TOME DEUXIÈME
de doute qu'il ne s'était pas même digéré une fraction, une trace de l'albumine liquide, mise en expérience.
Essayons de nous rendre compte d'abord pourquoi cotte albumine n'a pas été modifiée. — La quantité absolue d'acide , qui se trouvait dans le liquide exposé pendant deux fois 24 heures à la chaleur de l'étuve, était sûrement suffisante pour modifier l'albumine, et nous avons mainte fois vu qu'un liquide acidulé an même degré, sam pepsine, modifiait l'albumine liquide en très-peu de temps. C'est donc dans la pepsine que nous devons chercher la cause de l'absence de la modification. Est-ce à la densité de la pepsine ou à celle du liquide, en tant que dissolution albumineuse, qu'il faut attribuer l'inactivité de l'acide? — Non, car le liquide n'était pas très-dense ; il contenait peu d'albumine, et nous avons vu des dissolutions albumineuses beaucoup plus concentrées se modifier, s'il n'y avait pas de pepsine, et se modifier encore, s'il y en avait et si les autres conditions de l'expérience étaient convenablement disposées. Ce dernier cas s'est même présenté à notre observation plus fréquemment que le premier. C'est donc la pepsine, en tant qu'agent spécifique, qui, dans ce cas, a dû empêcher l'acide d'agir sur l'albumine comme acide libre. Il s'en suit que la pepsine modifie par sa présence les propriétés de l'acide ou, ce qui revient au même, que la pepsine peut lier, vis-à-vis de l'albumine crue, une certaine quantité d'acide et l'empêcher d'agir comme acide sur l'albumine. Il y avait , dans le liquide du bocal N" 5, une quantité d'acide qui ne suflOisait pas ou qui suffisait tout juste pour acidifier la pepsine, mais il n'y en avait pas un excès qui , étant libre, pût modifier l'albumine. Tout l'acide s'était donc réuni à la pepsine, pour former avec elle le corps qui sert à digérer. — La présence de ce corps dans le mélange N° 5 nous est démontrée par l'expérience N" 6, où nous avons eu exactement les mêmes proportions d'acide et de pepsine qu'au N° 5, mais avec de l'albumiue solide, laquelle albumine solide a été complètement digérée.
Mais pourquoi l'albumine du N° 5 n'a-t-elle pas été digérée, comme celle du N* 6, si les deux bocaux contenaient la même quantité du corps qui sert à digérer? A cela il peut y avoir deux causes:
En premier lieu, l'albumine liquide, en se dissolvant dans le mélange digestif avant d'être digérée , a dû communiquer à ce mélange une densité plus grande. Cette aug-mentation de la densité, insignifiante, comme nous l'avons dit, pour la production de la modification acide, ne l'est pas pour l'activité du corps qui digère. Nous savons , par les expériences de Briicke, que si l'on ajoute de l'albumine liquide à un mélange qui digère très-bien par lui-même, la présence de cette albumine ralentit la digestion , la rend plus difficile, bien qu'en général elle ne l'empêche pas toutà-fait. Nous avons vu, en efifet, que dans le bocal N° 2, qui contenait, il est vrai, 0,6 pour 100 d'acide, au lieu de 0,52, mais une quantité beaucoup plus grande d'albumine liquide et en revanche une quantité beaucoup plus petite d'infusion peptique , nous avons vu, dis-je , que dans ce bocal l'albumine était modifiée et montrait peut-être même un commencement de digestion. Dans ce cas , l'acide avait suffi non seulement pour former, avec la pepsine, le corps qui digère, mais il en était resté un excès qui avait modifié l'albumine. Si néanmoins la digestion, dans ce mélange, ne s'est montrée que rudimeutaire , c'est que précisément la densité trop grande communiquée au liquide par l'albumine crue, en avait empêché les progrès.
Pour expliquer le défaut de tout commencement de digestion dans le mélange N" 5, il faut donc recourir à une autre hypothèse, déjà émise par Meissner, et en accord avec les faits que nous connaissons jusqu'à présent, savoir: que les corps alluminoïdes ne peuvent être digérés que s'ils ont préalablement subi la modification qui les rend insolubles dans l'eau. — Pour que cette modification puisse avoir lieu, il est néces.saire que le liquide contienne un excès d'acide
libre: si cet excès manque, et si la pepsine s'est emparée de tout l'acide ajouté au mélange , il n'y a que les corps albuminoïdes solides qui puissent être digérés, parce qu'ils sont déjà insolubles; ceux au contraire qui sont liquides et qui doivent d'abord devenir insolubles, se montrent réfractaires à la digestion. — En appliquant cette hypothèse aux expériences qui précèdent, nous arrivons encore une fois à la conclusion que la portion d'acide qui modifie l'albumine, n'est pas la même que celle qui, combinée à la pepsine, opère la digestion, et qu'une certaine quantité d'acide est toujours, en quelque sorte, occupée, liée par la pepsine même. L'agent de la digestion est donc un corps produit par la réunion de l'acide avec la pepsine; la présence seule de l'acide (c'est-à-dire la réaction acide du mélange) ne suffit pas et la pepsine doit , jusqu'à un certain point , avoir modifié les propriétés de cet acide.
S'il en est ainsi, une augmentation de l'acide, dans le liquide N" 5, aurait suffi pour produire la digestion de l'albumine liquide. Un excès très-faible d'acide pouvait, comme nous le savons déjà , suffire à rendre l'albumine insoluble dans l'eau et à en faire commencer la digestion. Mais ce premier obstacle vaincu, il en restait un second, celui qui résultait de la densité communiquée au liquide par l'albumine en dissolution, dès le début de l'expérience. Il aurait donc fallu un excès plus grand , une seconde augmentation de l'acide, pour neutraliser ce second obstacle à la digestion.
Le liquide N° 2, vous vous le rappelez, contenait de l'albumine crue et n'avait produit sur celle-ci qu'un très-faible commencement de digestion. Cependant les proportions d'acide et de pepsine, dans ce mélange, étaient exactement les mêmes que dans le mélange N" 1 , lequel avait très-bien digéré l'albumine sohde. — Dans l'expérience N" 3, nous avons ajouté à un mélange composé exactement comme N' 2, une seule goutte d'acide chlorhydrique, et la digestion de l'albumine liquide s'est montrée plus parfaite. Enfin un grand
excès d'acide, ajouté au même mélange N° 2, dans le vase • NM, a rendu la digestion de l'albumine complète. — Dans le mélange 5, nous avons essayé de remplacer l'excès d'acide par une augmentation de la pepsine; mais, d'après les explications qui précèdent , il n'aurait pas été difl&cile de prévoir le résultat de cette tentative. L'adjonction, à un liquide médiocrement acide, d'une forte proportion de pepsine, au lieu de rendre la digestion plus parfaite, devait, au contraire, la retarder ou l'empêcher, s'il est vrai que la pepsine s'empare de l'acide qui doit rester libre pour modifier l'albumine. Cette expérience, si heureusement réussie, nous a donné en effet la digestion la plus faible de toute la série, et, malgré la présence d'une grande quantité de pepsine, l'albumine n'a été ni digérée, ni même modifiée.
Ce sont des expériences analogues, faites occasionellement par Meissner et suivies à peu de chose près des mêmes résultats que les nôtres, qui, dès 1858, ont servi d'argument à cet auteur pour défendre sa thèse d'un acide peptique complexe ou chlorhydropeptique , qui serait le véritable agent - de la digestion. Ces expériences sont , en effet , les ««ules qui puissent être invoquées à l'appui de l'hypothèse qui envisage l'agent de la digestion comme une comUnaison de l'acide et de la pepsine, et nous croyons qu'elles suflSsent pour prouver que cette combinaison aTéellement lieu; elles montrent que la pepsine acidifiée qui digère, n'est pas une substance contenant de l'acide libre avec toutes les propriétés que cet acide avait avant de se combiner à la pepsine.
— Mais, ceci admis, nous ne pouvons pas aller plus loin ; nous ne sommes pas en droit de dire que la pepsine acidifiée soit équivalente à un acide complexe , lequel acide complexe aurait la propriété de se combiner avec le corps à digérer de la même manière que les acides se combinent avec les alcalis, — et moins encore que la digestion ne soit autre chose qu'une dissolution dans cet acide hypothétique.
— Je le répète, le produit de la digestion n'a pas les pro-
priétés d'im corps albnminoïde dissous dans un acide; et si nous voulions maintenir l'hypothèse qui admet cette dissolution dans un acide peptique particulier, nous serions forcés d'attribuer à cet acide des propriétés tellement distinctes de celles de tous les autres acides , que notre supposition n'aurait pas la moindre valeur explicative , puisqu'elle ne rendrait l'acte de la digestion ni moins exceptionnel , ni plus facile à comprendre.
Un autre fait dont nous devons la connaissance à Schwanu, et que cet auteur a déjà fait valoir contre l'idée que le principe digestif soit un acide complexe particulier, c'est que, pendant la digestion , le degré d'acidité du suc gastrique artificiel, exactement déterminé par la saturation, reste sensiblement le même : il n'y a donc pas d'acide neutralisé par la digestion. Depuis lors plusieurs auteurs ont déterminé avec la plus scrupuleuse exactitude la quantité de soude ou de potasse que demande, pour être exactement neutralisé, un volume donné de suc gastrique acide, avant et après la digestion, et, d'après ces expériences, que j'ai moi-même répétées, je puis affirmer que la quantité d'alcali requise pour la saturation, ne diminue pas d'un cinquième de milligramme pour toute la durée de l'acte digestif. Si parfois dans mes expériences, les déterminations faites avant et après la digestion montraient de très-légères différences, ce n'est pas toujours œprès l'acte digestif que la saturation demandait une quantité moindre d'alcali ; ainsi, plusieurs déterminations consécutives me donnèrent une différence d'un huitième ou d'un dixième de milligramme; mais cette différence était en faveur tantôt de la première détermination, faite avant la digestion, tantôt de la seconde faite après.
Ce résultat s'obtient avec une constance parfaite, si, pour aciduler le liquide peptique, on se sert d'acide phosphorique, sulfurique ou lactique. Quant aux acides clilorhydrique et acétique, ils montrent un peu pl,us souvent une très-légère diminution, après l'accomplissement de l'acte digestif, pro-
bablement parce qu'il s'en évapore une trace pendant le séjour des bocaux à l'étuve. — Valentin et Purkinje avaient déjà démontré que presque tous les acides peuvent servir à aciduler le suc g-astrique artificiel, et j'ai confirmé ce fait en 1852. Plus tard il a été mis en doute et quelques auteurs ont prétendu que l'acide chlorhydrique et l'acide lactique étaient les seuls aptes à former un bon liquide digestif Actuellement on reconnaît généralement que cette opinion est erronée et que la plupart des autres acides fournissent des liquides digestifs non moins actifs, pourvu que l'on prenne soin d'en modifier convenablement les proportions.
Or, s'il existait un acide complexe, formé par la combinaison de la pepsine et de l'acide, il est plus que probable que cette combinaison varierait pour les différents acides, selon leurs équivalents et en raison de leur capacité de saturation. Mais les légères différences que présentent les divers acides, quant aux proportions dans lesquelles ils entrent dans la combinaison peptique, ne sont nullement de nature à rappeler les rapports qui existent entre leurs équivalents de poids et de volume.
Contentons-nous , pour le moment , de formuler nos résultats en ce sens : que le principe digestif n'est pas la pepsine seule, qui peut au contraire, comme vous l'avez vu, empêcher la digestion, mais la pepsine acide. Et en disant pepsine acide, nous n'entendons nullement préciser le caractère de cette combinaison. Rappelons-nous que rien ne nous autorise jusqu'ici à envisager cette combinaison comme un acide particulier , supposition dépourvue de toute analogie et qui, même si elle venait à se confirmer, ne ferait avancer en rien notre connaissance du procès intime de la digestion.
Sommaire: De la pepsine. — La pepsine n'est pas connue à l'élat do pureté. — Procédet de purification de Schwann, de Wasmann , de Briiclie. — La pepsine parait ne pas être une substance azotée. — Evaluation comparative du pouvoir digestif de deux liquides peptiques. — Les quantités d'albumine digérées par deux liquides pepliques, peuvent-elles servir de mesure du pouvoir digestif de ces doux liquides? — Expériences démontrant que dans un volume égal de liquide il se digère en général d'autant plus d'albumine, que ce liquide contient plus de pepsine, dans un état sulSsamment délayé. — Exceptions apparentes de cette règle. — Proportionnalité directe entre les quantités d'albumine digérées et les quantités de pepsine qui digèrent , dans les liquides digestifs délayés dans la quantité la plus favorable d'eau acidulée. — Même proportionnalité, démontrée dans différents liquides digestifs, délayés en proportions égales et maintenus au mémo degré d'acidité. — Méthode comparative de Briicke. — Critique de cette méthode. — La pepsine agit-elle par simple contact, sans se détruire par la digestion? — Expérience de Briicke. — Critique des conclusions de Briicke. — < Expériences ds l'auteur, démontrant que la pepsine se détruit par la digestion.
Messieurs ,
Après avoir traité des fonctions chimiques et de l'utilité de Veatc et de V acide du suc gastrique artificiel, il nous reste à étudier, au même point de vue, le troisième des éléments essentiels de ce suc, la pepsine.
Et d'abord, sait-on ce qu'est la pepsine à l'état de pureté? Est-il possible A' isoler la pepsine? Depuis les temps de Schwann et de Wasmann qui, les premiers, ont cherché à résoudre ce problème, plusieurs méthodes ont été essayées pour retirer du suc gastrique artificiel le principe digestif et pour le débarrasser des matières albuminoïdes non peptiques que l'eau acidulée extrait, avec la pepsine, de la muqueuse stomacale; mais, comme nous le verrons bientôt,
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aucune de ces méthodes n'est apte à fournir une préparation absolument pure. Le procédé de Schwann, modifié par Wasmann, et notablement perfectionné, dans ces derniers temps, par Corvisart et Boudault, n'aboutit guère qu'à éloigner de l'infusion acide de la muqueuse stomacale une certaine quantité de matières inertes ; le résidu liquide , concentré au bain-marie, possède, il est vrai, des propriétés digestives très-énergiques, mais on n'a aucune garantie de la pureté de ce produit, qui peut renfermer encore une notable quantité de substances étrangères à la pepsine. Les nouvelles recherches de Brûcke, qui vont nous occuper incessamment, ont fourni la preuve péremptoire que toutes les préparations obtenues par les anciens procédés, étaient plus ou moins mélangées de matières albuminoïdes, non peptiques.
L'analyse de la pepsine, « purifiée » à l'aide des procédés de Schwann et de ses successeurs, avait fait regarder cette substance comme un corps azoté, très-voisin des corps albuminoïdes. Si l'on considère que ces sortes de préparations contiennent toujours , à côté de la pepsine , une certaine proportion de substances animales, extraites de la muqueuse de l'estomac, il y aurait lieu de s'étonner si les réactifs chimiques n'y avaient pas constamment révélé l'existence d'un corps albuminoïde, ou voisin des corps albuminoïdes. Seulement a-t-on eu raison d'attribuer ces réactions à la pepsine?
E. Brûcke (1), à l'aide d'un procédé nouveau, a réussi à isoler plus complètement le principe actif du suc gastrique. Son procédé est fondé sur la propriété de la pepsine, d'adhérer aux corps finement divisés , et d'être entraînée avec certains précipités que l'on produit dans les solutions peptiques. On la sépare ensuite de ces précipités, en dissolvant ceux-ci dans des liquides qui ne dissolvent pas la pepsine. Après quelques tâtonnements , voici par quelle méthode
(I) liaiicïE. Beilrage ziir Lehrc von (1er VerUuuung. IMolesclioll's Unteriuchg. I8GI)..
l'auteur a obtenu la préparation relativement la moins mélangée de matières étrangères.
On infuse la muqueuse stomacale dans de l'acide phosphorique dilué et l'on digère à 38" c. jusqu'à ce que la muqueuse commence à se séparer en petits fragments, et jusqu'à ce que le liquide filtré ne contienne plus d'albumine précipitable par le ferro-cyanure de potassium. A cette infusion on ajoute de l'eau de chaux, presque jusqu'à saturation, mais sans neutraliser complètement, et l'on filtre. On exprime tout le liquide contenu dans le précipité de phosphate de chaux et l'on constate que ce liquide, acidulé de nouveau, ne montre que de faibles traces de pouvoir digestif, tandisque le précipité calcaire , redissous dans l'acide chlorhydrique dilué, fournit un liquide qui même fortement étendu d'eau, digère très-énergiquement. Briicke en conclut que le phosphate calcaire, en se déposant, entraîne avec lui la pepsine, et il cite une autre expérience qui rend assez probable que la pepsine reste mécaniquement adhérente aux particules du précipité, sans former de combinaison chimique avec le sel de chaux (1).
Le liquide à qualités peptiques énergiques, obtenu par la dissolution du précipité calcaire, ne montre qu'à un trèsfaible degré la réaction jaune caractéristique que les corps albuminoïdes donnent avec l'acide nitrique et l'ammoniaque. Au contraire le liquide presque inerte qui a été séparé du précipité calcaire par la fîltration et par la presse, montre cette réaction d'une manière très-prononcée, preuve que le premier de ces liquides, incomparablement plus riche en
(I) L'auteur a vu le même effel se produire avec le charbon animal finement divisé. Secouée avec de la poudre de cbarbon et filtrée, une solution peptique ne montra plus de traces de pouvoir digestif. Brùcke démontre que ce défaut de pouvoir digestif est uniquement dû à l'absence de la pepsine, restée adhérente à la poussière de cbarbon; car, après l'adjonction d'une petite quantité de pepsine fraîche, le liquide filtré recommence à digérer normalement. — On se rappelle que Stas, il y a 20 ans déjà, s'est servi d'un procédé analogue pour isoler certaines matières alcaloïdes, en secouant les dli- «otutioni qui les contenaient, avec de la poudre de charbon-
pepsine que le second, contient beaucoup moins de matières albuminoïdes que ce dernier et que n'en contenait l'infusion stomacale elle-même.
Brùcke répète encore une fois sur la dissolution peptique l'opération que nous venons de décrire: précipitation par l'eau de chaux; dissolution du précipité de phosphate, préalablement exprimé, dans l'acide chlorhydrique dilué; filtration. Ce liquide acide contient la pepsine qu'il s'ag-it de séparer des sels de chaux. Le moyen choisi par Briicke pour arriver à ce but, est celui-ci: Il prépare une dissolution de cholestérine dans 4 d'alcool et 1 d'éther ; puis il introduit dans le fond du flacon qui contient le liquide acide peptique, un entonnoir à long col par lequel il verse la dissolution de cholestérine. La cholestérine est précipitée en formant une masse blanchâtre bourbeuse qui gagne la surface du liquide en entraînant avec elle le principe digestif On agite le mélange pour faire adhérer plus intimement encore la pepsine au précipité, et l'on filtre. Le filtre est lavé d'abord avec de l'eau contenant un peu d'acide acétique, puis avec de l'eau distillée. On lave jusqu'à ce que l'eau qui filtre ne contienne plus de traces d'acide chlorhydrique. La cholestérine encore humide qui reste sur le filtre et à laquelle adhère la pepsine, est transvasée dans un flacon, dans lequel on verse de l'éther, secoué préalablement avec de l'eau distillée pour l'obtenir pur de tout mélange d'alcool. L'éther dissout la cholestérine, et surnage à l'eau qui était restée adhérente au précipité. Cette eau contient en outre un petit reste de matière muqueuse, probablement précipitée par l'alcool et entraînée avec le précipité de cholestérine. Après avoir bien secoué avec de l'éther, on décante; on en ajoute encore, et ainsi de suite jusqu'à épuisement complet de la cholestérine. Il ne reste enfin au fond du flacon qu'un liquide trouble muqueux , recouvert d'une dernière couche d'éther qu'il est impossible d'en décanter et qu'on laisse évaporer à l'air. On filtre pour séparer la matière muqueuse
et l'on obtient un liquide limpide , à réaction parfaitement neutre, qui, acidulé de nouveau, digère très-énergiquement. Briicke, en ajoutant une seule goutte de ce liquide à 5 cent, cub. d'eau acidulée (contenant 0,001 d'acide clilorhydrique) vit un flocon de fibrine y disparaître complètement en une heure environ.
Eh bien, ce liquide qui, à n'en pas douter, était très-riche en pepsine, ne donna pas à Briicke certaines réactions qui . jusqu'alors avaient été regardées comme caractéristiques des dissolutions de pepsine «purifiée».
L'acide nitrique concentré, la teinture d'iode, et le tannin n'y produisaient pas le moindre trouble, preuve que la préparation ne contenait plus de traces appréciables de corps albuminoïdes.
Elle n'était pas précipitée par le bichlorure de mercure. Cependant, la plupart des auteurs qui jusqu'alors avaient préparé ou analysé la pepsine, citaient ce sel au nombre de ceux qui précipitent le principe digestif de ses dissolutions.
Le nitrate d'argent communiquait au liquide une faible opalescence que l'ammoniaque faisait promptement disparaître et qui provenait probablement de ce que des traces de chlorures étaient restées adhérentes au précipité de cholestérine.
Le chlorure de platine produisait un trouble évident. Les acétates de plomb, basique et neutre , précipitaient fortement.
« Mais, ajoute Briicke, ce liquide, quoique très-actif, confie tenait peut-être si peu de pepsine qu'il n'était plus pos- « sible de la reconnaître par les réactifs chimiques ordi- « naires; rien ne prouve, en effet, que la pepsine ne puisse . ï continuer à manifester son action, même en quantités « extraordinairement petites». Cette objection, qui, à l'auteur, paraît suffisamment justifiée, perd cependant beaucoup de son importance si l'on considère que Briicke caractérise lui-même sa préparation purifiée de pepsine comme
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« pouvant rivaliser avec les liquides peptiques les plus énergiques qu'il ait jamais eus entre les mains». On se rappelle d'ailleurs que déjà le premier liquide , à propriétés peptiques énergiques, obtenu par la dissolution du précipité de phosphate de chaux, ne montrait plus qu'à un trèsfaible degré la réaction jaune avec l'acide nitrique et l'ammoniaque, tandis que le liquide filtré, à peu-près dépourvu de pouvoir digestif, donnait cette réaction très-fortement. Il est donc bien certain qu'au moins une des réactions caractéristiques des corps albuminoïdes peut manquer presque complètement dans un liquide peptique non encore délayé par de nombreux lavages successifs.
Cet ensemble de faits rend excessivement probable que la pepsine doit être exclue du groupe des substances albuminoïdes. C'est l'opinion vers laquelle tend Briicke et qui nous paraît suflSsamment justifiée par ses intéressantes expériences. Nous sommes même tenté d'aller plus loin et de considérer la pepsine comme un corps non azoté. Déjà avant la publication des recherches de Briicke, nous avions émis cette conjecture, en nous fondant sur le fait que si l'on introduit dans la circulation, directement ou indirectement, un corps non azoté, la dextrine, on voit augmenter très-considérablement la quantité de pepsine qui, du sang, filtre dans les tuniques stomacales. Si, malgré notre supposition, il venait à être démontré par d'autres recherches que la pepsine est une substance quaternaire , il faudrait supposer (et nous sommes loin de nier cette possibilité) que la dextrine, pour faire sécréter le principe digestif à l'estomac, doit préalablement se combiner dans le sang à d'autres substances azotées.
Le but principal en vue duquel ont été instituées la plupart des expériences sur la pepsine, dont j'ai à vous entretenir dans cette leçon, a été celui-ci:
Déterminer quantitativement, si possible, la relation existant entre le pouvoir digestif d'un liquide et celui d'un
autre liquide préparé avec le même extrait peptique, mais en proportions différentes; ou bien, — recherche importante surtout au point de vue pratique , — comparer le pouvoir digestif de deux ou de plusieurs infusions stomacales, préparées de la même manière, en opérant sur des fractions connues et proportionnellement égales de ces différentes infusions.
Pour cette recherche je n'ai pu, comme vous allez le comprendre tout-de-suite, appliquer aucune des méthodes que
je viens de vous décrire , pour préparer ou pour isoler la pepsine, puisque ni le procédé de Wasmann ni celui de Brûcke ne permettent d'extraire toute la pepsine contenue dans une infusion stomacale. Ces méthodes m'auraient toujours exposé à en perdre une grande partie, et dès lors il n'y aurait plus eu de comparaison possible. Ainsi, comme il n'existe pas de moyen pour mesurer directement les quantités de pepsine contenues dans différents liquides donnés, on est forcément réduit à évaluer ces quantités indirectement, par les effets qu'elles produisent. Nous examinerons plus tard quels sont, parmi ces effets, ceux qui sont le plus aptes à nous donner une mesure réelle du pouvoir digestif et ceux dont l'observation importe surtout au point de vue comparatif. Bornons-nous, pour le moment, à étudier la manière dont ces recherches doivent être conduites , pour aboutir à des résultats comparables.
Voici la méthode que j'ai suivie pour la plupart des expériences de cette catégorie. Je commençais par détacher de l'estomac, préalablement lavé à grande eau, la portion de la muqueuse qui seule porte des glandules peptiques (nous verrons que la petite portion, dépourvue de glandes peptiques, ne possède pas de pouvoir digestif); puis j'infusais la muqueuse dans une quantité mesurée d'eau. La quantité d'eau variait, mais était toujours assez grande pour neutraliser en partie, et, d'une manière suffisante pour notre but l'effet nuisible des matières étrangères à la pepsine. Presque
ïamais je n'ai pris la quantité la;plus favorable d'eau, quantité qui, comme vous le savez, ne peut être déterminée qu'à la suite d'une série de manipulations qui sont très-incommodes et demandent beaucoup de temps. II ne s'agissait pas , en effet, dans ces recherches essentiellement comparatives, de déterminer le maxhmm du pouvoir digestif d'une ou de plusieurs infusions stomacales données, mais il suffisait d'obtenir des liquides peptiques qui fussent comparables entre eux, s'ils provenaient d'estomacs différents ; ou bien encore de rendre un liquide peptique quelconque suffisamment ho mogèae, pour que des volumes égaux de ce liquide fussent équivalents entre eux, au point de vue de leur pouvoir digestif — Comme ce but pouvait être atteint par un procédé plus simple, je me suis dispensé d'appliquer une méthode qui, il est vrai, donne des chiffres plus élevés, mais qui, sans fournir en fin de compte des résultats sensiblement plus proportionnels, demande 4, 5 et même 10 fois plus de temps pour chaque expérience. Il suffira de rappeler qu'une infusion stomacale, délayée dans une quantité donnée d'eau, n'atteint son maximum d'activité qu'au bout de 12 ou de 15 jours et quelquefois même plus tard, attendu que l'eau acidulée n'extrait qu'avec une lenteur extrême les dernières traces de pepsine contenues dans la muqueuse infusée à froid. Je n'ai pas jugé nécessaire de laisser toujours s'écouler un temps si long jusqu'au commencement des digestions artificielles; mes moyens d'ailleurs n'auraient pas suffi à faire un assez grand nombre d'expériences aussi compliquées.
Pour la plupart des recherches dont il va être question, je me contentais d'infuser la muqueuse stomacale dans une quantité d'eau acidulée qui ne dépassait pas 500 à 600 grammes, et de laisser reposer l'infusion pendant 5 ou 6 jours, avant de la mettre en activité. — J'ai procédé d'une manière plus expéditive encore dans une autre série d'expériences dont j'aurai à vous parler plus tard , lorsque nous étudierons l'action des substances peptogènes. Dans ces
expériences où il s'agissait de comparer entre elles les quantités d'albumine pouvant être digérées par les infusions de l'estomac entier de deux animaux, afin d'arriver rapidement à une évaluation approximative de leur richesse en pepsine, — dans ces expériences , dis-je, j'infiisais les muqueuses stomacales dans une quantité d'eau acidulée de 100 ou de 200 grammes seulement, et j'attendais tout au plus 1 à 2 heures, avant de mettre les infusions en activité. Il est vrai que pendant ce temps si court, je hâtais l'extraction de la pepsine, en plaçant les infusions, pendant une heure au moins, à l'étuve. Cette méthode qui, comme vous le pressentez, donne un extrait peptique relativement très-peu saturé, c'est-à-dire qui est très-loin de pouvoir digérer la moitié ou même le quart de l'albumine qu'il digérerait, s'il était convenablement préparé, peut néanmoins être utilisée lorsque les deux estomacs que l'on veut comparer, ont appartenu à des animaux semblables et ont été traités exactement de la même manière.
Mais avant de pouvoir nous occuper des applications de cette méthode en général, nous avons à examiner si le principe sur lequel elle est fondée, peut être justifié ou non par l'expérience. Sommes-nous autorisés à admettre, comme nous venons de le faire implicitement, qu'une quantité plus grande de pepsine est douée d'un pouvoir digestif plus grand, c'està-dire, digère plus d'albumine qu'une quantité moindre? Ou, pour nous exprimer plus rigoureusement, la digestion d'une quantité plus grande d'albumine peut-elle nous indiquer la présence d'une quantité plus grande de pepsine, si cette différence est observée dans deux expériences comparatives, dont toutes les autres conditions ont été parfaitement identiques? — Il est clair que ceux qui envisagent la pepsine comme une substance agissant par simple contact., seront tout disposés à nier qu'il y ait, en règle générale, une relation entre la quantité de pepsine et la quantité d'albumine que cette dernière peut digérer. Mais si, par l'expérience,
nous parvenions à démontrer que cette relation existe, nous aurions à nous demander encore si cette relation est directe et proportionnelle; si, étant donné une quantité double de pepsine , il y a aussi digestion d'une quantité double d'albumine, pourvu, bien entendu, que toutes les autres conditions restent relativement les mêmes. Vous comprendrez tout-à-l'heure l'importance de cette recherche qui, à beaucoup d'entre vous, au premier abord, pourrait paraître oiseuse et même triviale.
Voici quelques expériences relatives à ce sujet.
L'estomac d'un chien , tué en digestion , est infusé dans 200 grammes d'eau acidulée aux deux millièmes (acide phosphorique). On laisse reposer l'infusion pendant deux jours. Au bout de ce temps, on prend un volume arbitraire de l'infusion peptique et on l'ajoute à 100 grammes d'eau, acidulée également aux deux millièmes (ac. phosph.). — Puis on prend 2, 4, 6 fois ce volume d'extrait peptique, que l'on ajoute à la même quantité de 100 gr. d'eau acidulée. Nous avons 5 bocaux, chacun avec 100 grainmes d'eau acidulée:
Ces quantités digèrent, à TétUTeVeu 36 heures Albumine cuite. •
A contient 1 vol. de liq. peptique . 18,7
B id. 2 id. . 28,5
0 id. 4 id. . 37
D id. 6 id. . 44
E id. 6 id. . 45
Une autre expérience semblable donne:
A contient 1 vol. de liq. peptique et digère: . . 4,20 album, cuite B id. 2 id. id. . . 6,79 id.
Une autre expérience, faite avec l'infusion d'un estomac de chat, donne, toujours avec la môme quantité d'eau:
1 vol. de liquide peptique digère (avec eau) : 8,15 album, cuite
2 id. digèrent id. 11,31 id.
* ici. id. id. 15,92 id.
^ id. id. id. 23,44 id.