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L'ÉDUCATION DANS LES RÉPUBLIQUES

Montesquieu.

Charles de Secondât, baron de la Brède et de Montesquieu, naquit au château de la Brède, près de Bordeaux, le 18 janvier 1689, et mourut à Paris le 10 fc?ricr 1755.

Sa vie est bien connue; elle est, d'ailleurs, presque tout entière dans ses livres. De noblesse parlementaire, il devint en 1714 conseiller, puis deux ans plus tard, président au parlement de Bordeaux. En 1721, la publication d'un roman satirique, les Lettres persanes, fit autour de son nom beaucoup de bruit, plus de bruit même qu'il n'aurait voulu, puisque ce ne fut qu'au prix de désaveux qui durent coûter à son amour-propre d'auteur que l'Académie française, en 1728, lui ouvrit ses portes. A cette époque, il s'était démis de sa charge, pour pouvoir voyager librement en Allemagne, en Hongrie, en Italie, en Suisse, en Hollande et en Angleterre.

Il préparait alors les deux grands ouvrages qui ont fait de lui l'un des créateurs de la science qu'on appelle aujoifrd'hui la philosophie de l'histoire, les Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains (1734), e,iV Esprit des lois, auquel il travailla vingt ans (1748).

Dans le quatrième livre de ce dernier ouvrage, Montesquieu recherche les rapports de l'éducation, surtout de l'éducation publique, et des principes du gouvernement, et il établit à ce point de vue les caractères de l'éducation dans les monarchies, dans le gouvernement despotique et dans le gouvernement républicain.

C'est de ce livre que sont tirés les deux chapitres, fort célèbres, que nous citons.

Les lois de Téducation sont les premières que nous rece- Tons; et comme elles nous préparent à être citoyens, chaque famille particulière doit être gouvernée sur le plan de la grande famille qui les comprend toutes.

Si le peuple en général a un principe, les parties qui le composent, c'est-à-dire les familles, Tauront aussi. Les lois de l'éducation seront donc différentes dans chaque espèce de gouvernement. Dans les monarchies, elles auront pour objet l'honneur ; dans les républiques, la vertu ; dans le despotisme, la crainte.

C'est dans le gouvernement républicain que l'on a besoin de toute la puissance de l'éducation. La crainte des gouvernements despotiques naît d'elle-même parmi les menaces et les châtiments ; l'honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise à son tour ; mais la vertu politique est un renoncement à soi-même, qui est toujours une chose très pénible.

On peut définir cette vertu l'amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l'intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence.

Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié à chaque citoyen. Or le gouvernement est comme toutes les choses de ce monde ; pour le conserver, il faut Taimer.

On n'a jamais ouï dire que les rois n'aimassent pas la monarchie, et que les despotes haïssent le despotisme.

Tout dépend donc d'établir dans la république cet amour ; et c'est à l'inspirer que l'éducation doit être attentive. Mais, pour que les enfants puissent l'avoir, il y a un moyen sûr, c'est que les pères l'aient eux-mêmes.

On est ordinairement le maître de donner à ses enfants ses connaissances; on l'est encore plus de leur donner ses passions.

Si cela n'arrive pas, c'est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les \mçTe^^\OTv^ Aw dehors.

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