Voir la notice, p
est de commencer par ce qui est sensible pour s*élever par degrés à ce qui est intellectuel ; par ce qui est simple pour parvenir à ce qui est composé ; de s'assurer des faits avant de rechercher les causes.
Le plus sûr moyen d'instruire les autres, c'est de les conduire par la route qu'on a dû suivre pour s'instruire soi-même : or chacun peut connaître, par sa propre expérience, que les idées sont plus faciles à proportion qu'elles sont moins abstraites, et qu'elles se rapprochent davantage des sens; elles ont encore l'avantage d'être déterminées par elles-mêmes : les notions abstraites, au contraire, sont vagues, n'ofTrent rien de fixe à l'esprit ; et l'objet du philosophe doit être de déterminer ses idées, et de les fixer.
C'est donc une régie invariable d'inculquer par des exemples sensibles et réitérés les connaissances particulières dont les maximes générales et les termes abstraits supposent les impressions.
On doit autant étudier pour se former que pour s'instruire. Gomment est-ce que les hommes se forment et qu'ils acquièrent des connaissances? C'est en voyant différents objets, c'est en écoutant les gens instruits, en' expérimentant, en réfléchissant : celui qui a plus vu, plus observé, plus réfléchi, est le plus habile; celui à qui l'on a montré de meilleurs modèles, a le goût le plus sûr; c'est l'avantage que certains enfants ont sur d'autres : il a passé sous leurs yeux un plus grand nombre d'objets; il y a plus de choix dans ceux qu'on leur a montrés ; ils ont eu de meilleurs modèles, plus d'idées exemplaires. Un homme qui n'aurait vu que des tableaux de Raphaël et du Titien ne se contenterait pas de peintures médiocres.
Il s'ensuit de ces obser\ations que toute méthode qui commence par des idées abstraites n'est pas faite pour les enfants, et qu'elle est contraire à la nature de l'esprit humain : cette seule réflexion bannit les abstractions de tous les livres élémentaires de grammaire, de rhétorique, de philosophie et de religion.
11 s*agit de bâtir une maison, on doit d'abord amasser des matériaux : il s'agit d'élever l'édifice des connaissances humaines, il faut avoir les idées particulières qui composent cet édifice ; les faits, les observations, les expériences en sont le fondement : c'est donc à les assembler, à se rendre ces objets familiers, qu'on doit s'appliquer dans les commencements.
Que les enfants voient beaucoup d'objets, qu'on les varie, qu'on les montre sous plusieurs faces et à diverses reprises; on ne peut trop remplir leur mémoire et leur imagination de faits et d'idées utiles, dont ils puissent faire usage dans le cours de la vie. « La variété plaît surtout à cet âge, dit l'abbé Fieury; les enfants étudient plus volontiers, deux heures durant, quatre matières différentes, qu'une seule pendant une heure. Une étude sert de divertissement à l'autre; et plus elles sont diverses, moins il est à craindre qu'elles se confondent. » Un autre grand maître dans l'art d'enseigner, s'Gravesande, dit dans le chapitre 30 de sa Logique que « ceux qui ont pris l'habitude de ne considérer qu'une sorte d'idées, quelque habileté qu'ils puissent y avoir acquise, raisonnent presque toujours mal sur d'autres objets. » Il ajoute que « pour acquérir de la flexibilité dans l'esprit et de l'étendue, il faut s'être appliqué à plusieurs choses différentes entre elles. »
.... Le premier âge n'est pas la saison des récoltes, c'est le temps de semer et de faire des provisions : l'objet des études, n'est pas que les jeunes gens, au sorlir de la première éducation, possèdent les idées formées de toutes les sciences ; ce serait un projet chimérique, un beau rêve ; mais il se peut faire aisément qu'ils aient une teinture des principales, qu'ils aient acquis un grand nombre de matériaux de connaissances, et qu'ils aient l'art d'en acquérir, art inestimable, et peut-être supérieur aux counaissances mêmes.
Presque toute noire çUilosoçhie et notre éducation ne
LA CHALOTAIS. — TALLEYRAND-PERIGOIU) • 4k59
roulent que sur des mots ; ce sont les choses mêmes qu'il importe de connaître. Revenons au vrai et au réel ; car en soi la vérité n'est autre chose que ce qui est, ce qui existe, et dans notre esprit ce n*est que la connaissance des choses évidentes.
Ce but est certainement plus juste, et le chemin pour y arriver est plus droit que le chemin tortueux par lequel les jeunes gens n'arrivent qu'à la connaissance de mots ou d'abstractions.