DE L'ORTHOGRAPHE
Michel Bbéal^
Les conditions particulières de notre langue, le caractère savant de notre civilisation ont fait de la France le pays de l'orthographe. Une réforme pareille à celle de Grimm en Allemagne, ou même à celle de rAcadémie espagnole, rencontrerait chez nous d'insurmontables résistances. Mais je voudrais au moins que les finesses de notre orthographe restassent réservées au lycée et qu'on n'en incommodât point nos petits paysans. Je voudrais aussi que rinstituleur apprît à distinguer ce qui se rapporte à la langue écrite et ce qui appartient à là langue parlée, et qu'il ne confondit pas ces deux sortes d'enseignements. Quand vous dites, par exemple : La maison que j'ai vu bombarder, et : La maison que j'ai vue tomber, où est la différence dans la prononciation? Et à moins que vous ne pensiez au futur poète qui peut se trouver dans la classe, et qui a besoin de connaître les règles de la prosodie, à quoF sert dans la langue parlée une telle distinction? Enseignez-la tant que vous voudrez au collège, mais faitesen grâce à l'école primaire. Vous nous dites qu'il faut écrire entendus dans cette phrase : Les hommes qui vous cherchent sont ici ; on les a entendus entrer. Je le veux bien, mais essayez de prononcer cet s et vous verrez qu'il vaut mieux ignorer la règle en parlant.
C'est pourtant à des vétilles orthographiques que l'on gaspille le meilleur du temps, de la peine et de la bonne volonté des enfants. Plus la règle est subtile, plus le maître y attache d'importance : Un couvre-pieds, des couvrepieds. Mais il faut écrire : Un serre-tête, des serre-tête