ROGER DE GUIMPS. - JULES FERRY
Le chant élémentaire est la seule partie de la musique qui soit toujours nécessaire à Téducation; c'était donc la seule dont nous eussions à nous occuper ici. En terminant nous devons encore insister sur la nécessité de rester toujours très exigeants pour la justesse de l'intonation, pour la précision de la mesure, pour la douéeur et les nuances de Texpression. Ainsi, Ton parviendra à faire chanter les enfants avec une perfection relative, qu'on n'aurait pas attendue de leur âge, et Ton aura gagné pour leur goût et pour leur cœur un précieux moyen de développement.
{La philosophie et la pratique de Véducation^ 2« partie, livre II, VI.)
LE TRAVAIL BIAiniEX A L'ÉCOXX PRIMAIRE
Jules Ferry
Mous n'aurions pu trouver un commentaire plus autorisé au texte du programme de l'enseignement du travail manuel dans les écoles primaires, que celui qui nous est offert dans les passages suivants d'un discours de M. le ministre de Tinstruction publique.
Nous voulons essayer ici, réaliser dans de vastes proportions une idée que la première République a poursuivie et caressée, qu'elle a formulée avec une précision étonnante, et qui s'est retrouvée dans l'esprit public toutes les fois que la démocratie a fait un pas en avant, aussi bien après la révolution de 1830 qu'après la révolution de 1848.
Cette pensée mère, cette préoccupation qui remonte déjà à près d'un siècle dans notre pays et qui voit aujourd'hui la réalité s'ouvrir devant elle, l'idée qu'il faudrait pouvoir graver sur le fronton de cet édifice, c'est que l'école nationale, dans une démocratie de travailleurs, comme la nôtre, doit être essentiellement l'école du travail.
La visée suprême, le but final, la mission sociale de
l'école moderne, c'est Téducation de cette démocratie ouvrière qui n'est pas seulement la majorité du nombre, mais dont les vertus laborieuses font la force du pays.
De là le caractère professionnel de notre éducation primaire telle que les nouveaux programmes la constituent.
Je le dis bien haut, Técole primaire d'aujourd'hui, celle que nous avons organisée, d'après l'idéal entrevu par la Révolution française, cette petite école est, dès la première heure, professionnelle, c'est-à-dire qu'elle a pour but de préparer l'enfant à devenir, comme l'immense majorité des citoyens français, un travailleur.
Qu'est-ce que c'est, en effet, que ces méthodes nouvelles que vous voyez appliquer dans l'école; qu'est-ce que c'est que ces leçons de choses, que ces musées scolaires dans lesquels l'industrie du maître ou des élèves s'étudie à rassembler les différents produits soit du sol, soit des métiers locaux ? Qu'est-ce que tout cela, sinon le commencement, la première forme de l'enseignement professionnel, la préparation élémentaire à la vie pratique, à la vie laborieuse qui donne à chacun dans cette France le droit de porter le front haut et de s'appeler citoyen.
Tous les nouveaux programmes reposent sur cette double idée : l'enseignement primaire, dans une démocratie, doit consister d'abord dans une éducation générale sans laquelle il n'y a pas de spécialité durable, pas d'enseignement professionnel solide et sérieux, et en second lieu dans une série d'exercices tendant à mettre l'enfant, par des initiations progressives et ménagées, en contact avec les réalités de la vie. Former dès l'enfance l'homme et le citoyen, préparer des ouvriers pour l'atelier, c'est notre tâche, et, si la génération actuelle a le temps de la remplir, elle pourra se coucher glorieuse dans sa tombe 1
Ah! je connais la doctrine ancienne, la doctrine aristocratique qui disait : Il est imprudent de donner Téducation au peuple; il est imprudent d'apprendre à l'ouvrier quelque chose de plus que ce qu'il faut à sa tâche journa-