LES ÉTUDES QUI CONVIENNENT AUX FEIKIIKIES
Claude Fledrv*
Il est nécessaire de m'expliquer sur les études des filles.... Ce sera sans doute un grand paradoxe qu'elles doivent apprendre autre chose que leur catéchisme, la couture et divers petits ouvrages, chanter, danser et s'habiller à la mode, faire bien la révérence et parler civilement; car voilà en quoi l'on fait consister, pour l'ordinaire, toute leur éducation. 11 est vrai qu'elles n'ont pas besoin de la plupart des connaissances que l'on comprend aujourd'hui sous le nom d'études; ni le latin, ni le grec, ni la rhétorique ou la philosophie des collèges ne sont pointa leur usage; et si quelques-unes, plus curieuses que les autres, ont voulu les apprendre, la plupart n'en ont tiré que de la vanité, qui les a rendues odieuses aux autres
i. Voir la notice, p. 95.
femmes et méprisables aux hommes. De là cependant on a conclu, comme d'une expérience assurée, que les femmes n'étaient point capables d'études, comme si leurs âmes étaient d'une autre espèce que celle des hommes ; comme si elles n'avaient pas, aussi bien que nous, une raison à conduire, une volonté à régler, des passions à combattre, une santé à conserver, des biens à gouverner; ou s'il leur était plus facile qu'à nous de satisfaire à tous ces devoirs, sans rien apprendre. Il est vrai que les femmes ont pour l'ordinaire moins d'application, moins de patience pour raisonner de suite, moins de courage et de fermeté que les hommes, et que la constitution de leur corps y fait quelque chose, quoique sans doute la mauvaise éducation y fasse plus. Mais, en récompense, elles ont plus de vivacité d'esprit et de pénétration, plus de douceur et de modestie; et, si elles ne sont pas destinées à de si grands emplois que les hommes, elles ont d'ailleurs beaucoup plus de loisir...
Pour voir les éludes qui peuvent être à l'usage des femmes, je crois que le plus sûr est de parcourir toutes celles que j'ai expliquées.
Premièrement, elles ne doivent ni ignorer la religion, ni y être trop savantes. Comme elles sont, pour l'ordinaire, portées à la dévotion, si elles ne sont bien instruites elles deviennent aisément superstitieuses. 11 est donc très important qu'elles connaissent de bonne heure la religion aussi solide, aussi grande, aussi sérieuse qu'elle est. Mais, si elles sont savantes, il est à craindre qu'elles ne veuillent dogmatiser, et qu'elles ne donnent dans les nouvelles opinions, s'il s'en trouve de leur temps. 11 faut donc se contenter de leur apprendre les dogmes communs, sans entrer dans la théologie, et travailler surtout à la morale, leur inspirant les vertus qui leur conviennent le plus comme la douceur et la modestie, la soumission, l'amour de la retraite, l'humilité, et celles dont le tempérament les éloigne le plus, comme la force, la fermeté, la patience,
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l^oiir Tesprit, il faut les exercer de boiiiio heure à penser de suite, et à raisonner solidement sur les sujets ordinaires qui peuvent ôtre à leur usage, leur apprenant le plus ossentiel de la logique, sans les charger de grands mots, qui puissent donner matière à la vanité. Pour le corps, il n'y a guère d'exercices qui leur conviennent, que de marcher; mais tous les préceptes de santé, que j'ai marqués, leur conviennent; et ce sont elles qui en ont le plus de besoin, puisqu'elles sont les plus sujettes à se flatter, en celte matière, et à se faire honneur de leurs maladies et de leurs faiblesses. La santé et la vigueur des femmes est importante à tout le monde, puisqu'elles sont les mères des garçons aussi bien que des filles. Il est bon aussi qu'elles sachent les remèdes les plus faciles des maux ordinaires, . car elles sont fort propres à les préparer dans les maisons et à prendre soin des malades. La grammaire ne consistera pour elles qu'à lire et écrire et composer correctement» en français une lettre, un mémoire ou quelque autre pièce à leur usage. L'arithmétique pratique leur suffit, mais elle ne leur est pas moins nécessaire qu'aux hommes, et elles ont encore plus besoin de l'économique, puisqu'elles sont destinées à s'y appliquer davantage, au moins à entrer plus dans le détail. Aussi a-t-on assez de soin de les instruire du ménage; mais il serait à souhaiter qu'il y entrât un peu plus de raison et de réflexion, pour remédier à deux défauts très communs, la petitesse d'esprit et l'avarice dans les femmi?s ménagères, et, d'un autre côté, la fainéantise et le dédain, dans celles qui prétendent au bel-esprit.
Quoique les affaires du dehors regardent principalement les hommes, il est impossible que les femmes n'y aient souvent part, et quelquefois elles s'en trouvent entièrement chargées, comme quand elles sont veuves. 11 est donc encore nécessaire de leur apprendre la jurisprudence, telle que je l'ai marquée pour tout le monde, c'est-à-dire qu'elles entendent les termes communs de?» ^îfe\\<^^^ ^X
qu*lîllos sachent aussi les grandes ^naximes, en un mot, qu'elles soient capables de prendre conseil. Et cette instruction est d'autant plus nécessaire en France, que les femmes ne sont point en tutelle et peuvent avoir de grands biens, dont elles soient les maîtresses absolues. Elles se peuvent passer de tout le reste des études, du latin et des autres langues, de l'histoire, des mathématiques, de la poésie et de toutes les autres curiosités. Elles ne sont point destinées aux emplois qui rendent ces études nécessaires ou utiles, et plusieurs en tireraient de la vanité. 11 vaudrait mieux toutefois qu'elles y employassent les heures de leur loisir qu'à lire des romans, à jouer ou parler de leurs jupes et de leurs rubans.
(Traité du choix et de la méthode des études, ch. xxxv.)