TOME DEUXIÈME fi
Autre expérience. Pepsine de chat:
1 vol. d'extrait peptique digère: .... 5,48 id.
2 id. digèrent: . . . "7,59 id.
4 id. id, ... 9,82 id.
6 id. id. ... 12,28 id.
Les deux expériences suivantes ont été faites avec de la pepsine liquide et très-concentrée (1) , qui m'a été donnée par M. Boudault, dont l'aide bienveillante m'a été d'une trèsgrande utilité dans la plupart de ces recherches.
Pepsine Albumine digérés
1 vol. \ I 3,17
2 id. f mélangés avec 80 grs. d'eau aci- \ 5,29
3 id. i dulée (HCl.) . j 6,75
4 id. ' ' 8,82
Autre expérience, avec des volumes plus grands de pepsine liquide, et de l'eau acidulée à l'acide phosphorique.
Pepsine Albumine digérée
1 vol 10,10
2 id 15,30
4 id. 23,82
6 id 32,80
Dans toutes ces expériences, on ne déclarait pas la digestion terminée à temps fixe, mais on attendait que , pendant 2 heures au moins, il n'y eût plus de diminution visible de l'albumine. Dans toutes les expériences , sauf les deux dernières, quand la digestion ne faisait plus de progrès pendant 2 heures, on ajoutait une goutte d'acide et l'on attendait de nouveau l'arrêt de la digestion qu'on ne déclarait terminée que lorsque l'acide restait inactif.
On voit, d'après tout ce qui précède, qu'il y a plus d'albumine digérée , quand il y a plus de pepsine ; mais nos chiffres sont bien loin d'indiquer une proportionnalité directe
(1) C'est reau-mére qui, concentrée an bain-marie et quelquefois mélangée avec de l'amldoD, sert ù la préparation de Ja pepsine du commerce.
entre les quantités de pepsine et les quantités d'albumine digérée , proportionnalité à laquelle du reste , d'après tout ce que nous avons dit dans la dernière leçon, il serait irrationnel de s'attendre. — Mais quelle est la cause de la grande différence qui existe, dans ces séries entre l'augmentation géométrique ou arithmétique de la quantité de pepsine et l'augmentation en apparence très-peu régulière de la quantité d'albumine digérée, différence qui persiste même dans celles des expériences où l'on a ajouté de l'acide, quand l'action du suc gastrique artificiel est devenue trop lente ou s'est arrêtée"?
Cette cause paraît être double et il ne nous sera pas difficile de la déduire des principes établis dans la dernière leçon. D'une part la pepsine ou l'extrait peptique liquides qui ont servi à nos expériences , n'étaient jamais purs ; toute augmentation de la pepsine devait donc augmenter la densité du liquide , le charger davantage de matières organiques, en grande partie albuminoïdes. — Voilà une première cause qui, comme nous le savons, tend à affaiblir l'action digestive et qui ne peut être combattue qu'imparfaitement par une augmentation de l'acide. — Dans nos expériences cependant, cette cause d'affaiblissement n'a pas prévalu, puisque de fait un volume double ou triple de pepsine digérait plus d'albumine qu'un volume simple. En ajoutant plus d'extrait peptique, nous obtenions un liquide plus actif; il se dissolvait donc dès le commencement plus d'albumine et la matière dissoute, plus volumineuse, devait contribuer, de son côté, à augmenter la densité du mélange, et partant aussi à ralentir la digestion. — Dans certains cas, ces deux causes peuvent aller jusqu'à produire l'effet inverse de celui que devrait, en apparence, produire une augmentation du principe digestif; c'est lorsque rinfi.ision stomacale est trèschargée de matières albuminoïdes non peptiques. En d'autres termes, il n'est pas impossible de donner à l'extrait peptique un degré de concentration tel que l'action digestive soit, au
moins dans un temps donné, moins énergique que celle du même extrait peptique, délayé dans plus d'eau. C'est ainsi du moins que nous pourrions nous expliquer une expérience faite, il y a longtemps déjà, par Schwann (1).
Schwann expérimente sur un liquide peptique qu'il fait agir, d'abord pur et concentré, puis en 5 dilutions de plus en plus faibles, sur de l'albumine cuite. Voici quelles sont les proportions de ces 6 mélanges:
A contient un vol. de liquide peptique pur et concentré.
B id. , dans un même volume, 8 pour 100 de ce liquide peptique.
C id. id. 4 id. id.
D id. id. 1 id. id.
E id. id. 1/2 id. id.
F id. id. 1/4 id. id.
Après 12 heures de digestion artificielle, l'albumine se trouve en grande partie liquéfiée en B et en C. La digestion est moins avancée en B qui contient encore quelques restes d'albumine. En D, l'albumine est ramollie, transparente, mais non dissoute, et en A, qui contient la plus forte proportion de pepsine, la digestion n'est pas plus avancée qu'en D qui ne renferme pourtant qu'un centième de la pepsine contenue dans A. En E, l'albumine est un peu transparente et légèrement ramollie; en F, il y a également un léger commencement de digestion, mais moins prononcé encore qu'en E.
Dans une autre expérience, Schwann a obtenu un résultat presque semblable.
J'ai observé des faits analogues , en opérant sur des infusions stomacales qui avaient été faites dans des quantités très-faibles d'eau. Lorsque p. ex. je ne prenais que 80 gr. d'eau, pour infuser un estomac entier de chat, ou seulement 60 gr. pour infuser un estomac entier de lapin, j'ai vu plusieurs fois qu'un volume de ces infusions concentrées digérait beaucoup moins bien que le même volume délayé dans une triple quantité d'eau, même si j'aidais la
(2] ScuwANN. Uebei' das Weseu des Vci'dauungspi'ocessus. Miiller's Arcb. ^856.
digestion du premier liquide concentré, chaque fois qu'elle s'arrêtait , par l'addition successive de nouvelles gouttes d'acide. Il m'est arrivé même d'observer ce fait sur l'infusion d'un estomac de chien, faite dans 160 gr. d'eau. II est vrai que l'animal auquel avait appartenu cet estomac, était d'une taille extraordinaire et que le liquide peptique, préparé avec la quantité indiquée d'eau, avait la consistance d'un sirop.
Remarquez que dans les expériences que je vous ai communiquées, j'ai toujours évalué toute la quantité d'albumine que l'extrait peptique était réellement capable de digérer dans une quantité déterminée d'eau ; tandis que Schwann se contentait d'évaluer ce qui était dissous après un certain temps.
Mais si ces expériences, faites avec une quantité limitée et relativement très-petite d'eau, ne m'ont pas permis de constater une proportionnalité entre la quantité de pepsine mise en activité et la quantité d'albumine digérée, en revanche dans d'autres expériences, faites avec des quantités d'eau très-grandes, cette proportionnalité s'est montrée de plus en plus distincte, au fin* et à mesure que j'approchais de la dilution que nous avons appelée la plus favorable. Plus la dilution était voisine de ce degré « le plus favorable, » plus aussi, dans des volumes égaux d'eau, la quantité d'albumine digérée devenait proportionnelle aux quantités employées de liquide peptique, sans que jamais cependant le rapport direct fût exactement atteint. Dans une seule expérience j'y suis presque arrivé:
Estomac de chat, infusé dans 22 litres d'eau (d'après la méthode de fractionnement indiquée dans la dernière leçon).
A. 1 vol. de l'infusion, dans 20 cent. cub. d'eau, contenant
1 millième d'acide chlorhydrique, digère 3,25
B. 1/2 id. id. dans 20 cent. cub. d'eau, contenant
1 millième d'acide chlorhydrique, digère 1,64 G. 1/2 id. id. dans 40 cent. cub. d'eau, contenant
1 millième d'acide chlorhydrique, digère 0,7
Le volume de liquide peptique, dans ce cas, était assez considérable, et égalait environ 20 cent. cub. On a choisi cette proportion, parce que l'estomac était déjà délayé dans la quantité considérable de 22 litres d'eau, quantité qui, du reste, était encore de beaucoup inférieure à ce que nous avons appelé la quantité d'eau la plus favorable, puisqu'un demi-volume de l'infusion stomacale supportait encore, dans l'expérience B, une dilution à-peu-près quadruple, sans qu'il y eût affaiblissement de l'action digestive (1). Si l'on compare les chiffres correspondant à l'albumine digérée par A et B, on trouvera même que B a digéré relativement plus que A. — Dans C, en revanche, la quantité d'eau la plus favorable a été de beaucoup dépassée, et l'excès d'eau a affaibli la digestion de plus de moitié. Ce degré d'eau correspondrait en effet à la dilution énorme d'environ 176 litres pour l'estomac entier. — On voit, d'après ces expériences, qu'aux limites de la dilution « la plus favorable », les causes perturbatrices de la digestion perdent de plus en 'plus de leur in fiuence, parce que la densité du liquide ne subit plus d'oscillations appréciables par la présence des produits digestifs.
Il suit de là que l'on arriverait probablement à des chiffres presque directement proportionnels, entre le volume de la pepsine mise en action et celui de l'albumine digérée, si, en augmentant la pepsine, on pouvait diminuer proportionnellement la densité du liquide, en lui maintenant toutefois le même degré d'acidité. Ces conditions, disons- le d'avance, sont assez difficilement réalisables. Voici, p. ex., comment on pourrait procéder dans des expériences comparatives de ce genre. On déterminerait d'abord la quantité d'albumine X, pouvant être digérée par 1 volume de liquide peptique. 2 volumes du même liquide peptique sont égaux à 2 fois la
(!) Il esl probable que, dans le liquide B, la quanlilé d'eau la plus favorable « élé déjà de beaucoup dépassée et que la force digeslive, par cette circonstance, «'est trouvée diminuée, par rapport au maximum possible.
quantité de pepsine et d'eau, contenues dans le volume 1 : ces deux volumes doivent donc digérer 2 X d'albumine, si nos prévisions sont justes. Malheureusement X n'est pas connu d'avance, et il faut, pour le trouver, ajouter peu-àpeu de petites proportions d'albumine, jusqu'à ce que plus rien ne se dissolve. Nous ne pouvons pas , dès l'abord , ajouter une grande quantité d'albumine, attendre la fin de la digestion et puis acidifier de nouveau, car de cette manière nous dérangerions les proportions initiales du liquide qu'il s'agit de doubler exactement dans l'expérience II. Autre difficulté: si nous déterminons d'avance et séparément le pouvoir digestif du liquide I, détermination qui n'exige guère moins de 2 jours d'observation, nous perdons l'avantage de faire simultanément, à la même température, les deux digestions artificielles comparatives; la composition du liquide peptique primitif pourra changer; en un mot, il sera presque impossible de se remettre exactement dans les mêmes conditions. Ou est donc forcé de commencer les deux expériences en même temps et de mener les deux observations de front. Pour cela, on ajoute d'emblée aux deux liquides (contenant 1 et 2 volumes d'extrait peptique) une petite quantité A d'albumine, et l'on met à l'étuve, en remuant souvent. Lorsque A est dissous, on ajoute une seconde quantité d'albumine , et ainsi de suite , jusqu'à ce que le mélange I ait cessé de digérer. Les adjonctions successives d'albumine sont continuées simultanément dans le mélange II, jusqu'à ce que ce mélange aussi ait cessé de digérer. — Mais la quantité A d'albumine fraîche, qui se digère entièrement dans I et dans II, contient elle-même, à côté d'un poids donné d'albumine sèche, un poids environ 7 fois plus grand d'eau. Cette eau vient s'ajouter au volume du liquide I, et, comme le liquide II doit contenir exactement deux fois ce volume, il faut, pour rétablir la proportionnalité, ajouter à II un surplus d'eau, égal à la quantité d'eau contenue dans A d'albumine. — La môme correction est appliquée
à toutes les adjonctions suivantes d'albumine. — Supposons que nous ayons un troisième liquide peptique C, égal à 3 fois le volume du premier, on procéderait de môme, mais on ajouterait chaque fois la double quantité d'eau supplémentaire, calculée d'après le pour 100 d'eau de l'albumine. — On prévoit que ces adjonctions supplémentaires d'eau diminueront l'acidité des liquides B et C, sans qu'une correction exacte soit possible; c'est pourquoi, ici encore, on ne pourra pas s'attendre à une proportionnalité parfaite des résultats.
J'ai fait, d'après cette méthode, l'expérience suivante, qui m'a donné un résultat assez satisfaisant:
Estomac de lapin, infusé dans 200 gr. d'eau acidulée. Après 2 jours on prend:
B* 40 ^^^^^^^^^ peptique J ^ chacun de ces liquides on ajoute 8 gr. gQ l d'albumine cuite, et l'on met à l'étuve.
La dissolution de l'albumine, dans les trois bocaux, va de pas égal, et après 2 heures, l'albumine est digérée presque en totalité. Ou retire les bocaux de l'étuve et on les y remet après 3 heures. Auparavant on ajoute à tous trois 12 gr. d'albumine. En outre on ajoute à B et C les quantités d'eau supplémentaires, calculées d'après le pour 100 d'eau des 20 gr. d'albumine, mis eu digestion, savoir:
à B: 17 gr. d'eau (uon acidulée) à C: 34 id. id.
1 1/2 heure plus tard, A n'a presque rien dissous des 12 gr. ajoutés en dernier lieu.
Dans B restent environ 4 gr.
C & tout dissous; et l'on ajoute encore 5 gr. d'albumine.
On remet à l'étuve. Dix heures plus tard la digestion paraît avoir cessé dans les trois bocaux. Elle n'a pas fait de nouvaux progrès appréciables dans A ni dans B; dans Q il reste à peine un demi-gramme d'albumine. Ou attend encore 6 heures et rien ne change plus: donc la digestion est arrêtée. La couleur, la consistance, le poids spécifique des 3
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liquides présentent une identité parfaite. Les quantités d'albumine digérées par chacun d'eux et exactement déterminées, se répartissent comme suit:
A a dissous gr. 8,25
B id « 16,25
C id » 24,40
Dans une autre expérience, instituée sur le même plan,
j'ai obtenu:
A. 20 gr. liquide peptique, dissolvent: 9 1/3 gr. d'albumine
B. 40 id. id. 21 id.