C. 80 id. id
Je pourrais augmenter cette liste d'expériences ayant rapport au même sujet; mais voilà bien assez de chiffres.
Le résultat de la dernière expérience dont l'exécution a été très-compliquée et très-laborieuse , est trivial à force de simplicité. Personne ne doutera, je suppose, que si l'on prend deux volumes égaux de la même infusion stomacale, récemment préparée, ces deux volumes ne digèrent, dans les mêmes circonstances, presque exactement la même quantité d'albumine. Ce que nous venons de prouver n'est autre chose que ceci: c'est que ces deux infusions égales conservent leur égalité d'action, même si elles sont contenues dans le même bocal. Supposons, au milieu de notre second vase B, un diaphragme transversal, séparant la colonne liquide en deux moitiés égales, nous aurons, dans ce vase, deux liquides égaux à A, et il serait très-curieux que la digestion de ces deux liquides réunis ne fût pas à très-peu de chose près le. double de ce qu'elle est en A.
(I) Dans loules les expériences do ce genre, il csl (rès-essenliel de secouer régulièrement, au moins toutes les demi-heures, les bocaux conlenant les infusions, afin de maintenir autant que possible l'homogénéité du mèlaDgc. Ne disposant pas, à l'époque où Je me livrais à ces recherches, des moyens nécessaires pour établir un mouvement plus ou moins continu dans mes liquides digestifs, tout en leur conservant la chaleur animale, J'ai, plusieurs fois, employé l'expédient suivant : quand les expériences se faisaient dan.s de petits Irocaux, je mettais ceux-ci en poche, ou bien, s'il fallait une lompératur« plus élevée, je les liais à une petite courroie que je portais en bandoulière entre la chemise et le corps. Ainsi transformé en éluve, Je faisais de longues promenades, transportanl mes bocaux de la maison au laboratoire et du laboratoire à la maison , où je pourals les examiner n loules los henrns de la nuit. S.
Et néanmoins vous verrez que le temps que nous avons consacré à cette démonstration n'est pas perdu et que la connaissance acquise, quelque insig-nifiante qu'elle paraisse, nous sera très-utile dans la suite. Mais d'abord permettezmoi de dire quelques mots sur une autre méthode qui a été proposée pour comparer le pouvoir digestif de deux liquides peptiques.
Briicke croit pouvoir admettre que les solutions de pepsine acidifiée digèrent d'autant plus vite qu'elles sont ])lus concentrées. Briicke n'opère pas, comme nous l'avons fait, sur des quantités relativement grandes de matières alburainoïdes, et ne se préoccupe pas du maximum de substance qui peut être liquéfié, en un temps variable, par différents liquides peptiques, mais il envisage comme mesure du pouvoir digestif, le temps que met un seul flocon de fibrine gonflée ou une tranche très-mince d'albumine, de 1 à 2 millimètres carrés, à se dissoudre dans ces mêmes liquides. Ces expériences sont faites à la température ordinaire et non à l'étuve. Les flocons de fibrine sont choisis, autant que possible, de grandeur et de consistance égales, et Briicke insiste tout particulièrement sur la nécessité de n'employer jamais, pour des expériences comparatives, de la fibrine de densité ou de consistance différente.
Les chiffres communiqués par Briicke montrent en général qu'un flocon de fibrine (ou une très-petite parcelle d'albumine) est digéré d'autant plus lentement que la solution qui le reçoit est moins riche en pepsine. Toutefois les différences de temps sont loin d'être dans une relation directe avec les différences de concentration du liquide pep tique employé. C'est ainsi que dans une série expérimentale, faite avec la même pepsine, il voit disparaître les flocons de fibrine dans
un liquide, avec 1 vol. de pepsine, en 45 min.
dans un volume égal de liquide, id. 2 id. 20 id.
id. id. id. 4 id. 15 id.
id. id. id. 8 id. 10 id.
L'auteur cemmunique des résultats analogues pour l'albumine et eu déduit, comme règle générale, que, tant pour l'albumine que pour la fibrine, une durée plus longue de la digestion permet de conclure à une dilution plus grande de la pepsine, si les expériences sont faites avec des solutions peptiques qui digèrent la quantité donnée en plus de 30 minutes. (Quelquefois , dans des solutions très-délajées , la digestion du flocon de fibrine n'était achevée qu'après 9 heures.) Pour les liquides qui digèrent en plus de 30 minutes, l'égalité du temps de la digestion indiquerait ainsi, à-peu-près exactement, l'égalité de la concentration, c'està-dire de la richesse en pepsine. Quant aux liquides plus actifs, digérant en moins de 30 minutes, Briicke ne trouve pas toujours sa règle confirmée avec la même clarté; les dijïérences dans le temps de la digestion tendent à s'effacer ou deviennent si petites qu'elles échappent à l'observation la plus attentive, surtout, ajoute l'auteur, si l'on n'a pas réussi à trouver des flocons de fibrine absolument semblables, ayant identiquement la même densité. En voici un exemple :
un liq, , avec 1 vol. de pepsine , digère un flocon de fibrine
en 45 min.
id- id. 2 id. id. 30 id.
id. id. 4 id. id. 20 id.
id- id. 8 id. id. 20 id.
(Le volume du liquide peptique et son degré d'acidité sont toujours les mêmes.)
L'auteur, partant de ces faits, observés dans des expériences nombreuses et variées de difi'érentes manières, propose la méthode suivante pour comparer le pouvoir digestif de deux liquides peptiques, p. ex. de deux infusions stomacales : On commence par donner aux deux liquides que l'on veut examiner, le même degré d'acidité; en général le degré de 1 d'acide chlorhydrique pour 1000 d'eau. Ils sont ensuite versés dans deux burettes, et de chacune des infusions
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on prend successivement 16, 8, 4, 2, 1, y?) V4 centim. cub., que l'on dispose en deux rangées, de 7 bocaux chacune. A tous les liquides, excepté aux premiers qui contiennent déjà 16 cent, cub., on ajoute de l'eau acidulée (au millième), de manière à porter leur volume uniformément à 16 cent, cub., et dans tous on met un flocon de fibrine. Admettons que les quantités de pepsine, originairement contenues dans les deux infusions stomacales, soient entre elles dans le rapport de
1 à 2 ; le bocal III de la première série (qui contient 4 cent, cub. de la première infusion), devra digérer avec la même vitesse que le bocal IV de la seconde série (qui contient
2 cent. cub. de la seconde infusion) ; le bocal IV de la première série, qui contient 2, devra digérer avec la même vitesse que le bocal V de la seconde série qui contient 1, et ainsi de suite. — Etant donnés 2 ou 3 bocaux de la première série, qui digèrent avec la même vitesse que 2 ou 3 bocaux de la seconde, il est donc facile d'en déduire la relation existant entre les proportions de pepsine contenues dans les deux infusions stomacales originaires. Pour trouver cette relation, il suffit d'observer quels sont les bocaux de la première et de la seconde série, dans lesquels la digestion du flocon de fibrine marche sensiblement de pas égal. De cette manière, une observation contrôlant l'autre, les résultats acquièrent un plus grand degré de sûreté. Quelquefois cependant , ajoute Briicke , les indications fournies par les liquides plus concentrés des 2 séries ne concordent pas avec celles qui sont fournies par les liquides plus dilués. Ainsi p. ex. les premiers bocaux des 2 séries peuvent présenter une digestion également rapide, tandis que cette égalité ne se montre plus dans les bocaux de numéros d'ordre plus élevés, c'est-à-dire contenant plus d'eau. Ici ce sera p. ex. le bocal 4 de la première série qui digérera avec la même vitesse que le bocal 6 de la seconde série; de même le temps de la digestion sera égal dans le bocal 5 de la première série, et dans le bocal 7 do la seconde. Dans ces cas,
l'autem' recommande de ne tenir compte que des indications fournies par les solutions les plus délayées, puisque, comme il a été dit, à partir d'une certaine concentration, les liquides peptiques ne montrent plus une proportionnalité exacte entre leur richesse en pepsine et la durée de la digestion, et peuvent ainsi exposer à des erreurs.
Vous verrez, messieurs, que dans aucune des expériences ■comparatives dont j'aurai à vous parler dans la suite, je ne me suis servi de la méthode dont je viens de vous donner un aperçu, et que, même après la publication du mémoire de Briicke, j'ai cru devoir continuer comme avant, à évaluer, d'après mon procédé quantitatif, la proportion relative de pepsine contenue dans deux estomacs: c'est-à-dire en déterminant combien d'albumine peut être dissoute dans deux volumes mesurés de liquide, représentant des fractions égales de la quantité totale des deux infusions. Je ne veux pas nier que la méthode de Briicke, dans les limites qu'il lui assigne lui-même, ne puisse être très-utile, dans les cas oii l'on opère sur des dissolutions de pepsine à-peu-près pures. Mais dans mes recherches, faites sur des infusions stomacales, dont il s'agissait de comparer le pouvoir digestif, je ne pouvais pas préalablement préparer et purifier la pepsine, ce qui du reste , m'aurait exposé à en perdre une grande quantité non mesurée et non mesurable, et aurait, par là déjà, frappé mes résultats de nullité. J'ai donc toujours commencé par -infuser la totalité des deux muqueuses stomacales, moins la portion pylorique non peptique. Or deux infusions ainsi préparées ne sont, même à volumes égaux, en aucune façon comparables à deux dissolutions de pepsine pure; des matières albuminoïdes non peptiques peuvent être mélangées en proportions très- diverses à chacune d'elles, et, comme la présence de ces matières exerce une influence notable sur la digestion , l'égalité du temps de la digestion dans les deux liquides ne nous indiquerait pas encore, à beaucoup près, l'égalité de leur richesse en pepsine. Il est donc im-
possible, dans ces conditions, d'appliquer la méthode comparative de Brûcke , parce qu'on ne sait jamais d'avance combien de pepsine et combien de matières étrangères sont contenues dans les deux infusions. La différence de composition des deux infusions, sous ce rapport, peut être telle et est en effet telle dans la plupart des cas que, pour devenir des mélanges physiologiquement équivalents, elles demanderaient des quantités très-différentes d'acide et même d'eau. Mais comment savoir à l'avance les quantités d'acide à ajouter à chacune des infusions, quantités capables de neutraliser également, dans toutes deux, l'influence antidigestive des matières étrangères , afin d'en faire ainsi des liquides peptiques comparables d'après la méthode de Briicke? Cela n'est pas possible , et nous n'avons d'autre moyen que de procéder en tâtonnant. Après avoir ajouté à un volume donné de l'iufusion originaire une quantité mesurée d'albumine, on met à l'étuve, et on attend l'arrêt de la digestion. C'est alors qu'on augmente l'acide; on l'augmente plusieurs fois, jusqu'au moment oii une nouvelle adjonction n'est plus capable de ranimer la digestion. On fait de même pour l'eau, jusqu'à ce que le liquide ne digère plus. Il est bien entendu qu'après chaque cessation provisoire de la digestion, il faut attendre un certain temps , quelquefois plusieurs heures , pour s'assurer que la cessation a eu réelleoient lieu. Ces temps d'observation, sans digestion active, se répètent plusieurs fois dans le cours de chacune des expériences. De plus, nous savons déjà que par l'addition successive de nouvelles quantités d'acide et d'eau, le liquide peptique passe par plusieurs degrés différents de son énergie digestive. A quel degré faut-il s'arrêter? Tout cela, on ne peut pas le déterminer d'avance. Mais au moins , à la fin de tous ces tâtonnements, qui ne demandent qu'à être faits dans la même mesure dans les deux expériences, on connaît le maximum absolu ou relatif d'albumine, pouvant être digéré par des fractions égales des deux infusions stomacales. Un exemple
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VOUS fera mieux saisir pourquoi la méthode de Briicke, qui demande une observation continue de la digestion, jusqu'à ce que le flocon de fibrine soit entièrement dissous dans iles deux liquides que l'on veut comparer, pourquoi cette 1 méthode, dis-je, n'est pas applicable à des infusions stomacales de composition hétérog-ène, comme celles auxquelles : s'adresseront presque toutes nos recherches:
Supposez que nous ayons deux infusions stomacales, l'une contenant A de pepsine et B de matières étrangères , dissoutes dans l'eau acidulée; l'autre contenant 2 A de pepsine ^ et 3 B de matières étrangères, n'est-il pas évident qu'à vo- , lûmes égaux ces deux liquides ne sont pas comparables, si nous ne donnons pas au second un degré d'acidité plus grand qu'au premier, acidité apte à neutraliser l'influence nuisible qu'exercent sur la digestion la plus grande quantité de matières organiques en général (y compris la pepsine elle-même) et la présence d'une triple quantité de matières non peptiques, en particuher? Y a-t-il, pour arriver à connaître le rapport de leur pouvoir digestif, un autre moyen que de les examiner d'abord comparativement, en leur fai- >sant parcourir différents degrés d'acidité, du plus faible admissible jusqu'au degré maximum qui devient nuisible ? Or, pour juger de l'influence accélératrice ou nuisible d'une I nouvelle addition d'acide, pour poursuivre la marche des ' diflBrentes phases successives de la digestion et pour en apprécier les progrès , nous n'avons pas d'autre terme de comparaison que la quantité de substance digérée. C'est à force de tâtonnements, d'adjonctions successives d'acide et d'eau, faites toujours parallèlement et dans la même mesure nécessaire dans les deux expériences comparatives, que inous réalisons cette équivalence physiologique des deux liiquides, équivalence que ceux-ci devraient présenter dès le commencement, pour permettre l'apphcation de la méthode comparative de Brucke. — La substance sur laquelle vous tme verrez presque toujours expérimenter dans ces sortes de
recherches, est l'albumine et non la fibrine; je préfère l'albumine, parce que dans des liquides présentant des différences peu considérables dans leur énergie digestive, les quantités d'albumine liquéfiée diffèrent relativement beaucoup plus que les quantités de fibrine, substance qui, sous ce rapport, constitue un réactif beaucoup moins sûr.
Mais Brûcke, d'autre part, nie implicitement que les quantités de matière dissoute soient en rapport direct avec les quantités de pepsine, contenues dans différents liquides digestifs; il paraît admettre que si la liquéfaction digestive elle-même ne créait continuellement de nouvelles causes perturbatrices de la digestion, la même quantité de pepsine pourrait digérer des quantités variables et illimitées de matière albuminoïde ; que le contact seul de la pepsine sufiBt à transformer et à liquéfier des quantités indéfinies d'albumine ou de fibrine, et qu'il en serait toujours ainsi (puisque selon sa manière de voir, la pepsine n'est pas usée, n'est pas détruite par la digestion) , si l'accumulation des produits digestifs n'abolissait enfin l'action peptique.
Nous sommes arrivés à l'un des points les plus intéressants de notre sujet, à la question de savoir si la p^psitie est usée^ détruite par l'accomplissement de Vacte digestifs si l'action de la pepsine peut être assimilée à ces phéno mènes que l'on a appelés actions par contact , et qui se passent, à ce que l'on admet, sans qu'il y ait altération de l'agent qui les provoque.
Les expériences que je vous ai communiquées au commencement de cette leçon et que je dois vous rappeler ici, démontrent qu'une quantité plus grande de pepsine produit toujours une action plus grande, c'est-à-dire, dissout plus d'albumine que ne le fait une quantité plus petite de pepsine. Ces expériences pourraient, à beaucoup d'entre vous, paraître suffisantes pour établir le principe contraire à celui défendu par Brûcke; elles montrent, en effet, que l'action d'un poids donné de pepsine n'est pas illimitée. Cependant il entre
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dans l'examen expérimental de cette question, beaucoup d'autres circonstances que nous ne devons pas laisser hors déconsidération; il existe, en particulier, certains faits, enregistrés par la science, qui semblent être en désaccord complet avec les faits en apparence si simples que je viens de vous rappeler et avec la conclusion que l'on pourrait être tenté d'en tirer. Nous devons donc entrer dans une discussion sérieuse pour essayer de résoudre cette importante question : La jpejpsine se détruit-elle ou non par la digestion'^
Déjà Schwann a fait quelques expériences dont il a cru pouvoir déduire qu'une quantité donnée de pepsine n'est capable de digérer qu'une quantité limitée d'albumine. Mais Schwann a méconnu l'influence nuisible que les produits de la digestion exercent sur les progrès de cet acte, ou plutôt il ne l'a pas jugée à sa véritable valeur, en n'admettant l'existence de cette cause pertm'batrice que dans les solutions peptiques concentrées et en la niant dans les solutions digestives très-délayées. — Et c'est précisément en partant du fait, que même dans des solutions très-délayées , la digestion produite par une quantité donnée de pepsine, a ses limites très-bien tracées, qu'il est arrivé à la conclusion que la pepsine cesse d'agir après une certaine durée de la digestion.
C'est Vogel qui, le premier, croit avoir prouvé, eu opposition à Schwann, que la pepsine ne se détruit pas par la digestion. Les expériences de Vogel ne prouvent pas assez, ou prouvent tout au plus que si, après une certaine durée, la digestion est ralentie, il est possible de la ranimer à l'aide de certaines manipulations qui éloignent de l'infusion les matières non peptiques qui y sont accumulées. Ces observations ne font donc que confirmer ce que nous savons déjà, par ce qui précède, savoir que le ralentissement quelquefois très-considérable de la digestion, que l'on observe avant son arrêt définitif, n'est pas dû seulement à la diminution de la quantité active de pepsine, mais aussi et en graude partie,