‹ Leçons sur la physiologie de la digestionChapitre 41 sur 43 · SUPPLÉMENT À I,A LEÇON XXX DU VOL. II · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT À I,A LEÇON XXX DU VOL. II

en général un peu plus tard que lorsque le pylore n'était pas lié. Quand, à des chiens de taille moyenne, on injecte dans l'estomac lié une dose létliale de strychnine, c'est ordinairement au bout de 35 à 45 minutes que se déclare le premier accès tétanique violent. L'empoisonnement se déclare beaucoup plus rapidement, quand la strychnine est injectée dans le duodénum, même lorsque celui-ci est lié à son extrémité inférieure et que, par conséquent, la surface absorbante se trouve être beaucoup plus petite que celle de l'estomac. De plus, j'ai cru remarquer que le temps qui s'écoule entre le premier accès tétanique et la mort, est plus long lorsqu.e le poison est absorbé par l'estomac que lorsqu'il l'est par l'intestin. Dans le premier cas les accès tétaniques se répètent plus longtemps , mais avec moins d'énergie que dans le second. — A part ces légères différences , on est donc obligé d'admettre , chez le chien , une absorption assez énergique de la strychnine dans l'estomac.

Ces expériences m'ont conduit à examiner directement, chez le chien , l'hypothèse qui a été émise , dans ce cours, touchant la diversité fonctionnelle des deux districts de la muqueuse gastrique. Comme on se le rappelle, je me suis cru fondé à admettre que les deux activités prédominantes de l'estomac , l'absorption et la sécrétion, activités toujours simultanément en jeu pendant la digestion , ont leur siège séparé dans les deux portions histologiquement distinctes de la muqueuse stomacale. Etant reconnu que la portion à glandes peptiques est la seule qui sécrète le principe digestif, il était assez naturel de supposer que les autres portions , non peptiques , de la muqueuse , servent plus spécialement à l'absorption. On sait que, chez le chien, les districts non garnis de glandes peptiques, sont : la portion pylorique, comprenant à-peu-près un cinquième de l'estomac , et le petit segment situé immédiatement au dessous du cardia. L'expérience qui déciderait la question de l'absorption serait , dans sa forme la plus simple, celle-ci: séparer, par une ligature, les districts peptiques et non peptiques de la muqueuse, injecter une dose de strychnine soit isolément dans le compartiment muqueux , soit isolément dans le compartiment peptique, et observer les effets. Malheureusement il n'est pas possible de faire l'expérience de cette manière, puisqu'il faudrait lier doublement l'estomac , et qu'ainsi la portion peptique, comprise entre les deux fils, serait privée de sa circulation. J'ai dû, en conséquence, me borner h séparer de la portion peptique centrale le segment muqueux pylorique, à l'aide

d'un ruban passé autour de la portion droite de l'estomac, et à injecter le poison par l'œsophage , au risque d'en voir absorber une petite partie par l'anneau muqueux sous-cardiaque. Si mon hypothèse était juste , cette absorption ne pouvait être ni aussi rapide ni aussi énergique que dans l'estomac lié au niveau du pj'^lore, puisque par la séparation de la portion pylorique, la surface absorbante se trouvait réduite à un minimum. Après l'injection, il va sans dire que l'œsophage devait toujours être immédiatement lié.

J'ai fait plusieurs fois cette expérience, mais sans arriver à un résultat bien net. — Deux chiens d'assez grande taille, sur lesquels je liai le segment pylorique et auxquels j'injectai la strychnine dans le compartiment gauche de l'estomac vide, moururent en tétanos après 40 et 45 minutes. Deux autres chiens, un plus grand et un plus petit, qui subirent la môme opération , survécurent. La dose injectée était à-peu-près le double de celle qui aurait suffi pour les tuer. — L'un d'eux, un caniche vigoureux, était encore alerte le jour suivant, sans avoir présenté le moindre symptôme tétanique. Je le sacrifiai et ayant retiré le contenu stomacal, il ne s'y trouva plus de strychnine. — L'autre animal, beaucoup plus petit , resta en observation pendant 5 heures, sans rien présenter d'anormal. L'observation fut interrompue; mais, 2 heures plus tard , on trouva l'animal mort. Il était étendu à terre, avec les membres fléchis. Le cadavi'e était chaud, et l'irritabilité des muscles existait encore. Aucun signe n'indiquait que des crampes tétaniques eussent eu lieu avant la mort. L'estomac contenait un peu de liquide muqueux avec des restes de pain ; dans ce liquide je trouvai une quantité bien appréciable de strychnine (1). (Je dois ajouter que cet animal , porteur de fistule biliaire ouverte, était déjà notablement affaibli lors de l'expérience).

Considérant que dans les expériences antérieures, avec ligatura de l'estomac au niveau môme du pylore, tous les chiens avaient été rapidement empoisonnés par la strychnine , au plus tard après 3/4 d'heure, tandis que dans les quatre observations rapportées en dernier lieu , deux chiens avaient survécu bien au delà de ce temps, j'aurais pu , avec quelque vraisemblance , en déduire que les 4/5°'es gauches de l'estomac n'absorbent ni si rapidement ni si sûrement que le cinquième droit, pylorique. Mais, on le voit bien, quelque peu absolue que soit cette conclusion , elle repose

(I) Heconnaissable même par l'épreuve sur la grenouille.

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