SUPPLÉMENT À LA LEÇON XXX DU VOL. II
en effet que quantilative, est en tout cas très-considérable. Or l'absorption stomacale ayant à remplir un rôle des plus important? pour Taccomplissement non seulement de la digestion peptique, ainsi qu'il a été démontré dans ce cours, mais aussi de la digestion intestinale, il serait bien étonnant, sinon incompréhensible, que l'estomac d'un mammifère quelconque présentât cette particularité exceptionnelle de ne pas absorber ou de n'absorber qu'en quantité minime les substances mises en contact avec ses parois, le pylore restant perméable. J'ai montré, dans la continuation de ce cours, en me basant sur des expériences personnelles et sur d'autres faites en collaboration avec Lucien Corvisart (1), que l'activité digestive du pancréas, vis-à-vis des corps albuminoïdes^ dépend essentiellement de l'absorption stomacale, et de plus, que la grandeur de l'absorption stomacale entre comme facteur déterminant dans la production du ferment pancréatique. Tous ces phénomènes auraient-ils lieu, chez le cheval, d'après d'autres lois que chez le reste des mammifères examinés jusqu'à ce jour? Cette conjecture me paraissant au moins hasardée, il était pour moi du plus haut intérêt d'examiner par de nouvelles recherches le point resté en litige entre Bouley et ses contradicteurs italiens. N'ayant malheureusement pas à ma disposition les animaux nécessaires, je fus obligé de chercher une autre voie pour me former un jugement sur cette question, sans recourir directement à l'expérimentation sur le cheval. Voici de quelle manière je crois être arrivé à mon but.
J'ai trouvé, contrairement à l'opinion de quelques physiologistes, que la particularité signalée pour l'estomac du cheval, n'est pas en rapport avec la structure spéciale et en particulier avec la résistance plus grande qui distingue la muqueuse gastrique de ce solipède. En effet, les mêmes phénomènes peuvent être reproduits chez d'autres animaux dont la muqueuse stomacale présente la structure ordinaire.
Je dois rappeler ici quelques expériences antérieures dont il a été déjà question dans ce cours, expériences qui démontrent que, chez le chat, des solutions de dextrine et d'albumine, injectées dans l'estomac vide, lié au pylore, y subissent constamment, dans l'espace de deux heures, une assez forte diminution de leur résidu sec, en même temps que l'estomac se charge de pepsine. Il n'est donc pas douteux que, chez le chat, des substances alimentaires
(Ij Le« résuiluli de ci expérience» «mil déjà publié» dan» un mémoire »péclaL
telle que la dextrine et la peptone, sont normalement absorbées par l'estomac, c'est-à-dire absorbées en quantité suffisante pour charger au degré normal les glandes peptiques et le pancréas. — Il y a quelque temps, j'ai occasionellement répété les expériences sur l'absorption stomacale avec de la dissolution de strychnine. — J'éthérisais les animaux, je liais le pylore et j'injectais, par une ouverture pratiquée dans la partie cervicale de l'œsophage, une dose de strychnine, variable suivant la taille de l'animal, mais toujours plus que suffisante pour amener la mort si le pylore n'était pas lié. L'œsophage était ensuite lié au dessous de l'ouverture. J'ai observé ces chats jusqu'à la 3t5™« heure après l'injection. Pas un seul n'a été empoisonné. Non seulement il n'y a jamais eu de tétanos, mais les animaux n'ont pas même présenté . l'augmentation si caractéristique de l'action réflexe, qui précède l'empoisonnement. A cet égard je dois cependant noter une exception, si tant est qu'elle mérite ce nom. J'avais injecté dans l'estomac d'un jeune chat à-peu-près le double de la dose mortifère. L'animal se réveilla environ 10 minutes après l'opération. Il ne tarda pas à se remettre sur ses jambes et à marcher tout-à-fait librement. Huit minutes plus tard, l'ayant légèrement touché, il fit un petit soubresaut et exécuta, avec ses pattes de derrière, un mouvement d'extension passager et très-faiblement accusé. Ce symptôme ne se répéta que 2 ou 3 fois, lorsque, pour effrayer l'animal, je frappai fortement sur la table. La réaction était si légère qu'elle ne produisait même pas d'hésitation dans la marche de l'animal; il ne s'arrêta pas un instant daus sa promenade; et probablement le phénomène eût passé inobservé par les assistants si je ne l'avais à dessein signalé à leur attention. C'était, si je puis m'exprimer ainsi, une vibration brusque plutôt qu'un soubrèsaut tétanique. Au bout do 10 minutes d'observation, ce symptôme avait disparu. L'animal fut laissé en vie pendant 16 heures sans plus montrer une trace de cette excitabilité augmentée. — Chez les 9 ou 10 autres chats qui ont servi à la même expérience, je n'ai rien observé de semblable.
D'après la doctrine de Bouley, il y aurait donc aussi chez le chat un défaut complet de l'absorption stomacale de la str.ychnine, bien que, chez ce carnassier, l'absorption stomacale normale soit assez vive pour subvenir aux besoins de l'activité digestive , si énergique chez tous les félins. Ces observations m'ouvraient donc la perspective de faire la recherche projetée sur l'estomac du chat et d'obtenir, selon toute probabilité, des résultats valables aussi