‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 167 sur 226 · Yuir la uolicc, p · texte numérisé non relu

Yuir la uolicc, p

d'heures précieuses perdues ou de paroles indiscrètement prodiguées. Les hommes, qui savent mieux descendre à la conversation des femmes que les élever à la sévérité de la leur, se mêlent à ce parlage frivole et pernicieux ; et les discours deviennent tels que les personnes les plus solides donnent la préférence au jeu sur de tels entretiens. Ne croit-on pas qu'une meilleure éducation des femmes pourrait introduire dans ces conversations plus de solidité et les rendre plus innocentes, sans en hannir les grâces et l'abandon?

Mobile, enthousiaste, et trop constamment sous le joug du sentiment, la femme se passionne aisément; elle est à la merci de ses émotions; et n'examinant souvent les plus grandes questions que dans les rapports qu'elles ont avec le cœur, elle peut, avec les intentions les pins pures, donner dans les erreurs les plus graves. Avec de pareilles dispositions, rien de plus dangereux qu'une éducation superficielle qui ne fait que communiquer au sentiment plus d'exaltation et d'irritabilité! Mieux vaudrait, sous ce rapport, une absence complète de culture; mais mieux vaut encore une instruction solide et sérieuse, telle que l'offrent les .établissements d'instruction publique, laquelle, fortifiant l'ascendant de la raison, oppose aux écarts de l'imagination une insurmontable barrière.

Alors il n'est pas facile de faire adopter aux femmes, à l'aide de termes mal composés, des opinions qu'elles embrassent avec d'autant plus de chaleur qu'elles s'en rendent un compte moins exact. Alors aussi les romans ne sont plus à leurs yeux la lecture du premier intérêt ; et en échange de ces rêveries, la réalité mieux connue leur présente des charmes positifs et plus à leur portée. Alors elles n'apprécient plus que d'après sa valeur intrinsèque leur position dans le monde, quelle qu'elle puisse être, et ne livrent plus au caprice de la mode et à des conventions arbitraires le droit de disposer de leur bonheur. L'éducation publique de^ femmes ferait aussi dispa-

raître, ou du moins rendrait moins tranchantes, ces distinctions, injurieuses dans leur excès, que la puérile vanité des femmes contribue par-dessus tout à établir dans la société. Rien n*est si risible ou si déplorable dans nos villes ^ républicaines, que cette multitude de coteries, ou, si Ton aime mieux, de castes, dont la distinction n'est fondée sur rien de positif et de reconnu, soigneuses de bien marquer leurs limites, épouvantées à l'idée d'un mélange, comme le gentilhomme du vieux temps à celle d'une mésalliance, hostiles les unes envers les autres, s'évitant même aux lieux où tout se rencontre et se mêle ; empêchant, par leur inquiète vanité, toute association générale pour le bien, tout concert de sentiments et d'efforts dans les occasions graves, et entraînant dans leurs ridicules mépris et dans leurs vaines animosités ceux que la dignité de leur sexe et la gravité de leur élat devraient soustraire à l'empire de ces préventions frivoles. Dans le système de l'éducation publique, la jeune fille, née au sein de l'opulence, vit dans une communauté d'études et souvent dans une intimité de cœur avec la jeune fille d'une classe moins riche; et de tels instituts, n'exclnant pas même les enfants de la classe inférieure, font vivre sous les mêmes lois et sur un pied égal, pendant les années les plus importantes pour la formation du caractère et des opinions, un très grand nombre de femmes qui se trouvent placées par la fortune sur tous les degrés de l'échelle sociale, et représentent, pour ainsi dire, toute la société, lis concourent par ce moyen à un résultat extrêmement désirable, j'entends l'établissement de relations plus intimes entre les différentes classes, qui presque partout vivent trop étrangères les unes aux autres, si ce n'est dans un état de défiance et d'aversion réciproques.

L'éducation publique des femmes offrirait encore l'avantage important de mettre en harmonie la culture des deux sexes, et de rendre par là chaeun d'eux plus propre à satisfaire les besoins moraux de l'autre. Cet avantage est en-

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corc plus digne de considération dans une république dont la vraie force est toute morale, et lient par-dessus tout aux sentiments de ses citoyens, à l'unanimité et à la perpétuité . de ces sentiments. Formée par une éducation semblable à celle de l'homme, imbue des mêmes principes, la femme en grave la première empreinte dans l'ame de ses enfants; elle est auprès d'eux le premier organe, le premier interprète de ces croyances qui doivent devenir l'instinct du citoyen.. Nous n'avons point en vue des doctrines politiques, persuadés que nous sommes que la femme doit demeurer étrangère à cette partie des affaires humaines; nous ne parlons que de ces idées dont le crédit fait la force du pays aux circonstances duquel elles sont appropriées, telles que le goût de la simplicité, le mépris des distinctions arbitraires, l'indifférence pour les plaisirs factices et le respect de la terre natale. C'est sous ces rapports que la femme devient citoyenne, c'est de cette manière qu'elle exerce des fonctions civiques.

Pour que les femmes se pénètrent de la dignité de leur vocation sociale, et môme pour qu'elles en reconnaissent la réalité, il n'est pas inutile qu^elles se voient l'objet de la sollicitude de l'État. Élevées par ses soins et sous ses regards comme des instruments considérables du bonheur public, elles éprouveront le besoin et formeront le vœu de répondre à cette attente de l'a pairie ; et ce motif agira puissamment sur leur vie.

(V éducation, la famille et la société,)

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