‹ Leçons sur la physiologie de la digestionChapitre 32 sur 43 · TOME DEUXIÈMB · texte numérisé non relu

TOME DEUXIÈMB

n'ai-je exprimé l'opiaion qui précède, qu'à titre d'hypothèse. Des recherches ultérieures doivent être dirigées sur ce point obscur (l).

Je ne reviendrai pas sur le vomissement factice que l'on observe quelquefois chez les animaux qui ont subi la section des pneumogastriques au cou et qui continuent à prendre de la nourriture après l'opération. Plusieurs auteurs déjà ont expliqué et décrit en détail ce phénomène. Nous savons que, dans ces cas, c'est le contenu de l'œsophage seul qui est régurgité , tantôt après une accumulation de matières assez considérable pour provoquer le regorgement, comme chez le lapin, tantôt presque immédiatement après l'arrivée du bol alimentaire jusqu'au niveau du rétrécissement, comme

(I) Des recherches toutes récentes, qui ne sont pas encore terminées, me mettent à même d'ajouter à ces données quelques détails nouveaux. Je me suis assuré que ce qui empêche le bol alimentaire de parvenir dans l'estomac durant le premier ou les premiers jours après la section de la paire vague au cou, c'est l'absence des mouvements pérlstaliiques de la partie inrérieure de l'œsophage. Ces mouvements qui souvent subsistent encore pendant les premiers moments qui suivent l'opération, peuvent, ainsi que je l'ai TU, se rétablir au bout de un, de deux, ou même de trois jours. — La diminution du diamètre œsophagien dont il est question dans le texte, vient souvent (et peut-être toujours) compliquer, pendant un certain temps, cette suppression des mouvements périslaltiques, sans pour cela augmenter le trouble de déglutition déjà existant. C'est donc à tort que j'ai désigné lu premier de ces phénomènes, c'est-à-dire la diminution du diamètre œsophagien, comme la cause essentielle de la dysphagle. Le rétrécissement en question paraît être dû moins à une contraction active qu'à la suppression de la dilatation passive que les fibres élastiques de celte région subissent par l'atflux des liquides qui, dans l'état normal, y sont continuellement refoulés par suite des mouvements des parties supérieures du canal pharjngo-œsophagien. Cette distension passive n'ayant plus lieu, les fibres circulaires de la paroi œsophagienne peuvent élasliquement revenir sur elles-mêmes. On voit, par là, que l'expression de cUlare hermétique du bout inférieur de l'œsophage, expression qui s'est glissée dans le texte de la leçon 33, pag. î578, où il est question des effets de la section des pneumogastriques au cou, ne doit pas être prise dans le sens lilléral. Cette expression s'appliquerait avec plus de justesse à l'état que présente le cardia immédiatement après la section des rameaux gastriques des vagues au dessous du diaphragme; mais, d'après les détails qui ont été donnés sur celte expérience pag. SI2, le lecteur comprendra qu'il s'agit ici de l'effet passager qui résulte de l'irrllalion directe et mécanique du bout inférieur de l'œsophage.

{Note ajoutée par le Professeur pendant la correction des épreuves).

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cela s'observe chez le chien. Les aliments, dans ces conditions , sont rejetés avant d'être arrivés dans l'estomac , et précisément parce qu'ils n'y arrivent pas. — Je vous ai exposé autrefois les preuves expérimentales de toutes ces assertions, et il est inutile de nous y arrêter encore une fois. — Nous avons à nous demander actuellement: Comment le mécanisme du véritable vomissement est-il influencé par la section des pneumogastriques ?

Si autrefois on a commis l'erreur de regarder le vomissement comme une conséquence régulière et inévitable de cette opération, si l'on a cru que la paralysie des vagues entraînait, dans la plupart des cas, des vomituritions fréquentes et prolongées, en revanche la découverte plus récente de la constriction œsophagienne et du vomissement factice qui en est la suite, a fait tomber plusieurs auteurs dans l'erreur opposée. On a déclaré que la section des pneumogastriques n'est jamais suivie de véritable vomissement , et qu'en thèse générale cet acte ne saurait être provoqué par l'opération elle-même. On est allé plus loin, et l'on a dit que les animaux privés des pneumogastriques, étaient mis dans l'impossibilité absolue de vomir, même si on leur injectait à dessein une dose d'émétique dans le sang.

J'ai déjà fait observer, dans mon Traité de Physiologie, en 1859, ce que ces opinions ont de trop exclusif. Sans nier que dans beaucoup de cas, le vomissement consécutif à la section des vagues, ne soit en effet et pour plusieurs raisons qu'un vomissement apparent, il est hors de doute , d'autre part, que cette opération ne crée point une impossibilité absolue du véritable vomissement. Nous verrons bientôt dans quelles conditions cet acte peut encore avoir lieu malgré la paralysie nerveuse. Disons à l'avance que ces cas sont loin d'être aussi rares qu'il pourrait sembler à première vue.

Chez beaucoup de chiens, j'ai vu survenir spontanément,

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peu de temps après l'opération, des voinituritions bien caractérisées, alors môme que les animaux n'avaient rien mangé dans l'intervalle et que par conséquent rien ne pouvait être resté dans leur œsophage. Ils se tenaient d'abord, pendant quelque temps , avec la tête baissée et la bouche entr'ouverte; puis survenait une inspiration plus profonde que les précédentes, suivie bientôt de contractions brusques et répétées des muscles abdominaux. Pendant ces secousses, les hypochondres s'enfonçaient profondément et, en palpant la région du foie, il n'était pas difficile de sentir aussi le diaphragme se contracter avec énergie. Après un certain nombre de secousses, venait un intervalle de repos et c'est seulement alors que l'expiration avait lieu. — Ces phénomènes se répétaient ensuite par périodes plus ou moins rapprochées. Souvent quatre ou cinq séries d'efforts de vomissement se succédaient, à intervalles irréguliers, en restant tout-à-fait infructueux, c'est-à-dire sans amener une expulsion quelconque de matières liquides ou solides, ni même de gaz.

— Dans beaucoup de cas, le bruit caractéristique de l'éructation qui accompagne toujours les efforts du vomissement chez l'animal normal, manquait pendant plusieurs séries de vomituritions et, à la dernière seulement, un peu d'air s'échappait avec bruit par le pharynx; quelquefois aussi les vomituritions se terminaient par le rejet d'une petite quantité de mucosités et de salive, probablement avalées par l'animal en proie aux nausées et accumulées dans l'œsophage. Mais si l'on continuait attentivement l'observation,

— et ceci est important, — le véritable vomissement du contenu stomacal ne faisait pas toujours défaut. Le vomissement n'est donc pas mécaniquement impossible après la section des pneumogastriques, mais il est rendu beaucoup plus difficile. Toutefois , objectera-t-on , est-ce bien de l'estomac que provenaient les matières rejetées dans ces derniers cas ? — N'est-il pas possible qu'une partie du contenu stomacal ait reflué de l'estomac dans l'œsophage, déjà avant

le commencement des vomituritions, en vertu des contractions stomacales eng-eudrées par l'irritation des nerfs vagues au moment de leur section, ou engendrées plus tard, par une autre cause quelconque? Dans ce cas, les matières déjà engagées dans les parties inférieures de l'œsophage, auraient" été non vomies , mais simplement régurgitées par l'effet de la presse abdominale. — C'est en prévision de cette objection, assez spécieuse, que j'ai institué l'expérience suivante :

Je soumets des chiens de grande taille à un jeûne assez prolongé pour pouvoir supposer leur estomac vide, et je leur coupe les pneumogastriques au cou. Immédiatement après cette opération, je pratique, dans la portion cervicale de l'œsophage, une ouverture par laquelle j'introduis une longue sonde métallique , pouvant être poussée jusque dans l'estomac. Par cette sonde j'injecte dans l'estomac une quantité modérée ( tout au plus 200 cent. cub. ) d'aliments semi-liquides et facilement reconnaissables , comme p. ex. de la bouillie de riz ou d'amidon. Je fais passer ensuite, par toute la longueur de la sonde, un cylindre solide, espèce de piston avec lequel je refoule toute la masse injectée jusque dans la cavité stomacale, de manière à ne laisser aucun résidu ni dans la sonde ni dans l'œsophage en retirant l'instrument. La sonde étant retirée, je délie l'animal, non éthérisé au préalable. — Les efforts de vomissement qui succèdent si fréquemment à la section des pneumogastriques au cou, ne tardent pas à se déclarer et, après quelques séries de vomituritions, l'animal rejette par la bouche, comme dans les expériences précédentes, une quantité plus ou moins grande de salive écumeuse, avalée pendant les nausées et provenant évidemment de l'œsophage. Tous les animaux de cette série ont présenté ce phénomène. — Mais tôt ou tard , chez 7 chiens sur 12 , j'ai vu une ou même plusieurs périodes de vomituritions se terminer par l'expulsion d'une partie des matières injectées par la sonde, sur la provenance des-

quelles, par conséquent, il ne pouvait pas y avoir le moindre doute. C'était bien le contenu stomacal qui avait été vomi. — 11 est clair que, dans ces 7 cas, aucune parcelle des matières injectées ne pouvait être restée dans l'œsophage; encore moins peut-il être question ici d'un reflux préalable du contenu stomacal, provoqué par les contractions brusques de l'estomac, lors de la section des pneumogastriques, puisque, dans mes expériences, cette section est antérieure à l'injection; enfin le vomissement n'est pas explicable par la trop grande réplétion de l'estomac, réplétion qui aurait pu favoriser un regorgement passif du contenu stomacal à travers le cardia paralysé, par l'action des mouvements d'expiration renforcés que l'on voit toujours survenir après la section de la paire vague. En effet, l'estomac des animaux était vide avant l'expérience et le volume de l'injection ne dépassait jamais 200 cent. cub.

Mais ce vomissement ne survenait pas, à beaucoup près, avec là même régularité que chez les animaux à pneumogastriques intacts. — Toujours il était précédé de longues vomituritions infructueuses ; plus tard encore , ' lorsque les vomituritions se prolongeaient, il ne se répétait que toutà-fait exceptionnellement; et enfin, comme je vous l'ai dit, 5 chiens opérés sur 12 n'ont pas du tout vomi , bien que leurs vomituritions, comme je m'en suis assuré très-positivement, ne fussent pas moins énergiques que celles des 7 autres animaux.

Il paraît donc que le vrai vomissement, dans ces" dernières expériences , ne s'est effectué que .par un concours exceptionnel des circonstances essentielles à sa production , et que c'est la coordination régulière, le jeu simultané de certains mouvements, lors des vomituritions, qui est dérangé par la paralysie des pneumogastriques.

Mais comment nous représenter la cause" des nausées et des vomituritions qui succèdent à la section de la paire vague? — Il est très-vraisemblable que ces phéno-

mènes sont dûs à l'irritation traumatique du bout central des nerfs coupés. — L'expérience démontre que l'irritation du bout central à'u7i pneumogastrique coupé, provoque rapidement des vomituritions qui se terminent toujours par le véritable vomissement, si l'autre pneumogastrique est intact. La même action réflexe qui engendre les vomituritions, devra se produire aussi après les irritations centrales des deux nerfs coupés; mais ici nous savons que le véritable vomissement ne peut s'accomplir qu'exceptionnellement. Eh bien! les changements moléculaires que la section occasionne dans les extrémités centrales des nerfs, paraissent constituer, à eux-seuls, des irritants suffisants pour provoquer les vomituritions énergiques et répétées que l'on voit presque toujours succéder à , l'opération. A cette première cause vient plus tard s'en ajouter une autre, dépendant des irrégularités de la déglutition, je veux dire l'irritation locale exercée sur les terminaisons du laryngé supérieur ( non compris dans l'opération ) par les mucosités retenues dans le pharynx et dans l'œsophage (1).

Nous avons discuté assez en détail, dans une des leçons précédentes, les effets de la déglutition irrégulière, pour que je n'aie pas besoin de vous rappeler qu'une irritation modérée des nerfs sensibles de la partie supérieure de l'œsophage produit d'abord des mouvements de déglutition; mais que si l'irritation se renforce et persiste, elle provoque le vomissement.

Ainsi, tandisqu'à l'état normal les vomituritions sont constamment accompagnées d'un mouvement réjlexe de dilatation active du cardia^ mouvement sans lequel l'expulsion du contenu stomacal n'est pas possible , nous voyons ,

H) C'esl apparemment la même cause, savoir la rélentlon des mucosités et des restes alimentaires dans l'o-sophage qui quelquefois chez les chiens et les renards auxquels on a coupé l'un des pneumogastriques , occasionne les elTorls de vomissement qui succédeul presque à chaque repas, souvent plusieurs semaines encore après l'opération. C« n'est que peu-à-peu que ces vumissemenlii pcrdcnl de leur fréquence, et «prés un certain temps ils cessent tout à-fail. S

après la section des nerfs moteurs du cardia, que cette dilatation qui fait partie intégrante du mécanisme du vomissement, ne s'effectue plus en harmonie complète avec les contractions des muscles abdominaux et du diaphragme. Il s'en suit que les vomituritions restent le plus souvent infructueuses. Cependant, comme elles se répètent un grand nombre de fois, il peut arriver qu'à un moment donné elles coïncident fortuitement ave'c le relâchement spontané du cardia que nous avons précédemment étudié, et alors l'estomac pourra se vider d'une partie de son contenu.

Ce raisonnement trouve sa confirmation dans les phénomènes que l'on observe sur les animaux qui ont subi depuis quelque temps l'incision circulaire de l'œsophag-e et auxquels on administre l'émétique. Remarquez en premier lieu que la section des rameaux sousdiapliragauatiques des vagues, si elle a été faite de façon à éviter les tiraillements trop violents de l'œsophage , n'est que très-exceptionnellement suivie d'efforts de vomissement. Toutes les fois du "moins que l'opération avait bien réussi, je n'ai pas vu survenir de vomituritions chez mes animaux. — Eh bien, lorsque, plusieurs semaines après l'opération , on fait avaler aux chiens, d'ailleurs tout-à-fait bien portants, et quelque temps après leur repas, une dose modérée de tartre stibié, on voit se déclarer, chez eux, des efforts de vomissement aussi promptement que chez des chiens normaux. Il importe, comme vous le verrez tout-à-l'heure, de n'administrer l'émétique que trèsprudemment et par petites doses que l'on augmente en tâtonnant, jusqu'à ce que l'on ait atteint l'effet voulu. — Les premières vomituritions sont toujours infructueuses; elles se succèdent 3, 4, 5 fois, à intervalles de plus en plus rapprochés, et les animaux ne vomissent pas, tout en ayant l'estomac plein. Ils sont très-inquiets; la tête basse, ils se traînent d'un coin à l'autre, leur respiration est bruyante et entrecoupée, et ils s'épuisent littéralement en efforts de vomissement presque continuels et infructueux. Après

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quelque temps , ils sont pris de diarrhée et pendant l'acte môme de la défécation, de nouvelles contractions spasmodiques des muscles abdominaux viennent ébranler tout leur corps. J'ai vu plusieurs de mes animaux rester pendant 4 et môme 5 heures en proie à cet état pitoyable et les vomituritions ne cesser qu'après que de nombreuses évacuations alvines avaient éliminé le poison. Quand la dose d'émétique avait été un peu trop forte, bien que de beaucoup inférieure à celle qui est encore bien supportée par des chiens normaux de même taille, la mort survenait après une agonie plus ou moins longue et toujours excessivement pénible. Alors les vomituritions cessaient complètement, une fièvre intense s'allumait , et les animaux , de plus en plus affaiblis, se couchaient en gémissant pour ne plus se relever.

Eh bien , dans ces expériences , comme après la section des pneumogastriques au cou, j'ai pu me convaincre que le vrai Domissement ne fait pas toujours défaut. Quelquefois, après 10 ou 12 séries de vomituritions infructueuses , Hue petite quantité du contenu stomacal était rejetée par la bouche; puis aussitôt recommençaient les efforts sans réjectioû, pouvant durer une heure et au delà, jusqu'à ce que le vrai vomissement se renouvelât encore une fois. Dans d'autres cas, le vomissement ne survenait qu'après 1 ou 2 heures de pénibles efforts, pour se répéter, plus ou moins abondamment, encore une ou deux fois plus tard, mais toujours à intervalles tout-à-fait irréguliers. Jamais l'estomac ne fut vidé complètement, et, même en cas de vomissement, si la dose d'émétique avait été trop forte, les animaux succombaient de la même manière que ceux qui n'avaient pas vomi.

Colin, dans sa Physiologie comparée des animaux domestiques, rapporte des faits analogues, observés sur des animaux ayant les rameaux externes des pneumogastriques coupés sous le diaphragme. Cet auteur paraît avoir obtenu, un peu plus fréquemment que nous, à l'aide de l'émétique,

le vomissement incomplet du contenu stomacal, quoique lui aussi déclare ce phénomène rare chez les animaux opérés de la sorte. Cette différence ne doit pas étonner si l'on considère que Colin n'a excisé que les rameaux œsophagiens externes de la dixième paire , tandis que , dans nos expériences, tous les nerfs gastriques de cette paire étaient coupés dans l'intérieur de la paroi œsophagienne.

Ces observations nous montrent encore une fois le vomissement empêché par la non-coordination des mouvements qui le composent et l'expulsion du contenu stomacal rendue possible seulement par une coïncidence fortuite et exceptionnelle de ces mouvements.

Les fibres nerveuses qui président aux mouvements réflexes du cardia, étant toutes contenues dans les troncs des nerfs vagues au cou, nous avonfe à nous demander si le vomissement dépend plus particulièrement des fibres originaires des pneumogastriques ou de celles des nerfs spinaux ou accessoires de Willis. Les faits ne donnent pas, jusqu'ici, une solution certaine et définitive de ce problème. Tout ce qu'il m'est permis d'inférer des données expérimentales que je possède sur cette question, c'est que si le spinal ne préside pas exclusivement aux mouvements stomacaux indispensables au vomissement, au moins il en est l'excitateur réflexe essentiel et prédominant.

J'ai arraché les deux spinaux à des chats adultes éthérisés. Quand, au réveil, les animaux accusaient une dyspnée considérable, je pratiquais dans leur trachée une très-petite ouverture qui pouvait être bouchée à volonté et que je refermais dans la suite; puis j'abandonnais les animaux à euxmêmes, jusqu'à l'amendement des troubles généraux. Quelque temps après , généralement déjà avant la guérison de la plaie cutanée, je leur faisais faire un repas abondant (dans plusieurs expériences ce repas a précédé l'avulsion des spinaux), puis j'administrais une dose d'émétique. — Les premières vomituritions, qui ne tardaient pas à se déclarer, res-

taient toujours complètement infructueuses ; elles se répétaient, avec une grande énergie, pendant une demi-heure, une heure, et c'est seulement alors qu'un peu de contenu stomacal était vomi. Plusieurs de mes chats ont présenté , pendant tout ce temps, un spectacle aussi pénible que les chiens empoisonnés par le tartre stibié après la section des vagues ; ils se tordaient quelquefois 2 heures et même 3 heures, dans des vomituritions convulsives incessantes, avant de pouvoir rejeter une bouchée du contenu stomacal; puis, aussitôt après la réjection , les efforts à vide recommençaient. Très-rarement les chats ont vomi déjà après les premières 4 ou 6 séries de vomituritions ; et ici encore, le vomissement était de rechef suivi de longs efforts infructueux. La violence des efforts était souvent telle que la langue des animaux prenait une couleur violacée et que leurs yeux paraissaient sortir des orbites. — Lorsque, pour rétablir la réplétion primitive du viscère , j'injectais dans l'estomac , à l'aide d'une sonde élastique , un peu d'eau chaude, aussitôt après qu'une réjection avait eu lieu, le vomissement ne se répétait pas immédiatement et il s'écoulait 1 heure, 1 '/j heure même, avant que l'animal parvînt à rendre de nouveau un peu de contenu stomacal. Ce second vomissement était souvent moins copieux encore que le premier. Chez deux chats seulement j'ai vu les vomituritions durer jusqu'à la mort , sans produire une seule fois le vomissement ; leur estomac cependant était bien rempli et la presse abdominale chez eux agissait avec autant d'énergie que chez les autres animaux qui étaient parvenus à vomir.

Ce qui distingue ces résultats de ceux que nous avons obtenus après la section des pneumogastriques chez les chiens , c'est qu'après l'arrachement des spinaux , tous les animaux, à l'exception de 2, ont vomi incomplètement au moins une ou deux fois dans le cours de l'expérience, toujours, il est vrai, avant et après de longs efforts infructueux. Vous vous rappelez que chez les chiens ayant subi

l'incision circulaire de l'œsophage , le vomissement faisait l'exception et manquait dans la majorité des cas.

S'il est permis de comparer entre elles ces deux séries d'expériences, bien que la première soit faite sur des chiens et la seconde sur des chats, nous pourrions en déduire que la dilatation du cardia se fait un peu plus facilement ou du moins un peu plus souvent après l'avulsion des accessoires de Willis qu'après la section des pneumogastriques (1).

Il ressort de tout ce qui précède que les muscles longitudinaux du cardia, en tant qu'ils coopèrent à l'acte réflexe du vomissement, ont pour rôle essentiel d'établir une large communication entre la cavité stomacale et la portion thoracique de l'œsophage, au moment oii la force destinée à vider l'estomac, c'est à dire, la presse abdominale, entre en action. La communication doit être large^ pour plusieurs raisons qui ressortent des rapports anatomiques de la portion abdominale de l'œsophage. En effet , au moment où l'estomac rempli d'aliments vient à être comprimé par le diaphragme et par les parois abdominales, il tend à se rapprocher de la colonne vertébrale et par là à infléchir obliquement en arrière la portion sousdiaphragmatique de l'œsophage. D'autre part l'extrémité supérieure de cette portion, fixée

(1) Il De faut pas oublier que la paralysie de la paire vague et spécialement celle de* spinaux crée un premier obstacle au vomissement eu rendant incomplète la fermeture de la glotte. Entre l'inspiralion profonde qui précède et l'expiralion qui suit le vomissement, la colonne d'air intrattioracique ne peut donc pas acquérir le même degré de tension qu'à l'état normal , et il manque une des conditions mécaniques qui servent à ûxer le tronc dans la position de l'effort. Cette circonstance cependant n'enire pour rien dans les résultais que nous avons obtenus, puis(iu'après l'extirpation des spinaux (qui renferment tous les nerfs moteurs du larynx ) le vomissement n'a pas été empêché à un plus baul degré qu'après la section des vagues au cou. iNous savons très-bien d'ailleurs que mémi après la paralysie de tous les muscles intrinsèques du larynx, la fentô glottique se ferme îiu moment du vomissement, grâce à un mécanisme particulier qui est sous la dépendance ■les constricteurs du pharynx; mats ce mécanisme lui-même n'entre en action qu'oprè» que le contenu stomacal est remonté Jusqu'au pharynx. Il ne saurait donc contribuer en rien h retenir l'air dans les poumons et à fuciliti'r l'cfforl proprement dit qui expulse In» matières do l'estomac. 8.

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par des adhérences solides au diaphrag-me , est entraînée par la contraction de ce dernier et inclinée en avant. Ce double déplacement, dont résultent deux plis saillants dans l'intérieur du canal , joint au brisement de sa direction rectiligne, serait très-peu favorable à l'expulsion du contenu stomacal, si les muscles du cardia ne dilataient pas largement l'orifice cardiaque et ne compensaient ainsi l'étroitesse de l'espace creux situé au dessus. Chez l'homme et chez les carnivores , cette dilatation peut se faire d'autant plus aisément que la portion abdominale de l'œsophage n'a pas une longueur considérable. Plus cette longueur s'accroît et plus l'estomac s'éloigne du diaphragme , plus aussi les forces agissant sur la paroi antérieure du viscère devront le repousser en arrière et faire dévier l'œsophage. L'inflexion du canal augmentera en proportion de cette déviation, et son lumen se trouvera de plus en plus rétréci par un pli saillant dans son intérieur qui pourra devenir une véritable valvule et intercepter complètement le passage des matières. La dilatation^ du cardia qui n'est pas illimitée , ne suffira plus, dans ces conditions, à rétablir la communication entre l'œsophage et l'estomac et le vomissement ne pourra plus s'effectuer.

Ceci nous explique pourquoi les herbivores chez lesquels la portion sousdiaphragmatique de l'œsophage est relativement très-longue, ne vomissent jamais ou seulement trèsexceptionnellement et après des efforts extraordinaires , bien que chez eux, comme chez les autres mammifères, l'énîltique produise des vomituritions parfaitement caractérisées.

Avec cette remarque nous n'entendons pas diminuer la valeur des observations anatomiques qui , chez certains herbivores, ont révélé d'autres empêchements mécaniques du vomissement. Disons cependant que les particularités de la structure du cardia, signalées p. ex. chez le cheval, et considérées par quelques auteurs comme un obstacle absolu au vomissement, ne se retrouvent pas chez d'autres

herbivores tout aussi incapables que le cheval d'accomplir cet acte. Nous n'hésitons pas à affirmer que le cheval ne vomirait pas avec plus de facilité , lors même que ses muscles œsophagiens ne présenteraient pas la disposition exceptionnelle et spirale, qui manque chez les ruminants.

Nous aurions à nous occuper en dernier lieu des mouvements de la partie thoracique de l'œsophage pendant le vomissement. Comme je n'ai pas fait, à ce sujet, de recherches spéciales, je dois me borner à vous signaler les résultats des expériences qu'ont faites sur ce sujet Legallois et Béclard. Ces auteurs ont vu que pendant le vomissement les fibres longitudinales de l'œsophage entrent énergiquement en contraction.

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