‹ Leçons sur la physiologie de la digestionChapitre 40 sur 43 · SUPPLÉMENT À LA LEÇON XXX DU VOL · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT À LA LEÇON XXX DU VOL

pour l'estomac du cheval. Je fus fortifié dans cette présomption par l'expérience suivante: ayant, avec la strychnine, injecté aussi du ferro-cyanure de potassium, je ne tardai pas à voir reparaître ce sel dans les urines. Il continua ensuite à être excrété pendant un temps assez long, exactement comme dans les expériences publiées par Perosino et ses collaborateurs. — Je le retrouvai même dans le sérum sanguin après avoir fait au chat une petite saignée de la carotide.

Mais dans tous ces cas, qu'était devenue la strychnine? — Sur quelques chats je rouvris la ligature du pylore 4 à 6 heures après l'injection du poison, et bientôt le tétanos se déclara. Au contraire, dans ceux des cas où j'attendis de 10 à 15 heures, avant de rouvrir la ligature, cette opération n'eut pas le moindre effet et les animaux restèrent en vie sans présenter de symptômes tétaniques,

— à moins toutefois que la dose de poison injectée dans l'estomac ne fût exorbitante. Le contenu stomacal retiré au bout de ce temps, filtré, condensé au bain de sable et injecté sous la peau à des grenouilles, ne produisit pas non plus de symptômes tétaniques.

— Le poison avait disparu, mais de quelle manière?

Avait-il été décomposé par le suc gastrique? Pour examiner ce point, je fis digérer de la strychnine pendant un certain nombre d'heures avec du suc gastrique artificiel de chat; au bout de ce temps, le mélange n'avait rien perdu de ses propriétés toxiques. —

La strychnine avait donc été absorbée. J'acquis la certitude de ce fait, lorsque j'examinai chimiquement l'urine des animaux , à différents intervalles après l'injection du poison. Mélangées avec un peu d'acide sulfurique et de bichromate de potasse, les urines montrèrent constamment une trace de la réaction violette, caractéristique pour la strychnine. La réaction apparaissait plus distinctement quand l'urine avait été préalablement concentrée au bain-marie. Dans un cas, d'abord douteux, j'obtins cette réaction d'une manière très-éclatante , après avoir évaporé l'urine presque à sec, traité le résidu par l'alcool avec un peu d'acide tartrique, évaporé â sec le liquide filtré, et traité ce dernier résidu par l'éther.

Dans tous ces cas il y avait eu , par conséquent , absorption et élimination de très-petites quantités de strychnine. Les quantités absorbées étaient minimes; ce qui le prouve, c'est que, dans un cas où l'urine donna une réaction violette bien visible, 20 cent, cub, du liquide, évaporés à consistance de sirop et mis sur la langue d'une grenouille, ne suffirent pas pour produire des crampes tétaniques. (J'insiste sur cette remarque, parce que, dans un

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article publié dans V Mparziale , de Florence (juillet 1867) sur le traitement de l'empoisonnement strychnique par la respiration artificielle, j'ai indiqué, probablement à tort, que dans les cas où les symptômes tétaniques s'amendent et finissent par disparaître, la strychnine ne reparaît pas dans les urines. Je me suis servi alors de la grenouille comme de réactif. On volt , d'après ce qui précède , que ce réactif n'est pas aussi sensible que l'épreuve chimique.

Je m'empresse de citer à cette occasion l'opinion émise par Cl. Bernard en 1865 (1) et plus tard aussi par Hermann (2) afin d'expliquer pourquoi le curare, quoique absorbé par l'intestin, ne produit pas l'empoisonnement caractéristique. L'absorption du poison, disent ces auteurs, est si lente qu'il est éliminé par les reins avant qu'il ait eu le temps de s'accumuler dans le sang jusqu'à la dose toxique. Cl. Bernard le prouve en extirpant les reins. L'élimination du poison ne pouvant plus se faire, il est retenu dans le sang et les animaux meurent. — Mes recherches, quoique portant sur l'absorption stomacale, m'eussent probablement donné un résultat analogue, si j'avais pratiqué l'extirpation des reins; mais, jusqu'ici, je n'ai pas encore tenté cette épreuve.

Voulant tirer parti de la sensibilité extraordinaire avec laquelle la pupille du chat réagit à l'action de l'atropine, j'ai répété les mêmes expériences sur de grands chats, en leur introduisant dans l'estomac, lié au pylore, de fortes doses de cet alcaloïde. Chez deux chats, traités dans le mode décrit plus haut, je ne pus constater aucun effet de l'atropine ni sur la pupille ni sur les autres fonctions du corps. L'un de ces chats vécut 48 heures. Le contenu de son estomac, filtré après la mort, et instillé dans l'œil d'un chien , n'exerça pas la moindre action sur la pupille. — Sur le second chat je découvris , 18 heures après l'injection , les deux nerfs pneumogastriques au cou et je les coupai. Cette opération eut pour suite de faire augmenter légèrement le nombre des pulsations du cœur ; l'irritation du bout périphérique des nerfs, à l'aide d'un fort courant d'induction , arrêta le cœur; l'irritation plus faible en ralentit les battements. L'atropine , dans ce cas , n'avait donc pas sensiblement affaibli l'activité des nerfs vagues, ainsi que cela s'observe lorsque le poison est abondamment absorbé. — Chez un troisième chat la pupille resta également mo-

(1) Revue des cours scientiflques, (86o.

(2) Berliner Arch. f. Analomie u. Physiologie, 1807.

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bile pendant toute la durée de l'expérience ; mais , environ une heure après l'injection du poison , il survint une dilatation modérée des deux pupilles. Exposées à la lumière , elles se resserraient prompteraent, mais très-incomplètement, en laissant une ouverture ronde d'environ 3 millim. de diamètre. Le soir, 4 heures après l'injection, les pupilles étaient encore modérément dilatées, quoique toujours mobiles ; mais déjà le lendemain matin ir n'y avait plus d'anomalie de leurs mouvements. Ces données suffisent pour montrer que , chez ce chat, il n'a existé, à aucun moment de l'expérience, une atropinisation bien marquée; car lors même que l'effet du poison se serait développé plus amplement durant la nuit, la mydriase se serait maintenue pendant un temps beaucoup plus long , comme il arrive invariablement après l'action locale de l'atropine sur l'œil ou après l'injection d'une quantité même très-modérée du poison dans le sang et dans le tissu cellulaire. - A un quatrième chat j'injectai dans l'estomac simultanément de l'atropine et du ferrocyanure de potassium. L'alcaloMe ne produisit aucun symptôme du côté des pupilles; le sel, au contraire, ne tarda pas à reparaître dans les urines.

La section des pneumogastriques, dans le premier temps après l'opération , affaiblit beaucoup moins les mouvements stomacaux chez le chat que chez le cheval. On ne pouvait donc pas s'attendre à voir réussir, chez le chat , l'expérience de Bouley, qui est rapportée pag. 390 et qui semblait démontrer la non absorption de la strychnine dans l'estomac du cheval, après la section des pneumogastriques. Mes expériences prouvent effectivement que , dans ces conditions, l'empoisonnement ne tarde pas à se déclarer chez le chat. — J'ai vu mes chats mourir tétanisés, que l'injection de strychnine fût faite soit immédiatement, soit quelques minutes après la section de la paire vague au cou. Le môme effet s'est produit quand, pour diminuer le volume de la substance toxique, volume qui aurait pu irriter mécaniquement l'estomac et en provoquer les mouvements, j'avais réduit la strychnine en poudre, et quand je l'ai introduite dans l'estomac , avec très-peu de mie de pain , à l'aide de la sonde œsophagienne poussée exactement jusqu'au cardia. Dans une de ces expériences , faites avec la solution de strychnine, j'ai rapidement lié le pylore et le bout inférieur du duodénum , environ 1 li2 minute après la mort de l'animal. Le liquide qui se retrouva dans le duodénum, contenait une quantité assez grande de strychnine. Il paraît prouvé, par là, que l'estomac, malgré la section des pneumogastriques, avait

poussé le liquide dans l'intestin et que c'est dans le duodénum qu'avait eu lieu l'absorption du poison.

Plusieurs fois j'ai obtenu des résultats tout-à-fait analogues chez des lapins, en injectant dans leur estomac lié au pylore de fortes doses de strychnine. Les animaux sont restés en vie pendant un très-grand nombre d'heures , sans présenter de symptômes tétaniques. Dans ces cas, je n'ai pas examiné les urines.

Il ressort de ces faits que l'explication proposée par Perosino et ses collaborateurs doit être essentiellement modifiée. Ce n'est pas parce que le poison est trop rapidement éliminé par les reins qu'il est empêché de déployer ses effets caractéristiques, mais parce qu'il est trop lentement aisorié par l'estomac, et qu'étant éliminé au fur et à mesure qu'il passe de l'estomac dans la grande circulation, il ne peut pas s'accumuler dans le sang jusqu'au degré qui produit l'intoxication. Cet effet, on le voit, est très-bien compatible avec une vitesse normale de l'élimination par les reins. Car, lorsque, par un procédé quelconque, on fait arriver dans le sang une quantité toxique de strychnine , l'urine en contient beaucoup plus que dans les cas précédemment décrits, malgré les effets généraux qui se produisent. Et s'il en est ainsi pour la strychnine, il n'y a aucune raison de supposer qu'il en soit autrement pour l'atropine. L'élimination par les reins n'est donc trop rapide que relativement à la quantité qui arrive dans le sang par l'absorption stomacale.

Il en est par conséquent de l'absorption stomacale de la strychnine et de l'atropine, comme de l'absorption intestinale du curare, absorption qui, suivant la judicieuse remarque de Cl. Bernard, est trop lente pour permettre l'apparition des symptômes toxiques. — Etant ainsi démontré que certains poisons sont absorbés avec une extrême lenteur par la muqueuse gastrique, tandis que, chez les mêmes animaux, d'autres substances (alimentaires, etc.) traversent facilement cette membrane, nos premières observations relatives au rôle que l'absorption stomacale est appelée à jouer dans la digestion, ne perdent rien de leur généralité.

Une fois fixé sur ces premiers résultats, il m'importait avant tout de répéter les expériences de Colin qui démontrent que, chez le chien , l'estomac absorbe rapidement la strychnine. J'ai pleinement confirmé ce fait. Des chiens à jeun et même en digestion, auxquels j'ai injecté de la strj'-chnine dans l'estomac lié au pylore , sont régulièrement morts en tétanos après quelque temps. Toutefois il m'a semblé que l'empoisonnement survenait

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