‹ Leçons sur la physiologie de la digestionChapitre 31 sur 43 · TOME DEUXIÈME · texte numérisé non relu

TOME DEUXIÈME

l'organe, peuvent résister sans se désorganiser. En voici un exemple. Il y a 6 ans, je voulus faire, devant une réunion de savants, l'expérience que je viens de vous décrire. Comme je ne pus trouver de chien assez petit, je fus obligé, faute de mieux, d'opérer sur un chien-loup, de taille moyenne et très-maigre. Je me fiais , pour le succès de l'opération , à la force musculaire de quelques-iins de mes collègues. Nous choisîmes le fil le plus fort que nous pûmes nous procurer ( celui qui sert ordinairement à la confection des fouets ) et après avoir mis en place le cylindre de métal et établi e nœud coulant, nous tirâmes sur les deux bouts avec toute notre force , jusqu'à ce que le fil menaçât de se rompre. Aucun des assistants n'avait le moindre doute que l'estomac ne fût radicalement écrasé. — Et néanmoins, au premier effort de vomissement que fit l'animal, après avoir reçu une dose de tartre stibié, son estomac se vida tout entier et de la manière la plus régulière possible. Il ne me resta d'autre parti à prendre que de sacrifier l'animal pour convaincre mes collègues, par l'inspection des pièces, que l'opération n'avait pas réussi. Et en effet, l'estomac, dans l'étendue de 'plus des deux-tiers de Vanneau embrassé par la ligature, ne portait ni rougeur, ni ecchymose, ni aucun autre signe visible de la compression violente qu'il venait de subir. La muqueuse seule était traversée par des extravasations un peu plus étendues.

Après avoir étudié les conditions mécaniques du vomissement des substances solides et liquides, j'ai voulu examiner si la réjection des gaz est soumise aux mêmes lois. Les gaz sont-ils rejetés de l'estomac en vertu d'une dilatation active du cardia, ou bien simplement par l'effet mécanique de la pression extérieure ou de l'augmentation de leur tension à l'intérieur du viscère ?

J'instituai d'abord quelques expériences préliminaires sur des chiens non opérés, de petite taille et de taille moyenne, en insufflant de l'air dans leur estomac, à l'aide de la sonde

œsophagienne. Ces insufflations furent suivies constamment (le la régurgitation presque immédiate de l'air, aussitôt que par son volume il avait produit une certaine distension de l'organe. Je ne réussis jamais à faire durer la distension de l'estomac au delà de quelques secondes. L'insufflation ascendante, par une ouverture pratiquée au duodénum sur l'animal éthérisé, fut suivie des mêmes phénomènes, c'est-à-dire de l'éructation très-prompte de l'air, dès qu'il avait acquis une certaine tension.

■ 11 y a deux manières d'interpréter ces résultats. Ou bien la tension (toujours très-modérée) de l'air a suffi pour vaincre mécaniquement la résistance du sphincter cardiaque, ou bien la présence de l'air dans l'estomac a agi à la façon de l'émétique, en irritant les muscles qui dilatent le cardia.

L'expérience décide en faveur de la dernière de ces deux hypothèses. Les animaux qui ont suU V écrasement circulaire de l'entonnoir cardiaque, 'perdent jpar cette opération la faculté de régurgiter les gaz que l'on a artificiellement introduits dans leur estomac. Je me suis amplement convaincu de ce fait chez plusieurs petits chiens auxquels j'ai fait les insufflations à l'aide de la sonde œsophagienne, peu de temps après l'opération au cardia , la plaie extérieure étant refermée et les animaux complètement réveillés de l'éthérisation. Après avoir insufflé une certaine quantité d'air, de façon à distendre modérément l'estomac, je retirai la sonde par un mouvement rapide. L'air ne fut pas rendu , comme dans les premières expériences (sans écrasement du cardia), et l'estomac resta distendu assez longtemps. Après quelques minutes, les animaux , visiblement gênés, commençaient à faire des efforts infructueux pour se débarrasser des gaz. Chez l'un des chiens que je continuai à observer pendant tout le reste de la journée , il ne survint pas uoe seule éructation, malgré des contractions souvent répétées des muscles abdominaux. — Le matin du

jour suivant je trouvai, à la palpation, l'estomac reveau, à très-peu de chose près, à ses dimensions normales. Les gaz avaient disparu. Où avaient-ils passé? — Avaient-ils été absorbés ? Cela n'est pas vraisemblable. — Avaient-ils été régurgités après le temps dobservation, pendant la nuit? J'étais sûr que pendant les premières 6 heures qui avaient suivi l'opération, aucun renvoi gazeux n'avait eu lieu. — Ou bien avaient-ils été évacués par l'intestin ? — Voici ce que j'observai, sous ce rapport, en répétant l'expérience sur un petit chien, porteur de fistule duoSénale. L'animal ayant subi l'écrasement de la portion sous-cardiaque et étant revenu de l'éthérisation , j'insufflai dans son estomac , de bas en haut, par la fistule duodénale, assez d'air pour produire une distension modérée du viscère, reconuaissable à la palpation et à la percussion. L'air ne fut pas régurgité; mais au bout de 4 à 5 heures le contenu de l'estomac avait déjà sensiblement diminué et en étudiant attentivement les progrès de cette diminution, je constatai qu'elle avait lieu non d'une manière continue, mais par petites saccades, à la suite de chacune desquelles un peu d'air s'échappait par la fistule duodénale. Ce fait nous donne la probabilité que, dans ces conditions, la plus grande partie de l'air est expulsée par le pylore; nous verrons d'ailleurs bientôt que l'im- 'possibilité où se trouvent les animaux opérés de régurgiter les gaz par le cardia , n'est pas seulement temporaire , mais qu'elle peut subsister pendant un temps relativement très-long.

Vous voyez , d'après ces dernières expériences , à quelle singulière méprise on s'exposerait si , comme l'a fait Riihle, on voulait déterminer la pression mécanique nécessaire pour vaincre la résistance de l'orifice cardiaque, en pratiquant des insufflations dans l'estomac et en mesurant la tension des gaz au moment de l'éructation. Comme je l'ai déjà dit — et j'insiste sur ce point — la présence des gaz dans l'estomac n'agit pas seulement par distension mécanique, mais elle constitue un

ii-ritant pour les muscles chargés de dilater le cardia. En vertu de cette irritation, cet orifice s'ouvre donc bien avant que les g-az aient acquis le degré de tension nécessaire pour vaincre l'occlusion de son sphincter.

Dans ces premières expériences, je n'ai insufflé dans l'estomac que des quantités d'air assez petites, pour observer les effets d'une distension modérée de l'estomac. Dans d'autres expériences, faites toujours après l'opération au cardia, j'ai rempli l'estomac d'une très-grande quantité d'air. Quelquefois cette opération a été faite à l'aide d'un soufflet, pour ne porter dans l'estomac que de l'air atmosphérique , et ceci dans un but spécial dont je parlerai tout-à-l'heure.

Après l'insufflation copieuse , la région épigastrique se montrait toujours fortement ballannée et les chiens, au comble de l'inquiétude, faisaient en vain tous leurs efforts pour expulser l'air. Cependant les contractions de la presse abdominale ne duraient pas indéfiniment et les animaux paraissaient peu-à-peu s'accoutumer à leur état, bien que l'oppression continuât à se trahir, chez eux, parla gêne de leurs mouvements et par leur contenance abattue. Ils ne marchaient qu'avec peine, se jetaient tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et refusaient toute nourriture. Chez deux chiens je trouvai, le lendemain de l'opération, la région épigastrique encore distinctement ballonnée et très-sonore à la percussion; toutefois le météorisme avait notablement diminué. Les animaux étaient encore très-abattus et n'avaient pas d'appétit, mais leurs mouvements paraissaient plus libres. Ces chiens ne faisaient pas l'impression d'animaux gravement malades ; néanmoins je jugeai inutile de prolonger l'état manifestement incommode dans lequel ils se trouvaient. Les ayant sacrifiés, je trouvai l'estomac encore fortement rempli de gaz; l'intestin en contenait aussi une proportion considérable. La muqueuse stomacale était d'un rose pâle, et, à l'exception de la région pylorique , elle paraissait un peu moins injectée qu'elle .ne l'est chez des animaux en digestion.

Chez deux animaux, les insufflations ont été faites, comme je l'ai dit, à l'aide d'un soufflet. L'air ayant séjourné quelque temps dans l'estomac, je l'en retirai et je le recueillis sous une cloche de verrer plongée dans une dissolution de chlorure de calcium. L'analyse des gaz démontra que dans ces deux cas, l'air atmosphérique avait subi des altérations analogues à celles qui ont lieu dans les poumons. L'oxygène était diminué et l'acide carbonique considérablement augmenté. Dans l'un des cas on' constata la présence d'un peu d'hydrogène carboné.

L'insufflation de gaz aptes à irriter localement la muqueuse stomacale, n'a pas été suivie de résultats différents de ceux qui précèdent. Le gaz acide carbonique p. ex. ne paraît pas être régurgité plus facilement, après l'opération au cardia, que l'air atmosphérique. A défaut de gaz acide carbonique pur, j'expérimentai avec un mélange composé de 73 O/o d'acide carbonique et de 27 O/o d'air atmosphérique. Ce mélange , introduit dans l'estomac, y fut retenu, malgré les efforts que l'animal fit pour le régurgiter.

Avant de quitter ce sujet, je tiens à vous faire remarquer que le vomissement consécutif aux irritations locales du tube digestif est sujet aux mêmes lois physiologiques et mécaniques que celui qui est provoqué par l'ingestion des émétiques. Ainsi la ligature ou toute autre irritation mécanique du pylore, la constriction artificielle de l'intestin grêle etc., ne produisent le vomissement qu'après avoir agi par voie réflexe sur les dilatateurs de l'orifice cardiaque.

Je signalerai à ce propos une erreur qui a été souvent commise pour expliquer le vomissement survenant à la suite des strictures ou des occlusions de l'intestin grêle. On a dit que les matières intestinales arrêtées au niveau de l'étranglement, donnaient lieu directement à des mouvements antipéristaltiques qui , se propageant de proche en proche jusqu'à l'estomac , faisaient refluer le contenu intestinal et provoquaient ainsi le vomissement. Sans doute il n'est pas

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rare de voir partir des ondes antipéristaltiques du point de l'étranglement (artificiel) ; mais ces ondes se succèdent à longs intervalles, et le vomissement que l'on observe dans ces cas, a lieu bien avant que la contraction de l'intestin ait eu le temps de se transmettre jusqu'à l'estomac, même à supposer, — et cette supposition est parfaitement arbitraire, — que l'onde antipéristaltique puisse progresser jusqu'au pylore par un mouvement continu et sans subir en chemin un seul temps d'arrêt. Rien ne nous autorise à considérer le vomissement du miséréré, p. ex., comme un effet mécanique direct du reflux, du mouvement rétrograde des matières intestinales arrêtées au'niveau de l'étranglement, car l'expérience démontre que les ligatures du jéjunum déterminent le vomissement même chez les animaux dont l'intestin est à-peu-près vide. Il est facile de se convaincre, dans ces derniers cas, que les matières rejetées proviennent uniquement de l'estomac et ne présentent pas les caractères du chyle intestinal; d'ailleurs en tuant les animaux pendant le vomissement et en examinant le contenu de leur intestin au dessus de la ligature, on le trouve toujours essentiellement différent de ce qui a été rejeté par la bouche, et dans l'estomac lui-même on ne trouve que des résidus alimentaires en partie chymifiés, qui ne présentent aucun des caractères des matières fécales.

Si nous tenons compte de tous ces faits, nous voyons que le vomissement consécutif aux irritations et aux étranglements de l'intestin (et du pylore lui-même) est un phénomène réjlexe ayant pour point de départ l'irritation des nerfs sensibles du tube digestif L'expérimentation confirme pleinement cette manière de voir. Le vomissement provoqué par un étranglement de l'intestin, s'arrête presque instantanément si l'on coupe les nerfs mésentériques qui cheminent à côté des vaisseaux de l'anse étranglée. Il va sans dire que cette opération doit être faite de manière à ne pas rendre nécessaires des ligatures de vaisseaux, et à éviter

les irritations trop vives qui pourraient être suivies de péritonite aig-ue. L'inflammation du péritoine, dans ce cas, deviendrait une nouvelle cause de vomissement.

Ajoutons en terminant que les vomissements qui surviennent dans le cours de la péritonite ou qui succèdent aux lésions de la veine porte et de l'enveloppe séreuse du pancréas, ainsi que toutes les autres formes du vrai vomissement, exigent comme condition mécanique indispensable la dilatation active de l'orifice cardiaque.

M. Patry, dans une communication adressée à l'Académie de Médecine (Tome XXVIII, 1862), communication que nous ne Connaissons pas dans l'original , mais dont un extrait a été donné par M. Valentin dans son rapport annuel (1863, pag, 120), décrit le mécanisme du vomissement d'après une observation faite sur un jeune homme atteint de plaie perforante de l'abdomen. M. Patry dit avoir observé une contraction énergique des fibres longitudinales de l'œsophage, avant l'acte de la déplétion de l'estomac, et il attribue à cette contraction la dilatation de l'orifice cardiaque.

Sommaire: Acden du système nerveux sur le mécanisme du Tomissement, et en parliculier sur la dilatation active du cardia. — Le grand sympathique est étranger i cette dilatation. — Effets de la section des pneumogastriques au cou sur les mouvements rbyllimiques du cardia et de la partie inférieure de l'œsophage. — Constriction de ces parties. — ReUchement tponlanë et temporaire du cardia paralysé. — Vomituritions et vomissement provoqués par la section de la paire vague. — Effets de l'émétique après l'incision circulaire de l'œsophage sous le diaphragme et après l'avulsion des accessoires de Willis. — Le vomissement n'est pas rendu mécaniquement impossible par la paralysie des nerfs du cardia, mais il devient rare et incomplet par le défaut de coordinaiion des mouvementi parliCDiitrg qui le composent.

Messieurs ,

Les expériences dont je vous ai donné une description détaillée, trop détaillée peut-être, dans la dernière leçon, vous ont montré que l'estomac joue un rôle actif dans le vomissement. Examinons aujourd'hui de quelle manière le système nerveux influence cet acte et par quelles voies il en règle l'accomplissement coordonné.

Je commence par vous rappeler encore une fois que la section des nerfs moteurs de l'estomac n'entraîne pas l'im-

mobilité de cet organe; qu'au contraire toutes les contractions que nous voyons exécuter à l'estomac normal pendant la dig-estion, ou à la suite de certaines irritations nerveuses, sont encore parfaitement possibles, chacune isolément, après l'abolition de l'influx nerveux central , pourvu qu'une irritation locale vienne frapper tel ou tel point de l'estomac. Comme je vous l'ai fait observer déjà à une autre occasion, les centres et les troncs nerveux ne sont pas la cause ni la source des mouvements , mais les agents destinés à en opérer la coordination harmonique, dans tous les cas où cette coordination ne résulte pas directement de la disposition anatomique des muscles eux-mêmes. L'acte du vomissement réclamant le jeu simultané -et harmonique de beaucoup de muscles, il est facile de prévoir, d'après le principe qui précède, qu'un mécanisme aussi complexe devra se ressentir bien plus^profondément de la paralysie des nerfs que le mécanisme très-simple qui préside p. ex. à l'enchaînement et à la succession régulière des mouvements stomacaux pendant la digestion. Ces mouvements, en effet, peuvent se passer d'un centre d'action réflexe , comme le démontre surabondamment l'expérience directe. — Il faut cependant nous garder d'aller trop loin dans nos prévisions, et de déclarer a priori le vomissement absolument impossible après la section des nerfs , comme il le serait , par exemple, après la désorganisation des muscles dont il dépend.

Je viens de vous dire que tous les mouvements propres de l'estomac, s'ils ne sont pas engendrés par l'intermédiaire des nerfs, peuvent être provoqués occasionnellement par les irritants périphériques. Le mouvement particulier que l'estomac exécute pendant le vomissement, est sujet à la même loi. Supposez qu'après l'écrasement des muscles sous-cardiaques , la partie inférieure de l'œsophage et le cardia luimême se dilatent sous l'influence d'un irritant local, et que cette dilatation coïncide fortuitement avec des contractions

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énergiques des muscles abdominaux et du diaphragme, provoquées par un émétique , on observera, dans ce cas , un véritable vomissement. Nous ne tarderons pas à voir que des combinaisons fortuites de ce genre se réalisent en effet dans quelques cas; mais alors le mode d'apparition du vomissement, sa physionomie, sa durée permettent toujours de le distinguer à première vue du vomissement régulier et normal.

Les seuls nerfs intéressés à la dilatation réflexe du cardia, sont les troncs réunis de la dixième et de la onzième paire. Aucune donnée anatomique ou physiologique ne nous permet d'attribuer, sous ce rapport, la moindre part active aux rameaux du grand sympathique. Je me suis assuré, par des expériences répétées, que l'extirpation du ganglion cœliaque ne porte aucune atteinte au mécanisme du vomissement, et que les animaux opérés de la sorte réagissent exactement comme dans l'état normal, à l'ingestion du tartre stibié ou de la poudre d'ipécacuanha. — Il n'en est pas de même après la section des pneumogastriques au cou.

Au début des recherches que j'ai instituées à ce sujet , j'ai observé un fait, probablement insignifiant pour le mécanisme du vomissement, mais qu'ici je ne veux néanmoins pas passer sous silence. — Ce fait est relatif à la forme des mouvements stomacaux, observés lors des vomituritions, avant et après la section de la paire vague au cou. Vous savez comment j'observe les mouvements de l'estomac. Je donne à manger à l'animal, je l'éthérise, et j'ouvre largement la cavité abdominale. S'il s'agit d'étudier les effets immédiats de la section des nerfs, je commence par isoler ceux-ci sur l'animal éthérisé, et je passe, sous chacun d'eux, une ligature lâche, qui, plus tard, me sert à soulever les nerfs, pour en faire la section. Cette section est faite rapidement, d'un seul trait, et avec un instrument très-tranchant, afin de ne pas provoquer de mouvements stomacaux par l'irritation mécaniq.ue des nerfs. La ligature elle-même ne doit pas ir-

ri ter la surface des nerfs. Vous savez que daus ces conditions, lorsque tout l'acte préparatoire de l'opération s'est passé sans violence , les mouvements de l'estomac- peuvent être nuls ; ils peuvent manquer même après la section, bien faite, des deux pneumogastriques. — Mais, dans beaucoup de cas, on observe, à la surface de l'estomac, dès l'ouverture des parois abdominales, les mouvements légers et les froncements que je vous ai décrits autrefois. Maintenant on laisse l'animal revenir un peu à lui-même, sans toucher aux nerfs et en garantissant l'estomac d'un refroidissement trop rapide; puis on injecte une dose d'émétique dans la veine jugulaire; on voit alors assez souvent , au début des vomituritions , les mouvements de l'estomac gagner en extension et en énergie, ou bien des contractions se déclarer en des points qui n'en avaient pas présenté d'abord. Jusqu'ici rien de particulier; mais si , après s'être bien pénétré de la physionomie de ces mouvements, on attend qu'il se déclare une forte vomiturition pour couper rapidement les deux pneumogastriques, on constate régulièrement que les contractions stomacales changent aussitôt de caractère. — Ce n'est pas qu'elles perdent de leur énergie, loin de là ; mais leur forme et leur mode de propagation ne sont plus les mêmes. Ainsi, p. ex., une contraction qui, avant la section des nerfs, se propageait du pylore jusque vers la région du grand cul-de-sac, ne dépassera plus le milieu de l'estomac, mais en revanche procédera par sillons plus profonds; — ou bien les ondes antipéristaltiques qui auparavant se succédaient uniformément et à intervalles tout-à-fait réguliers, perdront cette uniformité et prendront un caractère dicrote, c'est-à-dire que toujours deux ondes se suivront rapidement après chaque intervalle de repos; ou bien encore les mouvements plus prononcés d'abord du côté de la petite courbure, s'afîaibliront pour se renforcer du côté de la grande courbure. Il me serait difficile de caractériser d'une manière plus précise ces modifications du mouvement stomacal , dont le caractère est

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essentiellement polymorphe et varie d'un cas à l'autre. La seule particularité que je voulais sig'naler à votre attention, c'est que ces modifications se rencontrent très-fréquemment lorsque les pneumogastriques sont coupés sur l'animal en proie aux efforts des voraituritions, tandis qu'elles manquent chez l'animal non soumis aux effets de l'émétique , si toutefois, — et ceci est essentiel, — la section des nerfs est faite d'un seul trait et de façon à éviter autant que possible toute irritation mécanique. Je n'ai pas besoin d'ajouter que ces mouvements modifiés ne sauraient influencer en rien le vomissement lui-même, puisque nous avons reconnu que toutes les contractions des portions bien visibles de l'estomac mis à nu, n'ont aucune part essentielle à l'effort mécanique qui vide l'estomac, même lors de l'intégrité des perfs.

Mais quels seront les effets de la paralysie nerveuse sur les mouvements de la portion cardiaque , mouvements si essentiels à Taccomplissement régulier du vomissement? S'il est vrai que les nerfs moteurs du cardia sont contenus dans les pneumogastriques, et si c'est par action réflexe que cet orifice se dilate sous l'influence de l'émétique, nous devons nous attendre à des perturbations très-marquées du mécanisme du vomissement, après la section de la paire vague ou après la destruction isolée de ses rameaux gastriques. L'expérience confirme pleinement cette prévision.

Avant d'aborder le problème relatif au vomissement, il importe de nous rendre exactement compte des suites qui résultent de la section des pneumogastriques pour les mouvements du cardia et de la partie inférieure de l'œsophage, indépendamment du vomissement. Deux opinions contradictoires ont été émises à ce sujet. Beaucoup d'auteurs ont dit, sans le prouver, qu'après la section des vagues, le cardia et l'œsophage se trouvaient dans un état de relâchement permanent, et que, rien ne s'opposant à l'ascension du contenu stomacal, les animaux vomissaient au moindre effort. — D'autres observateurs, — et cette opinion paraît être la

plus répandue aujourd'hui, — admettent que chez les animaux privés des pneumogastriques, les fibres circulaires du bout inférieur de l'œsophag-e entrent dans une contraction tonique et permanente, dûe à la paralysie des fibres dilatatrices antagonistes. Cette contraction produirait un ob.stacle assez considérable pour arrêter le bol alimentaire au dessus du cardia; il s'en suivrait une accumulation des produits de la déglutition dans la portion thoracique de l'œsophage qui se viderait de temps en temps par simple régurgitation; faits qui nous ont déjà sufiisamment occupés, pour que je n'aie pas à revenir ici sur leur démonstration expérimentale. — Mais quels sont, eu tout ceci, les phénomènes que présente localement l'orifice cardiaque?

Si sur un animal qui vient de subir la section des nerfs vagues au cou, on pratique, à travers une fistule stomacale spacieuse, le toucher du cardia, on perçoit avec le doigt, immédiatement après l'opération, des mouvements fréquents de dilatation et de constriction. C'est le mouvement alternant du cardia, signalé par Magendie, mais .devenu plus rapide et beaucoup plus irrégulier. Au bout de quelques minutes, parfois déjà après une minute, ces mouvements cessent, et peu-à-peu il s'établit une constriction énergique du canal œsophagien immédiatement au dessus de l'orifice cardiaque. Cette constriction persiste pendant un temps assez long, souvent jusqu'à la mort des animaux; mais elle n'est pas absolument permanente. A rares intervalles, le cardia et le bout inférieur de l'œsophage se relâchent très-sensiblement et étreignent moins fortement le doigt qui les explore; quelquefois même la constriction est presque nulle. Ces intervalles de relaxation ne sont que très-momentanés et l'état de resserrement ne tarde pas à renaître. — En outre on perçoit, de temps en temps, un petit déplacement alternant de l'entonnoir cardiaque, comme si cette portion de l'estomac était attirée à droite et à gauche, ou bien en arrière et en avant, déplacement causé

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probablement par des contractions locales de la tunique musculaire.

Le relâchement du cardia dont je viens de vous parler , est bien distinct du mouvement dilatatoire qui, chez l'animal à pneumogastriques intacts, alterne régulièrement avec le resserrement péristaltique des différents anneaux du sphincter œsophagien. La dilatation, dans ce dernier cas, n'existe à un moment donné que dans l'un des niveaux du canal, et toujours, dans le même moment, le canal est resserré à un autre niveau; la dilatation, ainsi que la constriction, ne fait que changer de place, et elles se suivent à intervalles réguliers. — Après'la section des nerfs, au contraire, le relâchement s'étend rapidement à toute la longueur du canal que l'on explore ; il ne coïncide pas avec une constriction existant à d'autres niveaux; c'est, en quelque sorte, une diminution passive et momentanée de la contraction de toute la portion de l'œsophage accessible au toucher, phénomène dont le point de départ est tantôt à l'extrémité supérieure, tantôt à l'extrémité inférieure du canal. — Il n'y a, dans le mode d'apparition de ce relâchement, rien de régulier, rien qui rappelle le mouvement péristaltique; "en outre, il a lieu rarement et à intervalles très-inégaux ; tantôt c'est après 6 ou 7 minutes de constriction tonique, tantôt après ^ ou 13 minutes seulement qu'il se reproduit. — Enfin, dans la plupart des cas, sa durée est beaucoup moindre que celle de la dilatation que l'on observe lors de l'intégrité des nerfs; il ne se maintient généralement qu'un tout petit moment, pour faire place de rechef au resserrement spasmodique qui l'a précédé.

Ce resserrement presque permanent de la portion inférieure de l'œsophage, que plusieurs auteurs, avant nous, ont déjà mentionné comme l'une des suites ordinaires de la section des pneumogastriques au cou, ne conserve pas indéfiniment le môme degré d'intensité. — La constriction diminue peu-à-peu; parfois, chez le chien, elle disparaît

déjà après 7 à 8 heures; le plus souvent, c'est après 24 heures ou plus tard encore, qu'elle commence à perdre sensiblement de son énergie. Chez les chiens porteurs de fistule stomacale, qui ont survécu plus de 3 ou "de 4 jours à l'opération, j'ai toujours observé qu'au bout de ce temps, l'occlusion du cardia était notablement plus faible que durant le premier jour. Les troubles de déglutition, à cette époque, sont aussi beaucoup moins prononcés. — Lorsque je forçais les animaux à avaler des morceaux de viande, il survenait plus rarement des mouvements de régurgitation, et l'examen par la fistule démontrait que les morceaux arrivaient jusque dans l'estomac. Je n'ai pas fait d'expériences directes relatives à la déglutition des liquides; tout ce que je puis dire, c'est que passé 24 heures, les animaux opérés boivent, et qu'ils régurgitent de plus en plus rarement l'eau avalée. J'ajouterai encore que jamais je n'ai vu, après la section des vagues au cou, se rétablir les mouvements ré-, guliers de constriction et de dilatation que la portion cardiaque de l'œsophage présente à l'état normal. — Aussi longtemps que les animaux survivaient, l'orifice cardiaque présentait un état d'occlusion modérée, interrompu, à intervalles très-inconstants, par le relâchement momentané que je vous ai signalé il y a un instant.

Tels sont les phénomènes qui 'succèdent àja section des pneumogastriques au cou. — L'incision circulaire de la portion sous-diaphragmatique de l'œsophage, opération qui ne paralyse que les rameaux gastriques de ces nerfs, est suivie à très-peu de chose près des mêmes résultats. Seulement, dans ce cas, les troubles de déglutition ont généralement une durée beaucoup moins longue. — Je n'ai pas d'expérience sur les effets immédiats de . cette opération. Tout ce que j'ai pu constater sous ce rapport, c'est qu'immédiatement après l'incision de sa tunique externe, l'œsophage examiné à sa surface, n'a pas l'aspect contracté. Mais quand, après avoir fermé la plaie de l'abdomen, on introduit le

doigt par la fistule stomacale, avant mêm-e que l'animal soit entièrement réveillé de l'éthérisation, l'obstacle existe déjà à l'orifice cardiaque et ne cède qu'à des efforts assez considérables. Si alors on pénètre par force dans la portion susdiaphrag-matiquc du canal, le doigt est vigoureusement embrassé et comprimé par l'œsophage. — Il y a donc, après la section des rameaux gastriques des vagues, comme après celle des troncs de cette paire, une période de contraction bien prononcée du cardia et du bout inférieur de l'œsophage. Quand, pendant l'acte de l'incision circulaire, ou n'a pas trop profondément lésé ni trop violemment irrité l'œsophage, cette contraction se maintient pendant un temps bien moins long qu'après la section des pneumogastriques au cou. — Au bout de 12 à 18 heures, la plupart de mes animaux avaient recouvré la faculté d'avaler des substances solides et liquides ; les aliments parvenaient jusque dans leur estomac, et l'occlusion du cardia, à en juger d'après le toucher, était redevenue modérée. Cet état de resserrement léger persistait ensuite aussi longtemps que les animaux restaient en vie. Les mouvements rhythmiques de l'œsophage, décrits par Mageridie, avaient complètement disparu.

Je crois vous avoir indiqué, déjà précédemment, comme cause probable de ce phénomène en apparence spasmodique, l'irritation du bout périphérique des nerfs coupés, occasionnée peut-être par une inflammation de leur surface de section. Je ne me dissimule pas les graves difficultés qui s'opposent à cette manière de voir et qui, je le sais bien, ne sont pas suffisamment écartées par mes expériences. Car il serait bien possible que la constriction de la partie inférieure de l'œsophage ne fût autre chose que la suite de la paralysie complète de cette portion du canal et l'effet du raccourcissement élastique de ses fibres circulaires. — J'aurais adopté de préférence cette manière de voir , si elle ne rendait pas très-difficile l'explication du relâchement qui succède à la constriction, malgré la persistance de la paralysie. Aussi

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