JULES SIMON
les femmes dans la société, et sur la manière dont il convient d'y préparer les jeunes lilles.
La question est de savoir si les filles n'ont pas connne les garçons une carrière économique à laquelle il convient de les préparer, non seulement dans leur inlérét, mais dans celui de la société tout entière. Et d'abord les femmes, à cet égard, doivent être partagées en deux classes, on pourrait môme dire en trois classes : quelques femmes du monde, qui ne travaillent pas du tout; d'autres femmes, beaucoup plus nombreuses, appartenant au monde et aux classes moyennes, et qui s'occupent très activement de la direction des affaires intérieures de la famille et de divers travaux de ménage ; enfin les femmes du peuple qui travaillent, comme leurs maris, pour gagner un salaire.
Laissons de côté les fainéantes, qui sont heureusement la très petite minorité, et qui, par un singulier raffinement de la vanité humaine, se font gloire de leur incapacité et de leur inutilité. C'est par l'école qu'on triomphera de ce préjugé bizarre, et déjù il faut reconnaître qu'il va en s'affaiblissant. On commence à regarder une fille, dans toutes les classes de la société, conimeun être pensant dont il faut cultiver l'âme, non comme une poupée qu'on ajuste, qu'on montre, et qu'on renferme lemoment d'après.
La fonction propre des femmes est de soigner, de consoler et d'encourager leurs maris et leurs enfants, de diriger la maison, de dépenser et d'épargner à propos, et de proportionner exactement la dépense au revenu. Si nous regardons exclusivement le côté des affaires, les femmes mêmes qui ne gagnent pas de salaire jouent un rôle économique très important, puisqu'elles président à la dépense. Il n'est personne ayant quelque expérience de la vie qui ne sache qu'une femme intelligente et soigneuse entretient à peu de frais l'aisance et la propreté dans la maison, tandis qu'une autre, avec des déboursés deux ou trois fois plus considérables, laisse tout à l'abandon, et ne donne à ceux qui l'entourent ni l'agrément ni le confortable. Le mari a beau
s*épuiser, l'argent s'en va de sa caisse plus" vile qu'il n'y est venu, sans lui faire honneur ni profit. Peut-être même cet excès et ce désordre dans la dépense est-il le mal particulier à notre temps, et la cause de cet appétit désordonné du gain et de ce peu de scrupule en affaires, que tous les gens sensés déplorent, et qu'on n'arrêtera pas, tant qu'on ne sera pas parvenu à rendre quelque austérité à l'intérieur des familles. Il n'est pas douteux que ce mauvais emploi de la fortune privée n'influe à la longuesur la fortune publique, car les États, comme les individus, ont deux moyens de s'enrichir, en gagnant beaucoup, et en employant bien ce qu'ils gagnent. On se demande en vérité pourquoi nous employons tant d'argent et de peine à dresser les garçons pour le gain, quand nous dédaignons d'élever les filles pour l'art tout aussi difficile de la dépense et de l'épargne. C'est être aveugle que de calculer la dot d'une fille en écus, et de ne la point calculer en talents, en santé, en bonne humeur, en élévation d'esprit et de caractère.
(UEcole.)