‹ Leçons sur la physiologie de la digestionChapitre 42 sur 43 · SUPPLÉMENT À LA LEÇON XXX DU VOL. II · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT À LA LEÇON XXX DU VOL. II

sur une base évidemment incertaine. En revanche , il n'y a pas lieu de soupçonner que la ligature ait affaibli l'absorption stomacale, soit en produisant une irritation locale, soit en empêchant la circulation dans la muqueuse. En effet, dans 3 des derniers cas (chez les 2 chiens empoisonnés et chez l'un des survivants) j'avais injecté dans l'estomac, avec la strychnine, du ferrocyanure de potassium, dont la réaction apparut bientôt dans les urines. En outre, chez aucun de ces 4 animaux, la muqueuse gastrique, examinée après la mort, ne portait les traces d'une hypérémie notable, sauf dans le voisinage immédiat de la ligature, où la muqueuse, des deux côtés du fil, présentait une petite strie rouge, moins large que la ligature elle-même.

On pourrait encore être tenté d'expliquer la non apparition des symptômes toxiques, chez deux des chiens en question, en disant que par la ligature de la portion pylorique, c'est-à-dire d'environ un cinquième de la muqueuse stomacale, la surface absorbante du viscère se trouvait diminuée au point de ne pas permettre l'entrée dans le sang d'une dose suflBsante de poison, — à supposer que l'estomac absorbât également bien dans toute son étendue. Mais cette objection n'est pas non plus admissible, puisque la dose de strychnine injectée dans l'estomac avec un peu de vinaigre, était environ le double de celle qui produit la mort. Aussi la diminution de la surface absorbante pourrait-elle expliquer tout au plus le retard, mais non pas la non apparition des symptômes toxiques.

Rien ne s'oppose donc, je crois, à tirer provisoirement de ces expériences la conclusion suivante: c'est que l'affaiblissement que l'absorption stomacale subit par l'exclusion de la portion pylorique, est plus considérable que celui qui devrait directement résulter de la diminution de la surface absorbante.

La contradiction existant entre les* résultats de cette dernière série, me conduisit à me demander encore si l'absence ou la lenteur de l'absorption, dans deux des cas rapportés, ne tenait pas peut-être à une autre cause sur laquelle Cl. Bernard a le premier attiré l'attention. Ce physiologiste a démontré que les glandes salivaires absorbent beaucoup plus difficilement, lorsque leur sécrétion est stimulée. Quelque chose d'analogue pouvait avoir eu lieu dans l'estomac de mes deux chiens qui avaient survécu. Bien que leur estomac fût vide au moment ou j'y injectai le poison , le liquide acide dans lequel il était dissous, avait peut-être irrité la muqueuse gastrique , et produit une sécrétion momentanément

augmentée, peu favorable à l'absorption. Pour examiner ce point, je fis une cinquième expérience sur un chien en digestion de pain et de lentilles, J'éthérisai l'animal dans la seconde heure de la digestion, je liai le segment pylorique, et j'injectai par l'œsophage une forte dose de strychnine. Déjà après 20 minutes, les accès tétaniques se déclarèrent, d'abord faiblement, puis avec une violence croissante, mais toujours en laissant entre eux de longs intervalles de rémission. Les crampes elles-mêmes n'étaient jamais de longue durée. L'animal ne mourut qu'après 44 minutes. — Cependant l'étranglement d'une partie de l'estomac n'avait-il pas interrompu la digestion et partant aussi la sécrétion commencée? On aurait tort de raisonner ainsi, car, dans d'autres expériences analogues, dans lesquelles j'ai tué les animaux 3, 4, et môme 6 heures après la ligature de la portion pylorique , j'ai toujours trouvé le contenu stomacal en pleine digestion. La preuve que l'activité digestive n'était pas abolie par la ligature, c'est que dans plusieurs cas où, après la mise en place du fll, j'avais injecté par l'œsophage de nouvelles masses alimentaires, ces masses se retrouvèrent après la mort dans un état manifeste de liquéfaction et de digestion. — Sans doute il n'est point encore prouvé par là que l'intégrité de la digestion se soit aussi maintenue pendant les premières 15 ou 20 minutes qui suivaient la ligature et l'injection du poison, et que l'absorption n'ait pas eu lieu précisément pendant ce premier ralentissement hypothétique de la sé=crétion stomacale, — mais ce n'est là qu'une simple possibilité , que je n'ai pas encore soumise à un examen spécial. — On voit que, dans toutes ces expériences , l'existence d'un anneau souscardiaque où il ne se fait pas de sécrétion peptique , oppose un obstacle insurmontable à la solution définitive du problème que nous avons en vue.

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