites avec le secours de l'émétique.
Riihle, dans un travail assez étendu, publié en 1847, a repris la discussion qui nous occupe. C'est avec raison qu'il insiste sur la règle de n'observer l'estomac, pendant le vomissement, que dans sa position normale, sans l'attirer hors de la plaie de l'abdomen ; il conseille de faire cet examen par la vue et non par le toucher à travers une petite ouverture de la paroi abdominale, comme l'ont pratiqué plusieurs expérimentateurs , cette dernière méthode ne permettant jamais de distinguer les mouvements propres de l'estomac de ceux qui lui sont communiqués par les organes
(I) D'une remarque que nous trouvons consignée dans le réccnl Traité de Physiologie de Budge (1803), il résulte que l'aulcur considère le vomissement provoqué d'après l'uu ou l'autre de ces procédés, comme le résultai du même mécanisme.
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adjacents, Rûhle trouve que le seul mouvement de l'estomac qui accompagne constamment le vomissement, est une ascension de la portion cardiaque, qui est comme fortement attirée du côté du diaphragme. Mais l'auteur convient que ce mouvement (qu'il a vu manquer dans un seul cas) paraît être dû plutôt à une contraction des fibres longitudinales du bout inférieur de l'œsophage qu'a une activité autonome de l'estomac. Riihle a observé, pendant le vomissement, tous les autres mouvements propres de l'estomac, décrits par B. Schwarz et ses successeurs, à part la secousse pylorique de Budge, qu'il n'a jamais vue; mais, suivant Riihle, ces mouvements sont peu constants , et , pour ainsi dire , exceptionnels, ce qui indique suffisamment qu'ils n'ont pas de .part essentielle à l'effort mécanique qui vide l'estomac.
Dans une autre série d'expériences, Rûhle s'est donné pour tâche de mesurer la pression qui agit sur le contenu stomacal pendant le vomissement. L'auteur veut déterminer d'abord la pression qui se produit à l'intérieur de l'estomac 7nis à nu et soustrait à l'action des muscles abdominaux. Son procédé consiste à introduire et à fixer dans la paroi antérieure du viscère un manomètre et à en observer les changements de niveau pendant les vomituritions provoquées par une dose d'émétique injectée dans le sang de l'animal.
Ces expériences, faites sur l'estomac découvert et vide, le conduisent au résultat inattendu que la pression à l'intérieur du viscère diminue pendant le vomissement, au lieu d'augmenter. La colonne liquide du manomètre, au lieu de monter, s'abaisse, comme si elle était aspirée par l'estomac. — Rûhle eu déduit que l'estomac mis a nu rejette son contenu non pas en vertu d'une augmentation de pression à son intérieur, ?J^«^^^ar une diminution de la résistance au cardia, diminution qui favoriserait l'ascension passive des matières dans l'œsophage.
Valentin, dans son rapport annuel, a critiqué ce procédé expérimental, et a démontré que l'abaissement de la colonne
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liquide du manomètre, dans les conditions établies par Rûhle, est susceptible d'une autre explication que celle que cet auteur a proposée. Valentin fait obsei;ver , avec raison, que les indications du manomètre introduit dans une cavité pourvue de deux autres ouvertures , doit conduire à des résultats équivoques, du moment qu'un mouvement rapide de liquide ou de gaz est engendré dans cette cavité. Ce mouvement peut , en effet , donner lieu , dfftis la branche stomacale du manomètre, au phénomène bien connu d'aspiration ou de pression négative^ qui actuellement a trouvé en médecine une application si heureuse dans la forme simplifiée du pulvérisateur. Ce phénomène, dont là déduction mathématique a été formulée déjà au siècle dernier par Bernouilli et Venturi , pourrait , à lui seul, rendre compte du résultat singulier de l'expérience de Riihle.
Quoiqu'il en soit, cette expérience serait néanmoins décisive, et la conclusion de Riihle pourrait être admise sans réserve , si l'auteur avait examiné deux choses : 1° si pendant le vomissement rien ne passe par le pylore ; 2° si la pression à l'intérieur de l'estomac n'est pas augmentée au moins momentanément, avant la cessation hypothétique de la résistance au cardia et avant l'expulsion du contenu stomacal. Il est évident que si l'observation est faite au moment même du vomissement , le cardia est déjà relâché et transformé en une ouverture béante qui rend rllusoires les indications du manomètre.
D'ailleurs, rappelons-nous bien que dans les expériences dont il vient d'être question, l'auteur opérait sur l'estomac découvert et vide, c'est-à-dire ne renfermant pas de matières solides, mais seulement les gaz insufflés par l'expérimentateur ou avalés par l'animal pendant les vomituritions, et un peu de liquide. Les déductions de Rûhle ne se rapportent donc, rigoureusement parlant, qu'à la régurgitation des gaz. Or, à supposer même qu'au moment des vomituritions, ces gaz acquièrent une certaine tension , il n'est point indifférent ,
462 PHTSIOLOaiB DE LA DIGESTION.
pour apprécier à leur juste valeur les indications du manomètre, que l'estomac, en ce moment, présente une ou deux ouvertures latérales. Voilà pourquoi il eût été important d'examiner si le pylore laisse ou non échapper une partie du contenu stomacal. Néanmoins, sur la foi de ces expériences, Ruhle se croit autorisé à admettre que ce qui produit le rejet du contenu de l'estomac soustrait à l'action des muscles abdominaux, aiest pas une pression quelconque, mais la cessation de la résistance qu'il suppose exister au cardia et qui empêche les gaz de s'échapper de l'estomac malgré leur tension élevée. Comme on le voit, ces premières expériences ne nous enseignent rien sur les forces en jeu pendant le véritable vomissement, à estomac couvert. Or, dans ce dernier cas, il intervient évidemment une compression assez considérable du viscère, et Riihle institue un second groupe d'expériences pour essayer de résoudre le problème suivant: l'action des muscles abdominaux et du diaphragme est-elle suffisante pour vaincre la résistance hypothétique du cardia?
L'auteur, à ce qu'il paraît, s'est placé en face de l'alternative suivante : Ou bien l'action de la presse abdominale est insuffisante pour forcer l'orifice cardiaque, et, dans ce cas, la cessation (hypothétique) de la résistance du cardia est absolument indispensable pour que le vomissement ait lieu. Ou bien les contractions des muscles abdominaux et du diaphragme, sont 'plus que' suffisantes "^qmv ouvrir le cardia, et, dans ce cas, le relâchement de cet orifice, constaté dans les expériences de la première série, ne servirait qu'à ménager une partie des forces mises en jeu , pour les concentrer, autant que possible, sur la propulsion du contenu stomacal. L'effort qui aurait été dépensé à vaincre la résistance supposée au cardia, est alors utilisé tout entier pour l'acte du vomissement proprement dit.
Afin de décider entre ces deux possibilités, Riihle essaie de déterminer d'abord la grandeur de l'effort nécessaire pour vaincre l'occlusion du cardia dans l'animal vivant,
indépendamment du vomissement. A cet effet, il découvre l'estomac sur des chiens, puis, après avoir introduit le manomètre, il comprime le viscère avec les mains, jusqu'à ce que son contenu commence à refluer dans l'œsophage.. La pression, indiquée dans ce moment par le manomètre , représente, selon l'auteur, l'effort nécessaire pour vaincre mécaniqiiement l'occlusion de l'orifice cardiaque. (Nous verrons tout-à-l'heure que ce raisonnement est erroné). Cette force étant connue , Riihle referme la plaie des téguments , en laissant le manomètre en place , et il donne au chien une dose d'émétique. Dès que le vomissement se déclare, l'auteur observe le niveau du manomètre, et trouve, comme résultat constant, que la pression indiquée maintenant par l'instrument est de beaucoup supérieure à celle qu'il avait dû exercer avec la main , pour vaincre mécaniquement l'occlusion du cardia. Il en conclut que les contractions des muscles abdominaux et du diaphragme agissent, à elles seules , avec une énergie j^lus que suffisante pour dilater le cardia et pour déterminer l'expulsion du contenu stomacal.
Cette argumentation pèche par les prémisses. Si l'on se rappelle qu'il est possible de provoquer le vomissement au moyen d'une irritation locale de l'estomac et si l'on admet, avec Riihle , que pendant lé vomissement il y a, indépendamment de la pression, dilatation du cardia, on est forcé de se demander si la compression directe du viscère rempli d'air, comme la pratiquait Rûhle, ne constitue pas précisément une irritation qui, par action réjleœe et non par action mécanique directe, produit la dilatation de l'orifice cardiaque. Il est de toute évidence que si, dans l'expérience de Riihle, il intervenait une action réflexe de ce genre, le niveau du manomètre, observé au moment du reflux du contenu stomacal, ne donnerait, en aucune façon, la mesure vraie de Teffort agissant directement sur le cardia et nécessaire pour en surmonter mécaniquement la résistance. — Or beaucoup d'expériences mettent hors de doute cette possi-
bilité d'une dilatation réflexe de l'orifice cardiaque. — Il suffit, p. ex. de soulever un pli vide de l'estomac et de le comprimer entre les doig'ts, pour provoquer bientôt, mais, non immédiatement, le relâchement du cardia, sans que cette manipulation donne lieu "à des contractions bien visibles du viscère. Ce n'est pas, à coup sûr, la compression mécanique du contenu stomacal qui agit dans ce cas, puisque c'est un pli vide de l'estomac que l'on comprime et puisque le cardia ne s'ouvre pas au premier moment de la compression locale de la paroi du viscère. L'irritation, au contraire, demande à être soutenue et augmentée pendant un certain temps pour produire l'effet sig-nalé. — Nous verrons encore que si l'on insuffle des gaz dans l'estomac, par une ouverture faite au duodénum, le cardia ne tarde pas à se relâcher, bien avant que l'estomac soit fortement distendu; mais qu'après la section des pneumog-astriques, ce relâchement du cardia n'a plus lieu, même lorsque les g-az, à l'intérieur de l'estomac, ont acquis une pression considérable.
Les expériences de Riihle ne nous apprennent donc rien de positif sur l'effort nécessaire pour vaincre mécaniquement la résistance de l'orifice cardiaque. — Nous ne savons pas non plus, dès lors, si l'énergie de la presse abdominale est suffisante, en soi, pour surmonter directement cette résistance,
Rûhle, à la fin de son travail, soulève une autre question très-importante , savoir si .la cessation de la résistance au cardia , cessation qu'il admet théoriquement , dépend d'un simple relâchement des fibres circulaires de cet orifice ou d'une contraction active des fibres longitudinales antagonistes des premières. L'auteur toutefois laisse le problème en suspens, sans essayer de le résoudre par l'expérience.
En définitive, les expériences de Riihle ne tranchent pas la question de savoir si, pendant le vomissement, il existe ou non un relâchement du cardia , indépendant de toute pression exercée par les parois stomacales, et elles ne nous offrent aucun moyen pour décider si ce relâchement, à sup-
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poser qu'il ait constamment lieu, est ou non indispensable à l'acte du vomissement.
J'ai communiqué, en 18(31, au Congrès des naturalistes allemands , à Spire , les ré.sultats d'une série d'expériences faites sur le môme sujet et d'après une méthode nouvelle. Ces expériences dont je réserve l'exposition détaillée à la prochaine leçon, démontrent que, pendant le vomissement, l'orifice cardiaque s'ouvre en vertu d'une contraction active de certains muscles de l'estomac, et que cette dilatation active est indispensable à l'acte du vomissement, attendu que la pression seule des muscles abdominaux et du diaphragme n'est pas suffisante pour vaincre mécaniquement la résistance qu'opposent à l'ascension du contenu stomacal le cardia et le bout inférieur de l'œsophage. — Dans la même communication j'ai confirmé le fait, signalé .déjà par beaucoup d'autres expérimentateurs, que, pendant le vomissement, l'estomac présente très-souvent, sur divers points de sa surface, des mouvements et des contractions qui peuvent se renforcer pendant les secousses du vomissement, et que ces mouvements n'ont pas de part active à l'effort mécanique par lequel les matières sont expulsées de l'estomac.
Pour compléter cet exposé historique, il me reste à vous " citer un travail sur le vomissement, publié l'année dernière par Giannuzzi. Les expériences de Giannuzzi, faites sur des animaux curarisés , tendent à démontrer que l'acte du vomissement dépend entièrement des contractions des muscles abdominaux et du diaphragme et que l'activité propre de l'estomac n'y joue aucun rôle essentiel. — Voici les données sur lesquelles l'auteur fonde son procédé expérimental. On sait que chez des animaux curarisés dont les muscles striés ne réagissent plus à l'irritation des centres et des troncs nerveux, il est possible de provoquer encore pendant longtemps des contractions stomacales, en galvanisant les nerfs pneumogastriques. Giannuzzi n'hésite pas à conclure de ce fait que tous les irritants qui , chez l'animal normal , sont