SUPPLÉMENT AUX LEÇONS XI ET XII DU VOL. I
jaunâtre on les voit successivement passer au rouge clair jusqu'au rouge écarlate le plus intense , suivant les diverses excitations qui viennent frapper l'animal. M. Scliiff, ayant irrité les nerfs cérébro-spinaux qui se rendent à ces appendices, réussit à produire directement l'hypérémie et l'état turgide de leur tissu , résultat qui rappelle exactement l'hypérémie de la glande sousmaxillaire après l'irritation de la corde du tympan. — L'expérience dont il vient d'être question, a ( té tout récemment répétée par M. Schiff à Florence, avec quelques modifications qui ont révélé des particularités nouvelles et intéressantes.
La section des nerfs qui , émanant de la moelle allongée , se rendent à quelques-uns des tubercules inférieurs d'un côté du cou, produit dans ceux-ci , exactement jusqu'à la ligne médiane , une coloration d'un rose pâle, correspondant à une turgidité moyenne des vaisseaux. Or, chez le dindon, les excitations nerveuses d'ordre différent produisent dans les appendices du cou, normalement innervés, deux états bien distincts. Quand l'oiseau mange ou qu'il court ou qu'on l'effraie, les appendices deviennent exsangues, d'un blanc sâle, et diminuent très-légèrement de volume. Eh bien, dans les lobes paralysés, ce changement de coloration n'a plus lieu; ils conservent leur teinte rose et paraissent alors plus foncés que les lobes sains de l'autre côté. — D'autres excitations , au contraire , produisent la turgidité , l'hypérémie et la roiigeur écarlate des tubercules; tel est le cas, p. ex. lorsque la jalousie de l'animal est excitée , lorsqu'il est frappé par des sons aigus plusieurs fois répétés, etc. On voit alors, à côté des appendices bypérémiés et rouges, se détacher très-nettement les lobes paralysés dont la coloration rose, beaucoup plus pâle, n'a pas varié. Si tous les nerfs qui vont aux appendices terminaux d'un côté, sont coupés, ce côté reste rose, tandis que l'autre côté et le reste des appendices non paralysés passent au rouge écarlate. Dans les loles privés de leurs nerfs, les vaisseaux ont donc perdu la faculté' de se dilater. — Cette expérience est assurément l'une des plus élégantes que l'on puisse faire sur les nerfs vasomoteurs dilatateurs. Elle est la reproduction ou, pour mieux dire, l'amplification , dans les couleurs les plus éclatantes, des phénomènes qui s'observent dans l'oreille du lapin.
Voici d'autres expériences qui démontrent l'analogie parfaite qui existe entre ces deux ordres de phénomènes. Si, après avoir coupé l'un des nerfs cervicaux en rapport avec les appendices , on en irrite le tronçon central , tous les tubercules du cou passent au rouge écarlate, à l'exception du lobe dont le nerf est réséqué.
538 PHYSIOLOGIE DE l.A. DIGESTION.
Lorsque, durant les premiers jours qui suivent la sectiou, on galvanise, avec un courant d'intensité modérée, le bout périphérique du môme nerf, on voit très-souvent le lobe correspondant prendre une teinte rouge foncée, mais si l'irritation est très-forte, il devient au contraire pâle et exsangue. Quand l'action du courant centrifuge n'est pas exactement limitée à la portion correspondant au nerf coupé, l'irritation, propagée sur d'autres nerfs sensibles, fait naître une coloration écarlate excessivement intense dans tous les lobes normalement innervés, tandisqu'elle produit l'anémie du lobe paralysé. Si l'on applique à l'un des appendices, privés de leurs nerfs, dans une distance convenable, les deux pôles d'un très-fort appareil d'induction, on voit les vaisseaux pâlir et se resserrer énergiquement aux points de contact des rhéophores ainsi que dans les couches contiguës à ces points, dans l'étendue de quelques millimètres, tandisqu'au delà de cette zône directement frappée par le courant, il y a dilatation manifeste des vaisseaux (du moins pendant les premiers jours qui suivent l'opération).
Ghez le dindon, la paralysie vasomotrice produit donc, dans les appendices du cou, un état dans lequel ces organes offrent une coloration constante et moyenne qui, à certains moments, ne diffère pas de celle des lobes normalement innervés, mais qui, à d'autres moments, est tantôt plus pâle, tantôt plus rouge que cette dernière. En présence de ces phénomènes, comment se soustraire à la conséquence si naturelle que les nerfs vasomoteurs contiennent à la fois des fibres présidant à la constriction, et des fibres présidant à la dilatation des vaisseaux?
Dans le dernier rapport annuel de M. Meissner, nous trouvons la note que M. Legros, en 1866, a produit expérimentalement chez des coqs et des dindons, le collapsus et l'anémie dés appendices jugulaires érectiles , en extirpant le ganglion cervical supérieur du grand sympathique. Ce résultat, suivant M. Legros, serait diamétralement opposé à celui que produit la section des nerfs vasomoteurs dans d'autres tissus non érectiles. M. Michon (ibid.) au contraire, en répétant les mêmes expériences, n'aurait pas constaté de changement appréciable dans la coloration ni dans la réplétion vasculaire des appendices jugulaires de ces gallinacés. ~ On voit que, selon les circonstances, l'une et l'autre de ces opinions peut être fondée et que la différence signalée par M. Legros entre la paralysie vasomotrice des tissus érectiles et celle des tissus non érectiles, n'est qu'apparente.
Cette note était déjà rédigée, lorsque M. Schiff me communiqua
SUPPLÉMENT AUX LEÇONS xr ET XII DU VOL. I. 539
les résultats suivants, obtenus par lui dans des expériences toutes récentes faites sur le même sujet. Ces expériences établissent une sorte de distinction anatomique entre les nerfs dilatateurs et les nerfs constricteurs qui se rendent aux vaisseaux des renflements inférieurs de l'appendice jugulaire des dindons.
Si, au lieu de couper les quatre nerfs qui vont aux caroncules terminales d'un crtté du cou, on en coupe seulement deux ou trois, c'est-à-dire si l'on n'abolit pas complètement l'innervation vasculaire de ces parties, on réussit quelquefois h paral3^ser isolément soit les nerfs constricteurs, soit les nerfs dilatateurs de l'un des renflements. On voit alors, suivant le cas, les tubercules incomplètement paralysés , prendre part encore à l'hypérémie active que produisent dans les appendices certaines excitations générales , mais se refuser à pâlir sous l'influence d'autres excitations qui produisent l'anémie des lobes normaux. Dans ce dernier cas , la non-participation à la constriction vasculaire se trahit par la coloration rose, moyenne, des lobes incomplètement paralysés. Il y a donc là paralysie isolée des nerfs constricteurs, sans paralysie des nerfs dilatateurs. -- Disons toutefois que dans les expériences faites jusqu'ici, les nerfs dilatateurs ont paru montrer un certain affaiblissement de leur activité, car, bien que la coloration rouge f\\t également intense des deux côtés, elle apparaissait un peu plus tard et mettait un peu plus de temps à s'établir complètement du côte opéré que du côté sain. Ici encore, l'eflfet devrait être inverse, si l'augmentation de la pression sanguine était la cause déterminante de l'augmentation de la rougeur. — Dans d'autres cas, on voit qu'après la section incomplète des nerfs, certains lobes des appendices ont conservé la faculté de pâlir, mais ont perdu celle de rougir sous l'influence des excitations qui produisent l'un ou l'autre de ces changements dans les lobes normalement innervés. — Il est même possible d'obtenir à la fois, sur le même côté opéré du même animal , des portions qui ne changent plus du tout de couleur et qui conservent toujours leur teinte rose moyenne, d'autres portions qui peuvent pâlir sans rougir, et d'autres qui peuvent rougir sans pâlir. A la suite de ces différentes lésions des nerfs vasculaires-, les lobes complètement ou incomplètement paralysés deviennent atrophiques dans l'espace de quelques semaines , ce qui constitue une analogie de plus avec les phénomènes qui s'observent dans d'autres tissus érectiles.
Si l'on voulait attribuer les changements de calibre des petits vaisseaux à une contraction ou à un relâchement des musclQ3 du
parenchyme intervasculaire, on ne changerait rien au fond de la question, mais on ne ferait que transporter hors des vaisseaux les agents mécaniques intervenant dans la production de la constriction et de la dilatation vasculaire active. Nous n'examinerons paa cette question, parce que nous voulons nous abstenir de toute hypothèse relative au mécanisme intime de ces phénomènes.
Supplément â. la leçon XXX du Vol. IL
tic l'absorpiion stomacale
{par M. Maurice Schiff).
Dans la trentième leçon de ce cours j'ai indiqué que chez les animaux à estomac simple la division de la muqueuse gastrique en une portion peptique et une portion non peptique paraissait être en rapport avec les deux attributions fonctionnelles les plus importantes de l'estomac, l'absorption et la sécrétion, et j'ai émis l'hypothèse que les segments non peptiques de la muqueuse étaient plus spécialement ou peut-être exclusivement destinés à l'absorption, tandis que le district peptique seul était chargé de sécréter le principe digestif. J'ai fait, depuis lors, quelques expériences pour examiner la valeur de cette hypothèse.
Bouley, ainsi que je l'ai dit, a depuis longtemps signalé le fait que, chez le cheval, la strychnine injectée à grandes doses dans l'estomac lié au pylore ne paraît pas être absorbée. En effet, dans ces conditions, Bouley n'obtint jamais de tétanos strychnique, tandis qu'il n'avait qu'à rouvrir la ligature du pylore pour voir en peu de temps se déclarer l'empoisonnement. - C'est en se fondant sur ces faits que Bouley crut pouvoir nier l'absorption de la strychnine dans l'estomac du cheval. — Si l'on regarde cette déduction comme fondée, c'est-à-dire si véritablement, dans l'expérience citée, la non-apparition des symptômes toxiques est due au défaut de l'absorption, l'estomac du cheval se comporterait tout autrement que l'estomac du chien, lequel, d'après les expériences de Magendie, absorbe rapidement l'eau, — et, d'après les expériences Je Colin, aussi la solution de strychnine. — Les obser-
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vations de Bouley ont été soumises à un nouveau contrôle, en 1852, par plusieurs savants Italiens, Perosino, Berruti, Triolani et Vella (1). Ces auteurs ont trouvé, comme Bouley, que, chez le chev^l, de grandes doses de strychnine, introduites dans l'estomac préalablement lié au pylore, ne produisent pas d'empoisonnement, tandis que le tétanos ne tarde pas à se déclarer lorsque l'on rouvre la ligature du pylore après quelque temps. Mais, observation nouvelle et importante, l'empoisonnement n'a plus lieu, si l'on rouvre la ligature après un intervalle beaucoup plus long. Cette dernière circonstance paraît indiquer que la strychnine, après avoir séjourné dans l'estomac au delà d'un certain temps, n'y existe plus comme telle ou a été absorbée. — Lorsque, au lieu de strj^chnine, on introduisait dans l'estomac ^lié au pylore) du ferrocyanure de potassium, ce sel reparaissait bientôt dans les urines. —
En présence de ces faits, les physiologistes de Turin se sont refusés à admettre que l'estomac, du cheval n'absorbe pas. Suivant eux, la strychnine absorbée par l'estomac serait directement éliminée dans les reins, avant qu'elle ait eu le temps de s'accumuler dans le sang jusqu'au degré nécessaire pour produire l'empoisonnement.
Cette opinion trouvait alors un point d'appui dans une théorie erronée qui, à cette époque, s'était introduite dans la science sous le patronage de l'école française, théorie qui admettait une sorte de mouvement rétrograde du sang dans la veine cave inférieure, permettant au produit de l'absorption de se rendre directement de l'estomac aux reins sans passer par le cœur et par la grande circulation. Il n'est plus nulle pai*t question aujourd'hui de cette conception théorique qui ne reposait pas sur le moindre fait d'observation et qui, il faut le dire, n'a jamais trouvé accueil auprès de la majorité des physiologistes. Néanmoins les faits que Perosino et ses collaborateurs ont communiqués à la Société de Biologie, méritent d'être très-sérieusement pris en considération.
Colin, plus tard, s'est prononcé également pour l'opinion qui nie l'absorption stomacale chez le cheval; en revanche, ayant lié le pylore sur des porcs et sur des chiens, et injecté dans l'estomac une solution de strychnine , il vit se développer eu très-peu de temps le tétanos suivi de la mort des animaux.
Ces expériences rendent très-probable que l'absorption stomacale, chez le cheval, est beaucoup moins vive que chez les autres mammifères à estomac simple. La différence, à supposer qu'elle ne soit
(1) Compltt-rindun el mémoiret de la Société de Biologie. T. IV, •1833, p. 167.