‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 130 sur 226 · MICHEL BRÉAL S · texte numérisé non relu

MICHEL BRÉAL S

bien être tentés de prendre le titre de l'ouvrage pour demander à leurs parents qu'on leur en Ht présent.

La lecture est une telle source de plaisir, surtout dans le premier âge, qu'une fois que l'écolier en aura goûté la douceur, les stimulants et les encouragements seront superflus. Ne voyons-nous pas des enfants de deux ans feuilleter avec délices leurs livres d'images et se répéter à euxmêmes les histoires qu'on leur a contées? Il ne s'agit donc que de procurer des livres à nos petits paysans. C'est ici que la partie instruite de notre population devrait trouver quelque chose de cette activité ingénieuse et de cette ardeur de propagande qui fait pulluler les Bibles dans les pays protestants, et qui répand en pays catholique les oraisons dévotes et les images de sainteté. Il ne faut point songer seulement aux enfants pauvres, mais encore à ceux dont les parents auraient les ressources nécessaires pour acheter des livres, mais ne le font pas, parce qu'ignorants eux-mêmes, ils ne sentent point le prix de Tinstruction. Lecture en commun, bibliothèques communales dont l'instituteur sera le gardien, livres donnés en prix aux meilleurs élèves, tous ces moyens seront bons ; mais avant tout, il faut que l'école possède un certain nombre d'ouvrages que les enfants emporteront à tour de rôle à la maison, et qu'ils devront, en les rapportant, résumer de vive voix ou par écrit.

Un des inconvénients dont nos instituteurs se plaignent le plus, c'est que^l'été leur enlève une partie de leurs écoliers; mais la lecture pourrait suivre Fenfantaux champs. Quand nos petits pâtres demanderont à emporter avec eux, pour mettre à profit les moments libres de la journée, un livre de la bibliothèque scolaire , on pourra dire que Tinstruction primaire de nos campagnes est enfin sortie de la période préparatoire et embryonnaire où elle est resiée jusqu'à présent.

(Quelques mots sur rinstruction en France.)

SUR Ll CHOIX DES LECTURES

E. Bersot^

Qu'on veuille bien examiner ce qui de nos grands écrivains est mis aux mains de notre jeunesse. Presque tout est du dix-septième siècle , un peu du dix-huitième , rien du seizième ni d'au delà. En général» je le reconnais, c'est un choix dans l'excellent : il y a là des choses bien faites pour former le goût, nourrir l'esprit et élever l'âme, ce qui est le propre objet de l'éducation ; mais, excepté les Fables de La Fontaine, le Lutrin et quelques parties de Boileau, et ï Histoire de Charles XII^ le reste est bien raisonnable et demande quelque effort ; ce sont, on l'avouera, des ouvrages très sérieux que les Oraisons funèbres et V Histoire universelle de Bossuet, le Petit Carême de Massillon, les Dialogues sur V éloquence de Fénelon, la Grandeur et la décadence des Romains de Montesquieu, les tragédies de Corneille et de Racine , et le Misanthrope de Molière. Qu'y a-t-il alors pour la récréation et la passion? Rien de Rabelais, de Montaigne, des auteurs de contes et de nouvelles, rien de Rousseau que les passages les plus déclamatoires, rien de Voltaire, rien de Diderot, rien des auteurs plus modernes; pour tout excès, le Télémaque. Mais j'oublie les mille honnêtes histoires approuvées par les autorités compétentes, pauvretés morales d'un factice qui fait mal au cœur. On comprend qu'après ces austérités et ces fadeurs, il vienne un goût merveilleux pour les excitants d'une certaine littérature. Ainsi les trésors de la fantaisie de Rabelais et le bon sens exquis avec lequel il critiquait l'éducation, les nouveautés littéraires, la religion, la politique de son temps, tout un monde en plus d'un point semblable au nôtre, la

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