SUPPLÉMENT AUX LRÇONS XI ET XII DU VOL. I
latation des vaisseaux auriculaires qui faisait encore des progrès manifestes 10 à 12 minutes après l'irritation , c'est-à-dire , trèslongtemps après que les réactions sensibles des animaux avaient entièrement cessé (1).
Tel est l'ensemble de faits que M. Lovén a « trouvés » relativement à la dilatation active des vaisseaux de l'oreille externe du lapin.
Dans le troisième chapitre de son mémoire, M. Lovén découvre en premier lieu l'analogie qui existe entre les phénomènes de l'hypérémie active de l'oreille du lapin et la rougeur que font naître, dans la peau de l'homme, diverses irritations locales accompagnées de douleur. Cette remarque n'est toutefois pas aussi nouvelle que l'auteur semble le croire , car , dès 1859, dans l'ouvrage que nous venons de citer, M. Schiff fait ressortir très explicitement la même analogie , ainsi que son importance pour l'explication de certains phénomènes de congestion irritative (2).
Plus loin, M. Lovén, désireux d'établir la généralité du phénomène qu'il a observé dans l'oreille du lapin, se met à la recherche d'un autre district périphérique apte à montrer la dilatation vasculaire, suite d'une irritation sensible. Comme l'irritation ne doit porter que sur un nerf sensible, sans intéresser directement des fibres vasomotrices en rapport avec la région observée, l'auteur a quelque peine à trouver un nerf et une artère adaptés à son but; toutefois il finit par découvrir dans l'artère saphène et dans le nerf dorsal du pied les objets désirés. Il coupe le nerf dorsal du pied et en irrite le bout central, en même temps qu'il observe, dans la région poplitée, les changements de calibre de l'artère saphène. L'irritation portant sur un nerf situé plus bas que l'artère observée, il ne saurait y avoir, comme l'auteur le fait très-justement remarquer, propagation directe de l'irritation sur les fibres v^so.motrices du vaisseau.
Dans cette recherche, comme dans les précédentes, M. Lovén s'est placé en face d'un problème qui, à son insu peut-être, a été depuis longtemps résolu à l'aide d'une méthode à la fois plus sûre et plus concluante que la sienne. Cette méthode permet de produire une dilatation « irritative » réflexe de tous les vaisseaux d'une extrémité postérieure, sans que l'irritation puisse frapper directement un seul nerf vasomoteur en rapport avec le membre observé. Dans l'ouvrage déjà cité, M. Schiff indique (page 94) l'expérience suivante :
(1) Lnt. cil. pag. 93.
(2) Luc. cit. pag. 94.
on isole et l'on irrite, à leur sortie de la moelle épiuière, les racines postérieures sensibles du plexus sciatique. Cette irritation qui n'est que de très-courte durée, engendre, dans les vaisseaux de la jambe correspondante, tantôt une dilatation, tantôt une constrictiou, phénomènes qui se traduisent par des changements très-notables de la température du talon. (Ces expériences sont faites sur des chats). M. Schiff a noté, eu harmonie avec M. Lovén, que le réchauffement initial, c'est-à-dire la dilatation vasculaire primitive, ne se vérifie que dans quelques cas isolés, qu'il en est d'autres où l'irritation sensible commence par produire le refroidissement, c'est-à-dire la constrictiou vasculaire, et il ajoute que sans connaître exactement les conditions qui déterminent l'un ou l'autre de ces phénomènes réflexes, il penche vers l'opinion que c'est à l'intensité et à la durée de l'irritation sensible que doivent probablement être rapportées les différences observées (1). — Déjà antérieurement M. Schiff avait démontré l'existence d'une dilatation active pour les vaisseaux des extrémités, en coupant les nerfs vasomoteurs constricteurs et dilatateurs de la jambe, et en constatant que toutes les excitations qui, chez l'animal non lésé, produisaient, par action réflexe, le réchauffement et la rougeur congestive de cette région, avaient perdu cet effet après la section des nerfs. M. Lovén a essayé d'obtenir expérimentalement les phénomènes
(I) J'ai intli((ué, en plusieiu's endi'oits de mes écrits, que l'anémie leniporaire (|ui précède quelquefois la dilatation des vaisseaux auriculaires, après l'irrilatiou centrale du nerf auriculo-cervical coupé, n'est pas une conslriclion véritable, mais un état de collapsus des vaisseaux , causé par l'arrêt momentané du cœur. Cette explication est juste pour beaucoup de cas, ainsi que je l'ai démontré dans ce cours. La suspension momentanée des battements du cœur , à la suite des fortes irritations sensibles , a du reste déj<à été aperçue par Magendie, chez les lapins et quelquefois aussi chez les chien."!. Plus lard Cl. Bernard en a également fait mention dans ses Leçons. Toutefois il est des cas dans lesquels, après l'irritation centrale du nerf auriculo-cervical, la coustriction des vaisseaux de l'oreille persiste plus longtemps que ne dure l'arrêt du cœur. Ces cas s'expliquent par le fait que l'artère contractile de l'oreille du lapin , comme je l'ai montré , se resserre énergiqnement cbaijue fois que l'animal est sous le coup d'une impresMon vive (telle que la frayeur, la douleur, etc.) qui provoque chez lui des mouvements brusques ou des cris. Dans ces conditions, l'irritation douloureuse du bout central de l'auriculucervical n'a rien de spécifique et agit comme toute autre irritation sensible. Après la seclion du sympathique auriculaire, je n'ai Jamais observé, en répétant la même expérience, une constriclion vasculaire persistant plus longuement que l'arrêt du cœur. Tel est égjilcmcnl le résultat des expériences que j'ai fuites, dans ce cours, sou* les )eux de mes audileuis. — Je ne nierai pas absolument que les vai.sseaux auriculaires ne