LA PREMIÈRE ENFANCE
jbaune endormis
Victor IIdgo.
Nous n'avons pas à retracer ici la carrière de l'illustre auteur des Feuille» d'Automne, d'Hernanit des Châtiments, des Contemplations, des Misérables, de la Légende des siècles. Qu'il nous suffise de rappeler que le recueil d'oii nous avons extrait la pièce de vers ci-dessous, VArt d'être grand-père, a été publié eb 1877, et que les Misérables, auxquels nous, empruntons aussi quelques pages (V. page 54), datent de 1802.
Jeanne dort; elle laisse, ô pauvre ange banni,
Sa douce petite âme aller dans TinOni ;
Ainsi le passereau fuit dans la cerisaie.
Elle regarde ailleurs que sur terre ; elle essaie^
Hélas! avant de boire à nos coupes de iiel,
De renouer un peu dans Tombre avec le ciel.
Apaisement sacré ! ses cheveux, son haleine,
Son teint, plus transparent qu'une aile de phalène,
Ses gestes indistincts, son calme, c'est exquis.
Le vieux grand-père, esclave, heureux, pays conquis,
La contemple.
Cet être est, ici-bas, le moindre Et le plus grand ; on voit sur celte bouche poindre Un rire vague et pur qui vient on ne sait d'où. Comme elle est belle ! Elle a des plis de graisse au cou ; On la respire ainsi qu'un parfum d'aspVvoàèVe.
VICTOR HUGO. — eOMÉNIUS * 29
Une poupée aux yeux étonnés esl près d'elle,
Et Tenfant, par moments, la presse sur son cœur.
Figurez-Yous cet ange obscur, tremblant, vainqueur,
L'espérance étoilée autour de ce visage,
Ce pied nu, ce sommeil d'une Grâc^ en bas âge.
Oh ! quel profond sourire, et compris de lui seul.
Elle rapportera de Tombre à son aïeul !
Car Fâme dp l'enfant, pas encor dédorée,
Semble être une lueur du lointain empyrée.
Et l'attendrissement des vieillards, c'est de voir
Que le matin veut bien se mêler à leur soir.
Ne la réveillez pas. Cela dort, une rose.
Jeanne au fond du sommeil médite et se compose
Je ne sais quoi de plus céleste que le ciel.
De lys en lys, de rêve en rêve, on fait son miel.
Et l'âme de l'enfant travaille, humble et vermeille,
Dans les songes, ainsi que dans les fleurs Tabeille.
(UArt d'être grand-père-)