‹ Lectures pédagogiques à l'usage des écoles normales primairesChapitre 19 sur 226 · BERSOT · texte numérisé non relu

BERSOT

plein essor de civilisation on retombe tout à coup dans la barbarie, on se sent liumilié comme si on s'était dégradé. Voilà bientôt quarante ans, depuis 1833, que la France s'est sérieusement préoccupée de Tinstruction populaire ; le gouvernement s'y est mis d'abord, aujourd'hui c'est la société tout entière : multiplication des écoles primaires, pressant appel aux pères et aux mères de famille, gratuité, cours d'adultes, cours professionnels pour les hommes et pour les femmes, récompenses prodiguées aux élèves et aux maîtres, livres familiers, tableaux qui parlent aux yeux, bibliothèques populaires, auxquelles la Société Franklin a donné une si vive impulsion, et toutes sortes de conférences. On ne se lasse pas de considérer ce beau mouvement de notre société française. On ne l'accusera certainement pas d'être intéressé, car, dans un pays, ceux qui savent ont une part considérable aux affaires publiques, et la fortune va aussi à la capacité. Si donc la classe instruite tenait à ses privilèges, elle ferait comme ont fait si longtemps les patriciens romains, qui cachaient aux plébéiens les formules du droit, pour garder dans leurs mains l'administration de la justice, ou comme les maîtres d'esclaves, qui commandent à des créatures abruties, empêchant tout ce qui pourrait leur faire sentir qu'elles ont une âme, qui pourrait se réveiller un jour et demander part d'enfant au commun héritage. Il est évident que ceux qui ont l'instruction, en l'offrant à ceux qui ne l'ont pas, se préparent des rivaux, des successeurs, s'ils oublient un seul instant. Ils vont tout de même, sans vouloir autre chose que l'intérêt commun, impatients de partager, avec l'instruction, l'influence et la richesse, comme leurs pères de 89 étaient impatientsde partager la liberté et l'égalité. C'est la générosité française, qui est notre honneur, et, parmi les amertumes qui ne leur manquent guère en ce monde, un spectacle qui console la douleur des gens de bien.

{Éttides et discours^ pages 263-266.)

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