FÉNELON; — JACQUELINE PASCAL
jeu, afin que leur esprit se mette au large; puis ramenonsles doucement au but. Une régularité trop exacte, pour exiger d'eux dos études sans interruption, leur nuit beau* coup; souvent ceux qui les gouvernt^nt affectent celte régularité parce qu'elle est plus commode qu'une sujétion continuelle à profiter de tous les moments. En même temps, ôtons aux divertissements des enfiints tout ce qui peut les passionner trop : mais tout ce qui peut délasser l'esprit, lui ofirir une variété agréable, satisfaire sa curiosité pour les choses utiles, exercer le corps aux arts convenables, tout cela doit être employé dans les divertis^ sements des enfants. Ceux qu'ils aiment le mieux, sont ceux où le corps est en mouvement; ils sont contents, pourvu qu'ils changent souvent de place ; un volant ou une boule suffit. Ainsi il ne faut pas être en peine de leurs plaisirs; ils en inventent assez eux-mêmes; il suffit de les laisser faire, de les ol»server avec un visage gai, et de les modérer quand ils s'échauffent trop.
{De V Éducation des filles, chap. v.)
poor rédoeatioa des enCguito de PoH-Royel
Jacqueline Pascal
Jacqueline Pascal (16'25 — 1661\ sœur cadette de l'illustre autour des Provinciales, so lit rcli'rieiiso à l*nrt-Royal en 1652 sous le nom de sœur Sainle-Euphf'mie, et lut chir<i:pe dans ce couvent de In direction de l'école des petites (illcs. Le rè«,'l«'uieni qu'elle rédigea poui la conduite de ses élèves porte l'empreinte de celle sévérité j;tiisénistc qui croyait la nnture humaine irrémédiubleineiit corrompue et incapable d'aucun bien, et n'attendait de secours que de la grâce. Toutefois In rigueur des préjugés dogmatiques u'a pas entièrement étuulTé clioz Paustère religieuse le sentiment maternel, et l'on trouvera, dans les articles que nous reproduisons ci-dossous, des pré* ceptes qui témoignent d'un-s sollicitude attendrie pour la faiblesse de l'enfance et d'un sens juste et droit de ses besoins •
jM LECTURES PÉDAGOGIQUES
. 13. Gomme nous sommes obligées d*ètre toujours parmi alleSy il se faut comporter en sorte qu'elles ne puissent pas remarquer Tinègalitè dans notre humeur, en les traitant quelquefois avec trop de mollesse, et d'autres fois sévèrement. Ce sont deux défauts qui se suivent d'ordinaire : car quand on se laisse emporter à leur faire tant de petites caresses et flatteries, leur laissant la liberté de s'épandre autant que leur humeur et inclination les y porte, il faut infailliblement que la rèprèhension suive, et c'est ce qui lait rinégalité, qui est beaucoup plus pénible aux enfants que de les maintenir toujours dans le devoir.
14. Il ne nous faut jamais trop familiariser avec elles, ni leur témoigner une trop grande confiance, encore qu*elles fussent grandes; mais il faut leur témoigner une vraie charité et une très grande douceur dans tout ce qu'elles auront besoin, et même les prévenir.
15. n les faut traiter fort civilement, et ne leur parler qu'avec respect, et leur céder en tout ce que l'on peut. Cela les gagne beaucoup. 11 est bon d'user quelquefois de condescendance dans des choses qui de soi seraient indifférentes, afin de leur gagner le cœur.
16. Quand il est nécessaire de les reprendre de leurs légèretés et mauvaise grâce, il ne faut jamais les contrefaire ni les pousser en les rudoyant, quoiqu'elles fussent de mauvaise humeur; au contraire il leur faut parler avec très grande douceur, et leur dire de bonnes raisons pour les convaincre ; ce qui empêchera qu'elles ne s'aigrissent et fera qu'elles recevront bien ce qu'on leur dit.
17. Il faut beaucoup prier Dieu qu'il rende les enfants simples, et y travailler de son côté en les éloignant de tous détours et finesses; mais il faut faire cela même si simplement, qu'on ne les rende pas fines en les exhortant à être simples....
20, /e crois aussi que dans tous les défauts légers, on
JACQUELINE PASai S8i
les doit peu avertir; car insensiblement elles s'accoutument & toujours entendre parler. C'est pourquoi de trois ou quatre fautes Tune, il ne faut pas faire semblant dé les voir; mais après les avoir considérées quelque temps, il faut les surprendre et leur en faire [faire satisfaction tout sur l'heure. Cela les corrige bien plus que beaucoup de paroles.
21. Quand il y en a de petites entièrement obstinées et rebelles, il faut trois ou quatre fois les obliger aux mêmes petites satisfactions. Cela les dompte entièrement, quand elles voient qu'on ne se lasse pas. Mais quand on le fait un jour, et qu'on leur pardonne i*autre, ou qu'on les néglige, cela ne fait aucune impression sur leur esprit, et il se trouve qu'il faut en venir à des moyens plus forts que ceux que Ton aurait employés avec quelque sorte de continuation.
22. Le mensonge est fort ordinaire aux petits enfants. C'est pourquoi il faut faire tout ce que Ton peut pour les accoutumer à ne prendre pas cette mauvaise habitude ; et pour cela il me semble qu'il faut les prévenir avec une grande douceur pour leur faire confesser leurs fautes, disant que l'on voit bien tout ce qu'elles ont fait, et quand elles confessent d'elles-mêmes, il leur faut pardonner» ou leur amoindrir leur pénitence.
23. Encore que les enfants soient fort jeunes, comme de quatre ou cinq ans, il ne faut pas les laisser sans rien faire tout le jour, mais partager leurs petits temps, les faisant lire un quart d'heure, et puis jouer un autre, et puis tra* vailler un autre petit temps. Ces changements les divertissent et les empêchent de prendre une mauvaise habitude, à quoi les enfants sont fort sujets, qui est de tenir leur livre et jouer avec, pu avec leur ouvrage, se tenir de travers, et toujours tourner la tête. Mais quand on leur demande de bien employer un quart d'heure, ou une demi-heure, et qu'on leur promet qiie si elles sont fidèles à leur travail, on les laissera jouer, elles font vite et bien ce petit temps, pour être récompensées après. Et quand on leur a fait cette promesse avant le travail, quoiqu'elles
jouent cependant, il ne leur faut rien dire ; mais à la fin; quand le temps est passé, et quand elles pensent aller jouer, il leur faut faire reprendre un autre temps pour le travail, leur remontrant que Ton ne désire pas toujours parler, mais que puisqu'elles nont fait que badiner, il faut qu'elles recommencent. Cela les surprend, et fait qu'elles se tiennent une autre fois sur leurs gardes.
Règlement pour Y éducation des enfants de Port-Royal, imprimé en i^^ïi.)
LA DISCIPLINE A gAINT-CTR
Madame de Maiktehon*
Que puis-je répondre à votre lettre, ma chère fille, et que pourrais-je dire que je n'aie dit et écrit cent fois? Mais puisque vous le vouiez, je vous dirai encore qu'il faut bien se garder de punir toutes les fautes de vos filles : les pénitences deviendraient communes et ne feraient plus d*impre^sion. Il faut laisser passer beaucoup de fautes sans faire semblant de les voir ; il faut quelquefois les punir en marquant q'i'on les voit, faire semblant de les écrire, prendre un air sérieux sans dire un mot : il y a des filles mortifiées par un ton, par un geste. Il faut, en d'autres temps, les reprendre en publie ; une autre fois, les corriger en particulier par des avis de piété; enfin il n'y a rien où il ne faille plus de diversité; on ne peut là-dessus faire des régies, le bon sens en doit décider.
Poursuivez soigneusement le vice ; soyez patiente pour les fautes de jeunesse; soyez ferme f)Our celles qui troublent Tordre de la maison. Il est vrai qu'il faut que vos
i. Voir la notice, p. 152.